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COUPLETS DE LA FILEUSE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2020



Illustration: William Bouguereau
    
COUPLETS DE LA FILEUSE

Je file les rayons de lune
le vent qui souffle et la fumée
je file des lambeaux de brume
les cheveux d’ange et les reflets
Je choisis les parfums très doux
les lueurs de l’aube et les soucis
pour ma quenouille de cristal
et mes rêves les plus secrets

Quand le soir tombe je file encore
pour que passent le temps et la vie
Je prépare mon crépuscule
mon agonie et mon décès
Tous les fils de ma vie s’emmêlent
et je me perds dans mes regrets
dans l’écheveau de mes remords
en attendant l’heure de la mort

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Raté! (Guy Foissy)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2020




Il avait tout raté dans la vie
Tout
Pas la moindre petite lueur
Rien
Alors las désespéré il prit son revolver
L’arma
Se visa
Se rata.

(Guy Foissy)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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St-Emile (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2020



St-Emile

Le soleil est un amant
Qui ne sait
Que faire rire les choses
Mais le poète les fait crier
Il fait nuit
J’écris
A la lueur de ma joie

(Pierre Albert-Birot)


Illustration: Vincent Van Gogh

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Automne (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



Automne

Ce que j’écris et qui,
doré par mon orgueil,
me semble traits de feu
n’est peut-être que lueurs sur un marécage
ou flamboiement de feuilles mortes.

(Michel Leiris)

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EXPULSION DE L’ESPRIT (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2020



 

coup-de-foudre-sur-le-viaduc-de-millau

EXPULSION DE L’ESPRIT

L’esprit dans l’espace.
Le feu des orages embrase les ténèbres,
L’esprit brûle dans l’espace.
Il diffuse la lumière magique.
L’express aux vertes fenêtres
Brillant sur le viaduc.
Moi-même je brûle et m’éclaire;
Aveugles ils éprouvent mon électricité
Mais ne voient pas la lueur.
Tous tremblent comme moi,
D’une ivresse de mort.
Ils reconnaissent lá le frisson
Des ailes refusant de se déployer,
De rayonner comme un astre en la nuit.
Ils maudissent les geôliers du soleil,
Qui dorment
Comme des fonctionnaires.
Tous les hommes dorment la nuit,
Ils n’éprouvent pas les révélations magiques,
Qui sourdent en moi de moi
L’homme est expulsion de l’esprit.
Difformité de la connaissance.

(Srecko Kosovel)

Illustration

 

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LE RÉVERBÈRE AU BORD DE LA ROUTE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2020



 

réverbère

LE RÉVERBÈRE AU BORD DE LA ROUTE

Pourquoi demeurer un homme si cela te pèse ?
Deviens un réverbère
Au bord de la route et sans un mot diffuse
Ta lueur sur l’homme
Afin de lui préserver un visage.
Sois bon
Et objectif comme le réverbère,
Qui sans un mot éclaire pareillement la face
De l’ivrogne, du vagabond ou de l’étudiant
Sur la route.

Sois réverbère si tu ne peux
Être un homme;
Il est difficile d’être un homme,
Avec deux bras seulement
Pour étreindre tant d’êtres.
Sois un réverbère sur la route,
Éclairant mille faces
Et l’errant et le solitaire.
Sois un réverbère avec une lampe,
Un homme dans un carré magique,
Faisant des signes avec un bras vert.
Sois réverbère, réverbère,
Réverbère.

(Srecko Kosovel)

Illustration

 

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ANNÉE-LUMIÈRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration
    
ANNÉE-LUMIÈRE

Une étoile dans mes mains grandes ouvertes
Un regard une étincelle une joie
Des millions d’années-lumière et une seconde
Comme si le temps était aboli
et que le monde entier se gonflait de silence

L’inconnu s’illuminait d’un seul coup
et cette lueur annonçait l’aurore
Tout était promis et clair et vrai
Un autre jour une autre nuit et l’aube
et que le monde était à portée de mes mains

Ne pas oublier ces angoisses ces vertiges
en écoutant ce qu’annonçait l’étoile
et en retrouvant ce chemin de feu
qui conduisait vers l’avenir et l’espoir
et vers ce que nul ni moi n’attendait plus

Que les nuages lourds comme le destin
s’étalent et menacent comme des monstres
et que l’horizon soit noir comme l’enfer
L’étoile brille pour moi seul
et tout devient lumière et clarté

Étoile qui me guide vers cet univers
où règnent la vérité et l’absolu

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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On ne sait pas ce qu’on attend (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020




On ne sait pas ce qu’on attend
au milieu des voix dans le brouillard
des gestes qui se perdent on attend
parfois le bruit de la pluie rappelle
quelque chose une ombre trop diffuse
presque une lueur une tiédeur
comme de main peut-être puisqu’on
est dans du corps que ça va venir
peu importe quand puisque ça vient

(Jacques Ancet)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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SOIR (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Stéphane Pellennec
    
SOIR

Ciel ! un fourmillement emplit l’espace noir ;
On entend l’invisible errer et se mouvoir ;
Près de l’homme endormi tout vit dans les ténèbres.
Le crépuscule, plein de figures funèbres,
Soupire ; au fond des bois le daim passe en rêvant ;
À quelque être ignoré qui flotte dans le vent
La pervenche murmure à voix basse : je t’aime
La clochette bourdonne auprès du chrysanthème
Et lui dit paysan, qu’as-tu donc à dormir ?
Toute la plaine semble adorer et frémir.
L’élégant peuplier vers le saule difforme
S’incline ; le buisson caresse l’antre ; l’orme
Au sarment frissonnant tend ses bras convulsifs ;
Les nymphaeas, pour plaire aux nénuphars pensifs,
Dressent hors du flot noir leurs blanches silhouettes ;
Et voici que partout, pêle-mêle, muettes,
S’éveillent, au milieu des joncs et des roseaux,
Regardant leur front pâle au bleu miroir des eaux,
Courbant leur tige, ouvrant leurs yeux, penchant leurs urnes,
Les roses des étangs, ces coquettes nocturnes.
Des fleurs déesses font des lueurs dans la nuit,
Et dans les prés, dans l’herbe où rampe un faible bruit,
Dans l’eau, dans la ruine informe et décrépite,
Tout un monde charmant et sinistre palpite.
C’est que là-haut, au fond du ciel mystérieux,
Dans le soir, vaguement splendide et glorieux,
Vénus rayonne, pure, ineffable et sacrée,
Et, vision, remplit d’amour l’ombre effarée.

(Victor Hugo)

 

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Comme l’huile qui dort dans la lampe (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020



Comme l’huile qui dort dans la lampe
et bientôt tout entière
se change en lueur
et respire sous la lune
emportée par le vol des oiseaux,
Tu murmures et tu brûles.
(Mais comment dire cette chose
qui est trop pure pour la voix?)
Tu es le feu naissant sur les froides rivières,
l’alouette jaillie du champ…
Je vois en toi
s’ouvrir et s’entêter
la beauté de la Terre.

(Philippe Jaccottet)

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