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Posts Tagged ‘coudre’

Bonheur simple et doux (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

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Bonheur simple et doux

On ne sait pas si ce sont les chaises
Avec leur bon visage de paille,

Les mésanges qui se chamaillent
Dans l’ombre fraîche de la haie

Ou la claire rangée de hêtres
Qu’on voit d’ici par la fenêtre,

Si ce sont les moutons familiers
Qui broutent l’or du calendrier

Ou le sourire de ma mère
Qui coud, assise dans la lumière,

Qui font ce bonheur simple et doux
Comme une pomme sur la table

Et cette paix si admirable
Qu’on jetterait à genoux.

(Maurice Carême)

Illustration: Paul Cézanne

 

 

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Sans se parler (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



 

Sans se parler, deux coeurs s’aiment secrètement.
Elle coud sous la lampe; sous la lune, il s’achemine.
Arrivé devant le perron, il sait qu’elle n’est pas encore couchée.
Dans la nuit profonde, on entend le bruit des ciseaux qui tombent…

(Anonyme)

 

 

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LA MAIN DU BOURREAU FINIT TOUJOURS PAR POURRIR (Roland Giguère)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



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LA MAIN DU BOURREAU FINIT TOUJOURS PAR POURRIR

Grande main qui pèse sur nous
grande main qui nous aplatit contre terre
grande main qui nous brise les ailes
grande main de plomb chaud
grande main de fer rouge

grands ongles qui nous scient les os
grands ongles qui nous ouvrent les yeux
comme des huîtres
grands ongles qui nous cousent les lèvres
grands ongles d’étain rouillé
grands ongles d’émail brûlé

mais viendront les panaris
panaris
panaris

la grande main qui nous cloue au sol
finira par pourrir
les jointures éclateront comme des verres de cristal
les ongles tomberont

la grande main pourrira
et nous pourrons nous lever pour aller ailleurs.

(Roland Giguère)

 

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Si solitaire (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




Entre mes genoux,
sous la racine de mes yeux,
mon âme continue de coudre:
sa terrifiante aiguille travaille.

Je survis au milieu de la mer,
seul et si follement blessé,
subsistant, si solitaire
de douleur et d’abandon.

(Pablo Neruda)

 

 

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Abracadabra! (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



]e recueille bout par bout
ce qui subsiste en moi
Tessons de colère
lambeaux de passion
escarbilles de joie
Je couds, colle et cautérise
Abracadabra!
Je suis de nouveau debout
Pour quelle autre bataille?

(Abdellatif Laâbi)

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LE BLEU (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Sudarshan Pattnaik
    
LE BLEU

Lorsqu’on renverse la tête sur le sable,
Soudain les yeux s’entrouvrent : c’est le bleu
Du ciel immense, l’espace transparent du ciel, pays
De la lumière vive au-dessus de la joie.
Dense, impavide, absolu bleu.

Nous oublions les tristesses d’un coeur et la distance.
Le bleu traverse l’air impalpable, visite la branche fine qui salue.
Se laisse étreindre par les yeux qui le pénètrent.
Dans ce vitrail, la fanfare du jour
Infuse un doux acquiescement de la lumière.

Même un nuage infime et haut fait concevoir
Au pli de la tenture une aiguille suivie
D’un fil qui s’effiloche. Une invisible main
Tente de coudre à l’aube le crépuscule.
Le soleil emporté par son poids déchire la mandorle
Où le temps le suspend. Le bleu pâlit à l’horizon.
La mer répand sur ses genoux qui tremblent
Le drap où flambent ses ciseaux, berçant nos coeurs
Qui se désolent, qui s’enchantent,
D’être mortels encore sous l’éphémère azur.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Lorsque danse une goutte d’eau (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018



Ah! que de merveilles scintillent
Lorsque danse une goutte d’eau!
Un ange parfois joue aux billes,
Une étoile tombe au ruisseau.
On ne sait jamais quel manteau
De fée courant dans les jonquilles
On peut coudre avec une aiguille
En rêvant derrière un carreau.

(Maurice Carême)


Illustration: Corrie White

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Chaque matin (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration: Remedios Varo Uranga
    
Chaque matin

Chaque matin je m’efforce de coudre
une pensée à une autre pensée
et chaque soir ma toile se défait.

Jamais la mer n’eut tant de coquillages,
la nuit jamais tant d’étoiles pensives.
L’universel invente l’harmonie

des éléments disparates, et moi
je ne sais pas rejoindre ma parole.
Tous mes pourquoi se dissolvent, mes heures

sont en désordre et mon horloge folle
ne sait unir le temps déchiqueté.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Passantes, Couronnes de ma Folie (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



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Passantes, Couronnes de ma Folie

Des femmes fondent devant les carreaux de mon cœur
une neige de robes souples et de langueur,
soufflent dessus le ciel puissant de leur beauté :
buée qui coud sa soie sur tout le verre.

Soie qui aveugle.
Et je m’emmêle à l’écheveau des yeux
coulant le long des murs du souvenir
comme la lenteur d’un fleuve de plaine.
L’amour et la folie m’étranglent de leurs bagues.
Et mon cœur a pris sa tête entre ses mains
pour ne plus voir votre jour, ô femmes !

La courroie de la mort bat des ailes sur le ciel
et rôde autour de ma faiblesse.
Le pauvre fou d’amour s’en va le long des routes
noyer dans les grands bois
et dans les champs qui fuient les beaux démons
les si beaux démons aux danses de feu.

Sur son âme ne s’éparpille plus l’eau si douce du repos,
son cœur saute sur les pierres du chemin
et s’accroche aux haies comme un oiseau qui va mourir.
Une pluie de doigts blancs, de doigts précieux
comme de l’or mouille sa fuite éperdue vers l’oubli.

(Lucien Becker)

Illustration: François Contesse

 

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L’ÉTANG (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



L’ÉTANG

Pas de mystère
Ailleurs qu’en moi
J’ai planté ces pierres
Sans savoir pourquoi.

Ce n’est pas vrai qu’après ma mort il y aura
Des mains encor pour recevoir épanouies
Le poids d’un sein. Ce n’est pas vrai qu’on entendra
Monter encor la haute plainte des amies.
Caresse-moi. Murmure-moi n’importe quoi.
Ce n’est pas vrai que s’en ira de moi la vie.

Froide aiguille je te cherche
Dans le foin
De la foule.
Je te cherche, je te cherche
Toi qui m’as tant de fois
Et si cruellement blessé
Mais qui n’aurais pu coudre
Sans ma main,
Mais sans qui ma main
N’aurait pu coudre
Et recoudre
Et recoudre.

Je te cherche et je te chercherai
Jusqu’à ce que le dernier fil
Craque.
Aie pitié du lambeau que torture le vent
Que piétinent les gens.
C’est moi qui te cherche.

(Jean Rousselot)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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