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Poésie

Posts Tagged ‘souvenir’

Tu es entré dans le monde étrange (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



Illustration: Félix Vallotton
    
Tu es entré dans le monde étrange
des compositions et des décompositions chimiques :

ta vie et ta mort terrestres, agrégations et désagrégations continuelles,
jusqu’au jour où il ne restera plus la moindre trace, le moindre souvenir
de cette chose immonde qui sera ton cadavre.

Aussi je ne sais quel fou trouvait-il avec raison à cette atmosphère terrestre
une désagréable odeur de cimetière, odeur inquiétante, disait-il,
et que ne pouvait dissimuler le bizarre et angélique parfum des fleurs.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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A mon Avril (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Jeanie Tomanek  
    
A mon Avril

Répands sur mon front d’insomnie
Tes cheveux d’aurore et de joie,
O toi, ma tendresse infinie,
Avril, mon printemps, mon amour !

Quoi de plus tendre et de plus beau
Que de voir, miracle suprême !
Des roses naître du tombeau !
Cela s’est fait, puisque je t’aime.

Dans mon âme, où l’angoisse est morte,
Le souvenir est effacé…
Donne-moi tes lèvres ! qu’importe
La douleur que fut le passé !

L’oubli me sourit dans tes yeux
Et je dis à la vie en larmes
Un grand hommage silencieux
Car elle a de suprêmes charmes.

Car j’ai, dans ma pauvre existence,
Parmi les jours où j’ai pleuré,
Quelque chose de doux, d’immense,
De lumineux et de sacré !

C’est pour cela que je bénis
Non seulement toi, ma très blonde,
Mais aussi les temps infinis,
L’espace et les cieux et le monde !

J’ai compris quelle aube suprême
Se lève sur le grand néant,
Et qu’on espère, et que l’on aime
Et que l’on meurt en souriant !

(Renée Vivien)

 

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017




Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.
La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.
La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, coeur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.
La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: René Magritte

 

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Vos souvenirs deviennent mes souvenirs (Jacques Darras)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Vos souvenirs deviennent mes souvenirs mémoire
unanime anonyme.
Vous moi entrons dans les allées d’un vaste cimetière
nécropole.
Appelez-le roman familial ou national.
J’arrive de mon côté avec l’outil-poème, il est tard, je suis
jardinier des vides.
Je mesure les intervalles.
Il m’aura d’abord fallu vivre ma propre vie, accompagner
mon père jusqu’au bout de la sienne.
Il m’aura fallu attendre la nuit pour lire au livre entr’ouvert
de ma propre lignée.
Dans les vides.

(Jacques Darras)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Casimir Krakowiak

 

 

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La solitude est verte (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017


Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées,
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l’abandon.

La solitude est verte.

Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l’écolier.

La solitude est verte.

Verte comme la pomme en sa simplicité,
Comme la grenouille, cœur glacé des vacances,
Verte comme tes yeux de désobéissance,
Verte comme l’exil où l’amour m’a jeté.

La solitude est verte.

(Louise de Vilmorin)

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La Terre est à jamais fermée sous mes pas (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Pablo Picasso
    
La Terre est à jamais fermée sous mes pas
avec autour d’eux le désir insensé des moissons.
Je ne suis en vie que dans la nuit d’une chambre
située à n’importe quel étage du monde.

Des mots que je ne peux, que je ne sais pas dire,
des visages mal remplis par le souvenir que j’en ai
m’abordent avec l’insistance du feu
qui fait se lever et se coucher chaque jour.

Je passerai toute ma vie à chercher
les mots qui ont soudé mon visage au tien.
Mon front à peine haut comme la main
contient le ciel qui tombe de toutes parts.

Le désir est un souffle chaud qui m’accable
et se plaque contre moi comme le vent :
il ne reste pas sous ma peau une goutte de sang
qui ne vienne, mal éclairée, à sa rencontre.

Le désir est en moi, englué dans ma chair,
comme une forêt l’est en pleine terre.
C’est lui qui me force à crier mon chant de vie
quand la mort bat plus fort que mon coeur
et qu’elle est déjà couchée sur moi, front contre front.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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(Chanson) (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Andrew Wyeth
    
(Chanson)

Lorsque la lune vient pleurer
Sur les tombes des fleurs fidèles
Mon souvenir vient t’effleurer
Dans un enveloppement d’ailes.

Il se fait tard, tu vas dormir
Les paupières déjà mi-closes…
Dans l’air des nuits on sent frémir
L’agonie ardente des roses —

Sur ton front lourd d’accablement
Tes cheveux font de légers voiles…
Dans le ciel brûle infiniment
La flamme blanche des étoiles

Et la Déesse du Sommeil
De ses mains lentes fait éclore
Des fleurs qui craignent le soleil
Et qui meurent avant l’aurore —

(Renée Vivien)

 

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Chanson nocturne (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Chanson nocturne

Un flot d’étoiles coule et fuit
Vers l’énigme des portes closes.
L’ombre fébrile de la nuit
Brûle d’une flamme de roses.

La lune dérobe au soleil
Le souvenir d’une heure aimée,
Et le parfum de ton sommeil
S’échappe ainsi qu’une fumée.

Il est si divin dans la nuit
Qu’il semble une flamme de roses…
Le flot des astres coule et fuit
Vers l’énigme des portes closes.

(Renée Vivien)

 

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Vois se rapprocher l’Aurore Vénérable (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Vois se rapprocher l’Aurore Vénérable,
Apportant l’effroi, la souffrance et l’effort,
Et le souvenir dont la langueur accable,
La vie et la mort.

(Renée Vivien)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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Comme l’ange (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017



 

Comme l’ange qui agitait l’eau,
Tu m’as regardée au visage,
Tu m’as rendu force et liberté,
En souvenir de la merveille tu as pris ma bague.
Ma rougeur brûlante, maladive,
Un chagrin pieux l’a effacée;
Je me rappellerai ce mois de tempêtes,
Ce février du nord, tout bouleversé.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Adolphe La Lyre

 

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