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Poésie

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TOUT EST VENDU! (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



    

TOUT EST VENDU!

Il allait au-devant du monde
Le coeur plein d’ardeur.
Il séduisait! Tout le monde
Commandait du coeur.

Coeur au kilo, coeur au gramme,
On achète, ici le coeur!
Pour un sourire – les dames,
Les filles – pour un doux pleur.

Pour la monnaie – les lecteurs,
Pour un centime ou même un tiers,
La foule en goûte l’odeur,
Aï pourtant le coeur est cher !

Pour lui, chose mirifique,
La demande était sans fin.
Mais il dut fermer boutique :
Le coeur s’est éteint.

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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MALENTENDU (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2019



Illustration: René Baumer
    
MALENTENDU

Ceci sera un poème triste. Je ne sais pas très bien
pourquoi je crache ce secret, mais depuis environ
trois mois je crois de plus en plus que la poésie
n’est pas une forme de charité. Plutôt une maladie
que l’on partage avec une poignée d’idiots sans espoir,

une plainte raffinée qui surtout ennuie les autres,
et la nuit – ce n’est pas un art de guérir.
La chambre reste une chambre, le lit un lit.
Ma vie est gâtée par la poésie et même
si je savais mieux avant, je ne me fais aucune illusion

quand, avec ce petit tas d’imprimés, je tracasse
soixante-quatre lecteurs ou, pire, abats deux arbres.

***

MISVERSTAND

Dit wordt een droef gedicht. Ik weet niet goed
waarom ik dit geheim ophoest, maar sinds een maand
of drie geloof ik meer en meer dat poëzie
geen vorm van naastenliefde is. Eerder een ziekte
die je met een handvol hopeloze idioten deelt,

een uitgekookte klacht die anderen vooral verveelt
en ‘s nachts — een heelkunst is het niet.
De kamer blijft een kamer, het bed een bed.
Mijn leven is door poésie verpest en ook
al wist ik vroeger beter, ik verbeeld me niets

wanneer ik met dit hoopje drukwerk vierenzesti g
lezers kwel of, erger nog, twee bomen vel.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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Dans un poème ou dans un conte (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019


 


 

Dans un poème ou dans un conte,
le sens n’importe guère;
ce qui importe, c’est ce que créent dans l’esprit du lecteur
telles ou telles paroles dites dans tel ordre ou selon telle cadence.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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UN CONTE MAL CENTRÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2019




    
UN CONTE MAL CENTRÉ

Je veux écrire un conte. Mais, — imbécile que je suis! —,
je tombe dans la vie de mes personnages avant le drame qu’il eût été passionnant de raconter.
Tant pis! « Au revoir, leur dis-je, on repassera! »

Mais quand je reviens, — malheur! — c’est après le drame!
Et la petite vie de tous les jours a repris,
à peine changée, à vrai dire, par quelques disparitions suspectes!

Alors, que faire? J’attends. J’attends. J’attends.
J’invite le lecteur à attendre avec moi.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un couple peuple la berge (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Jean-Jacques Venturini

Un couple peuple la berge
C’est l’heure où sur les quais de la Seine
les livres dorment dans les boîtes cadenassées et rêvent de lecteurs aux mains coupées
Un couple s’en va deux longues jambes de femme et nous immobiles et tendus
et nous mâles en chômage avec l’imagination en érection…

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jean-Jacques Venturini

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Écrire un texte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019




    
Écrire un texte
et le laisser abandonné sur la page.

Ne pas le relire,
ni le montrer à quiconque,
ni l’envoyer où que ce soit.
Qu’il reste dans son repos de texte.

Et le laisser qu’il trouve là son lecteur
comme tous les textes le trouvent.

Aussi celui qui est écrit à l’intérieur de nous,
et il nous paraît impossible que quelqu’un puisse lire.

***

Escribir un texto
y dejarlo abandonado en la pagina.

No volver a leerlo,
no mostrarlo a ninguno,
no enviarlo a parte alguna.
Que quede en su reposo de texto.

Y dejar que allí encuentre su lector,
como todos los textos lo encuentran.

También el que llevamos escrito adentro
y nos parece imposible que alguien pueda leer.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Le parfum (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Le parfum

Lecteur, as-tu quelquefois respiré
Avec ivresse et lente gourmandise
Ce grain d’encens qui remplit une église,
Ou d’un sachet le musc invétéré ?

Charme profond, magique, dont nous grise
Dans le présent le passé restauré !
Ainsi l’amant sur un corps adoré
Du souvenir cueille la fleur exquise.

De ses cheveux élastiques et lourds,
Vivant sachet, encensoir de l’alcôve,
Une senteur montait, sauvage et fauve,

Et des habits, mousseline ou velours,
Tout imprégnés de sa jeunesse pure,
Se dégageait un parfum de fourrure.

(Charles Baudelaire)

 

 

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Insoluble contradiction (Dominique Grandmont)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



 

Marie Hurtrel   contradictionl

Insoluble contradiction :
le poème tente, avec des mots, une sortie de tout langage.
Je suis d’un seul côté du monde, dit le poète.

Mais pour autant, je ne suis pas prêt à échanger mon poème contre la seule réalité du symbole.
Il faut que je m’en sorte, avec les moyens qui sont les miens, pas contre eux.
Car à force de vouloir court-circuiter les opérations (douteuses ou défectueuses) du cerveau,
on en arrive (il faudrait dire : on en revient) à des automatismes-rois et à légitimer une élaboration zéro.

Il faut donc que je me fasse une idée neuve du sens,
lequel ne coïncide pas avec celui de tous les jours, qui guide la lecture.
Ni pour ni parce que, cela veut dire que le poème ne devient un milieu de réfraction propre
qu’en faisant reculer les limites existantes,
celle aussi bien du préalable qu’à l’autre bout, la preuve par l’utilité.

On n’écrit pas pour atteindre un lecteur.
On écrit quand on est soi-même devenu ce lecteur,
quand on est — tel le traducteur devant son original —
le premier lecteur de ce qu’on écrit (et donc pas le dernier).

(Dominique Grandmont)

Illustration: Marie Hurtrel

 

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LE MASQUE (Valéry Larbaud)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2018




    
LE MASQUE

J’écris toujours avec un masque sur le visage;
Oui, un masque à l’ancienne mode de Venise,
Long, au front déprimé,
Pareil à un grand mufle de satin blanc.
Assis à ma table et relevant la tète,
Je me contemple dans le miroir, en face
Et tourné de trois quarts, je m’y vois
Ce profil enfantin et bestial que j’aime.
Oh, qu’un lecteur, mon frère, à qui je parle
A travers ce masque pâle et brillant,
Y vienne déposer un baiser lourd et lent
Sur ce front déprimé et cette joue si pâle,
Afin d’appuyer plus fortement sur ma figure
Cette autre figure creuse et parfumée.

(Valéry Larbaud)

 

Recueil: Les Poésies de A.O. Barnabooth
Traduction:
Editions: Gallimard

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A l’hypothétique lecteur (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Dimo Kolibarov (5)

A l’hypothétique lecteur

J’ai remis mon âme entre tes mains.
Fais-en un nid : elle ne désire rien
que de reposer en toi.
Mais ouvre-les si un jour
tu sentais qu’elle t’échappe. Fais alors qu’elles soient
comme les feuilles et comme le vent,
et qu’elles portent son vol.
Et sache que le sentiment de l’adieu
n’est pas moindre que celui de la rencontre. Il reste
identique et sera éternel. Mais divers parfois
pour satisfaire le destin
les chemins.

(Margherita Guidacci)

Illustration: Dimo Kolibarov

 

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