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Posts Tagged ‘secret’

LUCIDE (Marcel Lecomte)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020


 


 

Anne-Marie Zilberman (1)

LUCIDE

Je me suis jeté sous ton visage.
Mes paroles tremblent en sa présence, paroles
de sourdes confidences à moi-même,
comme en rêve, si j’approche du paysage que je cherche
du paysage semblable au creux des lignes de mon destin

Je sais que tu es le secret qui me concerne.

*

Tes regards brûlent les zones les plus précieuses de ma vie

Elles s’éveillent et se tendent vers toi pour mourir.

Dans un paysage de mort plus complexe que la vie,
qu’elles voudraient montrer encore à tes regards.

*

L’ombre couvre ton front de ses ailes secrètes.
Ton corps se penche et ta main tendue fait frémir le sable du rivage désert.
Sur une route de ton regard avance l’une de mes pensées que tu as prise.
Ta présence contient tout le possible de ma vie.

*

Tu regardes la mer ou ce miroir secret ?
Et je regarde ton visage.
Et tu écoutes pendant de lentes minutes.
La voix de mon amour suit les pas de ton rêve.

*

Connais-tu les reflets du silence ?
Respirant à peine, ton visage te contemple dans mon regard.
Tu ne peux plus me refuser la trace et la forme de ses puissances.
Cette soeur que tu rejoins te sait mieux que tes rêves.

*

Indifférente, distraite,
il n’est pas un de tes gestes
dessinant le silence,
qui ne surprenne le rythme de ma vie,

à la façon d’une voix de vertige,
à la façon d’une voix qui se souvient de ses songes.

Indifférente, distraite.

A l’ombre de tes gestes
mon destin s’arrête.

(Marcel Lecomte)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Chanson de la maîtresse du boulanger (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2020



 

Mon coeur connaît le boulanger
au torse comme un marbre antique
seul en cachette il travaille
pour me faire un pain de blandices
je suis au monde pour lui seul
lui seul sait voir dans mes yeux d’or.
Beau secret de la fleur de blé
secret tu dors
sauf en lui.

(Jean Follain)

 

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À Rosette (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



À Rosette

Mai sourit au firmament,
Mai, le mois des douces choses ;
Ton aveu le plus charmant
Est venu le jour des roses.

Pour témoins de ce bonheur
Nous avons pris, ô ma belle,
Le premier lilas en fleur,
Et la première hirondelle.

Le vallon sait notre amour,
Les grands bois sont nos complices ;
Les lis gardent, loin du jour,
Ton secret, dans leurs calices !

Les papillons nuancés
Et les vertes demoiselles
Portent tes serments tracés
Sur la poudre de leurs ailes.

L’étreinte des lierres frais,
Verts chaînons que rien ne brise,
Figure, dans les forêts,
L’ardeur que tu m’as promise.

Et pour qu’à notre dessein
Ton souvenir soit fidèle,
Sur les rondeurs de ton sein,
Tous les nids ont pris modèle.

Oh ! Ne trahis pas ta foi !
Regarde, mon cœur, regarde :
Tout l’azur a l’œil sur toi,
Et tout le printemps te garde !

Si tu venais à mentir,
Les muguets, aux fines branches,
Feraient tous, pour m’avertir,
Tinter leurs clochettes blanches ;

Les limaçons consternés,
Comme des prophètes mornes,
Par les chemins détournés,
Me suivraient avec des cornes ;

Et les oiseaux, dans la nuit,
Se heurtant à ma fenêtre,
Me rapporteraient le bruit
De ta rigueur prête à naître !

Hélas ! Hélas ! Les beaux jours
N’ont qu’un temps, comme les roses.
J’ai peur des grands étés lourds
Et des grands hivers moroses !

Ces mois-là n’ont rien promis,
Et tous les crimes s’y peuvent,
Sans que les blés endormis
Ou les glaçons froids s’émeuvent.

O mon ange ! ô mon trésor !
Cher bonheur que Dieu me donne,
Jure-moi d’aimer encor,
Lorsque jaunira l’automne !

Jure-moi !… ― mais tu souris
De mes alarmes trop fortes…
Viens !… les rameaux sont fleuris,
Oublions les feuilles mortes !

(Louis Bouilhet)

Illustration: Eugène Begarat 

 

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Des pas secrets (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2020


Elle entend des pas
qui ne vont point jusqu’à elle
on lui dit doucement
ne misez pas sur un miracle
pourtant elle écoute
s’éloigner au bout du corridor
celui qui la fait trembler
sur la plaine du brouillard s’étend
dans l’écoulement d’heures humaines.

(Jean Follain)

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Paysage des deux ouvriers (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2020


 

La campagne restait calme
une fille lavait sa jambe pure
et les heures
s’inscrivaient dans l’étoffe qu’elles usent
attaquant les fleurs dans le damas.
Les pages d’un livre d’école
avaient été par le vent emportés
jusqu’au-dessus des églantiers
et le long du chemin
aux fossés pleins de bêtes rusées
aux talus couverts de ces herbes propices
à des tisanes de douceur
deux ouvriers longuement se contaient
les secrets des métiers du bois.

(Jean Follain)

 

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LE RETOUR DES DIEUX (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020


 


Campos Edson 01 [1280x768]

LE RETOUR DES DIEUX

Seins issus d’une fête labiale
et cachetés à la cire du souvenir
une fille sourit à sa peau
dans le vent nu des campagnes
puis ses mains descendent le long
comme l’ancre d’un vaisseau
reconduit à la terre

Reflet exténué des saisons vécues
elle se replie sur un mal
plus secret que toute mort
sur la tige nacrée de sa solitude
de son corps
sur l’odeur brusque de l’amour
dans un tiroir d’embruns

les doigts à l’épreuve du tambour
la taille sur la pente du cerceau
elle s’affaiblit dans l’eau légère
de sa propre distance
comme un sort mal jeté

Aucun réveil pourtant
aucun réveil possible
sans le retour des Dieux
auxquels nulle croyance n’est due.

(Georges Henein)

Illustration: Campos Edson

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QUAND ON N’AIME PAS (Richard Seff)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



 

Rockwell Kent 30 [1280x768]

QUAND ON N’AIME PAS

Toi qui es tout seul dans ta chambre
Ecoute ton coeur te parler
Te redire une phrase tendre
Te rappeler d’anciens secrets
Ecoute le vent raconter
Les couleurs du ciel dans le soir
Le parfum des fleurs de l’été
Ecoute un message d’espoir
Toi qui es seul
Ne désespère pas
Si tu es seul
C’est que tu n’aimes pas
La solitude c’est quand on n’aime pas
C’est quand on n’aime plus

Ecoute les choses parler
De ton passé de ton histoire
Souviens-toi d’un premier baiser
D’une caresse dans le noir
Des sourires que bien souvent
Tu n’as su rendre ni cueillir
Le souvenir de ces passants
Qui t’ont tout appris de la vie

Toi, toi qui es seul
Ne désespère pas
Si tu es seul
C’est que tu n’aimes pas
La solitude c’est quand on n’aime pas
C’est quand on n’aime plus (bis).

(Richard Seff)

Illustration: William Blake

 

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NOCTURNE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2020




    
(Recueil Comme ceci, comme cela)
NOCTURNE

Ici s’ouvre un monde nouveau
démasqué par la fin du jour
Le temps bascule J’écoute Je retiens mon souffle.

Une réponse dernière
Un pâle éclat
Un secret promis et tenu

Les mots
un essaim d’astres
Une plume une feuille

La nuit s’éclaire au centre
Au centre est la source de toute couleur
Au centre est l’avenir longtemps mûri sous les cendres

Au centre est mon amour pour ce monde
Ma joie mon espérance invincible et trahie.

J’irai mourir dans mon enfer
Je déchirerai les vestiges de la misère
Ce qui murmure hors de moi en moi-même
est comparable au fleuve
qui traverse tout sans se mélanger à rien

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Ma vie, je t’ai cherchée toute ma vie (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2020



Illustration: Cyril Leysin
    
(Recueil Comme ceci, comme cela)

Ma vie, je t’ai cherchée toute ma vie
tu as pris les plus beaux visages
mais je n’entends que la voix.
Au bord de quelle nuit te trouverai-je enfin ?

Je délivrerai ce qui est immobile
Je perdrai mes enfants dans la clarté
Je forcerai les secrets de la douleur
J’écarterai les rideaux du théâtre de la mort.

Oubli

Mémoire

Soupir.

Roule miracle torrent puissance
que l’aube arrive reparte revienne
que fuient les tourbillons

Le silence est un tonnerre lointain

Toute défaite est mon triomphe

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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PASSANT QUI RENTRE RAVI (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2020



Illustration: Max Patte
    
(Recueil Une voix sans personne)
PASSANT QUI RENTRE RAVI

Passant qui rentre ravi
d’accord avec Mars inégal
voici voici que j’entends
un chant secret mais non triste

Le même toujours le même
depuis mille ans que je vis
c’est toi, présence paisible,
qui parle et parle à voix basse

Un geste un souffle et les choses
un mot un signe et les êtres
perdent leurs formes de fer,
— ce mot c’est toi qui le donnes

Par toi le jour dans leur ombre
se glisse, par toi l’écho
mes yeux font la nuit légère
les corps les murs transparents

Je suis la rencontre obscure
je vais je viens je connais
la terre dort dans mes mains
le temps c’est moi c’est ici

C’est moi c’est vous et les heures
le ciel la rue et le vent
chacun chacun comme nous
regarde entend et s’étonne

Printemps probables délices
espace ruses clartés
visage de vie et de mort

— je parle à des lèvres scellées

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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