Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘vulgaire’

A MES AMIS (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

William Bouguereau La Jeunesse de Bacchus 1884 (Détail)-

A MES AMIS

Rions, chantons, ô mes amis,
Occupons-nous à ne rien faire,
Laissons murmurer le vulgaire,
Le plaisir est toujours permis.
Que notre existence légère
S’évanouisse dans les jeux.
Vivons pour nous, soyons heureux,
N’importe de quelle manière.
Un jour il faudra nous courber
Sous la main du temps qui nous presse ;
Mais jouissons dans la jeunesse,
Et dérobons à la vieillesse
Tout ce qu’on peut lui dérober.

(Evariste Parny)

Illustration: William Bouguereau

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Contradictions (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

contradictions

Contradictions

Ils cohabitent en moi.
Se battent sans qu’on le voie :

Le passé le présent
Le futur et maintenant
L’illusion et le vrai
Le maussade et le gai
La bêtise la raison
Et les oui et les non
L’amour de ma personne
Les dégoûts qu’elle me donne
Les façades qu’on se fait
Et ce qui derrière est
Et les peurs qu’on avale
Les courages qu’on étale
Les envies de dire zut
Et les besoins de lutte
Et l’humain et la bête
Et le ventre et la tête
Les sens et la vertu
Le caché et le nu
L’aimable et le sévère
Le prude et le vulgaire
Le parleur le taiseux
Le brave et le peureux
Et le fier et le veule…

Pour tout ça je suis seul.

(Esther Granek)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le drame de la vie (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Bo Bartlett
    
Le drame de la vie perd chaque jour
de sa gravité, de son sérieux,
de son importance, de sa beauté scénique,

et risque de se transformer
en vulgaire et plate comédie bourgeoise
d’une irritante et intolérable médiocrité.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il ne faut pas travailler tout le temps (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Illustration: René Baumer
    
Il ne faut pas travailler tout le temps.
Il faut prendre des temps,
prendre son temps.

Il faut digérer. Oui.
C’est dans la digestion des connaissances
que réside le talent.

L’essentiel est de n’avoir pas de minutes vulgaires ou insignifiantes.
Ennuyez-vous.

Car ce jour-là vous prendrez un porte-plume et un papier
et vous ferez peut-être un chef-d’oeuvre.
Tout est dans la qualité de l’ennui.

Aimer les mots. Aimer un mot.
Le répéter, s’en gargariser.
Comme un peintre aime une ligne,
une forme, une couleur.

Autour d’un mot se coagule une phrase, un vers, une strophe, une idée.
Ah ! quel beau mode d’extériorisation !
Et extérioriser, c’est tout!

Sans doute par la quantité d’idées, de sentiments qui se sont incendiés pour la produire
ou bien parce qu’elle s’attache à un pivot qui n’est pas en vous.

Je crois que les œuvres très extériorisées sont très rares.
Le style c’est d’extérioriser!

(Max Jacob)

 

Recueil: Conseils à un jeune poète
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le grain de blé nourrit (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



Le grain de blé nourrit

Le grain de blé nourrit et l’homme et les corbeaux.
L’arbre palladien produit la douce olive,
Et le triste cyprès, debout sur les tombeaux,
Balance vainement une cime plaintive.

Hélas! N’as-tu point vu ta plus chère amitié
Etaler à tes yeux la face du vulgaire ?
Tu ne sais pas languir et souffrir à moitié:
Quand tu reprends ton coeur, c’est qu’il n’en reste guère.

Que ce soit dans la ville ou près des flots amers,
Au fond de la forêt ou sur le mont sinistre,
Va, pars et meurs tout seul en récitant des vers:
Ce sont troupeaux encor les cygnes du Caystre.

(Jean Moréas)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je ne sais pas qui je suis (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Guy Lévis Mano s

 

je ne sais pas qui je suis
je viens de terres très lointaines
tant de sangs en moi sont tourmentés
mon grand-père était oriental
et j’ai on me l’a dit une aïeule juive
je ne sais pas qui je suis
mes lèvres n’acceptent jamais les lèvres présentes
je sais qu’il doit exister des lèvres meilleures
je ne sais pas où
là-bas
et mes lèvres sont tendues vers les inexistences
toujours

ils m’ont dit
votre marche est indolente
vos paroles ont des lenteurs chantantes
elles sont toutes de douceur
ils m’ont dit aussi
avec leurs yeux déchirés d’amertume
vous avez des sursauts cruels
vous étranglez les cœurs avec vos dents ardentes
et votre inconscience est terrible

je ne sais pas
j’ai parfois des yeux qui ne sont plus les miens
je viens de terres si lointaines
et tant de races tant de passions jouent en moi
mon grand-père était oriental
mon aïeule on me l’a dit était une juive
qui avait des yeux merveilleux

mes yeux sont pleins d’horizons dorés
j’ai mes mains lourdes de tendresse
sans cesse
mon corps appelle les corps
et je n’ai jamais trouvé
celle des mains douces et de mes rêves fervents
je vais incliné vibrant vers d’incertaines beautés
parfois m’a serré le désir du vulgaire
et mes contradictions sont immenses

parce que mes yeux sont noirs
frissonnant de sensualités profondes
parce que ma peau est brune
l’on me demande d’où je viens
et qui je suis

je sais que je viens de terres très lointaines
là les mers sont couleur de beau ciel
les soirs elles pleurent d’étranges agonies
en des couleurs qui ont déteint dans mon âme
je ne sais pas les chanter
mais elles sont berçantes et nostalgiques
comme mes mers étales

je sais que je viens de très loin
mais je ne sais pas qui je suis
mes solitudes et mes absences incomparables
ne me l’ont jamais appris

(Guy Lévis Mano)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Testament d’un moribond (Khaïr-Eddine)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



Ah : C’est elle…
Elle est en moi,
elle s’insinue en moi,

elle me ronge le sang et les os…
et elle sourit et s’illumine…
elle brille…

c’est donc qu’elle ne ressemble pas
à cette image vulgaire qu’on en fait…
elle est plutôt gracieuse et attirante …

Ca y est je pars …

(Khaïr-Eddine)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Je suis semblable à la licorne (Thibaut de Champagne)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



Je suis semblable à la licorne
Qui contemple, fascinée,
La vierge que suit son regard.
Heureuse de son tourment,
Elle tombe pâmée en son giron,
Proie offerte au traitre qui la tue.
Ainsi de moi, je suis mis à mort.
Amour et ma dame me tuent.
Ils ont pris mon coeur, je ne peux le reprendre.

Dame, quand je fus pour la première fois
Devant vous, quand je vous vis,
Mon coeur si fort tressaillit
Qu’il est resté auprès de vous quand je partis.
Alors il fut emmené sans rançon
Et enfermé dans la douce prison
Dont les piliers sont de désir,
Les portes, de contemplation,
Et les chaînes, de bon espoir.

Amour a la clef de la prison,
Il la fait garder par trois portiers :
Beau visage a nom le premier,
Beauté exerce ensuite son pouvoir ;
Obstacle est mis devant l’entrée,
un être sale, félon, vulgaire et puant,
Plein de malveillance et de scélératesse.
Ces gardiens rusés et rapides
Ont tôt fait de se saisir d’un homme !

Qui pourrait supporter les brimades
Et les assauts de ces geôliers ?
Jamais Roland ni Olivier
Ne remportèrent de si rudes batailles.
Ils triomphèrent, les armes à la main,
Mais ceux-là, seule Humilité peut les vaincre
Dont Patience est le porte-étendard.
En ce combat dont je vous parle,
Il n’est d’autre recours que la pitié.

Dame, je ne redoute rien tant
Que de manquer à vous aimer.
J’ai tant appris la souffrance
Qu’elle m’est liée tout entier à vous.
Et même, s’il vous déplaisait,
Je ne pourrais renoncer à vous
Sans emporter au moins mes souvenirs.
Mon coeur, lui, restera en prison,
Et peut être moi-même…

(Thibaut de Champagne)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Rester humain (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2017



J’aime mon perchoir au bois sauvage,
J’aime boire aux torrents…
Vulgaires façons de miséreux
A tunique rude et crin chenu…
En fait de sagesse, je ne sais pas grand-chose,
Rester humain, voilà où j’excelle.

(Wang Wei)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Ceci n’est pas un poème (Fabrice Marzuolo)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017




    
Ceci n’est pas un poème

Ne sachant comment vivre
je cherchais quoi écrire
mais remplir une feuille blanche
avec des jours qui ressemblent
à de tristes dimanches
revient à fondre du noir sur du noir
je balayais du regard ici et là
espérant une inspiration un souffle
mais ce n’était pas comme un moteur
qui tousse et qu’on pousse
et qui ne redémarre jamais
car j’entendais bien mon cœur
battre et s’en foutre
c’est une horloge en somme
vulgaire peut-être qui décompte
les secondes qu’elles soient pleines ou pas
je me souviens de m’être dit alors
qu’il n’est pas certain que des poèmes
suffisent à remplir une vie
au fond n’est-ce pas comme tout ici-bas
quelques bouts de sparadrap
qu’on fiche sur la blessure d’être au monde
et à la fin voir ce qu’il en sort bon pour la casse

(Fabrice Marzuolo)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Vivre c’est oublier qu’on est mort
Editions: Du Contentieux

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :