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CHERCHER (Olly Komenda-Soentgerath)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020



Illustration: Edvard Munch
    
Poem in French,Dutch, Spanish, English,Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Malaya, Filipino, Hebrew, Tamil

Poem of the Week Ithaca 637
by OLLY KOMENDA-SOENTGERATH, Czech Republic (1923)
From: « Das schläft mir nachts unter den Lidern », Heiderhoff Verlag
© by Carsten Pfeiffer, Leipzig.

─ All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt ─

CHERCHER

Avec la canne blanche de l’aveugle
j’ai frappé la terre à la recherche d’un être humain.
Chaque fois seul le sable bruissait en glissant sous elle.
Mais aujourd’hui,
aujourd’hui
j’ai heurté la roche dure
et la profondeur
m’a renvoyé
un écho :
ta voix.

Traduction Elisabeth Gerlache

***

ZOEKEN

Met de witte stok van de blinde
heb ik de aarde afgeklopt naar een mens.
Er ritselde telkens alleen maar zand onder hem weg.
Maar vandaag,
vandaag
stootte ik op vast gesteente,
en de diepte
stuurde een echo
naar mij toe:
jouw stem.

Vertaling Germain Droogenbroodt

***

BUSCAR

Con el bastón blanco del ciego
he estado buscando un humano en la tierra.
Siempre hallé arena goteando bajo sus pies.
Pero hoy,
hoy
me topé con una roca sólida,
y la profundidad
me envió un eco:
tu voz.

Traducción Rafael Carcelén

***

SEARCHING

With the white cane of the blind
I tapped the earth, searching for a human.
Only sand was always rustling away beneath.
But today
today
I struck solid rock,
and the depth
sent an echo
up to me:
your voice.

Translation Stanley Barkan

***

CERCARE

Con il bastone bianco del cieco,
battevo la terra, cercando un essere umano.
La sabbia frusciava sempre di sotto.
Ma oggi,
oggi
ho colpito la solida roccia,
e le sue viscere
hanno inviato un’eco
fino a me:
la tua voce.

Traduzione di Luca Benassi

***

SUCHEN

Mit dem weißen Stock des Blinden
hab‘ ich die Erde abgeklopft nach einem Menschen.
Es rieselte immer nur Sand unter ihm weg.
Heut‘ aber
heute
stieß ich auf festes Gestein,
und die Tiefe
schickte ein Echo
herauf zu mir:
deine Stimme.

Übersetzung Wolfgang Klinck

***

BUSCAR

Com o bastão branco do cego
estive buscando um ser humano na terra.
Sempre encontrei areia gotejando sob seus pés.
Mas hoje,
encontrei uma rocha sólida.
e a profundidade
enviou-me um eco:
a tua voz.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia

***

CIRCANNU

Cu lu bastuni biancu di li orbi
Battivi la terra, circannu un siri umanu.
C’era sempri rina ca frusciava ddassutta.
Ma oggi,
oggi
tuccavi petra viva
e di ddassutta ‘n funnu
mi nchianau:
n’ecu
la to vuci.

Traduzzioni di Gaetano Cipolla

***

CĂUTARE

Cu bastonul alb, de orb,
am tot lovit pământul în căutarea unui om.
Din el n-a ieșit decât pleavă
iar astăzi
astăzi
am ajuns la o stâncă,
ce din adânc
m-a întâmpinat
cu ecoul
vocii tale.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

POSZUKUJĄC

Białą laską niewidomych
Opukiwałam ziemię, poszukując człowieka.
Piasek zawsze osypywał się w dole z szelestem.
Ale dzisiaj,
dzisiaj
uderzyłam litą skałę
a głębia
odesłała do mnie
echo:
twój głos.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień−Małgorzata Żurecka

***

ΨΑΧΝΟΝΤΑΣ

Με το μπαστούνι του τυφλού
τη γη εχτύπησα
άνθρωπο για να βρω
κι η άμμος θρόισε σε βάθος.
Σήμερα όμως
βράχο χτύπησα
που αντήχησε:
τη φωνή σου

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη//translated by Manolis Aligizakis

***

搜 寻

用盲人的白手杖,
我敲打大地,寻找人。
沙子总在下面沙沙流响。
但今天,
今天
我撞到了坚硬的岩石,
而深处
发上来一种回音
给我:
“你的声音”。

Chinese translation William Zhou

***

بحث

بعصا بيضاء للمكفوفين،
تلمست طريقي على الأرض، لعلي أصادف إنسانا.
فعلى الدوام، كانت الرمال تنزاح من طريقي في كل اتجاه
لكن اليوم،
هذا اليوم
أصبت صخرة صلدة،
وترامى إلى مسامعي صوت صداها في الأعماق وهو يردد:
إنه صوتك.

Arabic translation Amal Bouchareb

***

ढूंढ रहा हूं

अंधे के सफेद बेंत के साथ,
मैंने पृथ्वी को टैप किया,
मानव की तलाश की।
रेत हमेशा नीचे की ओर
सरसराहट कर रही थी।
लेकिन आज,
आज
मैंने ठोस पत्थर मारा,
और गहराई
एक प्रतिध्वनि भेजी
मेरे ऊपर:
तुम्हारी आवाज़।

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur

***

探し求めて

盲の白杖で地面をたたく
人を求めて
砂はいつも下でさらさらと音を立てる
ところが今日
そう今日のこと
硬い岩を叩いたならば
深くからこだまがしたのだ
私のところまで
君の声が

Japanese translation Manabu Kitawaki

***

جستجو
با عصای سفید کوران،
من بر زمین زدم، در جستجوی انسان.
ماسه همیشه زیرش خش خش میکرد.
اما امروز،
امروز
عصایم به سنگ سختی اصابت کرد،
و ازاعماق
پژواکی فرستاد
برایم:
از صدایت.
اولی کومندا-سوئنتگرات، چک ریپابلیک
ترجمه: سپیده زمانی

Farsi translation by Sepideh Zamani

***

ТЪРСЕЙКИ

С белия бастун на слепия,
аз почуквах земята, търсейки човека.
Пясък винаги свистеше отдолу.
Но днес,
днес
ударих по твърда скала
и дълбочината
изпрати едно ехо
до мен:
твоя глас.

превод от английски: Иван Христов
Bulgarian translation Ivan Hristov

***

AÐ LEITA

Með hvíta blindrastafnum
bankaði ég á jörðina í leit að manneskju.
Það sáldraðist aðeins sandur undan honum.
En í dag,
í dag
hitti ég á harðan stein
og djúpið
sendi mér
bergmál:
rödd þína.

Þór Stefánsson þýddi samkvæmt enskri þýðingu

***

ИЩУ

Моя белая трость слепого
по дорогам стучала, искала кого-то.
Под ногами все время шуршал лишь песок.
Носегодня,
сегодня
на пути встал гранит,
и пропасть
отозвалась
эхом:
твоим голосом.

ПереводГДарьиМишуевой
Russian translation by Daria Mishueva

***

PENCARIAN

Denganrotanputih orang buta
akumengetukbumi,mencarimanusia.
Hanyadesiranpasiryang berkarat di bawah.
Tapihariini
hariini
akuketuk batu pejal
dan kedalamannya
mengirimgema
kepadaku:
suaramu.

Penterjemah: Dr.Raja Rajeswari Seetha Raman

***

NAGHAHANAP

Gamit ang kulay puting tungkod ng bulag,
Tinapik ko ang lupa, hinahanap ang isang tao.
Buhangin sa ilalim ay laging kumakaluskos.
Subalit ngayon,
ngayon
Tinamaan ko ang malaking bato,
at ang kailaliman
ay nagpahatid ng alingawngaw
patungo sa akin:
ang iyong tinig.

Translated in Filipino by Eden Soriano Trinidad

***
חיפוש

בַּמַּקֵּל הַלָּבָן שֶׁל הָעִוֵּר,
הִקַּשְׁתִּי עַל הַקַּרְקַע, חִפַּשְׂתִּי בֶּן אֱנוֹשׁ.
הַחוֹל הָיָה תָּמִיד מְרַשְׁרֵשׁ וְחוֹמֵק הָלְאָה לְמַטָּה.

אֲבָל הַיּוֹם,
הַיּוֹם
פָּגַעְתִּי בְּסֶלַע מוּצָק,
וְהַמַּעֲמַקִּים
שָׁלְחוּ הֵד
לְמַעְלָה עַד אֵלַי:
קוֹלְךָ.

תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Hebrew translation Dorit Weisman

***

தேடுதல்!

குருடனின் வெள்ளைக் கைத்தடியை வைத்து
பூமியைமெல்லத் தட்டினேன், மனிதனைத் தேடி
கீழிருக்கும் மணல் செய்யும் ஓசையோடு

ஆனால் இன்று
வலிமையான பாறையைத் தட்டினேன்
அதன் ஆழம்
ஓர் எதிரொலியை அனுப்பியது
என்வரை;
உனது குரல்!

Tamil translation N.V. Subbaraman

(Olly Komenda-Soentgerath)

 

Recueil: ITHACA 637
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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La nuit (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020



    

La nuit

I.

Le ciel d’étain au ciel de cuivre
Succède. La nuit fait un pas.
Les choses de l’ombre vont vivre.
Les arbres se parlent tout bas.

Le vent, soufflant des empyrées,
Fait frissonner dans l’onde où luit
Le drap d’or des claires soirées,
Les sombres moires de la nuit.

Puis la nuit fait un pas encore.
Tout à l’heure, tout écoutait ;
Maintenant nul bruit n’ose éclore ;
Tout s’enfuit, se cache et se tait.

Tout ce qui vit, existe ou pense,
Regarde avec anxiété
S’avancer ce sombre silence
Dans cette sombre immensité.

C’est l’heure où toute créature
Sent distinctement dans les cieux,
Dans la grande étendue obscure
Le grand Être mystérieux !

II.

Dans ses réflexions profondes,
Ce Dieu qui détruit en créant,
Que pense-t-il de tous ces mondes
Qui vont du chaos au néant ?

Est-ce à nous qu’il prête l’oreille ?
Est-ce aux anges ? Est-ce aux démons ?
A quoi songe-t-il, lui qui veille
A l’heure trouble où nous dormons ?

Que de soleils, spectres sublimes,
Que d’astres à l’orbe éclatant,
Que de mondes dans ces abîmes
Dont peut-être il n’est pas content !

Ainsi que des monstres énormes
Dans l’océan illimité,
Que de créations difformes
Roulent dans cette obscurité !

L’univers, où sa sève coule,
Mérite-t-il de le fixer ?
Ne va-t-il pas briser ce moule,
Tout jeter, et recommencer ?

III.

Nul asile que la prière !
Cette heure sombre nous fait voir
La création tout entière
Comme un grand édifice noir !

Quand flottent les ombres glacées,
Quand l’azur s’éclipse à nos yeux,
Ce sont d’effrayantes pensées
Que celles qui viennent des cieux !

Oh ! la nuit muette et livide
Fait vibrer quelque chose en nous !
Pourquoi cherche-t-on dans le vide ?
Pourquoi tombe-t-on à genoux ?

Quelle est cette secrète fibre ?
D’où vient que, sous ce morne effroi,
Le moineau ne se sent plus libre,
Le lion ne se sent plus roi ?

Questions dans l’ombre enfouies !
Au fond du ciel de deuil couvert,
Dans ces profondeurs inouïes
Où l’âme plonge, où l’oeil se perd,

Que se passe-t-il de terrible
Qui fait que l’homme, esprit banni,
A peur de votre calme horrible,
Ô ténèbres de l’infini ?

(Victor Hugo)

 

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A celle qui est voilée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2020



    

A celle qui est voilée

Tu me parles du fond d’un rêve
Comme une âme parle aux vivants.
Comme l’écume de la grève,
Ta robe flotte dans les vents.

Je suis l’algue des flots sans nombre,
Le captif du destin vainqueur ;
Je suis celui que toute l’ombre
Couvre sans éteindre son coeur.

Mon esprit ressemble à cette île,
Et mon sort à cet océan ;
Et je suis l’habitant tranquille
De la foudre et de l’ouragan.

Je suis le proscrit qui se voile,
Qui songe, et chante, loin du bruit,
Avec la chouette et l’étoile,
La sombre chanson de la nuit.

Toi, n’es-tu pas, comme moi-même,
Flambeau dans ce monde âpre et vil,
Ame, c’est-à-dire problème,
Et femme, c’est-à-dire exil ?

Sors du nuage, ombre charmante.
O fantôme, laisse-toi voir !
Sois un phare dans ma tourmente,
Sois un regard dans mon ciel noir !

Cherche-moi parmi les mouettes !
Dresse un rayon sur mon récif,
Et, dans mes profondeurs muettes,
La blancheur de l’ange pensif !

Sois l’aile qui passe et se mêle
Aux grandes vagues en courroux.
Oh, viens ! tu dois être bien belle,
Car ton chant lointain est bien doux ;

Car la nuit engendre l’aurore ;
C’est peut-être une loi des cieux
Que mon noir destin fasse éclore
Ton sourire mystérieux !

Dans ce ténébreux monde où j’erre,
Nous devons nous apercevoir,
Toi, toute faite de lumière,
Moi, tout composé de devoir !

Tu me dis de loin que tu m’aimes,
Et que, la nuit, à l’horizon,
Tu viens voir sur les grèves blêmes
Le spectre blanc de ma maison.

Là, méditant sous le grand dôme,
Près du flot sans trêve agité,
Surprise de trouver l’atome
Ressemblant à l’immensité,

Tu compares, sans me connaître,
L’onde à l’homme, l’ombre au banni,
Ma lampe étoilant ma fenêtre
A l’astre étoilant l’infini !

Parfois, comme au fond d’une tombe,
Je te sens sur mon front fatal,
Bouche de l’Inconnu d’où tombe
Le pur baiser de l’Idéal.

A ton souffle, vers Dieu poussées,
Je sens en moi, douce frayeur,
Frissonner toutes mes pensées,
Feuilles de l’arbre intérieur.

Mais tu ne veux pas qu’on te voie ;
Tu viens et tu fuis tour à tour ;
Tu ne veux pas te nommer joie,
Ayant dit : Je m’appelle amour.

Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
Si nul devoir ne le défend ;
Viens voir mon âme dans son antre,
L’esprit lion, le coeur enfant ;

Viens voir le désert où j’habite
Seul sous mon plafond effrayant ;
Sois l’ange chez le cénobite,
Sois la clarté chez le voyant.

Change en perles dans mes décombres
Toutes mes gouttes de sueur !
Viens poser sur mes oeuvres sombres
Ton doigt d’où sort une lueur !

Du bord des sinistres ravines
Du rêve et de la vision,
J’entrevois les choses divines… –
Complète l’apparition !

Viens voir le songeur qui s’enflamme
A mesure qu’il se détruit,
Et, de jour en jour, dans son âme
A plus de mort et moins de nuit !

Viens ! viens dans ma brume hagarde,
Où naît la foi, d’où l’esprit sort,
Où confusément je regarde
Les formes obscures du sort.

Tout s’éclaire aux lueurs funèbres ;
Dieu, pour le penseur attristé,
Ouvre toujours dans les ténèbres
De brusques gouffres de clarté.

Avant d’être sur cette terre,
Je sens que jadis j’ai plané ;
J’étais l’archange solitaire,
Et mon malheur, c’est d’être né.

Sur mon âme, qui fut colombe,
Viens, toi qui des cieux as le sceau.
Quelquefois une plume tombe
Sur le cadavre d’un oiseau.

Oui, mon malheur irréparable,
C’est de pendre aux deux éléments,
C’est d’avoir en moi, misérable,
De la fange et des firmaments !

Hélas ! hélas ! c’est d’être un homme ;
C’est de songer que j’étais beau,
D’ignorer comment je me nomme,
D’être un ciel et d’être un tombeau !

C’est d’être un forçat qui promène
Son vil labeur sous le ciel bleu ;
C’est de porter la hotte humaine
Où j’avais vos ailes, mon Dieu !

C’est de traîner de la matière ;
C’est d’être plein, moi, fils du jour,
De la terre du cimetière,
Même quand je m’écrie : Amour !

(Victor Hugo)

 

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DANS LES SIRÈNES (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



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DANS LES SIRÈNES

Dans les sirènes d’usine
Dans les klaxons
de cinq heures
dans le crissement des pneus
Dans le fracas
continu de la ville
J’entends la mer

Dans les profondeurs du sommeil
pans les secrets voyages de la nuit
Dans le noir blessé des néons
Je vois la mer

Et près des réverbères perdus
Je me suis appuyé les soirs de pluie
A la rambarde des trottoirs
Sans parapluie

(Gilles Vigneault)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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REPIT (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2020




    
REPIT

Nombreuses et grandes
Sont mes tentatives —
Dans les profondeurs et dans les hauteurs,
Entre les ténèbres et la lumière,
De l’atome aux galaxies,
Du premier baiser sur les lèvres
Au dernier baiser sur les paupières,
De la fleur au serpent,
Du pain au poison,
De la caresse au poignard,
Du rugissement du lion
Au chant de l’alouette,
De moi,
Saisi par les vrilles du temps,
A toi,
Qui laisses s’enrouler distraitement le temps
Dans ton giron, comme une pelote.
Du rivage de mes heures,
Je contemple les bords de tes éternités.
Mon compas
Elargit son angle
Jusqu’à 180°.
Je regarde,
Et les lointains que j’aperçois
Sont poussière de voie lactée.
Mes ères
Frappent avec des poings d’enfant
A ta porte d’azur
Cloutée d’étoiles.
Que faire ?
Je n’ai pas de bateau qui puisse
Me mener par-delà les frontières de mon être,
Et lorsque je reviens en moi-même, je vois toujours
Des immensités et des ports qui ne sont que rêves.
Ma halte
Est celle du vent
Que l’air délogera
D’entre deux branches frémissantes

(Mihai Beniuc)

 

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Chaque soir vient le Sauveur (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2020



Chaque soir vient le Sauveur
vers celui qui sait l’attendre.
C’est lui qui viendra te prendre
dans la nuit des profondeurs.

Il marche sur l’eau du lac,
si on l’appelle au secours,
soutient celui que l’on traque,
dans les marais sans amour.

Il traverse les terreurs,
les angoisses des petits,
le silence de leurs cris,
la tristesse dont ils meurent.

Et ton coeur recru reçoit
tout le poids de leurs déboires,
la blessure qui les broie,
le divin baiser du soir.

(Jean Mambrino)


Illustration: Gustave Doré

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MOI L’OCÉAN (René Guyomard)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2020



 

MOI L’OCÉAN

Moi l’Océan, sans but, sans repos, sans mémoire
J’efface le chemin des saisons et des mois,
Saoul de mes profondeurs, et nocturne est ma gloire
Et mes flots refermés n’entendent que leur voix.

Quand aux flancs du matin, tout armé, je m’élance,
Une sûre défaite enflamme mon plaisir.
Brisez en mille éclats les murs de mon silence
Et l’ombre des oiseaux si fragile à saisir,

Beaux astres inouïs éclos à ma ceinture.
Je fais de chaque instant la plus vaine aventure ;
Je suis le pouls hardi d’un vaste nulle part

Mais aux midis chargés d’une lente disgrâce
Quand monte une méduse et son soleil hagard
Oh le ciel reposé contre moi face à face !

(René Guyomard)

 

 

 

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Le Chant de triomphe de Trishancou (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2020



Trishancou 
    
Le Chant de triomphe de Trishancou

Je ne mourrai pas.
Bien que ce corps, quand l’esprit sera las
de son étroite demeure, doive nourrir les flammes,
ma maison brûlera, moi pas.

Abandonnant cette gaine
je découvrirai un vaste espace éthéré.
À la tombe avide échappera mon esprit,
trompant l’étreinte de la mort.

La Nuit retiendra
le soleil en ses profondeurs glacées ; le Temps aussi devra cesser ;
les astres qui peinent auront leur délivrance.
Je ne cesse pas, moi, je demeure.

Avant que les premières graines
fussent semées sur terre, j’étais déjà vieux,
et quand se refroidiront des planètes point encore nées
mon histoire se poursuivra.

Je suis la lumière
au coeur des étoiles, la force léonine et la joie des matins ;
je suis l’homme et la jeune fille et le petit garçon,
protéen, infini.

Je suis l’arbre
qui se dresse, solitaire, sur le bleu sans limite ;
je suis la rosée qui pleut en silence
et la mer illimitée.

Je tiens le ciel entre mes mains
et soutiens la terre exubérante.
À ma naissance j’étais l’éternel Penseur
et le demeurerai après ma mort.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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OH! ÊTRE FEUILLE VERTE… (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2020



 

feuille verte

OH! ÊTRE FEUILLE VERTE…

Oh, être feuille verte sur l’arbre éternel des hommes,
Oh, pouvoir y verdir,
Bruire, nicher dans les branches comme l’oiseau,
Oh, pouvoir habiter leurs mondes !

Oh, être voyageur sous le vent lourd des jardins,
Tremper dans les lointains mouillés les aurores comme en un vin,
Croître dans le bruissement des rosées, germer dans l’haleine du vent,
Oh, marcher en paix, sans parler, par les routes!

Ou pousser dans les vents avec les doigts blancs des racines
Et concevoir de nouveaux continents, louer
La puissance silencieuse de la nuit, la terreur grise dans les profondeurs sans bords,
Oh, cesser de saigner, oh, pouvoir mourir !

(Srecko Kosovel)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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FERMOIR (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



FERMOIR

Tableau transformable
au mobile écran
le prisme des fables
sert les quatre sens ;
l’espace qui bouge
en ta profondeur
filiforme touche
l’esprit créateur
violet et rouge
métamorphoseur,
tout se multiplie
silhouette, l’art,
son et poésie,
le ciel qu’on déplie,
retour et départ :
à chacun son rêve,
oeuvre, liberté
de tout transposer ;
la vie est trop brève,
il faut l’inventer.

(Géo Libbrecht)

Illustration

 

 

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