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L’EMPEREUR DE CHINE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



L’EMPEREUR DE CHINE

Mais oui, on sait bien que vous êtes l’empereur de Chine.
Mais pourquoi le crier à tue-tête ?
Il serait plus profond, plus rare, plus distingué
de ne le dire à personne.
Les vrais empires sont secrets.
Et quel plaisir de régner à l’insu de tous !

(Norge)


Illustration

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Prière pour lui (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



 

Christophe Gilbert  priere-damour-claude

Prière pour lui

Dieu ! créez à sa vie un objet plein de charmes,
Une voix qui réponde aux secrets de sa voix !
Donnez-lui du bonheur, Dieu ! donnez-lui des larmes ;
Du bonheur de le voir j’ai pleuré tant de fois !

J’ai pleuré, mais ma voix se tait devant la sienne ;
Mais tout ce qu’il m’apprend, lui seul l’ignorera ;
Il ne dira jamais : « Soyons heureux, sois mienne ! »
L’aimera-t-elle assez celle qui l’entendra ?

Celle à qui sa présence ira porter la vie,
Qui sentira son coeur l’atteindre et la chercher ;
Qui ne fuira jamais, bien qu’à jamais suivie,
Et dont l’ombre à la sienne osera s’attacher ?

Ils ne feront qu’un seul, et ces ombres heureuses
Dans les clartés du soir se confondront toujours ;
Ils ne sentiront pas d’entraves douloureuses
Désenchaîner leurs nuits, désenchanter leurs jours !

Qu’il la trouve demain ! Qu’il m’oublie et l’adore !
Demain ; à mon courage il reste peu d’instants.
Pour une autre aujourd’hui je peux prier encore :
Mais… Dieu ! vous savez tout ; vous savez s’il est temps !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Christophe Gilbert 

 

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Personne n’est à plaindre (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



Illustration: Jean-Siméon Chardin 
    
Personne n’est à plaindre
Des vivants ni des morts
A personne le privilège
De la douleur

Ne demander ici
Ni pitié
Ni compassion
Pas même un regard plus appuyé
Pas même un geste pour combler
La solitude

(on peut s’attendre simplement
au silence de l’amitié
posé comme l’eau
humble et fraîche
à l’angle le plus secret de la table
entre pénombre et soleil)

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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Comme ils disent (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2018




    
Comme ils disent

J’habite seul avec maman
Dans un très vieil appartement
Rue Sarasate
J’ai pour me tenir compagnie
Une tortue, deux canaris
Et une chatte

Pour laisser maman reposer
Très souvent je fais le marché
Et la cuisine
Je range, je lave, j’essuie
À l’occasion je pique aussi
À la machine

Le travail ne me fait pas peur
Je suis un peu décorateur
Un peu styliste
Mais mon vrai métier
C’est la nuit
Où je l’exerce travesti
Je suis artiste

J’ai un numéro très spécial
Qui finit a nu intégral
Après strip-tease
Et dans la salle je vois que
Les mâles n’en croient pas leurs yeux
Je suis un homme, oh!
Comme ils disent

Vers les trois heures du matin
On va manger entre copains
De tous les sexes
Dans un quelconque bar-tabac
Et là, on s’en donne a cœur joie
Et sans complexes
On déballe des vérités
Sur des gens qu’on a dans le nez
On les lapide
Mais on le fait avec humour
Enrobé dans des calembours
Mouillés d’acide

On rencontre des attardés
Qui pour épater leur tablée
Marchent et ondulent
Singeant ce qu’ils croient être nous
Et se couvrent, les pauvres fous
De ridicule

Ça gesticule et parle fort
Ça joue les divas, les ténors
De la bêtise
Moi, les lazzis, les quolibets
Me laissent froid, puisque c’est vrai
Je suis un homme, oh!
Comme ils disent

À l’heure où naît un jour nouveau
Je rentre retrouver mon lot
De solitude
J’ôte mes cils et mes cheveux
Comme un pauvre clown malheureux
De lassitude

Je me couche mais ne dors pas
Je pense à mes amours sans joie
Si dérisoires
À ce garçon beau comme un dieu
Qui sans rien faire a mis le feu
À ma mémoire
Ma bouche n’osera jamais
Lui avouer mon doux secret
Mon tendre drame
Car l’objet de tous mes tourments
Passe le plus clair de son temps
Au lits des femmes

Nul n’a le droit en vérité
De me blâmer, de me juger
Et je précise
Que c’est bien la nature qui
Est seule responsable si
Je suis un homme, oh!
Comme ils disent

(Charles Aznavour)

 

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Sur le pré (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
   

Sur le pré, l’énigmatique tortue,
à la démarche immémoriale,
En quête de quel secret tu?
de quel oracle inaugural?

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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Embruns (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2018




    
Embruns, vous ne laissez nulle part
l’empreinte de votre secret;
Seules nos lèvres gardent de vous
cette saveur de sel et de larmes.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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Apprends-nous (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2018



Illustration: Mylène Calvin    
    
Apprends-nous, nuit, à toucher le fond,
À gagner le non-lieu où sel
Et gel échangent leur secret,
Où souffle et source refont un.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je suis entré en retraite avec mon Aimé (Ibn Fârid)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2018



 

Je suis entré en retraite avec mon Aimé
et il y a entre nous un secret plus insaisissable
que la brise lorsqu’elle passe.

(Ibn Fârid)

Illustration

 

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À VÊPRES (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    

À VÊPRES
Seigneur, il nous est bon d’être ici.
(Math. 17-4.)

Le jour s’apaise. Allons cheminer, ô mon âme,
Exilés dans l’oubli de ce monde, tout seuls,
Sur la terrasse haute où quelque vieille femme
Cueille des fleurs aux branches calmes des tilleuls.

Vois, l’éclat du soleil se tait, le ciel s’efface
Et la plaine à mes pieds semble un étang qui dort.
Pourquoi n’ayant rien fait, mon âme, es-tu si lasse,
Toi qui ne dormiras pas même dans la mort ?

Quelle plaie avais-tu d’où la fièvre s’élance ?
L’arôme du feuillage et des calices clos
De son sommeil épars embaume le silence…
Est-ce le rossignol qui trouble ton repos ?

Dans cet enchantement câlin où s’évapore
La résolution des précises vertus,
Qu’avons-nous égaré, que cherchons-nous encore ?
Quel perfide regret nous a tant abattus ?

Une attente sans but en moi se désespère,
J’ai le mal d’un pays d’où le vent doit souffler.
Où donc est mon pays, la maison de mon père
Et le chemin secret où je veux m’en aller ?

Quelle haleine a flotté qui m’entraîne avec elle
Dans un espoir immense où me voilà perdu ?
Quel amour tout à coup m’environne, m’appelle ?…
Rien ne bouge… ô mon coeur, qu’ai-je donc entendu ?

La paix des alentours est auguste et profonde.
Vois, du bois pâle et bleu de douceur arrosé,
La caresse de Dieu qui s’étend sur le monde ;
Toi-même as clos tes yeux sous l’aile d’un baiser.

Un invisible pas entr’ouvre l’herbe sombre
Et le souffle des champs qui tremblent le soutient…
C’est mon Seigneur, les bras tout grands ouverts dans l’ombre !
Il vient et je défaille à son passage… Il vient…

Seigneur, éloignez-vous, de peur que je ne meure.
Eloignez-vous !… Où fuir ?… Ah ! faites ! Prenez-moi !
Tenez-moi contre vous et laissez que je pleure
Est-ce de joie, est-ce de peine, est-ce d’effroi ?

Il m’a pris dans ses mains et j’ai posé la tête
Sur le coeur du Berger ainsi qu’un agneau las.
Et j’y suis bien, sa folle et plaintive conquête,
J’y suis bien et, s’il veut, je ne bougerai pas.

Demeurons. Il fait bon, Seigneur, sur la montagne.
— Sommes-nous au sommet exalté du Thabor ? —
Demeurons, la nuit monte et lentement nous gagne,
Le soir fuyant s’égare… Ah ! demeurons encor…

Les corolles des champs ont renversé leur vase,
Un baume répandu coule des liserons
Et le ciel infini se noie en notre extase…
Il fait bon, il fait doux, ô Maître, demeurons.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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VISITATION (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018




    
VISITATION
En ce temps-là, Marie se levant,
s’en alla en hâte au pays des montagnes.
Luc, 1, 39.

PRÉLUDE

La femme du charpentier
A pris un petit sentier
Qui va dans les fleurs et gagne
Un pays de la montagne
En suivant les églantiers.

Elle est partie au réveil,
Le coeur frais dans le soleil.
À peine elle ouvre sa porte
Que la joie au foin l’emporte
À travers l’été vermeil.

À sa cousine là-bas,
Elle apporte de ce pas
Sous son voile une nouvelle
Si merveilleuse, si belle,
Que c’est à n’y croire pas.

Son secret tremble et pourtant
Veut s’échapper à l’instant…
Les petits oiseaux qui vivent
Dans le bleu du ciel la suivent
Pour chanter en même temps.

Son chemin va tout entier
Se jeter dans l’amitié.
Le monde en fleurs l’accompagne…
Un toit, là, sur la montagne,
L’attend près du noisetier.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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