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Poésie

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Pourquoi? (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



ce matin
le monde
à ma mesure
je jongle avec les étoiles
je traverse à pied l’océan
immense
je suis
géant léger savant joyeux puissant
et bon

l’instant d’après
tassé rapetissé
déprimé

pourquoi?

(Bernard Friot)

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LES HEURES, COMME UN FLOT… (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Mary Cassatt the-pensive-reader [800x600]

Les heures, comme un flot, viennent mourir en toi.
Pourquoi guetter un bruit de pas dans le silence ?
Ah! Le coeur n’est pas mort de ton adolescence.
Veux-tu donc le traîner toujours, comme une croix ?

Mon enfant, mon enfant, regarde dans la glace
Ce visage meurtri, ta bouche déjà lasse,
Ton front déjà plus vaste et plus grave — et tes yeux
Où ne vit plus l’espoir immuable et joyeux.

Mon enfant, mon enfant, accepte et prends un livre.
Et qui sait si l’amour ne viendra pas plus tard ?
Tu marches vers des mains, des lèvres, un regard,
Vers l’amour que contient ce qui te reste à vivre.

Le sombre azur du ciel emplit les vitres closes.
Ton front sent la douceur des anciens baisers —
Et voici que reflue, en ton coeur apaisé,
La pieuse et souffrante humilité des choses.

(François Mauriac)

Illustration: Mary Cassatt

 

 

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Eté précoce (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Eté précoce

L’aube extrait des ténèbres
Une soudaine clarté
Le jour éclot
Sur la tige du matin

Pétales et heures
Secouent les cloches
De la rosée
En un joyeux carillon
De renouveau

Le soleil hâtif
D’un été pressé
Met l’émoi dans le jardin
Sur des ailes de chaleur
L’été plane
Et les fleurs me jouent
Une partition de parfums.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Le grillon (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Le grillon

Triste à ma cellule,
Quand la nuit s’abat,
Je n’ai de pendule
Que mon coeur qui bat ;
Si l’ombre changeante
Noircit mon séjour,
Quelque atome chante,
Qui m’apprend le jour.

Dans ma cheminée,
Un grillon fervent
Faisant sa tournée
Jette un cri vivant :
C’est à moi qu’il livre
Son fin carillon,
Tout charmé de vivre
Et d’être grillon.

La bonté du maître
Se glisse en tout lieu ;
Son plus petit être
Fait songer à Dieu.
Sait-il qu’on l’envie,
Seul et ténébreux ?
Il aime la vie,
Il est bien heureux !

La guerre enfiévrée
Passait l’autrefois,
Lionne effarée,
Broyant corps et voix ;
Mon voisin l’atome
Fut mon seul gardien,
Joyeux comme un gnome
A qui tout n’est rien.

Dieu nous fit, me semble,
Quelque parité :
Au même âtre ensemble
Nous avons chanté.
Il me frappe l’heure,
Je chauffe ses jours ;
Mais, femme, je pleure ;
Lui, chante toujours.

Si jamais la fée
Au soulier d’azur,
D’orage étouffée,
Entre dans mon mur,
Plus humble et moins grande
Que sa Cendrillon,
Oh ! Qu’elle me rende
Heureuse, ou grillon !

(Marceline Desbordes-Valmore)

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L’ANNONCIATEUR (Emile van Arenbergh)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



L’ANNONCIATEUR

Sur ta haute colonne, ô Poète stylite,
Tu t’es enseveli, tout vivant dans le ciel :
― Sous toi, comme une mer, la Vie en vain s’agite,
Jetant d’un pôle à l’autre un sanglot éternel.

Au seuil de l’Infini tu te dresses dans l’ombre,
Interrogeant l’abîme où le temps vient mourir ;
Son silence te parle, et, dans sa voûte sombre,
Par les trous du soleil tu vois Dieu resplendir.

La foule douloureuse attend dans les ténèbres
Qu’une lueur révèle une route à ses pas
Et qu’une voix réponde à ses appels funèbres ;

Et toi, joyeux d’espoir, tu lui montres là-bas,
Par-delà cette nuit où tout sommeille encore,
Tout au fond des cieux noirs, à l’horizon, l’Aurore.

(Emile van Arenbergh)

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Interlude (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Interlude

Recueillons-nous; allons reviser nos amours.
Tous ces marais fermés sentent la pourriture,
La décadence; il faut oublier pour toujours
Ce qui fut notre seule nourriture.

Cette nuit sur l’étang de Foulc, en fin décembre,
Ces passages dans l’ombre et ce grand ciel hanté,
Tout cela serait-il une extase de chambre,
Un aveu brutal de stérilité ?

Pourtant le vent sentait l’homme si fortement!
Ce n’était pas un vent d’idéal, de chimère,
Il était tout gonflé des merveilleux relents
Des eaux dormantes et des fondrières.

Il y a quelque chose de mort dans cette âme,
Quelque chose qui ne bat plus, qui sonne creux!
Sagesse! et les destins ironiques proclament
La naissance d’un jour clair et joyeux!

Sagesse! il faut viser aux choses éternelles,
Retourner vers le temple et ses secrets accords,
Où l’on entend, quand on se penche sur leurs stèles,
Si doucement battre le coeur des morts…

(Patrice de La Tour du Pin)


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Qui passe ainsi par le bois vert (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Qui passe ainsi par le bois vert,
Toute parée par le printemps?
Qui va par le joyeux bois vert
Le rendre plus joyeux encore?

Suivant au soleil des sentiers
Qui connaissent son pas léger.
Qui passe dans le doux soleil
Avec un port si virginal?

Toutes les allées du sous-bois
Brillent d’un feu tendre et doré —
Pour qui le bois ensoleillé
Revêt-il si riche appareil?

Oh, c’est pour mon unique amour
Que les bois vêtent leur richesse.
Oh, c’est pour mon amour, mon bien,
Elle qui est si jeune et belle.

***

Who goes amid thé green wood
With springtide ail adorning her?
Who goes amid the merry green wood
To make it merrier?

Who passes in the sunlight
By ways that know thé light footfall?
Who passes in thé sweet sunlight
With mien so virginal?

The ways of ail the woodland
Gleam with a soft and golden fire —
For whom does ail thé sunny woodland
Carry so brave attire?

Or, it is for my true love
The woods their rich apparel wear —
O, it is for my own true love,
That is so young and fair.

(James Joyce)


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LE JET D’EAU (Henri Malteste)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



LE JET D’EAU

Le jet d’eau s’élève, et semble
Une svelte fleur
Dont le calice qui tremble
Se fond en maint pleur,

Lis de rêve, iris limpide,
Si frêle et si fin,
Que sa corolle liquide
S’effeuille sans fin.
Il jaillit, joyeux et leste,
S’épanouit pour
Embrasser le bleu céleste
Dont il veut l’amour ;
Il monte, et monte moins vite,
Et son mince flot
Se brise, dès qu’il hésite,
Avec un sanglot.
« Hélas ! gémit le fluide
Amant des cieux sourds,
Toujours s’élancer candide,
Retomber toujours ! »

(Henri Malteste)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Cloisons sans plaisir (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



 

Cloisons sans plaisir

Dans les H.L.M.
on entend tout,
les insultes
les verres qui volent
les enfants qui pleurent
Question pour un champion
car la voisine est sourde.

Dans le mien
à 19 heures précises
le mec
du dessus
jetait sa collection de billes
par terre
PLIC PLIC PLIC PLIC PLIC
je n’ai jamais compris
pourquoi.
Ça l’occupait sûrement
de les ramasser
une par une
oubliant
les traites
les gosses
le chômage.

Dans les H.L.M.
on entend le bruit sourd
des corps qui s’écroulent.

Dans les H.L.M. on entend les voisins
dire du mal des voisins
qui auraient dit du mal d’autres voisins
et ainsi de suite.
On entend les youyous
les jours de mariage
et ça franchement
c’est pire
qu’une perceuse
contre un tuyau
métallique…
mais au moins
c’est joyeux.

Dans les H.L.M.
on entendait un con chanter
(c’était moi)
et un autre qui jouait
du djembé
pendant
des heures.
Putains de jeunes.

Mais
dans les H.L.M. j’ai eu beau écouter
pas une fois
au milieu
de ces nuits
les gémissements d’une voisine
ni les
«oh oui!
encore !»
de rigueur.
C’est à se demander
comment ces milliers de gosses
qui courent
dans la cité
ont été conçus.
Dans le silence !
et ça ne fait
que
commencer…

(Balbino)

 

 

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Egoisme (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Egoïsme

Ton sang joyeux chante
Et les yeux levés vers le ciel
Tu ris dans l’herbe
Alors qu’une clarté imprévue
Charme la fantaisie
Des eaux du ruisseau
Où tu baignes tes pieds mutins

La nuit est sensible à ta grâce
Au milieu des caresses
Et du plaisir accepté
N’oublie pas qu’une étoile te regarde
Tandis que tu t’amuses
A arracher les pétales
D’une fleur de l’ombre

Eprise de toi-même
Tu ne regardes que toi
Avec tes propres yeux
Dans le miroir serti
Dans le mur du couloir
Avant de te plonger dans la nuit
Pour te couvrir d’étoiles
Ou te promener nue
Dans les parfums du jour.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Guillaume Seignac

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