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Sanctuaire d’Asie (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




    
Sanctuaire d’Asie

J’abriterai dans mon sanctuaire d’Asie
Mon éternel besoin d’ombre et de poésie.

Là-bas, guettant les mille et trois Dieux aux pieds d’or
Des prêtres, jour et nuit, veillent sur leur trésor.

Oui, désespérément, je fixe mon. exode
Vers ce refuge énorme et sombre de pagode,

Où, dressant vers le ciel les lotus léthéens,
Les étangs dorment leurs sommeils paludéens.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Veillée heureuse (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Andrzej Malinowski

    
Veillée heureuse

J’épie, avec amour, ton sommeil dans la nuit :
Ton front a revêtu la majesté de l’ombre,
Tout son enchantement et son prestige sombre…
Et l’heure, comme une eau nocturne, coule et fuit !

Tu dors auprès de moi, comme un enfant… J’écoute
Ton souffle doux et faible et presque musical
S’élevant, s’abaissant, selon un rythme égal…
Ton âme, loin de moi, suit une longue route…

Tes yeux lassés sont clos, ô visage parfait !
Te contemplant ainsi, j’écoute, ô mon amante !
Comme un chant très lointain ton haleine dormante,
Je l’entends, et mon coeur est doux et satisfait.

(Renée Vivien)

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Prière aux Violettes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Illustration: Odilon Redon

    

Prière aux Violettes

Sous la protection humble des violettes
Je remets les soupirs et les douleurs muettes
Qui viennent m’assiéger ce soir… Ce trop beau soir ! …

Dans cet effondrement du final désespoir
Leur parfum est semblable aux prières des Saintes…
Ô fleur entre les fleurs ! O violettes saintes !

Lorsque enfin, en un temps, s’arrêtera mon coeur
Las de larmes, et tout enivré de rancoeur,
Qu’une pieuse main les pose sur mon coeur !

Vous me ferez alors oublier, Violettes !
Le long mal qui sévit dans le coeur des poètes…
Je dormirai dans la douceur des violettes !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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AMOUR DE PROFIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Richard MacDonald - Tutt'Art@ (1)

AMOUR DE PROFIL

1
Dans le sommeil des feuilles mortes
qui craquent de gel la nuit
sans que personne pose le pied

dans le sang qui bat à la tempe
du dormeur qui ferme les portes
et ne sait plus si lui c’est lui

dans le froissement de la furtive
allant retrouver son amant
au creux des menthes la rivière

dans les paroles de la pluie
dans le feu quand la maison dort
dans la chevêche de minuit

j’entends respirer la secrète
qui n’est jamais là où elle est

2
Songeuse Retirée Rieuse Tempérée
Flexible Détournée Distraite Méditée
Le beau front bombé et sa pâleur d’opale
Les yeux de grand hiver de brasero lent

Toi la pensive et l’incertaine Toi l’innocence
et la malice Toi l’eau qui dort en robe d’eau
Absente Dérobée Naïve Gaie Moqueuse
Furtive Souveraine Altière Intimidée

Indécise Etonnée Limpide Couronnée
Profil nu hésitant dans un miroir brouillé
par les longues pluies de la mélancolie
toi la Reine et la Fée l’enfantine et la grave

je t’écoute écouter J’écoute ton silence
J’écoute les échos les voiles de ta voix
ta voix de feuilles mortes et de vent sur la tempe
qui peut en murmurant faire éclore l’automne

3
Nous deux
Quelquefois un
Les deux doigts de la flamme
Deux c’est ton ombre et moi
ou toi ma silencieuse
nue comme à marée basse
une voix qu’on devine

Nous deux
quelquefois un
Les deux pieds nus du vent
Deux d’eau Le bruit de l’eau
Rêver se taire ensemble

Le ciel mangé de jour
qui n’a qu’un seul regard

Quelquefois un Nous deux

(Claude Roy)

Illustration: Richard MacDonald

 

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JANE ÉVEILLÉE (Frank O’Hara)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Cayetano De Arquer-Buigas   8faa5e7cdb27 [1280x768]

JANE ÉVEILLÉE

Les opales qui se cachent sous tes paupières
quand tu dors, quand tu chevauches des poneys
mystérieusement, surgissent et s’épanouissent
comme les fleurs bleues de l’automne

toujours à neuf heures. Et des boucles
dégringolent langoureusement vers
l’élastique qui bâille, brun,
ta main repoussant tout

ce sommeil noir rebelle dans
la forme tranquille de la lumière du jour
et son indifférence radieuse aux
volutes lumineuses, oh !

et les valses bourgeonnantes
où nous fonçons des nuits durant.
Avant l’aube tu rugis
les yeux fermés, sans sourire,

ta chair volcanique cache
tout au vigile,
et les vrilles des rêves
étranglent les policiers qui courent

trop lentement pour t’échapper,
la course des vagues vertigineuses
de ton besoin murmurant. Mais
c’est le saint gardien du jour

ce policier, et te penchant
par la fenêtre ouverte tu lui
demandes quelle robe porter et comment
modestement te coiffer,

car tel est désormais ton mode.
Seulement par hasard trébuchant dans l’escalier
refais-tu la danse, et
alors, dans la parfaite variété, celle

atténuée, impeccablement déguisée,
ambiance blanche noire rose bleue safran
et dorée, trouvons-nous
le sauvage nocturne, en transe.

(Frank O’Hara)

Illustration: Cayetano De Arquer-Buigas

 

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LE SILENCE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




LE SILENCE

Au fond du temps verdoie un merveilleux silence
fait avec les bourgs, les villes et les coteaux
il dort et s’accomplit
il épuise une pierre
et celle-ci tombe un soir d’hiver
sur une femme étrangère
aux seins couleur d’opale
qu’enferme du drap rouge.
Avec la femme meurent d’infimes bêtes
une fleur, un oiseau, un calvaire
écrasés par la même pierre.

(Jean Follain)

Illustration: Janet Kozachek\’s

 

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PÉCHÉ (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017




PÉCHÉ

I
Péché! Tentation du soir ! Chairs profanées,
Lampe éteinte où ne brûle aucun reste de feu,
Lèvres ne sachant plus les douceurs de l’aveu,
Et s’effeuillant pour tous comme des fleurs fanées.

Chambres de volupté, rouge et flambant décor
Dont les miroirs profonds redisent la féerie,
Alcôves où la chair lamentable et fleurie
Offre son plaisir rose et nu sur des fonds d’or.

O baume du Péché ! courtisanes menteuses,
Muses des soirs mauvais, versant des élixirs
Qui sont entremetteurs d’amour et de désirs
Et du champagne blond aux mousses chuchoteuses.

Douceur des seins s’offrant comme un coussin moelleux
Où reposer sa tête endolorie et pâle
Quand l’ivresse, à travers les vins couleur d’opale,
Fait surgir des lits d’or sous de grands rideaux bleus.

Et vers ces lits profonds, baignés d’odeur légère,
On marche, halluciné par des fantômes nus,
Et l’on va demander, dans des bras inconnus,
La minute d’oubli d’une mort passagère!

Oh ! dormir! oublier tout ce qui peut mentir !
Les lèvres et les yeux, amante ou fiancée !
Etouffer les coups d’aile aux murs de sa pensée
Et clamer peu à peu la douleur de sentir.

C’est comme qui dirait une agonie heureuse !
On divague, on s’endort dans un énervement
Et les choses au loin flottent confusément
Dans l’aube du sommeil fragile et vaporeuse !

Et vaincu, tout un soir dans l’ombre, sans flambeau,
On enlace une chair que le spasme importune,
Triste comme les morts caressant sous la Lune
L’ange de marbre blanc couché sur leur tombeau !

[…]

(Georges Rodenbach)

Illustration: Franz von Stück

 

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Les genoux de Jany (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017



Illustration: Pal Szinyei Merse   

Les genoux de Jany

Pour dormir ou ne pas dormir jour et nuit
Je pose ma tête sur les genoux de Jany.

L’ombre la lumière le jour la nuit
Sont sous ma tête les genoux de Jany.

Le printemps l’hiver jour et nuit
Je les pose avec ma tête sur les genoux de Jany.

La fauvette blonde est pour moi Jany
La hulotte inaperçue est pour moi Jany.

L’été l’automne jour et nuit c’est Jany
Dix années puis même toute ma vie c’est Jany.

Les saisons les oiseaux les floraisons varient
La neige le beau temps l’onde et le vin varient.

Je n’ai pas le janvier le juillet qui varie
Je n’ai pas la neige le beau temps la vie qui varie.

S’il y a sans saisons sans neige et vent sans jour et nuit
S’il y a l’hôtellerie nommée outre-vie

On m’y verra dormir ou ne pas dormir
On m’y verra mourir ou ne pas mourir

Sur les genoux de Jany.

(Armand Robin)

 

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Oiseaux dans la Nuit (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017




    
Oiseaux dans la Nuit

CETTE nuit, des oiseaux ont chanté dans mon coeur…
C’était la bonne fin de l’ancienne rancoeur…
J’écoutais ces oiseaux qui chantaient dans mon coeur.

Dans ma grande douleur, la nuit me fut clémente
Et tendre autant que peut se montrer une amante.
Ce fut la rare nuit qui se montra clémente.

Dans son ombre, j’ouïs le chant de ses oiseaux
Et je dormis enfin… Mes songes furent beaux
Pour avoir entendu le chant de ces oiseaux…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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LA DAME EN PIERRE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

gisant

LA DAME EN PIERRE

Sur ce couvercle de tombeau
Elle dort. L’obscur artiste
Qui l’a sculptée a vu le beau
Sans rien de triste.

Joignant les mains, les yeux heureux
Sous le voile des paupières,
Elle a des rêves amoureux
Dans ses prières.

Sous les plis lourds du vêtement,
La chair apparaît rebelle,
N’oubliant pas complètement
Qu’elle était belle.

Ramenés sur le sein glacé
Les bras, en d’étroites manches,
Rêvent l’amant qu’ont enlacé
Leurs chaînes blanches.

Le lévrier, comme autrefois
Attendant une caresse,
Dort blotti contre les pieds froids
De sa maîtresse.

*

Tout le passé revit. Je vois
Les splendeurs seigneuriales.
Les écussons et les pavois
Des grandes salles.

Les hauts plafonds de bois, bordés
D’emblématiques sculptures,
Les chasses, les tournois brodés
Sur les tentures.

Dans son fauteuil, sans nul souci
Des gens dont la chambre est pleine,
À quoi peut donc rêver ainsi,
La châtelaine ?

Ses yeux où brillent par moment
Les fiertés intérieures,
Lisent mélancoliquement
Un livre d’heures.

*

Quand une femme rêve ainsi
Fière de sa beauté rare,
C’est quelque drame sans merci
Qui se prépare.

Peut-être à temps, en pleine fleur,
Celle-ci fut mise en terre.
Bien qu’implacable, la douleur
En fut austère.

L’amant n’a pas vu se ternir,
Au souffle de l’infidèle,
La pureté du souvenir
Qu’il avait d’elle.

La mort n’a pas atteint le beau.
La chair perverse est tuée,
Mais la forme est, sur un tombeau,
Perpétuée.

(Charles Cros)

Illustration

 

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