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Poésie

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Il y a de grandes étendues du nuit (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



Il y a de grandes étendues du nuit.
Le raisonnement n’a que le mérite de s’en servir.
Dans ses bons moments, il les évite.
La poésie les dissout.
Elle est l’art des lumières.

(René Char)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Merci, Seigneur (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Merci, Seigneur, pour les jours noirs
Et les pardons non mérités,
Merci pour les blés engrangés
Et pour le pain de chaque jour ;
Merci pour les matins d’enfance,
Pour la douleur et pour l’amour,
Pour le ciel des grandes vacances,
Pour le soleil et pour les ronces,
Pour la bonne épouse au coeur tendre
Et le sage enfant bien-aimé.
Merci pour la geôle, merci
Pour la lampe au coeur de la nuit,
Pour le fiel et pour la poussière,
Pour la rosée de la prière,
Pour les chaînes de pierre ou d’or,
Pour l’eau vive et pour le bois mort ;
Merci pour le travail et pour la pauvreté
Et pour la dernière heure et pour l’oubli dernier.

(Paul-Alexis Robic)

Illustration: William Blake

 

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Le Mystère (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



Illustration
    
Le Mystère

La flûte reconnaît : Je n’ai nul mérite;
Seulement la force du souffle me fait résonner.
Le souffle admet : Je suis trompeur, je ne suis que du vent,
Nous ignorons effectivement qui fait la musique.

***

The Mystery

The flute admits : I cannot take any pride,
It is the breath alone that turns me eloquent.
The breath adds : I am void, I am mere wind :
Nobody quite knows who the real player is.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Le poème ne se fabrique pas (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2019




    
Le poème ne se fabrique pas
Il ne se possède pas
Il ne s’obtient pas au mérite
Il ne prouve pas sa conformité
C’est un chant clandestin
Un don reçu
Un présent inespéré
Un cerceau faisant rouler la nuit
Autour des hanches du silence
Une main posée sur la tempe bleue du temps
Une ombre qui tient tête au soleil
L’éblouissement d’un amour gracieux
La simplicité d’un pardon sans aveu

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Elle se souvient (Karel Logist)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




    
Elle se souvient de toutes ses premières fois :
la première fois en mer, la première fois sous terre,
la première fois qui dure et le premier échec.
Elle dit se souvenir de la première stupeur et du premier bonheur.
Elle ne raconte pas : elle est bien trop pudique.
Elle se souvient des hommes, elle se souvient des bras,
— elle se souvient des sexes, elle se souvient des bouches —
Elle en parle de si près que des haleines embuent les verres de ses lunettes.
Elle dit « de cette mémoire, je n’ai pas de mérite
je compte vingt mille jours
et comme j’ai peu vécu, mes souvenirs
sont des jardins en pente faciles à entretenir ».

(Karel Logist)

Recueil: J’arrive à la mer
Traduction:
Editions: De le Différence

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LE JOUEUR DE FLÛTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



 

Illustration
    
LE JOUEUR DE FLÛTE

Un cheval est mort dans la rue
Tout au fond de son oeil une étoile remue
Et tandis que sonnent les heures
Dans d’autres rues
Il y a d’autres chevaux, qui meurent

Des chevaux comme des enfants
Et aussi des enfants qui meurent
Celui qui tient entre ses doigts
Sa longue vie comme une flûte
Descend le fleuve et ne sait pas
Que ces enfants le dévisagent
Que dans la nuit des portes s’ouvrent
Et que soudain dans l’escalier
Des pas répondent à l’appel
De sa chanson au bord du fleuve

Mais seulement devant la mer
Quand fatigué par le voyage
Doucement son regard se pose
Sur toutes choses méritées
Il s’aperçoit qu’il n’est plus seul
Que les enfants l’ont devancé
A l’intérieur de sa vie même
Que son amour est dépassé.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017




    
N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,
Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;
Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.

Bien que les hommes sages à leur fin sachent que l’obscur est mérité,
Parce que leurs paroles n’ont fourché nul éclair ils
N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes bons, passée la dernière vague, criant combien clairs
Leurs actes frêles auraient pu danser en un verre baie
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Les hommes violents qui prient et chantèrent le soleil en plein vol,
Et apprenant, trop tard, qu’ils l’ont affligé dans sa course,
N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

Les hommes graves, près de mourir, qui voient de vue aveuglante
Que leurs yeux aveugles pourraient briller comme météores et s’égayer,
Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

Et toi, mon père, ici sur la triste élévation
Maudis, bénis-moi à présent avec tes larmes violentes, je t’en prie.
N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit.
Rage, enrage contre la mort de la lumière.

***

DO NOT GO GENTLE INTO THAT GOOD NIGHT

Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rage at close of day;
Rage, rage against the dying of the light.

Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.

Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.

Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieved it on its way,
Do not go gentle into that good night.

Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay,
Rage, rage against the dying of the light.

And you, my father, there on the sad height,
Curse, bless me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.

(Dylan Thomas)

voir ici aussi: http://ambitrad.hypotheses.org/10

 

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LE RIEUR ET LES POISSONS (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE RIEUR ET LES POISSONS

On cherche les rieurs; et moi je les évite.
Cet art veut, sur tout autre, un suprême mérite.
Dieu ne créa que pour les sots
Les méchants diseurs de bons mots.
J’en vais peut-être en une fable
Introduire un ; peut-être aussi
Que quelqu’un trouvera que j’aurai réussi.

Un rieur était à la table
D’un financier; et n’avait en son coin
Que de petits poissons : tous les gros étaient loin.
Il prend donc les menus, puis leur parle à l’oreille,
Et puis il feint, à la pareille,
D’écouter leur réponse. On demeura surpris ;
Cela suspendit les esprits.
Le rieur alors, d’un ton sage,
Dit qu’il craignait qu’un sien ami,
Pour les grandes Indes parti,
N’eût depuis un an fait naufrage,
Il s’en informait donc à ce menu fretin ;
Mais tous lui répondaient qu’ils n’étaient pas d’un âge
A savoir au vrai son destin ;
Les gros en sauraient davantage.
 » N’en puis-je donc, Messieurs, un gros interroger ?  »
De dire si la compagnie
Prit goût à sa plaisanterie,
J’en doute, mais enfin il les sut engager
A lui servir d’un monstre assez vieux pour lui dire
Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus
Qui n’en étaient pas revenus,
Et que, depuis cent ans, sous l’abîme avaient vus
Les anciens du vaste empire.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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En Poète (Friedrich Hölderlin)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



holderlin

Plein de mérites,
mais en poète
l’homme habite sur cette terre.

(Friedrich Hölderlin)

 

 

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Victoire (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Victoire

I
Comme si je voulais
abattre en soufflant une tour de fer.
Comme si j’espérais
entrer dans ses yeux et me sourire.
Comme si j’éprouvais
pour moi l’amour qu’elle n’éprouve pas
et que j’étais elle en train de l’éprouver, à mesure
que mon visage se montrerait aimé.
Six mois d’une telle bataille perdue sans avoir commencé.

II
Non, cet amour n’a pas de sens.
Mon cœur bat le pavé.
Le pavé, en ne répondant pas,
avive mon amour.
Non, cet amour n’a pas de sens.
Six mois enfin révolus
je mérite d’atteindre la bouche
souriante-négative
qui dansonne dans ma poitrine.
Ce fut dans ce couloir.
Ce soir-là. En cette
minute-là sans aucune fleur
entre des panneaux bureaucratiques
de parfait désamour.
Fut-ce concession à la fatigue?
Récompense au mérite?
Allez savoir. L’amour
s’est enivré du baiser
que je lui ai donné et que je me suis donné
sur sa bouche glaciale.
Ce fut rien. Ce fut tout?

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Albert Edelfelt

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