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ON NE PARLE QUE DU TEMPS (Jaime Labastida)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022



sphynge

 

ON NE PARLE QUE DU TEMPS

Que devient la dent féroce,
la fêlure froide des heures,
sinon du temps ? La chair,
pourrie quelques années plus tard, quelques rues
plus loin. Puis vint l’aboiement de l’ombre,
ce chien abstrait lui dévora le visage.

Et le champignon foulé au pied,
négligemment, et la fumée dense
des terrasses, parfaite,
que deviendront-ils, sinon du temps ?
Pas seulement les griffes, ni même
l’horloge, puits ouvert dans un mur
cobalt. Pas seulement le mois qui forme
des rides, ni l’année avec sa queue
de scorpion. Aussi la main
qui trace l’incision de chirurgie,
et celle qui dissèque un organisme vivant.

Je ne parle pas seulement de la seconde prolongée,
irrésolue, qui détruit le coeur ou taille
les pierres. Je parle à peine du temps,
de l’automne qui s’est jeté par terre
pour boire les couleurs du jardin,
de la fleur qui torture
par sa stricte géométrie aveugle.
Temps debout, eau qui lutte
encore contre l’hiver, temps aussi
l’armée assyrienne qui avançait,
comme une forêt de pierre,
sur Ninive, les fleurs dans le parc
de Rodin, temps encore la sphinge
et sa stupeur vide dans une cité
qui ne fut pas faite pour elle, temps
ce groupe de mandrills
qui vénèrent le soleil. Tout saigne
et se meut, tout est temps
et amour, scintillement de l’absence :
ainsi jaillit du sein le lait, le temps.

(Jaime Labastida)

 

 

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Si on sortait la tête hors du trou (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2022


mythe-des-cavernes--C-

– Si on sortait la tête
hors du trou
on verrait quoi?

– Un autre trou
plus profond.
Tu ne progresses
tu ne gravites
qu’n faisant le vide.

– Détenu sur la parole
de mon judas,
de mon jadis,
je suis l’âme-icône
qui ne s’explique avec ses feuilles
qu’à travers tes nervures.

– C’est vrai je l’entends bruire
ce rebut de lèvres,
des ruines parcourues de tressaillements.
Chien d’aveugle il faut dresser l’aube.

(Charles Dobzynski)

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DÉSILLUSION (Michel Deville)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2022



DÉSILLUSION

Assis devant sa niche, un gros chien, tristement,
Regardait dans la nuit disparaître son maître
Qui l’avait attaché (battu, même, peut-être ?)
Et le gros chien pensait, en lissant sa moustache
D’un geste négligent :
On s’attache, on s’attache…

(Michel Deville)

Illustration

 

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Les questions de la vache (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2022



Illustration: Frédéric Rébéna
    
Les questions de la vache

Pourquoi les chiens sont-ils velus ?
Pourquoi disent-ils
Ouah, ouah avec l’accent anglais ?

Pourquoi remuent-ils la queue
quand il n’y a pas de mouches ?

Pourquoi portent-ils un collier ?
Pourquoi flairent-ils
tout
d’un air intéressé ?

Qui le sait ?

*

Les questions du chien

Pourquoi les vaches ont-elles des cornes ?
Pourquoi disent-elles
Meuh avec l’accent flamand ?

Pourquoi mangent-elles
quand elles ont déjà déjeuné ?

Pourquoi ont-elles le pis plein de lait ?
Pourquoi soufflent-elles d’un air dégoûté ?

Qui le sait ?

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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Nous étions la marelle (Max-Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2022



Nous étions la marelle et la pierre et l’enfant
Le rire et les courses le livre et la courbe et la craie
La tuile le gué la rivière les sautes du vent
Aux transparentes carènes ce maigre brûlis d’herbes

Qu’un peuplier sur l’espace un doigt sur les lèvres
A jamais taise le secret dans le rouissage du jour
Perdons-le dans la neige le sable la verdeur vivons
Comme si nous ne savions rien des fumures du labour

Sur le tour des saisons monte la poterie des collines
Des taillis de la nuit les chiens ont levé le jour
Au tableau de l’école un enfant dessine le ciel
Roule une pierre
un oiseau crie
nous avons oublié.

(Max-Pol Fouchet)

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Chaleur (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2022




Chaleur

Le saule, qu’on dit pleureur
Valsait fébrilement…
Le peuplier dansait dans le vent
Le bouleau en oubliait d’être blanc,
Si chaud était l’air ambiant…

Le gros chien rêvassait
Et soufflait péniblement,
Le chat, roulé en boule
Sur son couvre-pied
Dormait
Jusqu’à ce que la chaleur
Vers d’autres cieux ne roule…
Chacun attendait que le soleil recule
Afin que plus il ne brûle…

C’était l’été – bonheur –
Dans toute sa splendeur !

(Mireille Gaglio)

 

 

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Le jardin et l’enfant (Raoul Pérol)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022


 

Madame il a oublié votre nom.
Pardonnez-lui de votre cœur fidèle
Il était si petit.

Mais il se souvient de votre jardin
Où l’abritait votre tendresse.
Les chats étaient éternels
Les chiens jamais ne pleuraient.
Un hérisson flânait dans les allées.
La cage aux colibris en bas de l’escalier
S’ouvrait et se fermait à volonté.

C’était un jardin de soleil
De solitude et de liberté
Où la plus humble des histoires
Se transformait en légende.

Un voisin chaque dimanche
Rendait la jeunesse à sa guitare.
En bas de la pelouse et des bosquets
Riait la mer étale comme en vacances.

Mais soudain le souvenir avec des larmes
Surgit dans le présent
Et m’apporte votre nom.

(Raoul Pérol)

 

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Déjà (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022


maison_d_enfance

 

des bruits qu’on redécouvre
le soir de l’arrivée
une grille qui grince
le chien d’une ferme qui aboie
cette odeur de passé
– de vacances à la mer –
qu’on reçoit de plein fouet
la porte à peine poussée
(un journal étalé sur la table de la cuisine
du lait en train de bouillir
un tricot en arrêt)
et l’enfance à sa place
en haut de l’escalier
si on lève la tête

(François de Cornière)

Illustration

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Invitation (Jean-Hughes Malineau)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2022




    
Invitation

Je vous souhaite la peur délicieuse d’un orage
tout seul dans votre chambre d’enfant
le sourire triste d’un bonbon de miel
au cours d’une convalescence tiède,
un baiser, sur le front, dans le noir.

Je vous souhaite l’émerveillement d’un caillou
choisi sur une plage entre cent millions d’autres.
Je voudrais tant que vous partagiez l’événement d’une ultime coccinelle
perdue sur la page d’un livre à la rentrée des classes,
le bouleversement d’une goutte de rosée qui hésite à l’extrémité d’une branche
ou la fragilité du ronronnement d’un chat dans la pupille de la nuit.

Écoutez la cotte de maille du peuplier dans le vent !
Écoutez l’audace d’une odeur de mimosa en plein coeur de l’hiver !

Je vous souhaite la curiosité,
l’appétit d’infimes et de minuscules rencontres
l’éclair d’une cicindèle ou d’un martin-pêcheur…
le plaisir d’une giboulée sur la peau nue
les grains de douceur sur la rivière
qui confesse tous les dessous du ciel
de ses dentelles d’écume sur les galets.

Je vous souhaite, le panier rempli de chanterelles,
l’odeur de chien mouillé, du vêtement qui sèche
près d’une flamme de feu de bois
et l’amitié de ce vieil habit qui ne craint rien.
Le chèvrefeuille, le chardonneret, l’ancolie, la morille…

Ah ! comme je vous souhaite de bâtir votre enfance
dans un puzzle de nuages blancs
la nuque sur un coussin de mousse.

(Jean-Hughes Malineau)

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Tout à l’heure (Guy Chambelland)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2022


chien-parlant

Tout à l’heure la voix du chien était une voix d’homme.
Il s’est vite repris et a aboyé.

(Guy Chambelland)

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