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Tu vas par la montagne ainsi que vient la brise (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



Tu vas par la montagne ainsi que vient la brise
ou le brusque courant qui descend de la neige
et ta palpitante chevelure confirme
les ornements altiers du soleil dans les feuilles.

Tout l’éclat du Caucase est tombé sur ton corps
comme dans un interminable petit vase
où l’eau changerait de chant et de vêtement
à chaque mouvement du fleuve transparent.

Par les montagnes le vieux chemin des guerriers
et en bas furieuse brille comme une épée
l’eau, entre des murailles de mains minérales,

jusqu’à ce que tu reçoives soudain des bois
le bouquet ou l’éclair de quelques fleurs d’azur
et l’insolite flèche d’un parfum sauvage.

***

Por las montañas vas como viene la brisa
o la corriente brusca que baja de la nieve
o bien tu cabellera palpitante confirma
los altos ornamentos del sol en la espesura.

Toda la luz del Cáucaso cae sobre tu cuerpo
como en una pequeña vasija interminable
en que el agua se cambia de vestido y de canto
a cada movimiento transparente del río.

Por los montes el viejo camino de guerreros
y abajo enfurecida brilla como una espada
el agua entre murallas de manos minerales,

hasta que tú recibes de los bosques de pronto
el ramo o el relámpago de unas flores azules
y la insólita flecha de un aroma salvaje.

(Pablo Neruda)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Dans les herbes folles (Bashô)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Manda
    
Dans les herbes folles
Épave d’un songe
L’ombre des guerriers

***

natsu-kusa ya
tsuwamono domo ga
yume no ata

(Bashô)

 

Recueil: Haïkus еt Notes de voyage sur le chemin étroit du nord profond
Traduction: Manda
Editions: Synchronique

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TOMBES DE SOLDATS (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018



TOMBES DE SOLDATS

Près des tombes vertes de lierre
Des soldats tués à la guerre,
Des enfants jouent au cimetière.

Des enfants aux sabres de bois
Jouent naïvement aux soldats
Et font les morts couchés en tas.

Sans un regard pour ces guerriers,
Des moutons broutent dans le pré
Comme toujours ils ont brouté.

L’heure sonne, lente à la tour.
Un chien aboie dans une cour.
Un paysan, au loin, laboure.

(Maurice Carême)

Illustration: Jules Jacques Veyrassat

 

 

 

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Ma plus belle histoire d’amour (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
Ma plus belle histoire d’amour

Du plus loin, que me revienne,
L´ombre de mes amours anciennes,
Du plus loin, du premier rendez-vous,
Du temps des premières peines,
Lors, j´avais quinze ans, à peine,
Cœur tout blanc, et griffes aux genoux,
Que ce furent, j´étais précoce,

De tendres amours de gosse,
Ou les morsures d´un amour fou,
Du plus loin qu´il m´en souvienne,
Si depuis, j´ai dit « je t´aime »,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

C´est vrai, je ne fus pas sage,
Et j´ai tourné bien des pages,
Sans les lire, blanches, et puis rien dessus,
C´est vrai, je ne fus pas sage,
Et mes guerriers de passage,
A peine vus, déjà disparus,
Mais à travers leur visage,

C´était déjà votre image,
C´était vous déjà et le cœur nu,
Je refaisais mes bagages,
Et poursuivais mon mirage,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

Sur la longue route,
Qui menait vers vous,
Sur la longue route,
J´allais le cœur fou,
Le vent de décembre,
Me gelait au cou,
Qu´importait décembre,
Si c´était pour vous,

Elle fut longue la route,
Mais je l´ai faite, la route,
Celle-là, qui menait jusqu´à vous,
Et je ne suis pas parjure,
Si ce soir, je vous jure,
Que, pour vous, je l´eus faite à genoux,
Il en eut fallu bien d´autres,
Que quelques mauvais apôtres,
Que l´hiver ou la neige à mon cou,
Pour que je perde patience,
Et j´ai calmé ma violence,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

Mais tant d’hiver et d’automne
De nuit, de jour, et personne,
Vous n´étiez jamais au rendez-vous,
Et de vous, perdant courage,
Soudain, me prenait la rage,
Mon Dieu, que j´avais besoin de vous,
Que le Diable vous emporte,
D´autres m´ont ouvert leur porte,
Heureuse, je m´en allais loin de vous,
Oui, je vous fus infidèle,
Mais vous revenais quand même,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous,

J´ai pleuré mes larmes,
Mais qu´il me fut doux,
Oh, qu´il me fut doux,
Ce premier sourire de vous,
Et pour une larme,
Qui venait de vous,
J´ai pleuré d´amour,
Vous souvenez-vous?

Ce fut, un soir, en septembre,
Vous étiez venus m´attendre,
Ici même, vous en souvenez-vous?
A vous regarder sourire,
A vous aimer, sans rien dire,
C´est là que j´ai compris, tout à coup,
J´avais fini mon voyage,
Et j´ai posé mes bagages,
Vous étiez venus au rendez-vous,
Qu´importe ce qu´on peut en dire,
Je tenais à vous le dire,
Ce soir je vous remercie de vous,
Qu´importe ce qu´on peut en dire,
Je suis venue pour vous dire,
Ma plus belle histoire d´amour, c´est vous…

(Barbara)

 

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Herbes d’été (Bashô)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2018



Illustration: Hiroshige    
    
Herbes d’été :
Tout ce qui reste
Des rêves du guerrier !

(Bashô)

 

Recueil: Haïku
Traduction: Philippe Jaccottet
Editions: Fata Morgana

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DE LA FENÊTRE OCCIDENTALE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2018




    
DE LA FENÊTRE OCCIDENTALE
Ouan-Tchan-Lin

A la tête de mille guerriers furieux, au bruit forcené des gongs,
mon mari est parti, courant après la gloire.

J’ai d’abord été joyeuse de reprendre ma liberté de jeune fille.
Maintenant, je regarde de ma fenêtre les feuilles jaunissantes du saule ;

à son départ, elles étaient d’un vert tendre.
Serait-il joyeux, lui aussi, d’être loin de moi ?

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Jardin (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



jardin

nous rendrez-vous cet air du Luxembourg
que vous traverserez longtemps sous notre regard
ironique et doux marchant non vers un prince
des plaisirs défendus mais un but sans attraits
le travail imperceptible d’équarrissage contre vous
les ombres mortes qu’il vous fallait discriminer
avec leur poids d’aïeules et tandis que nous
n’en finissions pas de jouer à l’avant-monde
et d’applaudir entre les voitures et les affiches
nos allures de guerriers mourants et vainqueurs
vous n’étiez même pas sûre à votre jeu
de rencontrer à temps la chaleur de votre corps
et l’envie folle d’être attendue perce-t-elle
aujourd’hui sous cette légèreté d’inadvertance
qui vous a fait garder le bleu marine pour au moins
le tissu tendre de votre écharpe striée d’éclairs
brun et or l’abdomen des abeilles quand vous passez
près des ruchers modèles où se renoue le temps discret

(Hédi Kaddour)


Illustration

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LES CORBEAUX (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



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LES CORBEAUX

Les derniers feux du soleil dorent les nuages de poussière
qui flottent autour des remparts de la ville.
Des corbeaux volent au-dessus d’un cèdre où ils passeront la nuit.
Leurs croassements frappent l’oreille de l’épouse d’un guerrier
qui est assise près de sa fenêtre et qui tisse de la soie.
Elle lève la tête.
Elle regarde les remparts.

Voici qu’elle songe à celui qui ne reviendra peut-être pas,
à tous ceux qui ne reviendront peut-être pas.

Maintenant, elle contemple sa couche,
et ses larmes tombent comme une pluie d’été.

(La Flûte de Jade)

 Illustration

 

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Les portes de l’enfer et du paradis (Hakuin Ekaku)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



Illustration
    
Les portes de l’enfer et du paradis

Un samouraï se présenta devant le maître Zen Hakuin
et lui demanda :

– « Y a t-il réellement un paradis et un enfer ? »
– « Qui es tu ? » demanda le maître
– « Je suis samouraï… »
– « Toi, un guerrier ! » s’exclama Hakuin.
« Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t’avoir à son service ?
Tu as l’air d’un mendiant. »

La colère s’empara du samouraï.
Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :

– « Ah bon, tu as même un sabre !? Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête. »
Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt a frapper le maître.

A ce moment celui-ci dit :
– « Ici s’ouvrent les portes de l’enfer. »

Surpris par la tranquille assurance du moine,
le samouraï rengaina et s’inclina.

– « Ici s’ouvrent les portes du paradis »,
lui dit alors le maître.

(Hakuin Ekaku)

 

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Retouche au départ du guerrier (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



    

retouche au départ du guerrier

Fenêtres, images de la maison
la femme regarde le chardon sur le mur
le baiser des colombes

mais la vie a le froid d’un corridor

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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