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Posts Tagged ‘témoin’

À Rosette (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



À Rosette

Mai sourit au firmament,
Mai, le mois des douces choses ;
Ton aveu le plus charmant
Est venu le jour des roses.

Pour témoins de ce bonheur
Nous avons pris, ô ma belle,
Le premier lilas en fleur,
Et la première hirondelle.

Le vallon sait notre amour,
Les grands bois sont nos complices ;
Les lis gardent, loin du jour,
Ton secret, dans leurs calices !

Les papillons nuancés
Et les vertes demoiselles
Portent tes serments tracés
Sur la poudre de leurs ailes.

L’étreinte des lierres frais,
Verts chaînons que rien ne brise,
Figure, dans les forêts,
L’ardeur que tu m’as promise.

Et pour qu’à notre dessein
Ton souvenir soit fidèle,
Sur les rondeurs de ton sein,
Tous les nids ont pris modèle.

Oh ! Ne trahis pas ta foi !
Regarde, mon cœur, regarde :
Tout l’azur a l’œil sur toi,
Et tout le printemps te garde !

Si tu venais à mentir,
Les muguets, aux fines branches,
Feraient tous, pour m’avertir,
Tinter leurs clochettes blanches ;

Les limaçons consternés,
Comme des prophètes mornes,
Par les chemins détournés,
Me suivraient avec des cornes ;

Et les oiseaux, dans la nuit,
Se heurtant à ma fenêtre,
Me rapporteraient le bruit
De ta rigueur prête à naître !

Hélas ! Hélas ! Les beaux jours
N’ont qu’un temps, comme les roses.
J’ai peur des grands étés lourds
Et des grands hivers moroses !

Ces mois-là n’ont rien promis,
Et tous les crimes s’y peuvent,
Sans que les blés endormis
Ou les glaçons froids s’émeuvent.

O mon ange ! ô mon trésor !
Cher bonheur que Dieu me donne,
Jure-moi d’aimer encor,
Lorsque jaunira l’automne !

Jure-moi !… ― mais tu souris
De mes alarmes trop fortes…
Viens !… les rameaux sont fleuris,
Oublions les feuilles mortes !

(Louis Bouilhet)

Illustration: Eugène Begarat 

 

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La jeune fille (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2017



La jeune fille

Un soir fleurit soudain la beauté d’une épaule
et d’un visage et d’un regard battu de cils,
auprès du feu, dans une auberge de village
où sommeille un chien noir sur les carreaux de sang.

L’enfant plie sa fatigue et soulève la lampe
sans rien savoir du miracle qui l’a choisie
dans le couloir peuplé de manteaux vides
que ne tourmente pas l’absence du témoin.

Le miroir est cerné de plaies. L’orage
agite aux vitres ses lambeaux de soufre
tandis qu’au loin dans la nuit des alpages
des ombres frottent sur les roches leurs échines.

Et la beauté s’efface inaperçue
de ces vieillards qui pèsent grain et paille
mais on oublie de remonter l’horloge
dont la main de cuivre à l’aube se figera.

(Jean Joubert)

Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole

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Oui, elles ont quelque chose à nous dire (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Oui, elles ont quelque chose à nous dire,
tasses, chaises,
retenant une marque de doigt, une odeur
dans les pièces quittées par nous.

Obscurément se répercute en elles
notre humeur du matin.

Tard dans la vie, nous comprenons
que ces minces témoins ont sur nous privilège
(très discret)
de remise en question.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Même si la neige (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



    

Même si la neige annule toute trace
sur la pelouse où l’hiver n’a pas prise,
les mots sont encore témoins
de ces passages sans mesure.
A travers la forêt qui s’éclaircit,
un voyageur s’obstine à chercher un chemin
perdu d’avance pour lui.
Rien ne saurait le conduire à bon port.

(Max Alhau)

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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A l’amour (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

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A l’amour

Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.

Je te rends ce trésor funeste,
Ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
Sera bientôt froid comme lui.

Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
C’est que j’ai cru te voir sous ces traits que j’abhorre.
Oui, j’ai cru rencontrer le regard d’un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.

Ciel ! On peut donc mourir à l’aspect d’un perfide,
Si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;

Je rougis d’oublier qu’enfin tout nous sépare ;
Mais je n’en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s’expriment avec peine !
Amour… que je te hais de m’apprendre la haine !

Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
Ces lettres, qui font mon supplice,
Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !

Cache au moins ma colère au cruel qui t’envoie,
Dis que j’ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En lui peignant mes douloureux transports,
Tu lui donnerais trop de joie.

Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,
Où, cachant sous des fleurs son premier artifice,
Il voulut essayer sa cruauté novice
Sur un coeur simple et malheureux.

Quand tu voudras encore égarer l’innocence,
Quand tu voudras voir brûler et languir,
Quand tu voudras faire aimer et mourir,
N’emprunte pas d’autre éloquence.

L’art de séduire est là, comme il est dans son coeur !
Va ! Tu n’as plus besoin d’étude.
Sois léger par penchant, ingrat par habitude,
Donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.

Ne change rien aux aveux pleins de charmes
Dont la magie entraîne au désespoir :
Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,
Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes…

Il n’ose me répondre, il s’envole… il est loin.
Puisse-t-il d’un ingrat éterniser l’absence !
Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
J’aime mieux souffrir sans témoin.

Il ne reviendra plus, il sait que je l’abhorre ;
Je l’ai dit à l’amour, qui déjà s’est enfui.
S’il osait revenir, je le dirais encore :
Mais on approche, on parle… hélas ! Ce n’est pas lui !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Otto Lohmuller

 

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Nous sommes ces chaussures (Moshe Szulsztein)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



Nous sommes ces chaussures, nous sommes les derniers témoins
Nous sommes les chaussures de petits-enfants et de grand-pères
De Prague, Paris et Amsterdam
Et parce que nous ne sommes faits que de tissu et de cuir
Et pas de chair et de sang,
Les flammes de l’enfer nous ont été épargnées

(Moshe Szulsztein)

 Illustration

 

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Un grand Espoir s’écroula (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Un grand Espoir s’écroula
On ne perçut aucun bruit
Au-dedans était la Ruine
Ô Naufrage sournois
Qui ne se Trahit pas
Et n’admit nul Témoin

L’esprit bâti pour une Charge immense
Conçu pour la tourmente
Sombrant en Mer tant de fois
Et sur Terre, ostensiblement

Un refus de m’avouer la blessure
Et tant elle s’élargit
Que toute ma Vie s’y engouffra
Autour, ce n’étaient que failles –

Rabattu le simple couvercle qui bâillait au soleil
Jusqu’à ce que le tendre Menuisier
A jamais le cloue –

***

A great Hope fell
You heard no noise
The Ruin was within
Oh cunning Wreck
That told no Tale
And let no Witness in

The mind was built for mighty Freight
For dread occasion planned
How often foundering at Sea
Ostensibly, on Land

A not admitting the wound
Until it grew so wide
That all my Life had entered it
And there were troughs beside –

A closing of the simple lid that opened to the sun
Until the tender Carpenter
Perpetual nail it down –

(Emily Dickinson)


Illustration: Jacob-Peter Gowi

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Soleil levant (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017


soleil_levant

« Les Condamnés – voient le Soleil levant
Avec une Volupté autre –
Car – lorsqu’il resplendira de nouveau
Ils doutent d’en être témoins –
L’Homme – demain – qui va mourir –
Ecoute l’Oiseau des Prés –
Car sa Musique émeut la Hache
Qui réclame sa tête –

Joie – pour qui le Soleil levant
Précède un Jour – Epris –
Joie – pour qui l’Oiseau des Prés
N’a qu’Elégie! »

(Emily Dickinson)

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Quel nom donner à ce langage (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



Toujours les mots nous font imaginer l’être où ne se
trouve que la simple réalité.

Quel nom donner à ce langage qui pourrait s’en tenir
à la pauvreté du réel ?

Quel nom donner à ce langage qui saurait parler de
ce qui n’est pas ?

***

Un langage du réel, en sa nudité, sa simplicité
natives. Un langage d’avant la connaissance du bien et du mal.

Un langage affranchi de toute vérité. Témoin seulement d’une présence.

Des mots pour ne rien dire. Pour dire précisément ce rien.

***

Les mots du langage ordinaire veulent toujours, malgré nous, trop en dire.
Mais ces mots-là, que nous diraient-ils ? Étrangement muets. Comme les choses.

Des mots qui seraient là. Un grouillement d’existence, sous nos yeux. Imperceptible.

Un langage d’avant la tentation de l’être.
Non plus ce discours délirant qu’invente notre angoisse.

***

Voici tant de siècles que le discours de l’être nous tient prisonniers en sa caverne.
Nous sommes tellement habitués à ses ombres et ses clartés.
Nous en avons oublié l’immensité nocturne du ciel.

Maintenant, simplement faire silence.
Nous laisser saisir par le silence des choses.

Entrer dans cette nuit sans peur.
Accepter que chaque corps, chaque instant reposent en cette obscurité.

(Gérard Pfister)

Illustration: René Magritte

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Le paysage présent (Georges Bonnet)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2017



 

Le paysage présent
par habitude

L’horizon
jamais parti

Le ciel témoin
tient la distance

(Georges Bonnet)

 

 

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