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Poésie

Posts Tagged ‘paume’

Sur le fuseau de nacre (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2020



Sur le fuseau de nacre
Tendant le fil de soie,
Doigts souples commencez
L’envoûtante leçon !

Le flux et le reflux des mains,
Leurs gestes monotones
Comme si tu exorcisais
Je ne sais quel effroi solaire,

Lorsque ta large paume,
Pareille au coquillage flamboyant
Tantôt s’éteint, vers les ombres tombant,
Et tantôt disparaît dans le feu rose !

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Vermeer de Delft

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Partir le coeur vide (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2020



Partir
le coeur vide
la tête sans mémoire,

sur les paumes
le tracé des cols
la pente des fleuves,

dans le poing
l’emplacement des ports.

Partir
nu,
n’emporter que soi
sur les épaules.

(Gérard Le Gouic)

Illustration: Alberto Giacometti

 

 

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MERIDIENS DE L’ABSENCE (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Steve Cieslawskis (7)

MERIDIENS DE L’ABSENCE

Ce long mois a passé comme la chair se fane
De fleur en flétrissure aux bruyères du temps
Et de nos jours filtrés au fil des tramontanes
Il ne subsistera que des noms dans le vent

Et nous voici rendus au gel des ombres seules
Comme si tout ne s’était pas rejoint en nous
De hanche à paume au bord du couchant où les meules
Engrangent des moissons grisantes de grisou

Quel est l’apaisement que le sang distribue
Pour les archets du soir aux ruptures des mains
En soudant et puis dénouant les lèvres bues
Jusqu’au descellement sombre des lendemains

Puis il ne reste à la lisière de l’absence
A l’heure proche de l’ultime sacrement
Que des blés de blessure et l’oubli du silence
Pour réconcilier l’homme avec son néant.

(Robert Goffin)

Illustration: Steve Cieslawskis

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LE CHEVALERESQUE TIREUR A L’ARC (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2020



LE CHEVALERESQUE TIREUR A L’ARC

Entre deux battements
d’ailes.

Entre deux sauts
du temps.

Entre deux querelles
d’atomes.

Entre deux mots
du poème.

Entre deux paumes
de hasard.

Entre deux regards
qui sèment.

Le centre.

(Jean Mambrino)

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Habillage (Philippe Claudel)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020



Illustration: Pascal Renoux
    
Habillage

Mon amour
Mon Dieu que c’est long
Que c’est long
Ce temps sans toi
J’en suis à ne plus compter les jours
J’en suis à ne plus compter les heures
Je laisse aller le temps entre mes doigts
J’ai le mal de toi comme on a le mal d’un pays
Je ferme les yeux
J’essaie de retrouver
Tout ce que j’aime de toi
Tout ce que je connais de toi
Ce sont tes mains
Tes mains qui disent comme ta bouche les mots
En les dessinant dans l’air et sur ma peau parfois
Tes mains serrées dans le sommeil avec la nuit
Dans le creux de ta paume
Tes mains qui battent les rêves comme des cartes à jouer
Tes mains que je prends dans les miennes
Pendant l’amour
Ce matin tandis que le soleil venait à la fenêtre j’ai fermé les yeux
Et ta bouche s’est posée sur ma bouche
La tienne à peine ouverte
Et tes lèvres doucement se sont écrasées sur les miennes
Et ta langue s’est enroulée à ma langue
J’ai songé à l’Italie alors
Au citronnier de Ravello accroché dans l’à-pic au-dessus de la mer
Très bleue
Au vent dans tes cheveux
Tu portais ta robe rose
Elle devenait une fleur
Elle jouait avec tes cuisses et tes bras nus
Le vent la tordait comme un grand pétale souple
Le vent chaud comme ton ventre après l’amour
Tandis que mon sexe dans ton sexe frémit encore et s’émerveille
Que le plaisir a rendu mauves nos paupières
Que nous sommes couchés non pas l’un contre l’autre
Mais l’un à l’autre
Oui l’un à l’autre mon amour
Mon présent s’orne de mille passés dont il change la matière
Et qui deviennent par ta grâce des présents magnifiques
Ces heures ces instants ces secondes au creux de toi
Je me souviens du vin lourd que nous avions bu
Sur la terrasse tandis que la nuit couvrait tes épaules
D’un châle d’argent
Je me souviens de ton pied gauche jouant avec les tresses de ta sandale
La balançant avec une grâce qui n’appartient qu’à toi
Je me souviens de ce film de Nanni Moretti Caro Diaro
Vu dans un vieux cinéma
Des rues de Rome
De la lumière orangée de la ville
Et de la Vespa que nous avions louée quelques jours plus tard
Et nous avions roulé comme Nanni dans le film
Sans but et sans ennui
Dans l’émerveillement du silence de la ville
Désertée pour la ferragosto
Tu me tenais par la taille et tu murmurais à mon oreille
« Sono uno splendido quarantenne »
Et tu riais
Et je riais avec toi sous le nuage des pins parasols
Dans les parfums de résine
Et le soir devant le grand miroir rouillé de la très petite chambre de l’hôtel
Tu jouais un autre film
« Tu les trouves jolies mes fesses ?
Oui. Très.
Et mes seins tu les aimes.
Oui. Enormément. »
Et je disais oui à tout
Oui à toi
Oui à nous
Je sors une heure chaque jour
Cela est permis
Je marche je tourne je tourne en rond
Et rien ne tourne rond
Pour moi sans toi
Pour moi loin de toi et qui n’ai plus que ma mémoire
Pour te faire naître dans mon cerveau
Et l’apaiser l’embraser t’embrasser te serrer te chérir en lui
Hier le surveillant tandis que je rentrais dans ma cellule après la promenade
M’a dit que le confinement allait prendre fin au-dehors

Dombasle-sur-Meurthe, le 20 mai 2020

(Philippe Claudel)

 

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QUE L’EAU TOMBE GOUTTE A GOUTTE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



QUE L’EAU TOMBE GOUTTE A GOUTTE…

Que l’eau tombe goutte à goutte
Dans les paumes de la nuit,
Et nous disons : Solitude,
Remords, Enfance immolée,
Quand c’est en langage d’eau
Des choses d’eau qui se disent,
Des choses d’eau qui se font.

Que le vent froisse soudain
La ramée de nos épaules,
Et nous disons : Prophétie,
Imminence du verdict,
Quand c’est une gerbe d’air
Qui se défait dans la vasque
Desséchée de l’univers.

Pas de danger que les choses
De leur côté s’imaginent
De prendre pour alphabet
Nos piètres métamorphoses !
Elles nous diraient plutôt
De boire nos propres larmes
Pour retarder notre soif ;

Elles nous diraient plutôt
De prendre garde au langage,
Aux avances qu’il nous fait
D’un royaume ou d’un exil,
Comme on fera d’un miroir
A nos lèvres bleuissantes
A l’heure de notre mort ;

Elles nous diraient plutôt
De faire des choses d’homme,
De vin rouge et de pain blanc,
Et d’oser ce que nous sommes
Dans le chantier des vivants,
Pendant que Dieu s’abandonne
Aux délices du néant.

(Jean Rousselot)

Illustration: Corrie White (extraordinaires images de gouttes)

 

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Homme je vous le prédis (Paul-Marie Lapointe)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



 

Catherine Réault-Crosnier  02-1

homme je vous le prédis
les fleurs seront permises
les arbres paumes innombrables ouvertes à la caresse
les oiseaux nicheront dans les yeux des filles
les chansons

et tout sera changé
comme on l’avait espéré
dans la solitude de nos amours

(Paul-Marie Lapointe)

Illustration: Catherine Réault-Crosnier

 

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CONSOLATION (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020



 

Oskar Kokoschka 2 [1280x768]

CONSOLATION

Tu te plaignais; j’ai laissé le ruisseau
qui courait sur les galets
baigner mes mains; c’est ainsi
que je t’écoutais.

Limpide, l’eau coulait
entre mes doigts, le temps
sans couleur fuyait
presque sensible, entre mes doigts.

J’écoutais le temps
caresser mes paumes
et murmurer sa fuite;
je recueillais ta plainte.

J’étais triste… mais déjà,
sous la passagère
meurtrissure du temps,
mes mains pressentaient l’apaisement.

(Gyula Illyès)

Illustration: Oskar Kokoschka

 

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Chanson des mille et une (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



Chanson des mille et une

Il en a connu mille et une
Qui couraient la bonne fortune
Feux follets aussi peu fidèles
Que l’hirondelle.

Passèrent des blondes des brunes
Des peaux de lait des seins de prunes
Des chevelures à flammèches
Des teints de pêches.

Un soir de brume il en vint une
Avec des yeux tachés de lunes
Qui ne demandait que sa route
Une entre toutes.

Alors il comprit que chacune
N’avait été que fleur d’écume
Et lui posa son, pour aumône,
Coeur dans la paume.

(Bernard Lorraine)

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La cellule de moi-même (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2020



 

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La cellule de moi-même emplie d’étonnement
La muraille peinte à la chaux de mon secret
ouvre la porte avec ma main vide
Un peu de sang blessé dans la paume.

(Pierre Jean Jouve)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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