Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘regret’

Pierre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Pierre

Les villages somnolent sous leur couvercle de pierre
rêvant tout haut dans la voix des batteuses
les matins se soulèvent d’argent
entre les arbres immobiles d’attente et d’espoir
l’espace jeté sur le monde
se consume comme un peu d’alcool trop bleu
vos fantômes se couchent au seuil des portes
spongieux d’incertitude
Un souffle menu comme un fil de lumière
s’échappe de leurs poumons de soie rouge
De vieilles prières d’amour
apprises au long des routes
étanchent leurs lèvres pâles
Quelques lambeaux de femme
flottent dans leur cœur vide…
Les charrues jouent mal du violon
sur les coteaux savonnés de brume.
Automne, ô belle fille baignée de larmes
ô belle blonde qui plonge tes seins nus
dans la paume transparente du soleil
tes yeux sont trop clairs de regrets
Ta bouche entr’ouverte brille d’un peu de ciel
ta poitrine se plaint dans la brise exténuée
Nul ne sait où tombe ton regard
où se désespèrent muettes tes feuilles mortes
Nul ne sait si la mort fait mourir
Si le soleil est éternel de l’autre côté du monde.

(Lucien Becker)

 

 

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Ainsi tu vieilliras loin de moi (Maurice Magre)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



 

Drazenka Kimpel

Ainsi tu vieilliras loin de moi, et des peines
Que je ne saurai pas te viendront à pas lents,
Je ne scruterai pas les ombres de tes veines,
Je ne compterai pas tes premiers cheveux blancs.

Au foyer inconnu dans un fauteuil antique,
Près d’un jeune miroir tu t’assiéras, songeant,
Et parmi la douceur des ombres domestiques,
Tu seras grave et douce avec des mains d’argent.

Peut-être avec regret en te voyant moins belle,
Te rappelleras-tu ta grâce et ton éclat ?
Pour t’expliquer l’attrait de ta beauté nouvelle
Et pour te consoler je ne serai pas là.

Je ne connaîtrai pas les meubles et les choses,
Quels livres préférés seront alors les tiens.
Tu chanteras des vers, tu toucheras des roses,
Et des vers et des fleurs, moi je ne saurai rien.

Je ne percerai pas le mystère des chambres
Où tu vivras. L’oubli gardera ta maison.
Et quand l’âge à la fin te glacera les membres,
Un autre pour la mort sera ton compagnon…

(Maurice Magre)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Drazenka Kimpel

 

 

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Promenade (Li Chang-Yin)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017




    
Promenade

Vers le soir, ne sachant où fixer ma pensée,
Je conduis mon char à travers la plaine antique.

La splendeur du soleil couchant est ineffable;
L’ombre du crépuscule s’approche comme à regret.

(Li Chang-Yin)

 

 

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BELLE QUI M’AVEZ BLESSÉ (Pierre Guédron)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2017



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
BELLE QUI M’AVEZ BLESSÉ

Belle qui m’avez blessé d’un trait si doux,
Helas ! pour – quoy me laissez vous ?
Moy qui languis d’un cruel désespoir
Quand je suis sans vous voir.

Las ! vous emportez en ce triste départ
De mon cœur la meilleure part,
Et vous laissez l’autre en proye aux douleurs
Aux soupirs et aux pleurs.

Ou me rendez l’une, ou belle par pitié
Ne laissez pas l’autre moytié :
On bien donnez d’un pitoyable effort
A toutes deux la mort.

Le ciel se troublant et changeant de couleur
M’assiste à plaindre mon malheur,
Et de ses eaux mon deuil accompagnant,
Ces déserts va baignant.

Si de mes ennuis que je ne puis cacher
Quelque regret vous peut toucher,
Consolez-moy belle d’un doux espoir
De bien tost vous revoir.

***

Fair lady who had wounded me with so sweet an arrow,
Alas! why are you leaving me?
I who languish in cruel despair
When I do not see you.

Alas! In this sad departure you carry away
The best part of my heart
And leave the other in the grip of suffering
With sighs and tears.

Either give me back one half or, my beauty,
For pity’s sake, do not leave the other:
Or else, with a pitiful effort,
Give death to both.

The sky, becoming cloudy and changing colour,
Helps me lament my misfortune,
And with its waters accompanying my mourning,
Bathes these deserts.

If, of my worries, which I cannot hide,
Some regret might touch you,
Console me, fair lady, with the sweet hope
Of seeing you again soon.

***

Ihr Schöne, die so zart verletzt‘t mich,
Ach! Warum verlasst ihr mich?
Ich, der ich mich gar verzehre vor grausamer Verzweiflung,
Wenn ich kann nicht Euch seh‘n.

Ach weh, bei Eurem tristen Abschied
Mein bestes Herz Ihr mit Euch nehmt,
Und übereignet so den andren der Qual,
Den Seufzern und dem Tränental.

So gebet mir entweder die eine oder, meine Schönste, aus Mitleide
Lasset nicht die andre Hälfte.
Oder aber mit erbarmender Bemühung
Gebt beiden dann den Tod!

Der Himmel in sein‘ Verwirrung und Wechsel der Couleur
Mir hilft beklagen also mein eigenes Malheur,
Und mit seinen Wassern begleitet meinen Kummer
Und auch dies Elend er benetzt.

Wenn von mein‘ Nöten, die ich nicht kann verhehlen,
Bedauern Euch mag doch berühr‘n,
Dann, Schönste, tröstet mich gar sanfte mit Hoffnung
Auf ein zeitig‘ Wiederseh‘n.

(Pierre Guédron)

 

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La vie est du futur un souhait agréable (Jean-Baptiste Chassignet)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Illustration: Carrie Vielle
    
La vie est du futur un souhait agréable

La vie est du futur un souhait agréable,
Et regret du passé, un désir indompté
De goûter et tâter ce qu’on n’a pas goûté ;
De ce qu’on a goûté, un dégoût incurable :

Un vain ressouvenir de l’état désirable
Des siècles jà passés, du futur souhaité,
Un espoir incertain, frivolement jeté
Sur le vain fondement d’une attente muable.

Une horreur de soi-même, un souhait de sa mort,
Un mépris de sa vie, un gouffre de remords,
Un magasin de pleurs, une mer de tempête :

Où plus nous approchons du rivage lointain,
Plus nous nous regrettons et lamentons en vain
Que le vent ait si tôt notre course parfaite.

(Jean-Baptiste Chassignet)

 

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Demain est aux vingt ans fiers (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2017



 

Demain est aux vingt ans fiers;
Leurs rires passent, et l’on reste accoudé;
On a honte, un peu, de ses joyeux hiers,
Comme d’un habit démodé.

Demain, c’est l’automne qui parle
De plus près à l’oreille qui l’écoute.
Je suis sans regret, mais j’ai mal;
Je suis sans effroi, mais je doute;

Non certes, de ma journée:
J’ai vécu, au mieux, le poème;
Mais l’âme reste étonnée
De n’être plus elle-même.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Je meurs de soif auprès de la fontaine, (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017




Je meurs de soif auprès de la fontaine,
Tremblant de froid au feu des amoureux;
Je suis aveugle et je conduis les autres;
Pauvre en bon sens, l’un des gens avertis ;
Très négligent, souvent soucieux pour rien :
Ma situation est comme ensorcelée,
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

Gagnant du temps, je perds mainte semaine ;
Je joue et ris quand la douleur m’étreint;
Mon déplaisir est comblé d’espérance;
J’attends ma chance aux affres du regret;
Rien ne me plait et pourtant je désire;
Joie et chagrin je trouve à ma pensée
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

Je suis bavard et me tais à grand peine ;
Déconcerté sans manquer de courage ;
Mon réconfort est aux mains de Tristesse :
Je ne peux pas les esquiver tous deux ;
Dans l’affliction, je fais bonne figure ;
La maladie m’échoit dans la santé
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

Envoi

prince, je dis que mon cas désastreux
Et mon profit aussi avantageux,
Je les jouerai au hasard, quelque année
Conduite au pire et au mieux par Fortune.

(Charles d’Orléans)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Demain est aux vingt ans fiers (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Rockwell Kent   (6)

 

Demain est aux vingt ans fiers ;
Leurs rires passent, et l’on reste accoudé ;
On a honte, un peu, de ses joyeux hiers,
Comme d’un habit démodé.

Demain, c’est l’automne qui parle
De plus près à l’oreille qui l’écoute.
Je suis sans regret, mais j’ai mal ;
Je suis sans effroi, mais je doute ;

Non certes, de ma journée :
J’ai vécu, au mieux, le poème ;
Mais l’âme reste étonnée
De n’être plus elle-même.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Rockwell Kent 

 

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Chute sur les Bords du Temps (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Chute sur les Bords du Temps

L’oiseau du jour a dévoré les horizons,
les horizons qu’on a cousus avec des fils d’azur et de beau temps,
d’aveux et de prisons.
Sur le nez d’une ville,
la tête cachée sous un cercle d’aiguilles d’or
– est-ce pour clouer sous le charme de son plumage
le secret multicolore des paysages ! —
il gonfle son ventre de nostalgie.
Qu’il était doux de rire du sort
ainsi qu’un homme dont le vin a bu le crâne
en se baignant dans les seins voilés d’écume

Va-t-il rouler au pied du temps
l’oiseau du jour, l’oiseau tout velu de couleurs
l’oiseau prodigue comme le printemps !
Il glisse ses paupières
comme pour fermer à son regret toute sortie.
Quelques minutes ont coupé de l’arbre son cœur :
il doit rouler le long des pentes.
Son sang d’aigle vaincu, son sang noir,
a coulé sur la terre
comme les bouches muettes de la mort sur les cimetières.

(Lucien Becker)

 

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L’OEIL DU MAÎTRE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

L’OEIL DU MAÎTRE

Un Cerf s’étant sauvé dans une étable à boeufs
Fut d’abord averti par eux
Qu’il cherchât un meilleur asile.
Mes frères, leur dit-il, ne me décelez pas :
Je vous enseignerai les pâtis les plus gras ;
Ce service vous peut quelque jour être utile,
Et vous n’en aurez point regret.
Les Boeufs à toutes fins promirent le secret.
Il se cache en un coin, respire, et prend courage.
Sur le soir on apporte herbe fraîche et fourrage
Comme l’on faisait tous les jours.
L’on va, l’on vient, les valets font cent tours.
L’Intendant même, et pas un d’aventure
N’aperçut ni corps, ni ramure,
Ni Cerf enfin. L’habitant des forêts
Rend déjà grâce aux Boeufs, attend dans cette étable
Que chacun retournant au travail de Cérès,
Il trouve pour sortir un moment favorable.
L’un des Boeufs ruminant lui dit : Cela va bien ;
Mais quoi ! l’homme aux cent yeux n’a pas fait sa revue.
Je crains fort pour toi sa venue.
Jusque-là, pauvre Cerf, ne te vante de rien.
Là-dessus le Maître entre et vient faire sa ronde.
Qu’est-ce-ci ? dit-il à son monde.
Je trouve bien peu d’herbe en tous ces râteliers.
Cette litière est vieille : allez vite aux greniers.
Je veux voir désormais vos bêtes mieux soignées.
Que coûte-t-il d’ôter toutes ces araignées ?
Ne saurait-on ranger ces jougs et ces colliers ?
En regardant à tout, il voit une autre tête
Que celles qu’il voyait d’ordinaire en ce lieu.
Le Cerf est reconnu ; chacun prend un épieu ;
Chacun donne un coup à la bête.
Ses larmes ne sauraient la sauver du trépas.
On l’emporte, on la sale, on en fait maint repas,
Dont maint voisin s’éjouit d’être.

Phèdre sur ce sujet dit fort élégamment :
Il n’est, pour voir, que l’oeil du Maître.
Quant à moi, j’y mettrais encor l’oeil de l’Amant.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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