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Poésie

Posts Tagged ‘humide’

La vague (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021



Sur sa tige liquide
La vague est une fleur
Et sa corolle humide
A l’infinie couleur
D’un vaste ciel limpide.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Marie Laurencin

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MANGO (Adrien Jens)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2021



Illustration

    
MANGO

Je m’appelle Mango et le soir tombe sur la lagune d’Ébrié.
Il n’y a que le bruit de ma pagaie dans l’eau à peine mouvante.
Et mon frère, derrière moi, qui essaie de me rejoindre,
Déjà confondu dans la mer des ombres, et détaché de ma solitude.

Je suis Mango, le pêcheur de carpes et je vais vers ma femme,
Vers mes enfants,
Vers ma paillote. Qui m’attendent.

Quelle est mon attente ?
Les jours sont pareils, pareilles sont les nuits, pareils les visages de ma vie.

Quelle est mon attente ?
L’obscurité déjà m’enveloppe, et je ne suis plus qu’une silhouette,
Sur la lagune d’Ébrié,
Sous le ciel encore mauve avant de s’éteindre dans mon coeur au sang noir.

Je n’étais plus Mango, tantôt, au milieu de la lagune d’Ébrié,
Mais l’air humide et lourd qui couvrait mon corps nu ;
Mais l’eau qui me portait ;
J’étais tout et l’infini de mes paysages,
J’étais la forêt et la savane.

Je n’étais plus Mango, mais le chant qui sourd au fond de moi,
Âme de toutes les âmes,
Respiration secrète du fromager et du feu flamboyant.

J’étais terre et eau, et la sève de l’arbre enraciné dans la vérité de ma nature.

Maintenant, je m’approche de la rive obscure,
Et je retournerai parmi vous, mes amis :
Vous me demanderez qui je suis ?

Je serai le matin où je vous ai quittés et la nuit de mon retour.
Je serai le lieu entre deux pôles et vêtu d’univers,
Ma voix montera des origines avec le murmure des sources.

J’ai peu du poids que je porte en moi :
C’est le poids de ma vérité et le poids du monde.

Je suis Mango, le pêcheur de la lagune d’Ébrié, et vous ne me reconnaîtrez pas.

(Adrien Jens)

 

Recueil: Je est un autre Anthologie des plus beaux poèmes sur l’étranger en soi
Traduction:
Editions: Seghers

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CONSTELLATIONS D’HUMILITÉ (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020




    
CONSTELLATIONS D’HUMILITÉ
Je n’ai pas pu être ton printemps…
STANKA PENTCHEVA

Pendant que j’évoque les esprits
de mes ancêtres païens
pour qu’ils m’apprennent les pas de la ronde
qui peut amener deux jours d’été
en plein décembre,
il aiguise les cisailles rouillées
de ses devoirs familiaux
et découpe les soleils
que je dessine au-dessus de la ville.

Tu n’étais pas encore née
quand j’ai vécu mon printemps,
me dit-il, tu es venue trop tard
pour être mon automne
et je ne sais que faire
avec tous ces soleils
qui font mal aux yeux
de mon quotidien.

Chaque matin depuis lors j’étale
tous les soleils et lunes découpés
pour composer une nouvelle carte céleste :
celle des constellations d’humilité.

Chaque matin il s’assoit sur le balcon
pour boire son café
mais un brouillard épais et humide
s’empare de son corps
et j’ai du mal à trouver
sur ma carte
où placer le soleil noir
qui apparaît
au fond de sa tasse de café.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’ONDÉE… (Alain Fournier)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



Illustration
    
L’ONDÉE…

« Une touffe de fleurs où trembleraient des larmes. »
(SAMAIN).

L’ondée a fait rentrer les enfants en déroute,
La nuit vient lente et fraîche au silence des routes,
Et mon cœur au jardin s’épanche goutte à goutte

Si discret, maintenant, et si pur… qu’à l’aimer
On pourrait se risquer – Oh ! Belle qui viendrez,
Vous ouvrirez la grille un soir mouillé de mai.

Timidement, avec des doigts qui se méfient,
Et qui tremblent… un peu, vous ouvrirez, ravie
D’amour et de fraîcheur et de frayeur… un peu.

Les lilas aux barreaux sont encore lourds de pluie…
Qui sait si les lilas, inclinés, lourds d’aveux,
Vont pas pleurer sur vos cheveux !…

Vous irez, doucement, tout le long des bordures,
Chercher des fleurs pour vous les mettre à la ceinture
Mes pensées frissonnantes pour en faire un bouquet

Gardez-vous bien, surtout, de passer aux sentiers
Où les herbes, ce soir, ont d’étranges allures,
Où les herbes sont folles et meurent de rêver !…
Si vous alliez mouiller vos petits pieds !…

Les rondes folles se sont tues,
Les herbes folles vont dormir.
L’allée embaume à en mourir…
Tu peux venir, ma bienvenue !

Tout le soir, sagement, tu descendras l’allée
Tiède d’amour, de pétales et de rosée.

Tu viendras t’accouder au ruisseau de mon cœur
Y délier ta cueillette, y délier fleur à fleur
La candeur des jasmins et l’orgueil des pensées.

Et tout le soir, dans l’ombre humide et parfumée,
Débordant de printemps, de pluie et de bonheur,
Les larges eaux de paix, les eaux fleurdelisées
Rouleront vers la Nuit des branches et des fleurs…

(Alain Fournier)

 

Recueil: Miracles
Traduction:
Editions:

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Mandorla (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



Illustration  
    
Mandorla

Corne de brume au son étouffé
branche humide derrière le grillage
d’obscurité

ne me nomme pas
ne me donne aucun nom

autre que celui de quelqu’un
qui passa.

(Germain Droogenbroodt)

 

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INTERROGATION (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020



 

Aristide Maillol  -Dina à la robe rouge, 1940

INTERROGATION

Ne remarques-tu donc pas comme mes lèvres tremblent ?
Ne peux-tu lire dans mes traits pâlis
Ni sentir dans mon sourire la souffrance et la feinte
Quand mes regards t’enveloppent et te cherchent ?

N’aspires-tu pas à vivre ? Ne veux-tu pas
Un bras vigoureux pour t’entraîner
Hors de ce marécage de jours déserts et vides
Sur lesquels errent de blafardes lumières ?

Ai-je donc mal compris tes insondables yeux ?
N’y ai-je pas vu quelque souhait secrètement étinceler ?
Ton regard humide ne cache-t-il pas une porte qui conduise
Vers ton âme ? Tes désirs endormis, tels d’immobiles roses
Sur un flot ténébreux, sont-ils donc comme ton babillage ?
Des mots, des mots, dépourvus d’âme…

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: Aristide Maillol

 

 

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ETERNELS (Sepideh Zamani)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020




Illustration: Antonio Ballesta
    
ETERNELS

Je rêve parfois
de mon père pendant notre dernier entretien.
Il disait : « Je t’attendais ».
Et j’étais satisfait
de sonner à temps,
bien que ce soient nos adieux,
et courts
et longs comme l’éternité :
éternels comme les toits souvent mouillés
et les jours humides de Shahi,
éternels comme les paysans
qui labourent pour semer,
pour détacher la terre et herser
chaque printemps à nouveau.

*Shahi: ville dans la province de Mazandaran, Iran

***

ETERN

Îl visez uneori pe tata,
vorbindu-mi pentru ultima dată.
„Te-așteptam”, mi-a zis
Ce mult m-am bucurat
că l-am sunat la timp.
Acel scurt rămas bun
ne-a fost îndeajuns,
în el a încăput o veșnicie:
eternă ca olanele umezite
de ploaia care cade în Shahi,*
eternă ca țăranii care ară
pământul fraged, semănând
în glia sfărâmată
noi primăveri.

***

ETERNO

A volte sogno mio padre,
la nostra ultima conversazione.
Mi disse, “ti stavo aspettando.”
Fui felice
di essere riuscito a chiamare in tempo,
anche se per il nostro addio
che fu breve
ma lungo come l’eternità:
eterno come i tetti spesso bagnati
e i giorni umidi di Shahi,*
eterno come i contadini
che arano per seminare
e rompono le zolle per rendere morbida
la terra, ad ogni primavera.

***

***

ETERNO

Às vezes sonho
com meu pai na nossa última chamada.
Disse: “Estava te esperando”.
E fiquei aliviado
por chamar a tempo,
embora fosse nossa despedida,
e fosse breve,
mas tão longa como a eternidade:
Eterno como os tetos habitualmente molhados
e os últimos dias de Shahi,
eterno como os camponeses
que lavram para plantar as sementes,
e amaciar e preparar a terra
cada primavera.

***

ETERNO

A veces sueño
con mi padre en nuestra última llamada.
Dijo: « Te estaba esperando ».
Y me quedé aliviado
por llamar a tiempo,
aunque fuese nuestra despedida,
y fuese breve,
pero tan larga como la eternidad:
eterno como los techos habitualmente mojados
y los húmedos días de Shahi *,
eterno como los campesinos
que labran para sembrar semillas,
y ablandar y rastrear la tierra
cada primavera.

***

ETERNAL

I dream sometimes
of my father in our last call.
He said, “I was waiting for you.”
And I was delighted
for calling in time,
though it was our farewell
which was short
but long as eternity:
eternal like the frequently wet roofs
and humid days of Shahi,*
eternal like farmers
who plow in order to sow seeds
and loosen and harrow the soil
each spring.

***

ΑΙΩΝΙΟ

Μερικές φορές θυμάμαι
το τελευταίο τηλεφώνημα στον μπαμπά μου
που είχε πει, σε περίμενα
κι εγώ χαιρόμουν
που είχα τηλεφωνήσει έγκαιρα
που τελικά ήταν αποχαιρετισμός μας
σύντομος κι αιώνιος
σαν τις βρεμένες στέγες
κατά τις νωπές μέρες στο Σάχι*
αιώνιες σαν τους αγρότες
που για να σπείρουν οργώνουν
κι ετοιμάζουν το χώμα
κάθε άνοιξη.

***

***

EEUWIG

Ik droom soms
van mijn vader tijdens ons laatste gesprek.
Hij zei: « Ik wachtte op jou. »
En ik was opgetogen
om tijdig te bellen,
alhoewel het ons afscheid was,
en kort,
maar lang als de eeuwigheid:
eeuwig zoals de vaak natte daken
en de vochtige dagen van Shahi *,
eeuwig zoals boeren
die ploegen om te zaaien,
om de aarde los te maken en te eggen
ieder voorjaar opnieuw.

***

***

ETERNU

Quacchi vota m‘insonnu a me patri
di l‘urtima tilifunata.
Mi dissi,“T‘aspittava.“
E yo era cuntentu
p‘aviri chiamatu a l‘ura giusta,
ammatula ca chiddu fu
lu nostru addiu,
curtu in virità
ma longu na eternità,
eternu comu li tetti ô spissu bagnati
e li jurnati umidi di Shai,
eternu comu li cuntadini
chi aprunu la terra
turmintannu la terra
a ogni primavera
pi vurricaricci simenza.

***

EWIG

Ich träume manchmal
vom letzten Telefongespräch mit meinem Vater.
Er sagte: « Ich habe auf dich gewartet. »
Und ich war erleichtert,
rechtzeitig angerufen zu haben,
auch wenn es unser Abschied war,
und kurz,
aber so lange wie die Ewigkeit:
ewig wie die oft nassen Dächer
und die Regentage von Shahi *,
ewig wie die Bauern
die pflügen, damit sie säen können,
und die Erde auflockern und eggen,
jeden Frühling

***

永 恒

我有时梦见
上次通电话的父亲。
他说:“我正等着你呢。”
而我很高兴
因为及时通了话,
虽然这是我们
短暂的相会
但只要永恒:
就像常湿的屋顶和
沙希*潮湿的日子那样永恒,
就像农民每年
春天松土耙土
为播种而耕种
那样永恒。
*沙希: 伊朗马赞达兰省的一座城市

***

(Sepideh Zamani)

 

Recueil: ITHACA 619
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Persan / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley Barkan / Grec Manolis Aligizakis / Russe Daria Mishueva / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Indi Jyotirmaya Thakur / Corse Gaetano Cipolla / Allemand Wolfgang Klinck / Chinois William Zhou /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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ENFANTS MORTS (Melech Ravitch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Vincent Van Gogh
    
ENFANTS MORTS
(extrait)

La mort c’est la dépouille un soir d’automne
D’un enfant de sept jours
Dans sa caisse clouée, longue de dix-huit pouces,
Portée dévotement par sa grand-mère
À travers champs jusqu’au paisible cimetière
Où la pluie fait tinter sur les tombes
Son cantique du coeur.
D’un enfant de sept jours la mort est la dépouille
Poussée dans la terre humide et glacée ;
L’aïeule rentre à la maison, et l’on attendait son retour
Avec le pain noir odorant, le bol brûlant de chicorée :
Telle est la mort.

(Melech Ravitch)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans l’ondoiement du vent (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2019



Dans l’ondoiement du vent
Ma demande ne fut
Que rêverie
Et sourire
Ce que seul tu donnas.
Dans l’humide nuit
L’embrasement d’un éclat –
Maintenant le mai subjugue
Maintenant je dois bien
Pour ton oeil tes cheveux
Toutes les journées
Vivre dans la peine.

(Stefan George)


Illustration: John William Waterhouse

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Soir ivre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Edward Hopper
    
Soir ivre

Soir ivre empli d’une clarté bleutée
titube à la fenêtre et désire chanter.
Les vitres peureusement se rassemblent et se pressent
dans lesquelles ses ombres se sont prises au filet.

Il obscurcit et tangue autour des maisons,
tombe sur un enfant et le chasse en criant,
poursuit tout en haletant et chuchotant
de sombres et inquiétantes déclarations.

Dans la cour humide, à la lisière sombre du mur,
il s’ébat avec les rats dans les coins.
Une femme dans sa robe grise râpée de bure
s’enfuit devant lui pour se cacher plus loin.

A la fontaine un filet mince encore coule,
une goutte s’empresse de saisir l’autre au vol ;
là, il boit sans ambages au trou encrassé de rouille
et aide à laver les noirs caniveaux et rigoles.

Soir ivre empli d’une clarté bleutée
titube par la fenêtre et commence à chanter.
Les vitres se brisent. Le visage ensanglanté,
il entre pour lutter avec ma terreur.

***

Betrunkner Abend

Betrunkner Abend, voll vom blauen Licht,
taumelt ans Fenster und begehrt zu singen.
Die Scheiben drängen furchtsam sich und dicht,
in denen seine Schatten sich verfingen.

Er schwankt verdunkelnd um das Häusermeer,
trifft auf ein Kind, es schreiend zu verjagen,
und atmet keuchend pinter allem her,
Beängstigendes flüsternd auszusagen.

Im feuchten Hof am dunklen Mauerrand
tummelt mit Ratten er sich in den Ecken.
Ein Weib, in grau verschlissenem Gewand,
weicht vor ihm weg, sich tiefer zu verstecken.

Am Brunnen rinnt ein dünner Faden noch,
ein Tropfen läuft, den andern zu erhaschen;
dort trinkt er jäh aus rostverschleimtem Loch
und hait, die schwarzen Gossen mitzuwaschen.

Betrunkner Abend, voll vom blauen Licht,
taumelt ins Fenster und beginnt zu singen.
Die Scheiben brechen. Blutend im Gesicht
dringt er herein, mit meinem Graun zu ringen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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