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Poésie

Posts Tagged ‘réclamer’

MA VIE EN JEU (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




    
MA VIE EN JEU

Avant tout
Prenez-moi comme je suis
Prenez-moi pour vous aider
Dans vos tâches quotidiennes

Les yeux des bêtes de montagne
Le grand vent l’oiseau chanteur
Et l’apparence la plus calme
Me retiennent loin de vous

Mais je vous aime en vérité
Pour le plaisir de vous aimer
Au plus sombre de votre amour
Pour le plaisir de vous surprendre
Et quand ma vie ne suffit plus
A me faire entendre la vie
Je me réclame de vous tous.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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La chambre dans l’espace (René Char)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018



 

Illustration: Oskar Kokoschka  
    
La chambre dans l’espace

Tel le chant du ramier quand l’averse est prochaine
― l’air se poudre de pluie, de soleil revenant ―,
je m’éveille lavé, je fonds en m’élevant;
je vendange le ciel novice.

Allongé contre toi, je meus ta liberté.
Je suis un bloc de terre qui réclame sa fleur.

Est-il gorge menuisée plus radieuse que la tienne ?
Demander c’est mourir !

L’aile de ton soupir met un duvet aux feuilles.
Le trait de mon amour ferme ton fruit, le boit.

Je suis dans la grâce de ton visage
que mes ténèbres couvrent de joie.

Comme il est beau ton cri
qui me donne ton silence !

(René Char)

 

Recueil: Commune présence
Traduction:
Editions: Gallimard

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La durée (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2017




La durée
que ton coeur réclame
existe ici
en dehors de toi.

(René Char)

 

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Rive ancienne (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




Illustration
    
Rive ancienne

Il a tant plu depuis lors,
Quand les dents n’étaient pas chair, mais jours
Tout petits comme un fleuve ignorant
Appelant ses parents car il sent le sommeil,
Il a tant plu depuis lors,
Que les pas s’oublient déjà dans la tête.

Les uns disent que oui, d’autres disent que non ;
Mais oui et non sont deux petites ailes,
Equilibre d’un ciel au cœur d’un autre ciel,
Comme un amour est au-dedans d’un autre,
Comme l’oubli est au coeur de l’oubli.

Si, furieux, le supplice réclame des fêtes
Parmi les nuits les plus viriles,
Nous ne ferons rien d’autre que poignarder la vie,
Sourire aveuglément à la déroute,
Tandis que les années, mortes comme des morts,
Ouvrent leur tombe d’étoiles éteintes.

***

Vieja ribera

Tanto ha llovido desde entonces,
Entonces, cuando los dientes no eran carne, sino días
Pequeños como un río ignorante
A sus padres llamando porque siente sueño,
Tanto ha llovido desde entonces,
Que ya el paso se olvida en la cabeza.

Unos dicen que sí, otros dicen que no;
Mas sí y no son dos alas pequeñas,
Equilibrio de un cielo dentro de otro cielo,
Como un amor está dentro de otro,
Como el olvido está dentro del olvido.

Si el suplicio con ira pide fiestas
Entre las noches más viriles,
No haremos otra cosa que apuñalar la vida,
Sonreír ciegamente a la derrota,
Mientras los años, muertos como un muerto,
Abren su tumba de estrellas apagadas.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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NOCTURNE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
NOCTURNE

Quand j’ai dansé jusqu’à minuit
la cornemuse a mis ses bottes
quand j’ai payé pour un ouisqui
le revolver a mis sa cape
quand j’ai réclamé un taksi
le réverbère a mis son col
quand j’ai traversé tout Paris
la lune a mis sa veste blanche
et quand je fus près de Neuilly
je mis mes jambes à mon cou

(Raymond Queneau)

 

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La sagesse des parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
La sagesse des parfums

Vieilles écorces nécrosées
Que des suintements verts enduisent,
Lichens, mousses décomposées
Où des baves d’argent reluisent,

Vernes au ciel de pluviôse
Emmêlant, spectres affolés,
Vos troncs aux pourpres ecchymoses
Et que la serpe a mutilés,

Dispersant vos branches moisies,
Répandez vos philtres, ma chair
Réclame votre anesthésie,
Allégeante morphine, éther.

Que loin des langueurs bestiales
Et du vouloir-vivre importun,
Me plonge en une paix claustrale
Votre torpeur morne, ô parfums.

Bouquets d’anémiques astères
Brouillant au cours des eaux flétries
Des pâleurs mauves de paupières
Que l’ardent amour a meurtries,

Rosiers diaphnéisés,
Blêmes comme des fronts de nonnes,
Qui tendrement agonisez
Aux humides vergers d’automne,

Distillez dans le soir qui meurt
Vers nos coeurs la subtile essence,
Ainsi qu’un opium endormeur,
De vos fleurs en déliquescence;

Prodiguez, troncs velus des ormes
Qu’ont abattus les bûcherons,
Vos sourds relents de chloroforme
Et nos blessures se tairont.

(Marie Dauguet)

 

 

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Le Malheur (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Le Malheur

Le malheur m’a jeté son souffle desséchant :
De mes doux sentiments la source s’est tarie,
Et mon âme incomprise avant l’heure flétrie,
En perdant tout espoir perd tout penser touchant,

Mes yeux n’ont plus de pleurs, ma voix n’a plus de chant,
Mon cœur désenchanté n’a plus de rêverie ;
Pour tout ce que j’aimais avec idolâtrie,
Il ne me reste plus d’amour ni de penchant.

Une aride douleur ronge et brûle mon âme,
Il n’est rien que j’envie et rien que je réclame,
Mon avenir est mort, le vide est dans mon coeur.

J’offre un corps sans pensée à l’œil qui me contemple ;
Tel sans divinité reste quelque vieux temple,
Telle après le banquet la coupe est sans liqueur.

(Louise Colet)

 

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TOUS CEUX QUI TE CHERCHENT… (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Carolus Duran solitude

TOUS CEUX QUI TE CHERCHENT…

Tous ceux qui te cherchent t’essaient
et ceux qui te trouvent te lient
à l’image et au geste.

Je veux, moi, te comprendre
comme la terre te comprend;
en mûrissant,
je fais mûrir ton règne.

Je ne réclame aucune vanité
qui te démontre.
Le temps, je le sais,
ne porte pas ton nom.

Ne fais nul miracle pour moi.
Donne raison à tes lois
qui d’âge en âge
montrent mieux leur visage.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Carolus Duran

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Retourne entre les murs (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Retourne entre les murs de ces chambres profondes
En fermant les yeux comme en écoutant
y sommes-nous les premiers à surprendre
cette respiration qui traverse nos membres
et les oblige à tressaillir ?
Que nous réclame-t-elle ?

Ne plus dire la pierre étroite, épaisse,
dès que tout semble se contraindre,
ne plus dire la mort

(Pierre Dhainaut)

 

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Habiter au lieu de comprendre (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017



Illustration: Danielle Decollonge
    
Habiter au lieu de comprendre
Entrer dans le cube des questions
Au lieu de chercher le sens
Suivre la main qui voyage
Et ne pas réclamer de réponse
Retirer le voile couvrant les morts
Et pénétrer le silence absolu
Là, se lover dans le linceul du mystère.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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