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Poésie

Posts Tagged ‘souvenir’

Ce qui t’accueille à travers le plaisir (René Char)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



Ce qui t’accueille à travers le plaisir
n’est que la gratitude mercenaire du souvenir.
La présence que tu as choisie
ne délivre pas d’adieu.

(René Char)

Illustration: Dorina Costras 

 

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RAISON DU CRI (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Igor Morski 1960  14)

 

RAISON DU CRI

s’il n’y avait ce cri,
en forme de pierre aiguë
et son entêtement à bourgeonner

s’il n’y avait cette colère,
ses élancements génésiques
et son soc constellant,

s’il n’y avait l’outrage,
ses limaces perforantes
et ses insondables dépotoirs,

l’évocation ne serait plus
qu’une canonnade de nostalgies,
qu’une bouffonnerie gluante,

le pays ne serait plus
qu’un souvenir-compost,
qu’un guet-apens
pour le larmier.

(Tahar Djaout)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Igor Morski

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Un mot m’a échappé (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Illustration: René Magritte
    
Un mot m’a échappé
Il a filé comme un serpent
Dans les taillis
De ma mémoire

Perdu parmi les traces
Et les décombres
Du déjà vu

Rivières qui coulent vers le ciel
Vents d’antan
Tonnerre nommé désir

Rues sans lune
Forêts vidées d’oiseaux

Les souvenirs ne sont plus
Ce qu’ils étaient

Pas de quoi pleurer

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Les têtes de morts (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Les têtes de morts

Voyons, oublions tout, la raison trop bornée
Et le coeur trop voyant; les arguments appris
Comme l’entraînement des souvenirs chéris;
Contemplons seule à seul, ce soir, la Destinée.

Cet ami, par exemple, emporté l’autre année,
eût fait parler Dieu! — sans ses poumons pourris,
Où vit-il, que fait-il au moment où j’écris ?
Oh! le corps est partout, mais l’âme illuminée?

L’âme, cet infini qu’ont lassé tous ses dieux,
Que n’assouvirait pas l’éternité des cieux,
Et qui pousse toujours son douloureux cantique,

C’est tout! — Pourtant, je songe à ces crânes qu’on voit.
Avez-vous médité, les os serrés de froid,
Sur ce ricanement sinistrement sceptique?

(Jules Laforgue)


Illustration: Gunther Von Hagens

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Brume d’or et de sable (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



Brume d’or et de sable
L’ombre des voiles chante
leur songe lent

Les souvenirs
sur la plage blonde
ont l’odeur du vent

Que d’oubli que d’oubli
Dans ma jeunesse
seuls les morts de printemps
conservent leur sourire
Nul ne sait
leur geste immobile
dans la fuite des songes

Voiles qui s’effacent
dans la brume du sable

(Robert Guiette)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Et puis il y a ces draps (Farah-Martine Lhérisson)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2019



 

Jacques Damville (7)

Et puis il y a ces draps
qui font glisser
mes souvenirs
cette lampe de chevet s’en va
mais … reviens
je la veux l’image du tableau
d’en face
je la porterai en écharpe
elles se sont perdues mes
croisières

(Farah-Martine Lhérisson)

Illustration: Jacques Damville

 

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Il n’y a pas d’absence (Anne Michaels)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -   (3)

Il n’y a pas d’absence
s’il persiste au moins le souvenir de l’absence.

(Anne Michaels)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Le Temps retrouvé (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2019


 


 

clochette

Tout s’était décidé au moment où ne pouvant plus supporter d’attendre au lendemain pour poser mes lèvres sur le visage de ma mère,
j’avais pris ma résolution, j’avais sauté du lit et étais allé, en chemise de nuit, m’installer à la fenêtre par où entrait le clair de lune jusqu’à ce que j’eusse entendu partir M. Swann.
Mes parents l’avaient accompagné, j’avais entendu la porte s’ouvrir, sonner, se refermer.

A ce moment même, dans l’hôtel du prince de Guermantes, ce bruit de pas de mes parents reconduisant M. Swann,
ce tintement rebondissant, ferrugineux, interminable, criard et frais de la petite sonnette qui m’annonçait qu’enfin M. Swann était parti et que maman allait monter,
je les entendais encore, je les entendais eux-mêmes, eux situés pourtant si loin dans le passé.

Alors, en pensant à tous les événements qui se plaçaient forcément entre l’instant où je les avais entendus et la matinée Guermantes,
je fus effrayé de penser que c’était bien cette sonnette qui tintait encore en moi, sans que je pusse rien changer aux criaillements de son grelot,
puisque, ne me rappelant plus bien comment ils s’éteignaient, pour le réapprendre, pour bien l’écouter,
je dus m’efforcer de ne plus entendre le son des conversations que les masques tenaient autour de moi.

Pour tâcher de l’entendre de plus près, c’est en moi-même que j’étais obligé de redescendre.
C’est donc que ce tintement y était toujours et aussi, entre lui et l’instant présent, tout ce passé indéfiniment déroulé que je ne savais pas que je portais.

Quand il avait tinté j’existais déjà et depuis, pour que j’entendisse encore ce tintement,
il fallait qu’il n’y eût pas eu discontinuité, que je n’eusse pas un instant pris de repos, cessé d’exister, de penser, d’avoir conscience de moi,
puisque cet instant ancien tenait encore à moi, que je pouvais encore le retrouver, retourner jusqu’à lui, rien qu’en descendant plus profondément en moi.
C’était cette notion du temps incorporé, des années passées non séparées de nous, que j’avais maintenant l’intention de mettre si fort en relief dans mon œuvre.

Et c’est parce qu’ils contiennent ainsi les heures du passé que les corps humains peuvent faire tant de mal à ceux qui les aiment,
parce qu’ils contiennent tant de souvenirs, de joies et de désirs déjà effacés pour eux, mais si cruels pour celui qui contemple
et prolonge dans l’ordre du temps le corps chéri dont il est jaloux, jaloux jusqu’à en souhaiter la destruction.

Car après la mort le Temps se retire du corps et les souvenirs – si indifférents, si pâlis – sont effacés de celle qui n’est plus
et le seront bientôt de celui qu’ils torturent encore, eux qui finiront par périr quand le désir d’un corps vivant ne les entretiendra plus.
Profonde Albertine que je voyais dormir et qui était morte.

(Marcel Proust)

 

 

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Ménilmontant (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



 

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Ménilmontant

Ménilmontant mais oui madame
C´est là que j´ai laissé mon cœur
C´est là que je viens retrouver mon âme
Toute ma flamme
Tout mon bonheur…
Quand je revois ma petite église
Où les mariages allaient gaiement
Quand je revois ma vieille maison grise
Où même la brise
Parle d´antan
Elles me racontent
Comme autrefois
De jolis contes
Beaux jours passés je vous revois
Un rendez-vous
Une musique
Des yeux rêveurs tout un roman
Tout un roman d´amour poétique et pathétique
Ménilmontant!

Quand midi sonne
La vie s´éveille à nouveau
Tout résonne
De mille échos
La midinette fait sa dînette au bistro
La pipelette
Lit ses journaux
Voici la grille verte
Voici la porte ouverte
Qui grince un peu pour dire « Bonjour bonjour
Alors te v´là de retour? »

Ménilmontant mais oui madame
C´est là que j´ai laissé mon cœur
C´est là que je viens retrouver mon âme
Toute ma flamme
Tout mon bonheur…
Quand je revois ma petite gare
Où chaque train passait joyeux
J´entends encor dans le tintamarre
Des mots bizarres
Des mots d´adieux
Je suis pas poète
Mais je suis ému,
Et dans ma tête
Y a des souvenirs jamais perdus
Un soir d´hiver
Une musique
Des yeux très doux les tiens maman
Quel beau roman d´amour poétique
Et pathétique
Ménilmontant!

(Charles Trenet)

 

 

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En une attente désespérée (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration: Renata Ratajczyk
    
En une attente désespérée je vais cherchant après elle
dans tous les coins de ma demeure; je ne la trouve pas.
Ma maison est petite, et ce qui une fois en est sorti jamais plus ne peut être ressaisi.
Mais immense est ton palais, mon Seigneur,
et tandis que je cherchais après elle je suis parvenu devant ta porte.

Je m’arrête sous le céleste dais d’or de ton soir,
et vers ton visage je lève mes yeux pleins de désir.
Je suis parvenu sur le bord de l’éternité d’où jamais rien ne se dissipe
– nul espoir, nul bonheur, nul souvenir de visage entrevu à travers les larmes.

Oh ! trempe dans cet océan ma vie creuse,
plonge-la dans le sein de cette plénitude, et que cette caresse perdue,
je la ressente enfin dans la totalité de l’univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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