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Poésie

Posts Tagged ‘réclamer’

La sagesse des parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
La sagesse des parfums

Vieilles écorces nécrosées
Que des suintements verts enduisent,
Lichens, mousses décomposées
Où des baves d’argent reluisent,

Vernes au ciel de pluviôse
Emmêlant, spectres affolés,
Vos troncs aux pourpres ecchymoses
Et que la serpe a mutilés,

Dispersant vos branches moisies,
Répandez vos philtres, ma chair
Réclame votre anesthésie,
Allégeante morphine, éther.

Que loin des langueurs bestiales
Et du vouloir-vivre importun,
Me plonge en une paix claustrale
Votre torpeur morne, ô parfums.

Bouquets d’anémiques astères
Brouillant au cours des eaux flétries
Des pâleurs mauves de paupières
Que l’ardent amour a meurtries,

Rosiers diaphnéisés,
Blêmes comme des fronts de nonnes,
Qui tendrement agonisez
Aux humides vergers d’automne,

Distillez dans le soir qui meurt
Vers nos coeurs la subtile essence,
Ainsi qu’un opium endormeur,
De vos fleurs en déliquescence;

Prodiguez, troncs velus des ormes
Qu’ont abattus les bûcherons,
Vos sourds relents de chloroforme
Et nos blessures se tairont.

(Marie Dauguet)

 

 

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Le Malheur (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration: Vincent Van Gogh
    
Le Malheur

Le malheur m’a jeté son souffle desséchant :
De mes doux sentiments la source s’est tarie,
Et mon âme incomprise avant l’heure flétrie,
En perdant tout espoir perd tout penser touchant,

Mes yeux n’ont plus de pleurs, ma voix n’a plus de chant,
Mon cœur désenchanté n’a plus de rêverie ;
Pour tout ce que j’aimais avec idolâtrie,
Il ne me reste plus d’amour ni de penchant.

Une aride douleur ronge et brûle mon âme,
Il n’est rien que j’envie et rien que je réclame,
Mon avenir est mort, le vide est dans mon coeur.

J’offre un corps sans pensée à l’œil qui me contemple ;
Tel sans divinité reste quelque vieux temple,
Telle après le banquet la coupe est sans liqueur.

(Louise Colet)

 

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TOUS CEUX QUI TE CHERCHENT… (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Carolus Duran solitude

TOUS CEUX QUI TE CHERCHENT…

Tous ceux qui te cherchent t’essaient
et ceux qui te trouvent te lient
à l’image et au geste.

Je veux, moi, te comprendre
comme la terre te comprend;
en mûrissant,
je fais mûrir ton règne.

Je ne réclame aucune vanité
qui te démontre.
Le temps, je le sais,
ne porte pas ton nom.

Ne fais nul miracle pour moi.
Donne raison à tes lois
qui d’âge en âge
montrent mieux leur visage.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Carolus Duran

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Retourne entre les murs (Pierre Dhainaut)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Retourne entre les murs de ces chambres profondes
En fermant les yeux comme en écoutant
y sommes-nous les premiers à surprendre
cette respiration qui traverse nos membres
et les oblige à tressaillir ?
Que nous réclame-t-elle ?

Ne plus dire la pierre étroite, épaisse,
dès que tout semble se contraindre,
ne plus dire la mort

(Pierre Dhainaut)

 

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Habiter au lieu de comprendre (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2017



Illustration: Danielle Decollonge
    
Habiter au lieu de comprendre
Entrer dans le cube des questions
Au lieu de chercher le sens
Suivre la main qui voyage
Et ne pas réclamer de réponse
Retirer le voile couvrant les morts
Et pénétrer le silence absolu
Là, se lover dans le linceul du mystère.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

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Le jardin de la rue Madame (Brigitte Level)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2017




    
Le jardin de la rue Madame

Au jardin de la rue Madame
Il n’est de lointains horizons
Ni d’orgueilleuses frondaisons,
Mais au vrai nul ne les réclame.

Au jardin de la rue Madame
Les roses poussent à foison.
Les oiseaux chantent leur chanson
Et le merle siffle sa gamme.

Au jardin de la rue Madame
On peut élever un pinson,
Mais ce n’est pas une raison
Pour y mettre un hippopotame !

(Brigitte Level)

 

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Mais j’ai oublié … (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Alexander Nedzvetskaya  6 [800x600]

Mais j’ai oublié que tes mains ont contenté
la racine, arrosant le buisson et ses roses,
jusqu’à faire fleurir l’empreinte de tes doigts
sur la paix de la nature en sa plénitude.
Comme tes bêtes préférées la houe et l’eau
t’accompagnent, et mordent et lèchent la terre,
et c’est ainsi qu’en travaillant il naît de toi
le frais oeillet fougueux dans sa fécondité.
Je réclame et l’hommage et l’amour des abeilles
pour tes mains confondant leur souche diaphane
dans la terre, s’ouvrant pour féconder mon coeur,
de sorte que je suis une pierre brûlée
qui soudain avec toi chante : elle a reçu
l’eau des forêts, et c’est ta voix qui l’apporta.

***

Pero olvidé que tus manos satisfacían
las raíces, regando rosas enmarañadas,
hasta que florecieron tus huellas digitales
en la plenaria paz de la naturaleza.
El azadón y el agua como animales tuyos
te acompañan, mordiendo y lamiendo la tierra,
y es así como, trabajando, desprendes
fecundidad, fogosa frescura de claveles.
Amor y honor de abejas pido para tus manos
que en la tierra confunden su estirpe transparente,
y hasta en mi corazón abren su agricultura,
de tal modo que soy como piedra quemada
que de pronto, contigo, canta, porque recibe
el agua de los bosques por tu voz conducida.

(Pablo Neruda)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya 

 

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LA SAGESSE M’A ROMPU LES BRAS (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



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LA SAGESSE M’A ROMPU LES BRAS

La sagesse m’a rompu les bras, brisé les os
C’était une très vieille femme envieuse
Pleine d’onction, de fiel et d’eau verte

Elle m’a jeté ses douceurs à la face
Désirant effacer mes traits comme une image mouillée
Lissant ma colère comme une chevelure noyée

Et moi j’ai crié sous l’insulte fade
Et j’ai réclamé le fer et le feu de mon héritage.

Voulant y laisser pousser son âme bénie comme une vigne
Elle avait taillé sa place entre mes côtes.
Longtemps son parfum m’empoisonna des pieds à la tête

Mais l’orage mûrissait sous mes aisselles,
Musc et feuilles brûlées,
J’ai arraché la sagesse de ma poitrine,
Je l’ai mangée par les racines,
Trouvée amère et crachée comme un noyau pourri

J’ai rappelé l’ami le plus cruel,
la ville l’ayant chassé,les mains pleines de pierres.
Je me suis mise avec lui pour mourir sur des grèves mûres

Ô mon amour, fourbis l’éclair de ton coeur,
nous nous battrons jusqu’à l’aube
La violence nous dresse en de très hautes futaies
Nos richesses sont profondes et noires pareilles
au contenu des mines que l’éclair foudroie.

En route, voici le jour, fièvre en plein coeur scellée
Des chants de coq trouent la nuit comme des lueurs
Le soleil appareille à peine, déjà sûr de son plein midi,
Tout feu, toutes flèches, tout désir au plus vif de la lumière,
Envers, endroit, amour et haine, toute la vie en un seul honneur.

Des chemins durs s’ouvrent à perte de vue sans ombrage
Et la ville blanche derrière nous lave son seuil où coucha la nuit.

(Anne Hébert)

Illustration: Fidel Garcia

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LE DÉSIR (Iwan Gilkin)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2017



 Illustration: Alix

    

LE DÉSIR

Mes regards las, sans voir l’or en fleur des jasmins,
Rêvent de cheveux d’or dont la tendresse étonne,
Et, dédaignant des lys la blancheur monotone,
Pleurent la liliale ardeur des jeunes mains.

Ô toi qui dois venir, viens ! mon cœur te réclame,
Mes yeux, tristes d’amour, attendent tes chers yeux.
Car la terre est si vide, et si vides les cieux !
Et rien n’offre un baiser aux lèvres de mon âme.

Toi que j’aimerai, toi qui me tortureras,
Sans assouvir jamais tes douloureux caprices,
Viens, je t’offre à genoux les mortels sacrifices
Où mon sang résigné coulera dans tes bras.

(Iwan Gilkin)

 

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Quand tu seras réduit (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



Illustration: Gao Xingjian
    
Quand tu seras réduit
à ta simple apparence,
tu ne réclameras des autres
que l’indulgence de leur regard,
la légèreté de leurs pas sur la neige.
L’air, le vent auront conquis
l’espace que tu habitais.
Tu les auras rejoints
au plus vif cette ligne d’horizon
dont tu fus le guetteur indéfectible.
Tout litige aura alors été passé
au compte de l’oubli.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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