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Poésie

Posts Tagged ‘souvenir’

Psyché (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



Psyché

Psyché, ma soeur, écoute immobile, et frissonne…
Le bonheur vient, nous touche et nous parle à genoux
Pressons nos mains. Sois grave. Écoute encor…Personne
N’est plus heureux ce soir, n’est plus divin que nous.

Une immense tendresse attire à travers l’ombre
Nos yeux presque fermés. Que reste-t-il encor
Du baiser qui s’apaise et du soupir qui sombre?
La vie a retourné notre sablier d’or.

C’est notre heure éternelle, éternellement grande,
L’heure qui va survivre à l’éphémère amour
Comme un voile embaumé de rose et de lavande
Conserve après cent ans la jeunesse d’un jour.

Plus tard, ô ma beauté, quand des nuits étrangères
Auront passé sur vous qui ne m’attendrez plus,
Quand d’autres, s’il se peut, amie aux mains légères,
Jaloux de mon prénom, toucheront vos pieds nus,

Rappelez-vous qu’un soir nous vécûmes ensemble
L’heure unique où les dieux accordent, un instant,
À la tête qui penche,à l’épaule qui tremble,
L’esprit pur de la vie en fuite avec le temps.

Rappelez-vous qu’un soir, couchés sur notre couche,
En caressant nos doigts frémissants de s’unir,
Nous avons échangé de la bouche à la bouche
La perle impérissable où dort le Souvenir.

(Pierre Louÿs)

Illustration: François Gérard

 

 

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J’y gagne, dit le renard (Antoine de Saint-Exupéry)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



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Les champs de blé ne me rappellent rien.
Et ça, c’est triste ! mais tu as des cheveux couleur d’or.
Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé !
Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi.
Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé…

[…]

J’y gagne, dit le renard,
à cause de la couleur du blé.

(Antoine de Saint-Exupéry)

 

 

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De deux amours (Râbi’a)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



 

Boleslas Biegas  s

De deux amours, je T’aime : d’un amour de passion
Et d’un amour de haut mérite dont Tu es digne

Par l’amour de passion j’ai perdu souvenir
De n’importe quel aimé qui n’est pas Toi

Par l’amour de mérite qui seul de Toi est digne
Que tombent Tes voiles et qu’enfin je Te voie !

Or, pour ces deux amours, je n’attends nulle louange
Pour l’un et l’autre, que la louange aille à Toi !

(Râbi’a)

Illustration: Boleslas Biegas

 

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Ton souvenir persiste (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2017



Ton souvenir persiste

La robe garde l’oubli de ton corps
Dont je conserve en moi
Les formes et les odeurs
Je te disais des mots qui chantent
Reflets de mes désirs
Qui cherchent leur objet
Comme l’absence de l’oiseau
Soulage la branche
Mais pèse sur mon cœur
Je parcours toujours
Les mêmes chemins turbulents
Où nous goûtions la saveur du jour
Et le piment du soir
Mais l’angoisse se perçoit dans ma voix
Et je comprends alors
La perfidie de tes sourires
Qui me trompaient
Les prenant pour des promesses

Je traque ton absence
Dans toutes les images des rêves
Dans tous les lieux fréquentés
Sur les côtes dont les rochers
Prennent les formes harmoniques
De ton corps aux courbes agressives
Sur les chemins de l’aube qui traversent
Un pays difforme aux arbres tors
Où des paysans dansent avec des gerbes
Qu’ils étreignent pour les entasser
Et quand l’ombre entoure la lumière
Je me couche dans les dernières couleurs du jour
Et sur la page du sommeil
S’écrivent encore des rêves furtifs
Mûris du souvenir de toi.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Fabienne Contat

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LES CONTRADICTIONS DU CORPS (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Gunther von Hagens

    

LES CONTRADICTIONS DU CORPS

Mon corps n’est pas mon corps, il est
d’un autre être l’illusion.
Il connaît l’art de me cacher
et il est tellement sagace
que moi-même il m’occulte à moi.

Mon corps, mais non pas mon agent,
mon enveloppe cachetée,
mon pistolet pour faire peur,
il est devenu mon geôlier,
il me sait mieux que je ne me sais.

Mon corps éteint le souvenir
qu’il me restait de mon esprit.
Il m’inocule son pathos,
m’attaque, me blesse et condamne
pour des crimes que n’ai commis.

Sa ruse la plus diabolique
consiste à se rendre malade.
Il me jette le poids des maux
qu’à chaque moment il ourdit
et il me passe en révulsion.

Mon corps inventa la douleur
afin de la rendre intérieure,
de l’incorporer à mon ld,
pour qu’elle offusquât la lumière
qui essayait de s’y répandre.

D’autres fois il se divertit
sans que je le sache ou le veuille,
et dans cette maligne joie,
dont sont imprégnées ses cellules,
il se moque de mon mutisme.

Mon corps ordonne que je sorte
quérir ce que je ne veux pas,
et il me nie, en s’affirmant
seigneur et maître de mon Moi
en chien servile transformé.

Mon plaisir le plus raffiné,
ce n’est moi qui vais le goûter.
C’est lui, à ma place, rapace,
et il tend des restes déjà
mâchés à ma faim absolue.

Si j’essaie de m’en éloigner
de m’abstraire, de l’ignorer,
il me revient avec le poids
entier de sa chair polluée,
son dégoût et son inconfort.

Avec mon corps il me faut rompre,
je veux l’affronter, l’accuser,
afin d’abolir mon essence,
mais il ne m’entend même pas
et s’en va par chemin contraire.

Déjà oppressé par son pouls
à l’inébranlable rigueur,
plus ne suis celui que j’étais:
dans une volupté voulue,
je sors danser avec mon corps.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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L’écharpe (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



    

L’écharpe

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce souvenir de soie
Qui se souvient de nous
Ce n’est pas qu’il fasse froid
Le fond de l’air est doux
C’est qu’encore une fois
J’ai voulu comme un fou
Me souvenir de toi
De tes doigts sur mon cou
Me souvenir de nous
Quand on se disait vous

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce sourire de soie
Qui sourit comme nous
Sourions autrefois
Quand on se disait vous
En regardant le soir
Tomber sur nos genoux
C’est encore une fois
J’ai voulu revoir
Comment tombe le soir
Quand on s’aime à genoux

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce soupir de soie
Qui soupire après nous
C’n’est pas pour que tu voies
Comme je m’ennuie sans toi
C’est qu’il y a toujours
L’empreinte sur mon cou
L’empreinte de tes doigts
De tes doigts qui se nouent
L’empreinte de ce jour
Où les doigts se dénouent

{Final:}
Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Cette écharpe de soie
Que tu portais chez nous
Ce n’est pas qu’il fasse froid
Le fond de l’air est doux
Ce n’est pas qu’il fasse froid
Le fond de l’air est doux.

(Maurice Fanon)

 

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SOUVENIR DES EAUX (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2017



SOUVENIR DES EAUX

La rivière se souvient de sa source
et y retourne en pèlerinage
mais parfois ne la retrouve pas

La vague se souvient
des courbes de ton corps
qu’elle avait épousées
et les reproduit à chaque marée

Le sable humide moule ton pas

et je pourrai plus tard
y poser le mien

Le vent s’est tari
comme la source des eaux
Le soleil s’est éteint
comme la lampe de ta chambre
Mon coeur a cessé de battre
comme celui des oiseaux.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Pierre Marcel

 

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La terrasse des Lilas (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2017



    

La terrasse des Lilas

Il est des lieux sur cette Terre
Où l’on se sent vraiment chez soi
La vie y semble plus légère
On y est plus heureux qu’un roi
Ce qu’ils offrent à votre vue
Ce n’est pas un vaste horizon
Mais tout simplement une rue
Un peu de ciel sur des maisons
Il en est un qui dans l’espace
Est bien loin maintenant de moi
Un café avec sa terrasse
Et quand je veux je le revois

C’était dans un coin de Paris
Un coin de Paris qui sourit
Un café avec sa terrasse
A Montparnasse
C’est à l’enseigne des Lilas
Des lilas il n’y en avait pas
Mais le nom était resté là
En souvenir, sans tralala
Ce café – vous en souvient-il ?
Avec son arôme subtil
Faisait tenir tout le Brésil
Dans votre tasse
Le patron était alsacien
Le garçon était vénitien
Mais malgré tout ça c’était bien
Un café parisien

J’aimais à l’heure apéritive
M’y asseoir aux premiers beaux jours
Pour embrasser la perspective
De ce merveilleux carrefour
J’y observais l’Observatoire
Et Bullier, souvenir d’un bal
Et le pavé chargé d’histoire
Du boulevard de Port-Royal
Un kiosque à journaux sans mystère
Fleurissait sur le terre-plein
Face à ce temple nécessaire
Hommage au fameux Vespasien

C’était un café de Paris
Entre mille joli, fleuri
Avec son bar et sa terrasse
A Montparnasse
Au coeur de ce beau carrefour
Où Saint-Michel et Luxembourg
Avaient rendez-vous tour à tour
Avec l’étude, avec l’amour
On y rencontrait des acteurs
Des poètes, des percepteurs
Jamais, jamais de dictateur
Ivre d’espace
Et l’on fumait du Caporal
Sous la statue d’un général
Etait-il, je m’en souviens mal
A pied ou à cheval ?

Le crépuscule sur la ville
Traînait sa robe de lilas
Un vieux monsieur lisait Virgile
En dégustant un marsala
De jeunes femmes odorantes
Offraient leur visage cruel
A cette lumière expirante
Un reflet attardé du ciel
Et des hommes avec ces femmes
Echangeaient de subtils propos
Sur l’immortalité de l’âme
Ou le chic exquis d’un chapeau

C’était un café de Paris
Une voix disait : « Mon chéri »
L’amour aussi avait sa place
A la terrasse
On saluait des gens très bien
Que l’autobus des Gobelins
Vous déversait comme un trop plein
Sur ce rond-point si cartésien
Des amis venaient, excellents
Hélas où sont-ils à présent ?
Alors dans le jour finissant
Du Val-de-Grâce
Des frondaisons du Luxembourg
Des vieilles pierres du faubourg
Pour notre Paris de toujours
Montait un chant d’amour

Il est venu de lourds soldats
Qui ont écrasé tout cela
Ah dites-nous qu’il reviendra
Le beau temps des lilas !

(Jean Villard–Gilles)

 

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Si jadis j’avais cru dans un espoir d’enfant (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017




Si jadis j’avais cru dans un espoir d’enfant
Que mon âme échappant à tout pourrissement
Emporterait au fond de gouffres insondables
Des pensers éternels, des souvenirs aimables,
Je jure que depuis longtemps j’aurais quitté
Ce monde, et clos ma vie, horrible déité;
Je serais au pays de ces libres délices,
Au pays dépourvu de la mort et des vices,
Où l’esprit vole seul dans le ciel épuré.

Mais je me livre en vain à ce rêve éthéré.
Mon esprit obstiné méprise l’espérance:
Au-delà du tombeau, c’est l’insignifiance.
Eh bien, tant pis, adieu, pensers, premiers amours !
J’ai peur et de nouveau je surveille mes jours.
Je veux vivre longtemps pour qu’une image chère
Illumine en secret mon âme en sa misère.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration: Patrice Murciano

 

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Chanson (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Chanson

TA voix est un savant poème…
Charme fragile de l’esprit,
Désespoir de l’âme, je t’aime
Comme une douleur qu’on chérit.

Dans ta grâce longue et blêmie,
Tu reviens du fond de jadis…
O ma blanche et lointaine amie,
Je t’adore comme les lys !

On dit qu’un souvenir s’émousse,
Mais comment oublier jamais
Que ta voix se faisait très douce
Pour me dire que tu m’aimais ?

(Renée Vivien)

Illustration: Bec Winnel

 

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