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Poésie

Posts Tagged ‘violence’

Marées (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Marées

Le monde succombe
Aux mains des égorgeurs
En carcan de haine
Qui déciment les corps innocents

Puis s’échappant comme l’eau
De toute emprise
La liberté jaillit
Hors du joug des violences
Et des harnais du temps

Mais qui ramènera
Des contrées
De l’ombre et des glaives
Ces vies interrompues
Aux lisières de nos vies ?

(Andrée Chedid)

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Femmes aux frontières (Elvire Maurouard)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



 

Harding Meyer 1964 - Brazilian Portrait painter -   (2)

Femmes aux frontières

Le soir qui les grandit tombe sur leur destin
Héroïnes sans noms d’obscures épopées
Elles vont frêles leurs enfants enveloppés
Scandant leur marche aux coups de tirs lointains

De temps en temps parmi la violence intense
Jaillit d’un gosier jeune un chant sonore et clair
Dont vibre longuement l’atrocité de l’air
Et le refrain en choeur des poitrines s’élance

Elles rentrent ainsi sous les cieux assoupis
Et toutes par degrés sont bientôt confondues
Au vague demi-jour des pâles étendues
Sous leur double fardeau de misère alanguie

(Elvire Maurouard)

Illustration: Harding Meyer

 

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Quel dur chemin (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



Quel dur chemin
Le passage de la nuit, du jour
Le passage du bien, du mal
De la vertu, du vice
Le passage du silence
Du brouhaha
De la haine
De la violence
De l’amour
De l’amour

(Abbas Kiarostami)

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LE PÉRIPLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
LE PÉRIPLE
pour Winifred Nicholson

En gravissant la colline de fossiles
J’ai recueilli des petites pierres soudées:
Je me suis souvenue de la mer archaïque
Où jadis ces cailloux furent mes os.

Je marchais le long du mur d’Hadrien;
Le vent du nord soufflait, venant du pôle.
Oh, je fus cet assaut de violence
Contre les remparts du monde!

Au crépuscule, dans une crypte déserte,
J’ai éprouvé la peur de toutes mes morts :
Des formes que j’avais vues avec des yeux de bête
Peuplaient l’obscurité de mystères.

Je suis restée près d’un torrent
Et d’un tertre où poussaient des chardons;
Ce lieu qui si longtemps avait été mon lieu,
Maintenant mon coeur y pourrit sous terre.

J’ai été la truite qui hante le lac,
L’ombre, la présence qui traverse l’eau.
Tant et tant de vies dont je laisse
Les os épars, les ailes brisées !

J’ai été l’animal qui meurt,
Œil qui se ferme sur l’aubépine dentelée,
Carcasse étouffée bientôt par la mousse,
Crâne englouti sous les fougères.

Les traces de mes pas s’enfoncent dans les sables mouvants
Et les champs d’orge ont bu mon sang, .
Ma sagesse a tracé la spirale d’un coquillage,
Mon labeur a dressé un tumulus de pierres sur une colline.

De loin je suis venue et je dois aller loin,
Il y a tant de tombes qu’habite ma douleur,
Mais toujours les doigts morts font naître
Les fleurs que je bénis de mes yeux vivants.

***

THE JOURNEY
For Winifred Nicholson

As I vent over fossil hill
I gathered up small jointed stones,
And I remembered the archaic sea
Where once these pebbles moere my bons.

As I walked on the Roman wall
The wind blew southward from the pole.
Oh I have been that violence hurled
Against the ramparts of the world.

At nightfall in an empty kirk
I felt the fear of all my deaths:
Shapes I had seen with animal eyes
Crowded the dark with mysteries.

I stood beside a tumbling beck
Where thistles grew upon a mound
That man, a day had been my home,
Where now my heart rots in the ground.

I was the trout that bannis the pool,
The shadowy presence of the stream.
Of many many lives I leave
The scattered bone and broken wing.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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SUITE NORTHUMBRIENNE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




SUITE NORTHUMBRIENNE

Telle semble être la vie de l’homme, ô Roi, pareille au vol
d’un moineau à travers la grande salle où tu es attablé, l’hiver,
avec le feu dans l’âtre, au-dehors la pluie et la tempête glacées.
Le moineau entre en volant par une porte, reste un moment
dans la lumière et la chaleur du feu de l’âtre, puis retourne
dans l’obscurité d’où il était venu.

Paroles attribuées à un conseiller dans le récit fait par Bede
de la conversion d’Eadwine, roi de Northumberland.

Pure, avant le commencement du monde,
J’étais la violence du vent et de la vague,
J’étais l’oiseau avant que nul oiseau ne chante,

Je n’ai jamais été immobile,
Je tournais sur l’axe de ma joie,
J’étais la danseuse solitaire sur la colline,

La pluie au flanc de la montagne,
La brume qui se lève,
J’étais le tourment de la mer,

J’ai tissé la toile de couleur
Avant l’arc-en-ciel,
Le labyrinthe de la fleur
Avant que ne pousse la feuille.

J’étais la pierre enfouie,
Le fossile de la forêt,
J’ai connu la racine des choses :
Avant le royaume de la mort
Je suis passée par la tombe.

Pendant des temps immémoriaux mon voyage
Fait le tour de l’univers
Et je demeure
Avant le premier jour.

[extrait]

***

NORTHUMBRIAN SEQUENCE

So seems the life of man, O King, as a sparrow’s flight through
the hall when you are sitting at meat in winter-tide, the fire
on the hearth, the icy rainstorm without.
The sparrow flies in at one door and tarries for a moment
in the light and heat of the hearth-fire, then flies forth into the
darkness whence it came.

Words attributed to an ealdorman, in Bede’s account of the
conversion of Eadwine, King of Northumberland.

Pure I was. before. the world began,
I was the violence of wind and wave,
I was the bird before bird ever sang.

I was never still,
I turned upon the axis of my joy,
I was the lonely dancer on the hill,

The rain upon the mountainside,
The rising mist,
I was the sea’s unrest.

I wove the web of colour
Before the rainbow,
The intricacy of the flower
Before the leaf grew.

I was the buried ore,
The fossil forest,
I knew the roots of things:
Before death’s kingdom
I passed through the grave.

Times out of mind my journey
Circles the universe
And I remain
Before the first day.

(Kathleen Raine)

Illustration: Josephine Wall

 

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A un Rossignol (François Maynard)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2018




A un Rossignol

Charmant rossignol dont la voix
Interrompt le profond silence
De ces rochers et de ces bois,
Où l’été perd sa violence :
Si la bergère que je sers
Revient jamais dans ces déserts,
Apprends à cette âme cruelle
Que l’eau qui coule entre ces fleurs
Est un petit reste de pleurs
Que j’ai versés pour l’amour d’elle.

(François Maynard)

 

 

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JE VIENS VERS TOI (Richard Seff)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



 

JE VIENS VERS TOI

Je prie,
Et tu n’entends pas ma voix
Le silence répond pour toi
Toi qui ne me vois même pas
Je sais
Je ne suis qu’une poussière
Egarée dans ton univers
Un exilé dans les ténèbres

Je viens vers toi
Comme un esclave, comme un vaincu
Je viens vers toi
Comme un mendiant les mains tendues
Je viens vers toi, accueille-moi
Je viens vers toi, éclaire-moi

Moi l’homme
L’inconscient, le présomptueux
Qui cherche à égaler les dieux
Qui a osé voler le feu
Vivant
Dans le monde des douleurs
De la violence et des pleurs
Où l’exception est le bonheur

Je viens vers toi
Comme un esclave, comme un vaincu
Je viens vers toi
Comme un mendiant les mains tendues
Je viens vers toi, accueille-moi
Je viens vers toi, éclaire-moi

Je viens vers toi
Comme un esclave, comme un vaincu
Je viens vers toi
Comme un mendiant les mains tendues
Je viens vers toi, accueille-moi
Je viens vers toi, éclaire-moi.

(Richard Seff)

Illustration: William Blake

 

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CILS (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018




    
CILS

Le vent hurle dans les rues
couche les fumées sur les toits.
Le vent ferme les volets
au nez des chambres voyeuses.

Le vent, ses violences,
ses escadres dans le ciel,
leur ombre sur nous.

La beauté du vent. Les feuilles
se retournent quand Il passe.
Ses doigts frôlent mes cils.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand le réel s’exalte (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018




    
Quand le réel s’exalte, il y a la beauté.
La beauté est une violence du réel.
Proche du terrible.

(Roger Munier)

 

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Le mot de Cambronne (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




    
Le mot de Cambronne

On nous dit qu’il est de Cambronne.
C’est bien possible, mais voilà
Très sincèrement je m’étonne
Que notre humanité bougonne
Ait pu s’en passer jusque-là.

Souvenez-vous des temps d’Homère !
Homère d’alors, quel mordant
T’eût donné ce mot légendaire
Si tu avais, grand visionnaire,
Pu te le mettre sous la dent !

Que serait donc notre existence
Si nous devions nous en passer ?
N’est-il pas bon français de France,
Riche en couleurs, riche en nuances ?
Essayez de le remplacer,

Par exemple, sortant de table,
Quand, ayant abusé, hélas,
Par trop de nectars délectables,
Dans une obscurité du diable,
Vous tombez sur un bec de gaz !

Vous le lâchez, ça vous soulage,
Vous ne sentez plus la douleur.
Ah ! Messieurs, le bel avantage,
Quel secours, quel appui ! J’enrage
Quand je vois d’austères censeurs

Aux visages de funérailles
Vouloir nous ôter ce trésor,
Ce cri – jailli sous la mitraille –
Du fond des humaines entrailles
D’un héros marchant à la mort !

Il peut tout dire : ardent, lyrique,
Tendre ou sec, placide, enragé,
Plébéien, aristocratique,
Il est à nous, il est unique,
Ils ne l’ont pas à l’étranger !

Je le vois, rocher solitaire,
Car de tous les mots que l’on sait
Il est presque seul, sur la terre,
À ne pas avoir, ô mystère,
De rime dans les mots français.

Si, une seule, le mot : perde…
Là devant, je me sens perdu,
Car il faut une rime à perdre,
Maintenant, et je n’ai que…
Pardon…ce fut sous-entendu !

Pourtant cet illustre vocable,
Je voudrais que, par un décret,
Il fût, en ces temps misérables,
Dont la cruauté nous accable,
Mis en quelque sorte au secret,

Afin qu’au fond de ce silence,
Tendant lentement ses ressorts,
Accumulant force et puissance,
Se chargeant d’âpre violence,
Au nom des vivants et des morts,

Il puisse, un jour, jaillir, sublime,
Du cœur des peuples outragés,
Tendres moutons, pauvres victimes,
Rejetant dans les noires abîmes,
D’un seul coup, leurs mauvais bergers !

Cri vengeur, cri pur, cri superbe,
De l’éternelle humanité,
Que nous leur jetterons en gerbe,
Quand, enfin, nous leur dirons : MERDE !
En saluant la Liberté !

(Jean Villard–Gilles)

 

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