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Posts Tagged ‘souvenir’

La sieste (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



 

Ernest Biéler , Les Feuilles mortes (detail) 1899 [1280x768]

La sieste

Cent mille années dans mon sommeil d’après-midi
Ont duré moins longtemps qu’une exacte seconde.
Je reparais du fond d’un rêve incontredit
Dans la réalité de ma chair et du monde.

Je retrouve en ma bouche une ancienne saveur
Et des noms de jadis et des baisers si tendres
Que je ne sais plus qui je suis ni si mon coeur
Bat dans le sûr présent ou le passé de cendres.

Éclatez! Ô volcans! du fond des souvenirs,
Noyez sous votre lave un esprit qui se lasse,
Brûlez les vieux billets et puissiez-vous ternir
À jamais le miroir dont le tain mord la glace.

(Robert Desnos)

Illustration: Ernest Biéler

 

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LES HOMMES SUR LA TERRE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018




    
LES HOMMES SUR LA TERRE

Nous étions quatre autour d’une table
Buvant du vin rouge et chantant
Quand nous en avions envie.

Une giroflée flétrie dans un jardin à l’abandon
Le souvenir d’une robe au détour d’une allée
Une persienne battant la façade.

Le premier dit : « Le monde est vaste et le vin est bon
Vaste est mon coeur et bon mon sang
Pourquoi mes mains et mon coeur sont-ils vides ? »

Un soir d’été le chant des rameurs sur une rivière
Le reflet des grands peupliers
Et la sirène d’un remorqueur demandant l’écluse.

Le second dit : « J’ai rencontré une fontaine
L’eau était fraîche et parfumée
Je ne sais plus où elle est et tous quatre nous mourrons. »

Que les ruisseaux sont beaux dans les villes
par un matin d’avril
Quand ils charrient des arcs-en-ciel.

Le troisième dit : « Nous sommes nés depuis peu
Et déjà nous avons pas mal de souvenirs
Mais je veux les oublier. »

Un escalier plein d’ombre
Une porte mal fermée
Une femme surprise nue.

Le quatrième dit : « Quels souvenirs?
Cet instant est un bivouac
O mes amis nous allons nous séparer. »

La nuit tombe sur un carrefour
La première lumière dans la campagne
L’odeur des herbes qui brûlent.

Nous nous quittâmes tous les quatre
Lequel étais-je et qu’ai-je dit?
C’était un jour du temps passé.

La croupe luisante d’un cheval
Le cri d’un oiseau dans la nuit
Le clapotis des fleuves sous les ponts.

L’un des quatre est mort
Deux autres ne valent guère mieux
Mais je suis bien vivant et je crois que c’est pour longtemps.

Les collines couvertes de thym
La vieille cour moussue
L’ancienne rue qui conduisait aux forêts.

O vie, ô hommes, amitiés renaissantes
Et tout le sang du monde circulant dans des veines
Dans des veines différentes mais des veines d’hommes, d’hommes sur la terre.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Fortunes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les roses de Saadi (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir;

La vague en a paru rouge et comme enflammée:
Ce soir, ma robe encore en est toute embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

(Marceline Desbordes-Valmore)


Illustration:
Fabienne Contat

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J’avais froid (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Abdalieva Akzhan -  4

J’avais froid

Je l’ai rêvé ? c’eût été beau
De s’appeler ta bien-aimée ;
D’entrer sous ton aile enflammée,
Où l’on monte par le tombeau :
Il résume une vie entière,
Ce rêve lu dans un regard :
Je sais pourtant que ta paupière
En troubla mes jours par hasard.

Non, tu ne cherchais pas mes yeux
Quand tu leur appris la tendresse ;
Ton coeur s’essayait sans ivresse,
Il avait froid, sevré des cieux :
Seule aussi dans ma paix profonde,
Vois-tu ? j’avais froid comme toi,
Et ta vie, en s’ouvrant au monde,
Laissa tomber du feu sur moi.

Je t’aime comme un pauvre enfant
Soumis au ciel quand le ciel change ;
Je veux ce que tu veux, mon ange,
Je rends les fleurs qu’on me défend.
Couvre de larmes et de cendre,
Tout le ciel de mon avenir :
Tu m’élevas, fais-moi descendre ;
Dieu n’ôte pas le souvenir !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Abdalieva Akzhan

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L’attente (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Alexander Sulimov _1293737382

L’attente

Quand je ne te vois pas, le temps m’accable, et l’heure
A je ne sais quel poids impossible à porter :
Je sens languir mon coeur, qui cherche à me quitter ;
Et ma tête se penche, et je souffre et je pleure.

Quand ta voix saisissante atteint mon souvenir,
Je tressaille, j’écoute… et j’espère immobile ;
Et l’on dirait que Dieu touche un roseau débile ;
Et moi, tout moi répond : Dieu ! faites-le venir !

Quand sur tes traits charmants j’arrête ma pensée,
Tous mes traits sont empreints de crainte et de bonheur ;
J’ai froid dans mes cheveux ; ma vie est oppressée,
Et ton nom, tout à coup, s’échappe de mon coeur.

Quand c’est toi-même, enfin ! quand j’ai cessé d’attendre,
Tremblante, je me sauve en te tendant les bras ;
Je n’ose te parler, et j’ai peur de t’entendre ;
Mais tu cherches mon âme, et toi seul l’obtiendras !

Suis-je une soeur tardive à tes voeux accordée ?
Es-tu l’ombre promise à mes timides pas ?
Mais je me sens frémir. Moi, ta soeur ! quelle idée !
Toi, mon frère ! … ô terreur ! Dis que tu ne l’es pas !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexander Sulimov

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SOUVENIR (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Niko Guido
    
SOUVENIR

Son image, comme un songe,
Partout s’attache à mon sort ;
Dans l’eau pure où je me plonge
Elle me poursuit encor :
Je me livre en vain, tremblante,
À sa mobile fraîcheur,
L’image toujours brûlante
Se sauve au fond de mon coeur.

Pour respirer de ses charmes
Si je regarde les cieux,
Entre le ciel et mes larmes,
Elle voltige à mes yeux,
Plus tendre que le perfide,
Dont le volage désir
Fuit comme le flot limpide
Que ma main n’a pu saisir.

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ces oiseaux que tu vois voler sur le mur (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



 

Ces oiseaux que tu vois voler sur le mur
ne sont que l’ombre de mes paroles
des îles
des tempêtes
des paysages éphémères
même les souvenirs d’un long voyage
apparaissent sur la pierre lisse du mur
parmi d’autres choses attirées
par le regard de la pensée

ce couple de poissons volants
qui vient de frôler ta chevelure
n’a jamais existé hors d’ici

nous n’avons pas besoin du ciel
nous n’avons pas besoin de la
neige ou de la mer
nous avons déjà allumé un feu de joie
sur la côte sauvage de notre chambre
à peine avons-nous besoin d’avoir un nom

(Luis Mizón)

Illustration

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BALLADE DU DERNIER AMOUR (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Christian Vernet  paintings-21

BALLADE DU DERNIER AMOUR

Mes souvenirs sont si nombreux
Que ma raison n’y peut suffire.
Pourtant je ne vis que par eux,
Eux seuls me font pleurer et rire.
Le présent est sanglant et noir ;
Dans l’avenir qu’ai-je à poursuivre ?
Calme frais des tombeaux, le soir !…
Je me suis trop hâté de vivre.

Amours heureux ou malheureux,
Lourds regrets, satiété pire,
Yeux noirs veloutés, clairs yeux bleus,
Aux regards qu’on ne peut pas dire,
Cheveux noyant le démêloir
Couleur d’or, d’ébène ou de cuivre,
J’ai voulu tout voir, tout avoir.
Je me suis trop hâté de vivre.

Je suis las. Plus d’amour. Je veux
Vivre seul, pour moi seul décrire
Jusqu’à l’odeur de tes cheveux,
Jusqu’à l’éclair de ton sourire,
Dire ton royal nonchaloir,
T’évoquer entière en un livre

(Charles Cros)

Illustration: Christian Vernet

 

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VERS AMOUREUX (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Irene Belknap_003

VERS AMOUREUX

Comme en un préau d’hôpital de fous
Le monde anxieux s’empresse et s’agite
Autour de mes yeux, poursuivant au gîte
Le rêve que j’ai quand je pense à vous.

Mais n’en pouvant plus, pourtant, je m’isole
En mes souvenirs. Je ferme les yeux ;
Je vous vois passer dans les lointains bleus,
Et j’entends le son de votre parole.

*

Pour moi, je m’ennuie en ces temps railleurs.
Je sais que la terre aussi vous obsède.
Voulez-vous tenter (étant deux on s’aide)
Une évasion vers des cieux meilleurs ?

(Charles Cros)

Illustration: Irene Belknap

 

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Cheval, cheval (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



    

Cheval, cheval

Cheval, cheval, il me faut un cheval !
mais je n’ai pas de royaume à donner.
Un destrier ? Non, un cheval de bois
en souvenir d’un antique manège.

Un chêne, un chêne ! Où trouver un grand chêne ?
Que dites-vous ? Pour rendre la justice ?
Je ne peux rendre en ne possédant pas.
C’est pour dormir sous les plus belles feuilles.

Des lys, des lys ! Apportez-moi des lys !
pas pour orner la couronne des rois,
plus simplement pour leur cambrure exquise
et le parfum jailli de la beauté.

Abeille, abeille ! oui, je veux une abeille !
non pour l’hommage à de vieux empereurs
mais pour voler avec elle, l’abeille
de fleur en fleur sous le soleil d’été.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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