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Poésie

Posts Tagged ‘témoin’

La vérité (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



verite

La vérité

Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
D´abord on le tue
Puis on s´habitue
On lui coupe la langue on le dit fou à lier
Après sans problèmes
Parle le deuxième
Le premier qui dit la vérité
Il doit être exécuté.

J´affirme que l´on m´a proposé beaucoup d´argent
Pour vendre mes chances
Dans le Tour de France
Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens
Et dans le spectacle
Y a pas de miracle
Le coureur a dit la vérité
Il doit être exécuté.

A Chicago un journaliste est mort dans la rue
Il fera silence
Sur tout ce qu´il pense
Pauvre Président tous tes témoins ont disparu
En chœur ils se taisent
Ils sont morts les treize
Le témoin a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Le monde doit s´enivrer de discours pas de vin
Rester dans la ligne
Suivre les consignes
A Moscou un poète à l´Union des écrivains
Souffle dans la soupe
Où mange le groupe.
Le poète a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Combien d´hommes disparus qui un jour ont dit non
Dans la mort propice
Leurs corps s´évanouissent
On se souvient ni de leurs yeux ni de leur nom
Leurs mots qui demeurent
Chantent « juste » à l´heure.
L´inconnu a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
La foule sans tête
Etait à la fête
Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
C´est plus juste en somme
D´abattre un seul homme.
Ce jeune homme a dit la vérité
Il doit être exécuté.

Ce soir avec vous j’ai enfreint la règle du jeu
J’ai enfreint la règle
Des moineaux, des aigles
Vous avez très peur pour moi car vous savez que je
Risque vos murmures
Vos tomates mûres
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter
Ma chanson a dit la vérité
Vous allez m’exécuter

(Guy Béart)

 

 

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Enfant mécontent (Muriel Carminati)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



Illustration: Elisabeth Baysset
    
Enfant mécontent
il prend le ciel à témoin
je suis grand dit-il
et je peux nager tout seul
il s’échappe et boit la tasse

(Muriel Carminati)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Cahiers de Poésie Verte
Traduction:
Editions: Friches

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Fléaux, la blancheur, les fleurs de la terre promise (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

Fléaux, la blancheur, les fleurs
de la terre promise : et tout
ce que tu entasses, se délitant à la lisière
du souffle. Pour un simple mot
dans l’air que nous n’avons pas respiré, pour une seule
pierre, éclatant avec la famine
en nous — colère,
issue des os dévastés, par quoi nous sommes proches
du ver. Le mur
est ton seul témoin. Séparé
de moi, mais ne prodiguant rien,
tu te vautres sur chaque page non écrite,
comme si ta voix s’était glissée
loin de toi : et pénétrait la blancheur
de la plainte.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Jour d’Orient (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Alberto Quintero - (12)

Jour d’Orient

Ce fut un jour pareil à ce beau jour
Que, pour tout perdre, incendiait l’amour !

C’était un jour de charité divine
Où dans l’air bleu l’éternité chemine ;
Où dérobée à son poids étouffant
La terre joue et redevient enfant ;
C’était partout comme un baiser de mère,
Long rêve errant dans une heure éphémère ;
Heure d’oiseaux, de parfums, de soleil,
D’oubli de tout… hors du bien sans pareil.

Nous étions deux !… C’est trop d’un quand on aime
Pour se garder… Hélas ! nous étions deux.
Pas un témoin qui sauve de soi-même !
Jamais au monde on n’eut plus besoin d’eux
Que nous l’avions ! Lui, trop près de mon âme,
Avec son âme éblouissait mes yeux ;
J’étais aveugle à cette double flamme,
Et j’y vis trop quand je revis les cieux.

Pour me sauver, j’étais trop peu savante ;
Pour l’oublier… je suis encor vivante !

C’était un jour pareil à ce beau jour
Que, pour tout perdre, incendiait l’amour !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alberto Quintero

 

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DANS LA CLAIRIÈRE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration
    
DANS LA CLAIRIÈRE

Pour plus d’agilité, pour le loyal duel,
Les témoins ont jugé qu’Elles se battraient nues.
Les causes du combat resteront inconnues;
Les deux ont dit : Motif tout individuel.

La blonde a le corps blanc, plantureux, sensuel;
Le sang rougit ses seins et ses lèvres charnues.
La brune a le corps d’ambre et des formes ténues;
Les cheveux noirs-bleus font ombre au regard cruel.

Cette haie où l’on a jeté chemise et robe,
Ce corps qui tour à tour s’avance ou se dérobe,
Ces seins dont la fureur fait se dresser les bouts,

Ces battements de fer, ces sifflantes caresses,
Tout paraît amuser ce jeune homme à l’oeil doux
Qui fume en regardant se tuer ses maîtresses.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le pommier (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



photo-pommiers-pink-rose-sous-la-neige

Le pommier

A force de mourir et de n’en dire rien
Vous aviez fait un jour jaillir, sans y songer,
Un grand pommier en fleurs au milieu de l’hiver
Et des oiseaux gardaient de leurs becs inconnus
L’arbre non saisonnier, comme en plein mois de mai,
Et des enfants joyeux de soleil et de brume
Faisaient la ronde autour, à vivre résolus.
Ils étaient les témoins de sa vitalité.
Et l’arbre de donner ses fruits sans en souffrir
Comme un arbre ordinaire, et, sous un ciel de neige,
De passer vos espoirs de toute sa hauteur.
Et son humilité se voyait de tout près.
Oui, craintive, souvent, vous vous en approchiez.

(Jules Supervielle)

Illustration

 

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LES TROP HEUREUX (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



 

Margarita Sikorskaia - Tutt'Art@ (13)

LES TROP HEUREUX

Quand avec celle qu’on enlève,
Joyeux, on s’est enfui si loin,
Si haut, qu’au-dessus de son rêve
On n’a plus que Dieu, doux témoin ;

Quand, sous un dais de fleurs sans nombre,
On a fait tomber sa beauté
Dans quelque précipice d’ombre,
De silence et de volupté ;

Quand, au fond du hallier farouche,
Dans une nuit pleine de jour,
Une bouche sur une bouche
Baise ce mot divin : amour !

Quand l’homme contemple la femme,
Quand l’amante adore l’amant,
Quand, vaincus, ils n’ont plus dans l’âme
Qu’un muet éblouissement,

Ce profond bonheur solitaire,
C’est le ciel que nous essayons.
II irrite presque la terre
Résistante à trop de rayons.

(Victor Hugo)

Illustration: Margarita Sikorskaia

 

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Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018



Illustration: Marie-Claude Gironde
    
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Fais-moi danser jusqu’à ta beauté sur un violon enflammé
Fais-moi danser sur mes peurs jusqu’à la sérénité
Dresse-moi comme un rameau d’olivier et sois ma colombe

Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Oh laisse-moi contempler ta beauté quand les témoins sont partis
Laisse-moi ressentir tes mouvement comme ils le font à Babylone
Montre-moi lentement ce dont je connais seulement les limites
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Fais-moi danser jusqu’au mariage maintenant, fais-moi danser et re-danser
Fais-moi danser tendrement et très longtemps
Nous sommes tout deux sous la coupe de l’amour, et bien au dessus
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Fais-moi danser jusqu’aux enfants qui demandent à naître
Fais-moi danser et passer les barrières que nos baisers ont brisées
Monte-toi un abri de toile désormais, mais sache que chaque fil est brisé
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

Fais-moi danser jusqu’à ta beauté sur un violon enflammé
Fais-moi danser sur mes peurs jusqu’à la sérénité
Touche-moi à mains nues ou de ton gant
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour
Fais-moi danser jusqu’à la fin de l’amour

***

DANCE ME TO THE END OF LOVE

Dance me to your beauty with a burning violin
Dance me through the panic ’til I’m gathered safely in
Lift me like an olive branch and be my homeward dove
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love
Oh let me see your beauty when the witnesses are gone
Let me feel you moving like they do in Babylon
Show me slowly what I only know the limits of
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love

Dance me to the wedding now, dance me on and on
Dance me very tenderly and dance me very long
We’re both of us beneath our love, we’re both of us above
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love

Dance me to the children who are asking to be born
Dance me through the curtains that our kisses have outworn
Raise a tent of shelter now, though every thread is torn
Dance me to the end of love

Dance me to your beauty with a burning violin
Dance me through the panic till I’m gathered safely in
Touch me with your naked hand or touch me with your glove
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love
Dance me to the end of love

(Leonard Cohen)

 

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LE MIROIR DU SORT (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



LE MIROIR DU SORT

Ainsi lorsque je pars vers un nouveau séjour
Protégeant cet enfant que je berce et console,
Souvenir insoumis tu montes à mon bord
Et pour mieux incliner mon choix vers tes trésors
Tu tends à mes refus un peu de cette eau folle
Où je vois le passé délivré qui accourt.

Assoiffée à présent de ce flot hors d’atteinte
Je retourne au rivage où dansent mes témoins,
Je cherche à retrouver les ombres qui m’appellent,
Mais tandis que je crie où les sentiers se mêlent
La route et le ruisseau vont se rejoindre au loin
Et le silence est seul à épouser ma plainte.

Sur le pont suspendu quel est ce promeneur?
Ah! c’est lui : « Hâte-toi. Tourne les yeux. Je t’aime.
Je suis à demi morte et la nuit nous attend. »
Il est là, près de moi, mais ce n’est qu’un absent
Et le chagrin revient. L’image est un problème
Qui surgit de l’espoir et se noie en nos pleurs.

Appuyée à ton bras nous partons en voyage,
C’est la fin de septembre et le vent sent les feux.
Tu souris, et je vois au-delà des platanes
Passant à contre-jour un seul corbeau qui plane
Et pour nous saluer nous trouvons que c’est peu.
A Soudain le temps se ferme et me prend ton visage.

Un rire en robe blanche arrive du lointain
Je reconnais ces voix dont l’éclat m’encourage.
Oui ce sont trois enfants qui courent dans les bois
Et sous les champignons cherchent de petits rois
Pour venir partager le gâteau de leur âge.
Revenez. Revenez. Mais le gâteau s’éteint.

La soirée est là-bas au bout de l’avenue.
Une feuille tournoie et tombe sur ma main
Comme un baiser du ciel puis tremblante s’envole
Amour, oh! mon amour tu n’as qu’une parole
Elle est partie au vent qui la rapporte en vain
Au seuil de ces jardins où j’étais bien-venue.

Laissez-moi souvenirs, déliez mes genoux,
La vision du bonheur m’est trop grande dépense
Et le baiser vautour lorsqu’est passé le temps
Vient déchirer la lèvre où le désir attend
Et l’heure en ses filets ne pêche que l’offense
Et le miroir du sort ne reflète que vous.

(Louise de Vilmorin)

 

 

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La Vague (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




    
La Vague

Il est des mont Fuji montagne Boukornine
fiefs des oiseaux perdus dans les étendues d’eau
Quand la Vague est venue me portant sur son dos
j’ai vu leurs cimes fondre sous l’écume opaline

Des villes ont glissé lumières dans la mer
parcs mairies minarets auxquels manque le son
cyprès au bord des routes et des cimetières
trains de noyés hagards visitant les grands fonds

Moi perchée sur la Vague témoin impuissant
ne sachant s’il fallait plonger ou résister
flairant la mort proche comme un requin du sang
je me surpris soudain à vouloir et lutter

Parlai-je d’aujourd’hui ou d’un hier livide
Trépasser par noyade est la fin redoutée
des Naïades hantant les Golfes veloutés
Vertige inconnu et chute dans le vide

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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