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Poésie

Posts Tagged ‘ironie’

PULVIS (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



PULVIS

Éternité, ô infini,
Toi, chaos, qui rassembles tout…
En ton vide il y a folie,
Et de nous tous tu fais des fous.

Devant toi je suis un poltron.
Eternité, ô infini,
J’aime une fille, oui, un tendron,
Apprends-moi la philosophie.

Éternité, ô infini,
Tandis que je tremble d’amour,
Tu me fais voir, triste ironie,
Un cimetière, au carrefour !

(George Bacovia)

 

 

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AUSCHWITZ (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2019



    

AUSCHWITZ

Là-bas, à Auschwitz, loin de la Vistule,
mon amour, le long de la plaine nordique,
dans un champ de mort: froide et funèbre,
la pluie sur la rouille des poteaux
et les barbelés entortillés de l’enceinte :
ni arbre ni oiseaux dans l’air gris
ou surgissant en nous, mais l’inertie
et la douleur que laisse la mémoire
à son silence sans ironie ni colère.

Tu ne veux ni élégies, ni idylles : juste
des raisons à notre destin, ici,
toi qui t’émeus des contrastes de l’esprit,
incertaine d’une présence
claire de la vie. Et la vie est ici,
dans chaque non qui semble être une certitude :
ici nous entendrons pleurer l’ange, le monstre
et nos heures futures
parcourir l’au-delà, qui est ici, éternel
et mouvant, et n’est pas une image
de rêves, de possible pitié.
Ici les métamorphoses, les mythes.
Sans nom de symboles ni de dieu,
ils sont la chronique, les lieux de la terre,
ils sont Auschwitz, mon amour. Pareil au cher corps
d’Alphée et d’Aréthuse qui subitement
se changea en fumée d’ombre.

De cet enfer ouvert par une inscription
blanche : « Le travail vous rendra libre »
s’échappa continuellement la fumée
de milliers de femmes poussées
à l’aube hors des chenils contre le mur
du stand ou suffocant en criant
pitié avec leurs bouches
de squelettes sous les douches à gaz.
Les retrouveras-tu, soldat, dans ton
histoire en forme de fleuves, d’animaux,
ou bien es-tu toi aussi cendres d’Auschwitz,
médaille de silence ?
Il reste de longues tresses enfermées dans des urnes
de verre encore nouées par des amulettes
et les ombres infinies des petits souliers
et des écharpes hébraïques : ce sont les reliques
d’un âge de sagesse et de savoir
où l’homme connaissait la mesure des armes,
ce sont les mythes, nos métamorphoses.

Sur les plaines où l’amour, les pleurs
et la pitié pourrirent, sous la pluie,
là-bas, un non frappait au fond de nous,
un non à la mort, morte à Auschwitz,
afin que dans ce trou elle ne se relève plus
des cendres, la mort.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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Jeune homme (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Josélito Donas  allongé  02481 [1280x768]

Jeune homme

Oh ! me coucher tranquillement
Pendant des heures infinies !
Et j’étais pourtant ton amant
Lors des abandons que tu nies.

Tu mens trop ! Toute femme ment.
Jouer avec les ironies,
Avec l’oubli froid, c’est charmant.
Moi, je baise tes mains bénies.

Je me tais. Je vais dans la nuit
Du cimetière calme où luit
La lune sur la terre brune.

Six balles de mon revolver
M’enverront sous le gazon vert
Oublier tes yeux et la lune.

(Charles Cros)

Illustration: Josélito Donas

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Pluie dans la nuit (Nakahara Chûya)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018




    
Pluie dans la nuit
– image de Verlaine –

La pluie ce soir encore entonne sa chanson,
Sa chanson monotone.
Lalala, lalala, toujours la même chanson.
Et voilà la carcasse de Verlaine
Qui passe dans la ruelle au milieu des entrepôts.

Dans la ruelle des entrepôts, c’est l’éclair de la cape,
L’ironie radine de la tourbe.
Mais au bout de la ruelle,
Au bout de la ruelle, l’espoir luit faiblement …
Qu’y a-t-il d’autre que cet espoir ?

A quoi bon toutes ces voitures ?
A quoi bon toutes ces lumières ?
Yeux globuleux, et vitreux, des lampes des cafés !
Au loin la chimie chante.

(Nakahara Chûya)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Nakahara Chûya Poèmes
Traduction: Yves-Marie Allioux
Editions: Picquier poche

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JEUNE HOMME (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018


 


 

Júlia Fernández Sánchez 0721

JEUNE HOMME

Oh ! me coucher tranquillement
Pendant des heures infinies !
Et j’étais pourtant ton amant
Lors des abandons que tu nies.

Tu mens trop ! Toute femme ment.
Jouer avec les ironies,
Avec l’oubli froid, c’est charmant.
Moi, je baise tes mains bénies.

Je me tais. Je vais dans la nuit
Du cimetière calme où luit
La lune sur la terre brune.

Six balles de mon revolver
M’enverront sous le gazon vert
Oublier tes yeux et la lune.

(Charles Cros)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

 

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UN TON SOUS L’IRONIE (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



UN TON SOUS L’IRONIE

Le notaire qui certifie au-delà de sa mort…
La ménagère parcourue de frisson
à voir, décongelée, la viande qui auréole…
L’écolier déjà moins qu’un figurant…
Le vieillard à qui le coiffeur passe
un miroir derrière la nuque…
Un peu partout, les pas affolés…

Et malgré tout ça : les dimanches
où la glycine profite, les souvenirs
avec vue sur la mer, les carrefours
violonistes de génie, les records
pour qu’on les batte, les hasards
qui vous apportent, les nuits
au grand coeur… Le mot coloriage.

(Gérard Noiret)

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JEUNE HOMME (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: Renaud Baltzinger
    
JEUNE HOMME

Oh! me coucher tranquillement
Pendant des heures infinies!
Et j’étais pourtant ton amant
Lors des abandons que tu nies.

Tu mens trop! Toute femme ment.
Jouer avec les ironies,
Avec l’oubli froid, c’est charmant.
Moi, je baise tes mains bénies.

Je me tais. Je vais dans la nuit
Du cimetière calme où luit
La lune sur la terre brune.

Six balles de mon revolver
M’enverront sous le gazon vert
Oublier tes yeux et la lune.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’Azur (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



L’Azur

De l’éternel Azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs,
Le poète impuissant qui maudit son génie
A travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l’intensité d’un remords atterrant,
Mon âme vide. Où fuir ? Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ?

Brouillards, montez ! Versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera la marais livide des automnes
Et bâtissez un grand plafond silencieux !

Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t’en venant la vase et les pâles roseaux,
Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor ! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Eteigne dans l’horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l’horizon !

– Le Ciel est mort. – Vers toi, j’accours ! Donne, ô matière
L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché
A ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché.

Car j’y veux, puisqu’enfin ma cervelle vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur,
N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée,
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur.

En vain ! L’Azur triomphe, et je l’entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angélus !

Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr ;
Où fuir dans la révolte inutile et perverse ?
Je suis hanté. L’Azur ! L’Azur ! L’Azur ! L’Azur !

(Stéphane Mallarmé)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Alchimie (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



Alchimie

Mon cœur immobilise
La lenteur du temps
Et je mixe les mots avec les sons
Au crépuscule de la mélancolie
Avec un rictus
Je salue les intempéries

Sous ce ciel d’améthyste
Je me sens joyeusement triste
Alors que tes seins de vierge
Tes seins de chair
Bombent de vitalité
L’ombre bleu clair du présent
Flotte au-dessus du sol pesant
Où le vert du pré s’égaie

Le soleil métamorphose le toit
Mais un nuage l’assombrit
Et malgré l’ironie du vent
La rivière promet toute sa fraîcheur

Je dérobe le temps au coffre de l’horloge
Pour le transformer en lingots d’insouciance.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Pascal Gonzalez

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Magritte (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017



Magritte est un mécanicien du jeu et de la plaisanterie.
Il rend un hommage d’ironie et de plaisir aux objets du quotidien,
des objets à regarder et à penser.

L’humour des pierres est un oiseau taillé dans l’océan
ou une femme découpée dans du bois.
Rire de la couleur,
précision du ciel,
scandale de la banalité
et craquement de la mémoire déposée comme présage
sur une dalle face à la mer.

Magritte manipule la liberté des couleurs et des mots.
Le langage est piégé par le bonheur,
détruit par la liberté.

Magritte est un homme qui est un plaisantin,
un amusé de la tendresse qui a tournée le dos à l’angoisse.
En fait, il l’a noyée dans un pot de couleurs
pendant que sa femme posait nue
devant un nuage,
tout
bleu.

(Tahar Ben Jelloun)

Illustration: Magritte

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