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Posts Tagged ‘inventer’

Inventer le retour du monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020




    
Inventer le retour du monde
après sa disparition.
Et inventer un retour vers ce monde
depuis notre disparition.
Et réunir les deux souvenirs
pour assembler tous les détails.
Il faut soumettre l’infini à des tests
pour voir s’il y résiste.

***

inventar el regreso del mundo
después de su desaparición.
E inventar un regreso a ese mundo
desde nuestra desaparición.
Y reunir las dos memorias,
para juntar todos los detalles.
Hay que ponerle pruebas al infinito,
para ver si resiste.

***

inventar o regresso do mundo
após o seu desaparecimento.
E inventar um regresso a esse mundo
a partir do nosso desaparecimento.
E reunir as duas memórias,
para juntar todos os detalhes.
É preciso pôr à prova o infinito
para ver se resiste.

***

创造世界的回归
在它的消失之后
且创造一个回归这个世界的机会
自从我们消失以后。
并把这两个记忆再联合
在所有它的细节上。
一个人必须顺从无限到检验
来看它是否抵抗。

***

To invent the return of the world
after its disappearance.
And to invent a return to this world
since our disappearance.
And to reunite the two memories
together in all its details.
One must submit infinity to tests
to see if it resists.

***

De terugkeer van de wereld uitvinden
na haar verdwijning.
En een terugkeer naar deze wereld uitvinden
vanaf onze verdwijning.
En beide herinneringen verenigen,
om alle details te verbinden.
Men dient de oneindigheid aan testen te onderwerpen,
om te zien of ze het uithoudt.

***

Die Rückkehr der Welt erfinden
nach ihrem Verschwinden.
Und eine Rückkehr zu dieser Welt erfinden
seit unserem Verschwinden.
Und beide Erinnerungen vereinen,
um alle Einzelheiten zusammenzuführen.
Man soll die Unendlichkeit auf die Probe stellen,
um zu sehen, ob sie es aushält.

***

दनियाु
की वापसी का आववष्कार करिे के लिए
इसके गायब होिे के बाद।
और इस दनु िया में वापसी का आववष्कार करिे के लिए
हमारे िापता होिे के बाद से।
और दो यादों को फिर से लमिािे के लिए
एक साथ इसके सभी वववरणों में।
एक परीक्षण के लिए अिंत प्रस्त
तु
करिा चाहहए
देखिा है फक क्या यह ववरोध करता है।

***

Inventare il ritorno del mondo
dopo la sua scomparsa.
E inventare il ritorno a questo mondo
fin dalla nostra scomparsa.
E raccogliere i due ricordi
per mettere insieme i suoi dettagli.
Bisogna mettere alla prova l’infinito
per vedere se resiste.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Ithaca 594
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Chinois Zhou Dao Mo / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Allemand Wolfgang Klinck / Hindi Jyotirmaya Thakur / Italien Stanley Barkan – Luca Benassi /
Editions: POINTS

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Nous nommons que des visages (Serge Pey)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2020



 

Nous nommons
que des visages

le visage de la table
et non la table
Le visage du vin
et non le vin
le visage de l’escalier
et non l’escalier

Quand on nomme
la Table
le Vin
ou l’escalier
on nomme le visage
d’une fenêtre
la fenêtre de la Table
du vin et de l’escalier

On apprend beaucoup
à regarder les fenêtres

celles où les fleurs rouges
trouent le linge pur du ciel

Les fenêtres veillent
et attendent les visages
devant elles

Mais comment nommer
le visage de la fenêtre
le visage vide de la fenêtre

Pour cela il faut
le visage du vin
celui de la table
ou celui de l’escalier
puis ensuite vider
son visage de son visage

Être une fenêtre pour se pencher
à l’intérieur du monde :

Le visage du vent sur

les fleurs rouges
et le linge pur du ciel
nous attachent soudain les yeux

Je continue la poésie
Le poète a toujours
pour tâche de continuer
la poésie
et non d’écrire des poèmes

Si l’on considère que la poésie
est une pensée
dont le travail est de penser
que de l’inconnu
la poésie n’est pas une philosophie
mais une façon d’accueillir
un inconnu avec notre inconnu
La poésie est la capacité d’accueil
des inconnus

En détruisant le précédent
poème le poète le continue

En inventant un nouveau poème
il fait revenir la poésie
à ce qu’elle ne connaît pas

Plus le poète est dans le non-connu
comme le bleu du ciel
plus il invente
sa définition

Je ne parle pas du feu
avec le feu
mais avec l’eau
ou je ne parle pas du ciel
mais avec la terre
je le reproduis

Le dernier poète qui sera hors de la
poésie
sera seul à autoriser à continuer
la poésie

(Serge Pey)

Illustration: René Magritte

 

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BALTIQUE (Herri Gwilherm Kerouredan)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



Florence Coquais Foucault mouette

BALTIQUE

I
L’oiseau emporté dans les vagues
jamais de son vol ne revient
la gerbe du vainqueur le réprouve

s’il échoue parfois sur les grèves
nul dans ce plumage flétri
n’invente les jeux de la lumière

seul l’abandon forme pour lui
ce rechant roulé dans les sables
d’oiseau par l’aile et le cri venu.

II
Bec de coquille rejeté
palme bleue dans le bleu
des plages de glace
oiseau recouvert

sauvage dit-on par bande
au repos sur la plaine
des neiges et de neige
pour l’oeil étendu

à grands gestes vers le nord
par le silence du gel
un cygne de la brume.

(Herri Gwilherm Kerouredan)

Illustration: Florence Coquais Foucault

 

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Je sais parce que je le dis (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020




    
Je sais parce que je le dis
Que mes désirs ont raison
Je ne veux pas que nous passions
A la boue
Je veux que le soleil agisse
Sur nos douleurs qu’il nous anime
Vertigineusement
Je veux que nos mains et nos yeux
Reviennent de l’horreur ouvertes pures

Je sais parce que je le dis
Que ma colère a raison
Le ciel a été foulé la chair de l’homme
A été mise en pièces
Glacée soumise dispersée
Je veux qu’on lui rende justice
Une justice sans pitié
Et que l’on frappe en plein visage les bourreaux
Les maîtres sans racines parmi nous

Je sais parce que je le dis
Que mon désespoir a tort
Il y a partout des ventres tendres
Pour inventer des hommes
Pareils à moi
Mon orgueil n’a pas tort
Le monde ancien ne peut me toucher je suis libre
Je ne suis pas un fils de roi je suis un homme
Debout qu’on a voulu abattre

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poésie ininterrompue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il s’ennuie, ce clocher (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020



— Il s’ennuie, ce clocher.
— Non.
— Comment tu sais ?
— Il tomberait.

— Encore une pierre.
— Ce n’est pas sûr.
— Comment ça ?
— ll n’y en a qu’une.

— Tu dessines ?
— J’invente.
— Quoi ?
— La brouette.

— Tu aimes les puits.
— Pas sûr.
— Tu y regardes.
— Peut-être à cause de l’horizon.

— Il souriait.
— Tu sais à quoi ?
— Pas très bien.
— A son sourire.

(Eugène Guillevic)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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OUTRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
OUTRE

Seul le long de ce chemin
qui n’a ni commencement ni fin
ce n’est plus la peine de sourire
et surtout de rire aux éclats

comme ce tigre qui n’ose ni mordre ni caresser
Seul tout seul
comme un grand comme un petit
à la poursuite des nuages

et de cette nuit qui n’a ni commencement ni fin
Tout seul pour l’abandon quotidien
et la lutte contre les rêves
et les cauchemars du jour et de la nuit
qu’on invente pour mieux souffrir
alors qu’il faudrait pouvoir oublier
tout oublier tout sauf la joie

Seul contre l’injustice
l’ennui et tout le reste
la vérité l’heure du réveil
alors qu’il est temps enfin
de savoir et de connaître
le jour qui déjà se lève

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Ô souvenirs ! printemps ! aurore ! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Illustration: Laurie Justus Pace

    

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !

Ô souvenirs ! printemps ! aurore !
Doux rayon triste et réchauffant !
– Lorsqu’elle était petite encore,
Que sa soeur était tout enfant… –

Connaissez-vous, sur la colline
Qui joint Montlignon à Saint-Leu,
Une terrasse qui s’incline
Entre un bois sombre et le ciel bleu ?

C’est là que nous vivions, – Pénètre,
Mon coeur, dans ce passé charmant !
Je l’entendais sous ma fenêtre
Jouer le matin doucement.

Elle courait dans la rosée,
Sans bruit, de peur de m’éveiller ;
Moi, je n’ouvrais pas ma croisée,
De peur de la faire envoler.

Ses frères riaient… – Aube pure !
Tout chantait sous ces frais berceaux,
Ma famille avec la nature,
Mes enfants avec les oiseaux ! –

Je toussais, on devenait brave.
Elle montait à petits pas,
Et me disait d’un air très grave :
 » J’ai laissé les enfants en bas.  »

Qu’elle fût bien ou mal coiffée,
Que mon coeur fût triste ou joyeux,
Je l’admirais. C’était ma fée,
Et le doux astre de mes yeux !

Nous jouions toute la journée.
Ô jeux charmants ! chers entretiens !
Le soir, comme elle était l’aînée,
Elle me disait :  » Père, viens !

Nous allons t’apporter ta chaise,
Conte-nous une histoire, dis !  » –
Et je voyais rayonner d’aise
Tous ces regards du paradis.

Alors, prodiguant les carnages,
J’inventais un conte profond
Dont je trouvais les personnages
Parmi les ombres du plafond.

Toujours, ces quatre douces têtes
Riaient, comme à cet âge on rit,
De voir d’affreux géants très-bêtes
Vaincus par des nains pleins d’esprit.

J’étais l’Arioste et l’Homère
D’un poème éclos d’un seul jet ;
Pendant que je parlais, leur mère
Les regardait rire, et songeait.

Leur aïeul, qui lisait dans l’ombre,
Sur eux parfois levait les yeux,
Et moi, par la fenêtre sombre
J’entrevoyais un coin des cieux !

(Victor Hugo)

 

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L’INFINI (Giacomo Leopardi)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2020



Illustration
    
L’INFINI

Toujours elle me fut chère cette colline solitaire
et cette haie qui dérobe au regard
tant de pans de l’extrême horizon.
Mais demeurant assis et contemplant,
au-delà d’elle, dans ma pensée j’invente
des espaces illimités, des silences surhumains
et une quiétude profonde ; où peu s’en faut
que le cœur ne s’épouvante.
Et comme j’entends le vent
bruire dans ces feuillages, je vais comparant
ce silence infini à cette voix :
en moi reviennent l’éternel,
et les saisons mortes et la présente
qui vit, et sa sonorité. Ainsi,
dans cette immensité, se noie ma pensée :
et le naufrage m’est doux dans cette mer.

(Giacomo Leopardi)

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Maman, plus tard, moi je serai (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020




Illustration: Lia R.
    
Maman, plus tard, moi je serai
blanchisseur de nuages ou berger d’oiseaux,
peut-être compteur de gouttes d’eau,
arbitre pour combats d’escargots,
garde du corps pour papillons,
acupuncteur pour hérissons,
clown pour passants fatigués,
imprimeur pour sans-papiers,
décorateur de coccinelles,
empêcheur de tomber du ciel.
Puis, j’inventerai la machine à ne rien faire
qui se tendra en hamac depuis la Terre
vers un point très lointain du vaste univers.
Alors, on m’élira comme la plus lente
et la plus mignonne étoile filante.
Respirant le grand air des galaxies,
à cheval sur l’Ourse, sur la queue de Castor,
employé des affaires privées de l’infini,
je connaîtrai enfin l’âge d’or.

(Carl Norac)

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020



Illustration

    
BESTIAIRE DE L’ÉCUREUIL

Tes doigts distraits, à force d’indolence,
de se dénouer, d’effleurer tes cheveux,
tes doigts légers, écheveau d’impatience,
ont inventé un pelage et deux yeux.

Un écureuil se glisse auprès de moi,
courtois et roux comme un bois en automne
sensible aux mots, aux regards, à la voix,
un écureuil, attentive personne.

Il me regarde et je regarde ailleurs.
Comment répondre à son appel discret ?
La vie est là, et moi toujours ailleurs,
pas plus que lui je ne sais le secret.

Être écureuil est un jeu difficile
hors des forêts, très loin des noisetiers.
Notre lit n’est pas arbre ni asile,
être écureuil ici devient très malaisé.

Tes doigts distraits, à force d’innocence,
ont effacé en peignant tes cheveux
cet écureuil, ce timide non-sens
qui vit ici – parce que je le veux.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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