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Poésie

Posts Tagged ‘coeur’

L’ANGE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




    
L’ANGE

j’ai rêvé un rêve. Que peut-il signifier ?
Et j’étais une jeune reine
Gardée par un doux ange :
Peine ingénue ne fut jamais troublée

Et je pleurais la nuit et le jour
Et il essuyait mes larmes
Et je pleurais le jour et la nuit
Et lui cachais le délice de mon coeur.

Alors il ouvrit ses ailes et s’envola,
Puis le matin rougit comme une rose rouge ;
Je séchai mes pleurs et armai mes craintes
De dix mille boucliers et de dix mille lances.

Bientôt mon ange revint ;
j’étais armé, il vint inutilement ;
Car le temps de la jeunesse était enfui
Et les cheveux gris étaient sur ma tête.

***

THE ANGEL

I Dreamt a Dream! what can it mean?
And that I was a maiden Queen
Guarded by an Angel mild:
Witless woe was ne’er beguil’d!

And I wept both night and day,
And he wip’d my tears away,
And I wept both day and night,
And hid from him my heart’s delight.

So he took his wings and fled;
Then the morn blush’d rosy red;
I dried my tears & arm’d my fears
With ten thousand shields and spears.

Soon my Angel came again:
I was arm’d, he came in vain,
For the time of youth was fled
And grey hairs were on my head.

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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BERCEUSE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



Illustration: Anne Yvonne Gilbert
    
BERCEUSE

Dors, dors, éclatante beauté,
En rêvant dans les joies de la nuit.
Dors, dors ; dans ton sommeil
De petits chagrins se tiennent et pleurent.

Doux enfant, sur ton visage
Je peux découvrir de doux désirs,
Joies secrètes et secrets sourires,
Gentilles enfantines petites ruses.

Pendant que je touche tes membres si doux,
Des sourires comme ceux du matin glissent
Sur ta joue et sur ta poitrine
Là où ton petit coeur se repose.

Oh, astucieuses ruses qui rampent
Dans ton petit coeur endormi !
Quand ton petit coeur s’éveillera
Alors la lumière terrible naîtra.

***

A CRADLE SONG

Sleep, Sleep! beauty bright
Dreaming o’er the joys of night.
Sleep, Sleep! in thy sleep
Little sorrows sit & weep.

Sweet Babe, in thy face
Soft desires I can trace,
Secret joys & secret smiles,
Little pretty infant wiles.

As thy softest limbs I feel,
Smiles as of the morning steal
O’er thy cheek, & o’er thy breast
Where thy little heart does rest.

O! the cunning wiles that creep
In thy little heart asleep;
When thy little heart does wake
Then the dreadful lightnings break.

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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Quelque part dans une maison calme (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




    
Quelque part dans une maison calme

le soleil passe à travers les volets
et la poussière se croyant seule se met à danser
sans autre bruit que celui que fait un insecte.

Il y a bien au loin le cri d’un enfant
ou celui d’un chien oppressé de solitude.
Il y a bien, dans l’herbe, le pas d’une source
où la mer vient, en se cachant, prendre pied.

Il n’y a plus soudain dans le jour immense
qu’un bourdon désorienté qui se cogne aux carreaux
qu’un oiseau brûlé de soleil
qui retombe comme une feuille au milieu des blés.

Et la chambre plus profonde que le monde
se tient dans l’ombre auprès de la porte
avec un coeur qui a cessé de battre
parce qu’il n’y a plus de soleil dans les volets.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les paysans dans l’été (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Illustration: Joseph Matar
    

Les paysans dans l’été sont si sûrs de leurs gestes
qu’il semble que la mort passe auprès d’eux sans les prendre.
Le plus petit ruisseau fait bouger la terre et part
en portant la clarté du jour et le poids des arbres.

Il y a un champ immense de soleil sur les blés
et les sources sont nues jusqu’à la ceinture
et belles de cailloux où la terre vient battre
de tout son coeur plein d’ombre et de lumière.

Il y a des bois clos de silence et de feuilles
qui pèsent sur le monde de toute leur épaule
et qui placés sur l’horizon comme veilleurs
font monter dans le ciel la nuit et les grands vents

les chemins qui contiennent les moissons
tombent des collines sur la grand’route
avec un bruit de voiture et de pas de chevaux
et c’est comme un grand cri qui fait frémir les blés.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le vent a beau vouloir me prendre à la gorge (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le vent a beau vouloir me prendre à la gorge,
l’ombre a beau vouloir me serrer contre les murs,
je reste toujours avec le même regard sur les yeux
avec le même coup de gong que le coeur donne au corps.

L’été écoute le battement d’une source
qui monte lentement sans remuer les herbes
et je n’existe plus que par le bruit
que ma vie fait pour passer dans la main.

Je tourne un instant mon visage vers la terre
qui va bouger de toutes ses feuilles, de toutes ses couleurs
parce que le soir qui tombe est plus beau que le jour
et que le ciel se répand comme un vin nouveau.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Dans le quartier solitaire (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Illustration: Grégoire Mathieu
    
Dans le quartier solitaire qu’on traverse en hâte
des volets se ferment sur des rires d’enfants
sur des voix très douces, très proches du coeur
qui font mal au passant, seul avec ses deux mains.

Prise dans la vitre, la tête d’une femme
supporte le poids de tout le paysage
et l’on sent qu’elle peut mourir en fermant les yeux
sans que bouge une feuille, sans que crie un oiseau.

Gluants d’étoiles, les carreaux sont moins noirs
sur l’ombre qui sort des chambres comme une forêt
qu’on ne peut arrêter, parce qu’il n’y a plus
sur les bords de la terre aucun fleuve de clarté.

Le vent est si las qu’il se pose sur la main
Un feu s’éteint sans cri au tournant de la nuit
et les fumées hautes marchent sur les toits
du pas tranquille de ceux qui sont morts.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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J’ai le cœur aussi grand qu’une place publique (Bernard Dimay)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017


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J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place publique
Ouvert à tous les vents
Voire à n’importe qui
Venez boire chez moi
Trois fois rien de musique
Et vous y resterez
Comme en pays conquis

J’ai le cœur en déroute
Il ne bat que d’une aile
Il bat comme un volet
Les nuits qu’il fait du vent
Ne le prenez jamais
Surtout comme modèle
Car je vais en mourir
Avant qu’il soit longtemps

À vingt ans, cœur joyeux
Moi qui ne savais rien
J’allais aux quatre coins
Des horizons du monde
Je croyais comme vous
Que la Terre était ronde
Et les hommes parfaits
Je m’en portais si bien

Mais le cœur que l’on porte
Au fond de sa poitrine
On ne le choisit pas
On en fait ce qu’on peut
Aux quatre coins de moi
Le chagrin se dessine
Mon bonheur à présent
Se meurt à petit feu

J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place de foire
On y vient sans façons
On y fait Dieu sait quoi
Mais je ne voudrais pas
Qu’on en fasse une histoire
Cette histoire de cœur
Ne regarde que moi

J’ai le cœur aussi grand
Qu’une place publique
Cette histoire de cœur
Ne regarde que moi

(Bernard Dimay)

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LES TROIS JEUNES FILLES (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Anne-Marie Zilberman (19)

LES TROIS JEUNES FILLES

J’ai rencontré trois jeunes filles :
Mon coeur, pourquoi tant d’émoi ?
Le temps n’est plus des bals sous les charmilles
Ni des propos d’amour sournois
Dont folles têtes se grisent :
Amour n’est point fait pour les barbes grises :
Mon coeur, mon vieux coeur, pourquoi tant d’émoi ?

Le temps n’est plus : me voici solitaire
Et lassé;
Mais de vous qu’est-il donc advenu
O jolie dame du notaire
Dont je baisais la gorge nue
Au temps passé ?

Et de Margot, la belle au dé,
Et de la demoiselle des Adrets,
Que reste-t-il désormais ?
Dents branlantes et mains ridées…
Mais où est le joyeux drille
Que j’étais ?

Le temps n’est plus, hélas! d’aimer :
J’ai rencontré trois jeunes filles.

(Tristan Klingsor)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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L’ami d’enfance (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Chantal Dufour  r-Portrait [1280x768]

L’ami d’enfance

Un ami me parlait et me regardait vivre :
Alors, c’était mourir… mon jeune âge était ivre
De l’orage enfermé dont la foudre est au coeur ;
Et cet ami riait, car il était moqueur.
Il n’avait pas d’aimer la funeste science.
Son seul orage à lui, c’était l’impatience.
Léger comme l’oiseau qui siffle avant d’aimer,
Disant :  » Tout feu s’éteint, puisqu’il peut s’allumer ;  »
Plein de chants, plein d’audace et d’orgueil sans alarme,
Il eût mis tout un jour à comprendre une larme.

De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs ;
J’étais déjà l’aînée, hélas ! Par bien des pleurs.
Décorant sa pitié d’une grâce insolente,
Il disputait, joyeux, avec ma voix tremblante.
À ses doutes railleurs, je répondais trop bas…
Prouve-t-on que l’on souffre à qui ne souffre pas ?
Soudain, presque en colère, il m’appela méchante
De tromper la saison où l’on joue, où l’on chante :
 » Venez, sortez, courez où sonne le plaisir !
Pourquoi restez-vous là navrant votre loisir ?
Pourquoi défier vos immobiles peines ?
Venez, la vie est belle, et ses coupes sont pleines ! …
Non ? Vous voulez pleurer ? Soit ! J’ai fait mon devoir :
Adieu ! – quand vous rirez, je reviendrai vous voir.  »
Et je le vis s’enfuir comme l’oiseau s’envole ;
Et je pleurai longtemps au bruit de sa parole.

Mais quoi ? La fête en lui chantait si haut alors
Qu’il n’entendait que ceux qui dansent au dehors.
Tout change. Un an s’écoule, il revient… qu’il est pâle !
Sur son front quelle flamme a soufflé tant de hâle ?
Comme il accourt tremblant ! Comme il serre ma main !
Comme ses yeux sont noirs ! Quel démon en chemin
L’a saisi ? – c’est qu’il aime ! Il a trouvé son âme.
Il ne me dira plus :  » Que c’est lâche ! Une femme.  »
Triste, il m’a demandé :  » C’est donc là votre enfer ?
Et je riais… grand dieu ! Vous avez bien souffert !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Chantal Dufour

 

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Petit Bonhomme vit encore (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017


Après midi, dans l’ombre fraîche,
Nous étions entre jeunes gens;
L’Amour vint et voulut jouer
Au Petit Bonhomme avec nous.

Joyeux, chacun de mes amis
Avait près de lui son « cher coeur »;
L’Amour souffla sur son flambeau
Et dit: « Prenez cette chandelle! »

Et l’on fit circuler en hâte
Le flambeau qui brûlait sans flamme;
Chacun le glissa prestement
Entre les doigts de son voisin.

Et Dorilis me le tendit
De son air moqueur et railleur.
Ma main l’ayant touchée à peine,
La chandelle flambe à feu vif,

Me brûle les yeux, le visage,
Me met en flammes la poitrine,
Et ce brasier eût pour un peu
Jailli au-dessus de ma tête.

Je crus l’éteindre d’une tape,
Pourtant son feu dure toujours.
Au lieu de mourir, le bonhomme
Etait chez moi en pleine vie.

***

Stirbt der Fuchs, so gilt der Balg

Nach Mittage sassen wir
Junges Volk im Kühlen;
Amor kam, und stirbt der Fuchs
Wollt er mit uns spielen.

Jeder meiner Freunde sass
Froh bey seinem Herzchen;
Amor blies die Fackel aus,
Sprach: Hier ist das Kerzchen!

Und die Fackel, wie sie glomm,
Liess man eilig wandern,
Jeder drückte sie geschwind
In die Hand des andern.

Und mir reichte Dorilis
Sie mit Spott und Scherze;
Kaum berührt mein Finger sie,
Hell entflammt die Kerze,

Sengt mir Augen und Gesicht,
Setzt die Brust in Flammen,
Über meinem Haupte schlug
Fast die Gluth zusammen.

Löschen wollt ich, patschte zu,
Doch es brennt beständig;
Statt zu sterben ward der Fuchs
Recht bey mir lebendig.

(Goethe)

Illustration

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