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Poésie

Posts Tagged ‘dormir’

Bois Dormant (Jean Cuttat)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2017



Bois Dormant

Dans la plus haute tour
dort une belle au bois dormant.
Un siècle tigre, un siècle paon,
je veille au chevet de l’amour,

– mille ans de lueurs et de cendres,
mille et mille ans de petits cris –
dragon de braise et de scories
dans les dentelles de sa chambre.

(Jean Cuttat)

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Certains jours (Bernard Mazo)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2017



 

Certains jours
on voudrait
simplement
demeurer là
à ras des choses
à ne plus bouger
à ne plus parler
à oublier
ses rêves fracassés
à ne même plus
chercher à savoir
que faire
de son existence
exténuée

Quelqu’un ne dort pas
il guette
la venue de la nuit

Il interroge
la réalité des choses
qui s’effacent

Il se tient debout
adossé au temps
immuable

Il a le visage
de l’indicible

(Bernard Mazo)

Illustration: Charles Courtney Curran

 

 

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Ô Fontaine Bellerie (Guillaume de Lorris)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Helena Nelson-Reed
    
Ô Fontaine Bellerie

Ô Fontaine Bellerie,
Belle fontaine chérie
De nos Nymphes, quand ton eau
Les cache au creux de ta source,
Fuyantes le Satyreau,
Qui les pourchasse à la course
Jusqu’au bord de ton ruisseau,

Tu es la Nymphe éternelle
De ma terre paternelle :
Pource en ce pré verdelet
Vois ton Poète qui t’orne
D’un petit chevreau de lait,
A qui l’une et l’autre corne
Sortent du front nouvelet.

L’Été je dors ou repose
Sur ton herbe, où je compose,
Caché sous tes saules verts,
Je ne sais quoi, qui ta gloire
Enverra par l’univers,
Commandant à la Mémoire
Que tu vives par mes vers.

L’ardeur de la Canicule
Ton vert rivage ne brûle,
Tellement qu’en toutes parts
Ton ombre est épaisse et drue
Aux pasteurs venant des parcs,
Aux boeufs las de la charrue,
Et au bestial épars.

Io ! tu seras sans cesse
Des fontaines la princesse,
Moi célébrant le conduit
Du rocher percé, qui darde
Avec un enroué bruit
L’eau de ta source jasarde
Qui trépillante se suit.

(Guillaume de Lorris)

 

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La vitre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017




    
La vitre est simplement posée contre l’été
les chemins dorment, enroulés dans l’herbe
chaque tache est transparente de clarté
Il fait beau très loin derrière les regards

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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On ne peut me connaître (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017


On ne peut me connaître
Mieux que tu me connais

Tes yeux dans lesquels nous dormons
Tous les deux
Ont fait place à mes lumières d’hommes
Un sort meilleur qu’aux nuits du monde

Tes yeux dans lesquels je voyage
Ont donné aux gestes des routes
Un sens détaché de la terre

Dans tes yeux ceux qui nous révèlent
Notre solitude infinie
Ne sont plus ce qu’ils croyaient être

On ne peut me connaître
Mieux que je te connais.

(Paul Eluard)

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LES POUVOIRS DE L’AMOUR (IX) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2017



 

Illustration: Serge Marshennikov
    
LES POUVOIRS DE L’AMOUR (IX)

Le jour commence à reconnaître les fenêtres
avant de s’avancer sur la terre
dans les tessons de la rosée,
parmi les cailloux qui veulent te voir, nue.

Dans la chambre où tu dors,
il trace une presqu’île de clarté,
haute seulement de ta gorge dénudée
et d’un visage d’où tu dois éclore.

Le soleil passe à travers ta lingerie
comme si elle était le plus pur des nuages.
Il y demeure jusqu’au moment
où elle reprendra la forme de ton corps.

Tu attends qu’il se couche sur toi
pour le serrer contre ton ventre
et, lorsque tu lui en ouvres les bords,
il devient bleu dans tes yeux.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Un poil dans l’âme (Jean-Michel Robert)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017



Un poil dans l’âme

Il s’est souvent demandé
si sa fatigue

liberté ceci
volonté cela

et maladie
et patata

il n’a toujours pas
trouvé de réponse

trop fatigué

*

Depuis le big-bang
ce long chemin étoilé
vers la conscience humaine

Tout ça m’a épuisé

se dit-il en tapotant
l’édredon

*

Son cauchemar
bien sûr
escalader l’Everest

Son rêve
tomber infiniment
dans la facilité

Entre les deux
la vaisselle sale s’entasse

*

Pour trouver
la sérénité
le fainéant ne fouille pas les poubelles
de ces philosophies
plus ou moins exotiques

Un bon canapé lui suffit
il reste ainsi des heures
vautré
dans son plus beau sourire

tandis que son esprit essaye
un un
tous les coussins de l’absolu

*

Si vraiment l’avenir
appartient à ceux
qui se lèvent tôt

le reste
appartient aux autres

Franchement
l’affaire
le fainéant la trouve
plutôt bonne

*

Des rêves de grandeur
il n’en nourrit
que pour son lit

Pour le reste
il veut bien
vivre en chien de fusil

*

Pour la beauté
c’est différent
Il n’a qu’à se laisser
transporter

*

De la fenêtre de sa chambre
des heures durant
il admire
l’élévation patiente
l’orgueil
la noblesse des arbres

Les arbres

la seule élite
respectable

*

Rien ne sert de courir

Nul besoin de fable
pour en persuader le fainéant

qui ajoute volontiers
rien ne sert de partir
rien ne sert d’arriver
ce pâté de lièvre est excellent

*

Évidemment
il grossit

rajoute chaque jour
un peu de gras

entre le monde et lui

*

Il n’est pas pour autant
pressé de mourir

Le sommeil
à de telles profondeurs
ne le tente pas encore

Nul n’est parfait

*

Faire son marché
suffit à épuiser
son besoin d’aventure

Dans le cabas
son odyssée
pèse moins que la laitue

D’ailleurs sa Pénélope
supporte mal
les attentes prolongées

*

Sa ligne de conduite
n’exige
qu’une géométrie minimale

Pourquoi perdre son temps
le long des droites
des courbes ou des brisées ?

Dormir
est le plus court chemin
d’un point au même point

*

Il s’affale
dans son fauteuil
gauloise
dans une main
verre
dans l’autre

Vingt heures
la télé
l’informe
de la santé
du monde

Écoutez
dans le whisky
le bonheur
fait craquer
les glaçons

(Jean-Michel Robert)

 

 

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Depuis que j’ai rêvé (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Philippe Legoubin
    
Ma naissance m’a délivré jadis
de cette prison de ténèbres;
où je dormais sans conscience,
et le monde m’est apparu,
beau comme une peinture.

Mais aujourd’hui
ce monde lui-même
n’est plus pour moi
qu’une matrice ténébreuse,
depuis que j’ai rêvé
au delà la pure lumière
de ta Pensée.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Que craignez vous? (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Jacqueline Fabbri
    
C’est moi qui fais naître et c’est moi qui tué.
C’est moi qui dors et moi qui veille.

Je suis la terre, l’eau et le feu ;
et le visible et l’invisible,
je suis l’esprit, je suis l’amour,
je suis la mort :
que craignez vous?

Quand je vous tue, n’est-ce pas en moi,
dans mon âme que vous tombez?

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Pour Jacqueline (Ida Faubert)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2017



 

Francis Picabia -   (1)

Pour Jacqueline

Qu’on parle tout bas; la petite est morte.
Ses jolis yeux clairs sont clos pour jamais,
Et voici déjà des fleurs qu’on apporte…
Je ne verrai plus l’enfant que j’aimais.

Je rêve, sans doute, et l’enfant sommeille;
Pourquoi, près de moi, dit-on qu’il est mort
Pas de bruit surtout, que rien ne l’éveille,
Ne voyez-vous pas que ma fille dort?

Mais elle a gardé la bouche entr’ouverte,
Sa joue est bien pâle et son front glacé,
Son petit corps semble une chose inerte…
Agenouillez-vous, la Mort a passé.

Alors, c’est fini! Tes prunelles closes
Jamais ne verront le ciel rayonnant,
Tu dors pour toujours au milieu des roses,
Toi mon sang, ma chair, ô toi, mon enfant !

Je ne verrai plus ton joli sourire,
Jamais tes regards ne me chercheront,
Tes petites mains qu’on croirait de cire,
Jamais, plus jamais ne me toucheront.

Adieu, mon amour, adieu, ma jolie:
Je n’entendrai plus ton rire joyeux.
Ah! comment guérir ma triste folie;
Comment vivre encore ! je n’ai plus tes yeux.

Et voici soudain qu’on ouvre la porte…
On t’arrache à moi, mon ange adoré,
Mais dans le cercueil, afin qu’on l’emporte,
Près du tien j’ai mis mon coeur déchiré.

Oh! ne parlez plus, la petite est morte…

(Ida Faubert)

Illustration: Francis Picabia

 

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