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Poésie

Posts Tagged ‘coeur’

La jeune Muse était fidèle (Vassili Joukovski)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration: Rafal Olbinski
    
La jeune Muse était fidèle
Et me suivait de lieu en lieu.
L’inspiration, toujours nouvelle,
Volait à moi du haut des cieux.
Elle animait de sa lumière
Tous les visages de la vie,
Je lui vouais ma vie entière :
Vivre était vivre en poésie.

Or, aujourd’hui je sens l’absence
De l’être qui m’offrait ces chants,
La harpe dort dans le silence,
Le cœur est lourd et somnolent.
De moi espoir et de mon aide
Saurai-je attendre le retour ;
Ma perte est-elle sans remède,
La voix éteinte pour toujours?

Pourtant, ce que des temps magiques
J’ai su garder jusqu’aujourd’hui,
Les clairs, les sombres, les uniques
Instants vivants des jours enfuis,
Les heurs des songes solitaires,
Sublimes de fragilité,
Je te les offre et te vénère,
O pur génie de la beauté !

Je ne sais pas pour quelle aurore
Peut revenir la poésie,
Mais ton étoile brille encore,
Je te connais, ô pur génie!
Tant que mon âme s’ illumine
De l’approche que je pressens,
Le charme vit, l’heure est divine,
Et le passé est le présent.

(Vassili Joukovski)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud
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Je vous aimais (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration: Lisa G    
    
Je vous aimais… l’amour n’est pas, peut-être,
Au fond du cœur totalement éteint,
Mais devant vous je le fais disparaître,
Je ne veux pas vous causer de chagrin.

Je vous aimais sans mots, sans rien attendre,
Timide ou torturé de jalousie ;
Je vous aimais d’un amour pur et tendre —
Dieu veuille qu’on vous aime encore ainsi.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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ÉLÉGIE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration
    
ÉLÉGIE

La bruyante folie de ma jeunesse
Me pèse comme un lendemain d’ivresse.
Et comme fait le vin, plus le remords
Vieillit au fond du coeur, plus il est fort.
Ma route est sombre. Les années futures
Ne m’annoncent qu’épreuves et tortures.

Et cependant, je ne veux pas mourir,
Non, je veux vivre, et penser, et souffrir ;
Et, je le sais, j’aurai d’autres jouissances
Dans les soucis, l’angoisse et les errances :
Je connaîtrai des rêves d’harmonie,
Des larmes devant l’oeuvre du génie
Et je verrai l’amour — peut-être — luire
Sur mon déclin de son dernier sourire.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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La poésie meurt. L’époque est muette… (Mihály Babits)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



La poésie meurt. Nos mains trop hardies
Ont déchiré le cœur de violon
De cette enfant frêle et l’ont tourmenté
Pour en tirer des sons trop violents;
Elle ne peut plus que geindre, aujourd’hui,
Comme un moribond… Plus de rythme, dans
Son cri de douleur! Ni mots! Ni syllabes!
L’esprit clair, le cœur musical se taisent.
On n’entend que les poumons qui halètent,
La gorge qui crie, l’estomac qui rêve.
La poésie meurt. L’époque est muette…

(Mihály Babits)


Illustration

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La Vierge de Sunam (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Pedro Américo_1879_Davi_e_Abisag [800x600]

La Vierge de Sunam

On dit qu’au vieux David, pale et transi par l’âge,
Tandis qu’autour de lui fumaient les trépieds d’or,
Et que des grands lions la dépouille sauvage
S’enroulait à son sein, sans réchauffer encor,

Pour réveiller le maître, en sa couche glacée,
Un serviteur fidèle, un soir, vint amenant
Superbe et demi-nue, et la tête baissée,
La brune Abizaïg, la vierge de Sunam ;

Sur sa gorge ondoyante et dans sa chevelure
On répandit les flots de la myrrhe et du nard,
Comme la jeune épouse, elle ôta sa ceinture
Et se glissa, timide, aux côtés du vieillard ;

Des filles d’Orient aux formes enivrantes
C’était la plus ardente et la plus belle à voir,
Avec ses longs cheveux qu’en vagues odorantes
Sur le grand moribond, elle laissa pleuvoir.

Les tympanons d’airain frissonnaient autour d’elle,
Tandis que, suspendue aux lèvres du vieux roi,
La vierge souriait, comme la fleur fidèle,
Dont les bras embaumés pressent un tombeau froid.

Et versant à l’entour, les parfums de la nue,
La nuit, la nuit a vu, de ses prunelles d’or,
Ce qu’il faut de baisers et d’ardeur inconnue
Pour rallumer une âme et réchauffer un mort.

Vierge, je ne suis pas le vieux roi centenaire !
Le temps n’a point encor fait blanchir mes cheveux,
À peine quelques jours, j’ai paru sur la terre,
Et je vois mon berceau, quand je tourne les yeux.

Pourtant, comme un vieillard, j’ai l’âme froide et nue,
Voilà que tout mon cœur est éteint maintenant,
Et je m’en vais mourir, car tu n’es pas venue,
Ô brune Abizaïg, ô vierge de Sunam !

(Louis Bouilhet)

Illustration: Pedro Américo

 

 

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LES CROASSEMENTS (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2018



LES CROASSEMENTS

Amis, ne laissez pas croasser vos idées.
Des idées qui croassent finissent par becqueter.
Elles iraient becqueter jusqu’à l’os vos bestiaux, vos songes, vos sourires.
Et puis, c’est votre coeur qui serait dévoré.
Non, non, pour les idées, pas de croassements, et rien que des cantiques.

(Norge)


Illustration: Odilon Redon

 

 

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Un coeur bat dans tout (Saint-Pol Roux)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2018



 

Clint Newsham ed

un coeur bat dans tout, une idée
se concentre en tout, même dans les pierres du chemin,
et de même que tous les organismes s’orientent vers le soleil,
ce coeur et cette idée s’orientent vers l’idée suprême
et le coeur souverain du monde

(Saint-Pol Roux)

Illustration: Clint Newsham

 

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NUIT (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



NUIT

Seule dans le silence
Mais avec ce coeur sourd où bat le sang du monde
Tu gis les doigts rejoints et les jambes serrées.
Rien ne vit que ce dur battement de tonnerre,
Ce bruit de pas et de canons dans ma poitrine.
Je guette un souffle au loin dans la nuit qui me cerne,
Un souffle de soleil sur les rives d’enfance.
Bouche pleine d’une eau de l’ombre, mes appels
Se taisent engloutis sous l’inerte marée
Où seule je vous noue à moi.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Liliana Sanches 

 

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TU N’ES PLUS L’ENFANT TRISTE… (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 Bruno Walpoth samuel [800x600]

Tu n’es plus l’enfant triste au coeur des soirs tombants
Qui toujours attendait qu’on vienne ouvrir sa porte…
Ni le coeur terrifié d’avoir déjà vingt ans
Qui veillait et pleurait sur son enfance morte.

O mon Dieu, Vous avez voulu que je connaisse
Cet ineffable espoir et cette certitude
Que l’amour a tendu les bras vers ma jeunesse.
Vous faites murmurer sur tant de solitude

Le vent du large, lourd de parfums inconnus,
Mon coeur — marin perdu qui pressent une terre,
Ne songe pas qu’il fut malade et qu’il est nu,

Et je croise les mains, attendant le mystère.

(François Mauriac)

 Illustration: Bruno Walpoth

 

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Pour que demeure le secret (Max Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018


 


 

Pour que demeure le secret
Nous tairons jusqu’au silence

Nul oiseau n’est coupable
Du tumulte de nos coeurs

La nuit n’est responsable
De nos jours au fil de mort

Il n’est que grande innocence
Et des colonnes en marche

Mais les plaines soulignent
Notre solitude de leur blé.

(Max Pol Fouchet)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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