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Poésie

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Je suis riche de soirs et d’aurores (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2019



 

Antoine Calbet (3)

Je suis riche de soirs et d’aurores,
De chants, de parfums, de clarté ;
Quel fruit cueillerais-je encore
Au verger de ta beauté ?

Je suis ivre d’étés et d’automnes,
De fleurs, de fruits et de vins ;
Tu m’as fait de toi-même aumône :
Qu’aurais-je imploré demain ?

Mon rêve est réalisé
(L’avais-je rêvé si beau ?)
Et pourtant mon cœur est brisé,
Et je songe qu’on rêve au tombeau.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Antoine Calbet

 

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L’AMI MORTEL (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2019



L’AMI MORTEL
A Bernard Milleret.

Chaque matin son pas m’éveille
Dans cette poitrine de plomb
Où le soleil, grand fauve blond,
Se fait attendre et m’émerveille.

Tout le jour, son pas traîne long
Dans les couloirs. Je tends l’oreille :
Qui de nous deux l’autre surveille
Ou le désire ? — c’est selon…

Mais vainement à le surprendre
Je m’efforce : il a dû m’entendre :
Rien qu’une fleur sur le plancher…

Rien qu’une fleur au coeur de suie
Qui me parle de mon péché !
— Puis le soir ramène la pluie…

(Jean Rousselot)

Illustration

 

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Je ne veux pas mourir (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



Illustration: Josephine Wall
    
Je ne veux pas mourir

Je refuse de mourir dans ce monde si beau,
Je désire vivre parmi les hommes,
Sous ces rayons du soleil au milieu de ces parterres
Si je trouvais un coin dans un coeur vivant.
Le jeu de la vie s’écoule le long de la terre,
Eloignements et rapprochements accompagnent les rires et les pleurs,
Si je peux créer une demeure immortelle
En composant une chanson avec la joie et la peine humaines.
Sinon, que je puisse me réfugier
Au milieu de vous tous pour le reste de ma vie :
Puis-je aider à s’épanouir un bouquet de chanson toujours nouvelles
Pour que tu puisses les cueillir à l’aube et à la tombée de la nuit.
Ayant accepté ces fleurs avec un sourire
Les jeter lorsqu’elles auront fané.

***

Life

I do not want to die out in this beautiful world,
I long to live among men,
Under this sunlight, in this grove of flowers
If I find a place inside a living heart.
The play of life is ever flowing on earth,
Separation, reunion accompanying laughter and tears,
If I can create an immortal abode
By composing a song with human joy and sorrow.
If I cannot, let me have my refuge
In your midst for the rest of my life :
May I help blossoming flowers of ever new songs
For you to pluck at dawn and at dusk.
After accepting those flowers with a smiling face
Throw them away once the flowers will have faded.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Notre Pain (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019




    
Notre Pain
Pour Alejandro Gamboa

On prend le petit-déjeuner… Humide terre
de cimetière à l’odeur de sang aimé.
Ville d’hiver… La cuisante traversée
d’une charrette qui semble traîner
une émotion de jeûne enchaînée!

On voudrait toquer à toutes les portes
et demander je ne sais qui; et puis
voir les pauvres et, en pleurant tout bas,
donner des petits bouts de pain frais à tous.
Et saccager les vignes des riches
avec les deux mains saintes
qui dans une échappée de lumière
s’envolèrent déclouées de la Croix!

Cils du matin, ne vous levez pas!
Notre pain de chaque jour, donne-le-nous,
Seigneur… !

Mes os ne sont pas à moi;
peut-être les ai-je volés!
Je suis venu m’arroger ce qui sans doute
était assigné à un autre;
et je pense que, si je n’étais pas né,
un autre pauvre aurait pris ce café!
Je suis un mauvais larron… Où irai-je!

Et en cette heure froide, où la terre
est si triste et fleure la poussière humaine,
je voudrais toquer à toutes les portes,
et supplier je ne sais qui, pardon,
et lui faire des petits bouts de pain frais
ici, dans le four de mon coeur !

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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POUR DANSER SEULEMENT (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

POUR DANSER SEULEMENT

Misère misère en lambeaux
crimes en dentelles
pour les coeurs et les cerveaux
au rendez-vous des demoiselles

Sommes-nous nus
ou démontables
à la lueur des chalumeaux
quand la lune se met à table

Heure des aveux pour les aveugles
minuit tapant
aux portes des grandes villes
et le sang coule dans les ruisseaux
Sauvez la face sauvez le feu

volez au secours des oiseaux
nous retrouverons les hirondelles
les libellules les demoiselles

(Philippe Soupault)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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Le moindre vent sèche les routes (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



Tu t’étonnes, coeur vieillissant,
de survivre à tant de déroutes?

La plus grande douleur
n’est jamais qu’un passant.

Le moindre vent sèche les routes.

(François Mauriac)

Illustration: Claude Cordier 

 

 

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Un poète est un enfant qui ne meurt pas (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



Au départ de tout destin poétique,
il y a le songe.
Je doute si aucun enfant a transposé la vie
plus que je ne l’ai fait.
C’est d’ailleurs commun à cet âge.

Mais ai-je jamais interrompu cette transposition?
Un poète est un enfant qui ne meurt pas,
un enfant qui survit,
privé des anges tutélaires de l’enfance,
un enfant sans garde-fou,
en proie à toutes les passions d’un coeur d’homme,
d’une chair d’homme,
à toute l’obscure frénésie du sang.

(François Mauriac)

Illustration: Mélusine Thiry

 

 

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Oubli (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

Alex Alemany-38

Oubli

I

Mon coeur, ô ma Chimère, est une cathédrale
Où mes chastes pensers, idolâtres du Beau,
S’en viennent à minuit sous la flamme lustrale
Râler leur requiem au pied de ton tombeau.

J’ai dressé sous le ciel du dôme un sarcophage
Dont la grave épitaphe en strophes de granit
Proclamera de l’aube à l’ombre et d’âge en âge
L’amen et l’hosanna de notre amour bénit.

II

Mon coeur est une crypte où parmi les pilastres
S’enroulent les remous de l’encens des oublis,
Et par l’heure qui luit de la lueur des astres
La paix des nuits se mire en les pavés polis.

Sur le carrare froid des marches sépulcrales
Déjà mes vieux pensers sont pâmés de sommeil :
Les lampadaires d’or s’endorment en spirales,
Et, ô la glauque aurore en le vitrail vermeil !

(Stuart Merrill)

Illustration: Alex Alemany

 

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BAGARRES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



 

BAGARRES

Je me bats le jour je me bats la nuit
batailles contre la mélancolie
cette vieille pieuvre toujours éveillée
qui me guette au coin des années
au coin des rues et des souvenirs
et lance son refrain mourir
alors que je veux vivre mille fois
que je veux aimer que je veux la joie
qu’il est temps enfin d’espérer
temps de croire temps de respirer

Je porte une flamme dans mon coeur
elle brûle c’est mon enfant ma soeur
c’est la vie qui sourit qui murmure
c’est le temps qui fuit pour que dure
le grand incendie toute la vie
sans remords sans mélancolie
dans l’univers qu’ont créé
les rêves et toute la vérité
seule vérité ma vérité lumière
pour aujourd’hui demain hier

(Philippe Soupault)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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De son bâton noueux et dur (Jean-Marc Soriano)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2019




    
De son bâton noueux et dur
Un éleveur mène sa vache vers l’abattoir,
Il la regarde sans tendresse, sans un mot, sans la voir
Comme une chose sans coeur
Alors qu’elle a pour lui le regard du chien.

(Jean-Marc Soriano)

 

Recueil: Une nuit de 7 jours
Traduction:
Editions: Petitfleur

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