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Poésie

Posts Tagged ‘souvenir’

L’herbe (Bai Juyi)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2020



L’herbe

Fraîche et jolie, voilà l’herbe nouvelle qui croît partout dans la campagne ;
Chaque année la voit disparaître, chaque année la voit revenir.
Le feu la dévore à l’automne1, sans épuiser en elle le germe de la vie ;
Que le souffle du printemps renaisse, elle renaît bientôt avec lui.
Sa verdure vigoureuse envahit peu à peu le vieux chemin,
Ondulant par un beau soleil, jusqu’aux murs de la ville en ruines.
L’herbe s’est flétrie, l’herbe a repoussé, depuis que mon seigneur est parti ;
Hélas ! en la voyant si verte, j’ai le cœur assailli de bien cruels souvenirs.

(Bai Juyi)

 

 

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Vous souvenez-vous (Emmanuelle Le Cam)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020



vous souvenez-vous
comme nous avions
peur / envie
du corps de l’autre?

Notre intime mélodie:
inassouvie désirance.

Ah, vraiment charmant,
n’était-il pas charmant, ce
jeu?
(délicieux / déchiré)

(Emmanuelle Le Cam)

Illustration

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Dans la ronde des ombres (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020



Dans la ronde des ombres froissant l’herbe tendre
J’entrai, disant le nom mélodieux.
Mais tout s’est dissipé, à peine puis-je entendre
D’un faible bruit le souvenir brumeux.

Ce nom, pensai-je, c’est le nom d’un séraphin.
J’eus peur d’abord de la forme légère,
Mais quelques jours encore et nous ne faisions qu’un.
J’étais comme dissous dans l’ombre chère.

Et le pommier de nouveau perd son fruit sauvage,
Et devant moi passe secrètement
L’image qui blasphème et se maudit, l’image
Nourrie des braises de la jalousie.

Et, cerceau d’or, accomplissant une autre volonté,
Le bonheur roule le long du chemin
Et toi tu vas en quête d’un printemps léger,
Déchirant l’air d’un geste de la main.

Le sort en est jeté. Rien ne fera que s’ouvre
Pour nous le cercle ensorcelé.
De la terre virginale les collines souples
Reposent, serrées dans leurs langes.

(Ossip Mandelstam)

Illustration: Madalina Iordache-Levay

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LA ROUE (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



LA ROUE

I
Chante, étranger sur le trottoir
Ta voix n’écarte aucun volet

Au soleil blanc reste en arrêt
Chante plus fort chante plus noir

Dos au mur aveuglant
Face au fronton des façades

La note frappera la seule vitre en flammes
Aux mille éclairs vois le sourire du temps

Comme
un grand visage
qui se nomme

II
O doux éclatement
Le livre s’est ouvert
et j’ai vu du coeur qui ne ment
déborder les souvenirs de mon enfance

Comment
dis-moi comment
ce passé s’est ouvert
que tu gardais si pieusement
pour habiter ce coeur d’abondance

La bouche de blessure
avait-elle mis son secret
dans la grenade mûre
Si longtemps
si longtemps après

C’est bien ma solitude
comme une ancienne fleur
qui plus tard a germé dans ce feu
Où donc
jadis perdue

III
La parole est morte
Et le monde est venu
Et les rues sont pleines de monde

Personne ne passe la porte
Tout se nomme refus
Et les ruines s’enivrent de monde

Au fond de la chaussée
une grande fleur d’encre
qui rature la joie

L’attente folle
couleur de fuite
un souvenir géant
qui efface tout

IV
Coeur dévasté pour rire
beauté usée par les sales regards

Le triste et le gai
comme des éventails
et la blessure comme un loup

L’histoire finit
lorsqu’il n’est plus temps

V
La rue suit sa pente
Les hommes leur chemin
ou suivent les passantes
Moi seul je me souviens
Le soleil las poursuit sa route
Les fenêtres s’entrouvrent
au silence à la fraîcheur

Une grande roue tourne
et tourne grande roue
où les hommes s’usent

La terre mâche la terre

(Robert Guiette)

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J’ai rêvé cette nuit (Alain Strickler)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



J’ai rêvé cette nuit
Le poème que j’avais rêvé
D’écrire toute ma vie

Aucun de ses mots n’était de trop
Et chacun d’eux était juste
De cette justesse qui abolit la distance
Entre la chose et le dit

Le poème coulait « de »
Et « comme » une source

J’ai fait corps avec sa lumière
J’ai fait écho à son sang

Et ce matin loin de pleurer sa perte
Je me sens vivifié par les embruns
De son souvenir qui m’humectent

(Alain Strickler)


Illustration: Josephine Wall

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J’ai exilé mon corps (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020




    
J’ai exilé mon corps de ses souvenirs
pour qu’il demeure en toi comme un enfant.

(Adonis)

 

Recueil: Lexique amoureux
Traduction: Vénus Khoury-Ghata Issa Makhlouf Houria Abdelouahed
Editions: Gallimard

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Initium (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



 

Anne-Marie Zilberman (20)

Initium

Les violons mêlaient leur rire au chant des flûtes
Et le bal tournoyait quand je la vis passer
Avec ses cheveux blonds jouant sur les volutes
De son oreille où mon Désir comme un baiser
S’élançait et voulait lui parler sans oser.

Cependant elle allait, et la mazurque lente
La portait dans son rythme indolent comme un vers,
– Rime mélodieuse, image étincelante, –
Et son âme d’enfant rayonnait à travers
La sensuelle ampleur de ses yeux gris et verts.

Et depuis, ma Pensée – immobile – contemple
Sa splendeur évoquée, en adoration,
Et dans mon Souvenir, ainsi que dans un temple,
Mon Amour entre, plein de superstition.

Et je crois que voici venir la Passion.

(Paul Verlaine)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Retouche à l’âge (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



 

Retouche à l’âge

enfance forêt
il n’y a plus qu’un arbre
la hache et la lumière en ortie
les jours font un bruit de cailloux

un souvenir parfois rassemble ses oiseaux

(Daniel Boulanger)

Illustration

 

 

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Sultane Tulipia (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



Sultane Tulipia

Après la passion d’assurer le bonheur de son peuple,
le sultan Shahabaam n’avait pas de distraction plus grande
que celle de faire des ronds en crachant du haut des créneaux de son palais dans la mer.
Il tenait ce goût de son aïeul Shahabaam I », dit le Grand.
Un jour il fit cette réflexion, qu’un objet plus lourd qu’un peu de salive
ferait en tombant dans la mer un rond plus grand, et par conséquent plus agréable à l’oeil.
Il chercha quel objet il pouvait choisir pour cet usage,
et insensiblement ses idées se reportèrent sur la sultane favorite.

Décidément, se dit-il, cette Tulipia est bête comme une oie;
oui et non, voilà tout ce qu’on peut en tirer.
Une femme sans esprit est comme une fleur sans parfum,
ainsi que je l’ai dit dans la dernière séance du conseil d’État.
Il me faut une autre sultane favorite.
D’ailleurs, je soupçonne celle-ci d’entretenir des relations avec un jeune Grec.
Je puis me tromper, mais il me plaît de croire que je ne me trompe pas: cela suffit.

Avant le coucher du soleil, Shahabaam, suivi de toute la cour,
monta sur la tour la plus haute du palais.
Quatre esclaves l’attendaient, tenant un sac de cuir
dans lequel semblait se mouvoir une forme humaine.
Les esclaves balancèrent pendant quelques minutes leur fardeau,
et, sur un signe du maître, ils le lancèrent par dessus les créneaux.
Shahabaam se pencha en dehors de la plate-forme,
suivit du regard la chute du sac dans les flots,
et quand l’eau se fut refermée, il se retira en s’écriant:
Oh! le magnifique rond!

Ce magnifique rond, c’était le corps de l’incomparable Tulipia
qui l’avait produit en tombant dans la mer.
On se raconta pendant quelques jours l’histoire de la fin tragique
de la pauvre sultane, puis on n’en parla plus; personne ne la regretta:
la beauté sans intelligence laisse peu de traces dans le souvenir.

(J.J. Grandville)

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L’ORAGE AU MUSÉE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



musée

L’ORAGE AU MUSÉE

Il était monté par de grands escaliers
de pierre blanche;
dehors une femme en courant emportait
un nouveau-né sous la trombe
mais près de lui une autre aux yeux mouillés,
aux lèvres dessinées
regardait les toiles italiennes.
Au plus fort de l’orage réfugié au musée
il écoutait son coeur comme on fait dans les bois
retrouvait les verrières dépolies,
les balustres de fer forgé
le luisant de la cire
tous les grands tableaux bruns et rouges
et aussi dans son souvenir
une fille indolente à la robe ardoise,
aux fins cheveux aile de corbeau
et dont il avait tout un soir
réchauffé les pieds dans ses mains.

(Jean Follain)

 

 

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