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Poésie

Posts Tagged ‘souvenir’

Je n’avais eu plus froid (Giorgio Caproni)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017




    
Je n’avais eu plus froid
dans mon caban — le seul
souvenir de mon père défunt
(je l’appelais l’Hidalgo)
ce jour-là, comme n’importe quel autre, encore
me couvrait le dos.

***

io avevo avuto più freddo
nel mio gabbano — il solo
ricordo che di mio padre morto
(lo chiamavo l’Idalgo)
quel giorno, come ogni altro, ancora
mi coprisse le spalle.

(Giorgio Caproni)

 

Recueil: Le mur de la Terre
Traduction: Philippe Di Meo
Editions: Atelier la Feugraie

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Rouge-gorge, mon ami (René Char)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



Rouge-gorge, mon ami, qui arriviez quand le parc était désert,
cet automne votre chant fait s’ébouler des souvenirs
que les ogres voudraient bien entendre.

(René Char)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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LES AMIS (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017


 


 

Ettore Aldo Del Vigo 727

LES AMIS

Je porte un masque, ô présence joyeuse,
Esprit léger, libre comme une mer,
Mais un cercueil, un vieux cercueil de plomb
Ouvert en moi pour attendre mon corps.

Riez mon frère, accueillez mon sourire.
Je suis un elfe et mes enchantements,
Je vous les offre, et garde la couronne
Pour la jeter à de jeunes marins.

A vous tempête, à vous dont l’oiseau calme
Fait un refuge, ici j’ouvre les doigts
Et je m’étrangle, — ô tête vagabonde
Que je vous offre en souvenir de moi.

Ivre de Dieu, parfois je me renverse
Pour boire encore un peu de ce vin-là.
Tendez la corde, hissez-moi jusqu’à l’aube
Pour saluer les planètes futures.

(Robert Sabatier)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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L’AMPHION (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
L’AMPHION

Le Paris que vous aimâtes
n’est pas celui que nous aimons
et nous nous dirigeons sans hâte
vers celui que nous oublierons

Topographies ! itinéraires !
dérives à travers la ville !
souvenirs des anciens horaires !
que la mémoire est difficile…

Et sans un plan sous les yeux
on ne nous comprendra plus
car tout ceci n’est que jeu
et l’oubli d’un temps perdu

(Raymond Queneau)

 

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LA MORT PARLE (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



LA MORT PARLE

Quand, par l’inquiétude vaincu,
Dans l’angoisse devenu fou,
Il désapprend à glorifier Dieu
Et des chants profanes se met à chanter.

Et puis, saisi de stupeur,
Soudain, il recouvre la vue,
Et l’essaim confus des visions d’antan
Le poursuit encore par moment.

Epuisé, il perd la juvénile
Ardeur de son jeune temps,
La vanité des souvenirs sacrés
Se lève devant lui lentement.

Il ne croit plus à rien,
Il ne cherche plus qu’à se leurrer,
Et, de lui-même, vers ma porte bienheureuse,
Mollement, il cherche le chemin.

Il a bien assez glorifié Dieu ;
Il n’est plus une voix, mais un gémissement :
Je lui ouvrirai. Mais encore un peu
Qu’il souffre donc auparavant !

(Alexandre Blok)

 

 

 

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Caché derrière mon paravent (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
Caché derrière mon paravent.
Je contemple mes petits pieds…
Je contemple mes petites mains,
Et ma fenêtre est toute sombre…
Il fait sombre, il fait bon. J’éteins
La bougie que l’on m’apporte,
Sans oublier de dire merci…
On voudrait bien que je m’amuse,
Mais ces mains… Je suis épris
Des vieilles rides de mes mains…
Parfois je vois un songe doux,
Mais je ne veux pas me déranger,
Ni déranger les souvenirs
Qui jouent encor sur la fenêtre…
Et je croise mes mains ridées,
Et je croise mes pieds ridés.
Derrière mon paravent. Au chaud.
Il y a quelqu’un. Foin de bougie.
Les yeux sont vides et vitreux.
Et sur mes doigts ridés — des bagues.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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TOI (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

Daniel F. Gerhartz - Ladies and flowers  - T   (39) [1280x768]

TOI

Tu es une grande plaine parcourue de chevaux
Un port de mer tout entouré de myosotis
Et la rivière où le nageur descend
À la poursuite de son image
Tu es l’algue marine et la plante sauvage
Comme l’arnica
Tu es pleine de poissons dans ta chevelure
Tu es une belle figure
Plus belle que toi-même
Tu es celle que j’aime
Davantage que le pain
Et davantage que mes mains étendues
Sur chaque versant des collines
Tu es la petite voisine
Du trèfle et la compagne du lézard
Tu t’ensoleilles sur les pierres
Et tu es toujours sur ma joue
Si je pense à ta voix je pense au monastère
À neuf heures du soir quand les voix se répondent
Si je pense à ta bouche il me vient à la bouche
Ce goût de lait de fruits de feuilles traversées
Par les tendres ruisseaux de sève végétale
Et si je pense à toi c’est qu’il faut bien choisir
Entre avenir et souvenir.

(René Guy Cadou)

Illustration: Daniel F. Gerhartz

 

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POÉSIE LA VIE ENTIÈRE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017



 

Dimo Kolibarov (14) [1280x768]

POÉSIE LA VIE ENTIÈRE

Avec l’amour
Avec le ciel
Avec le jour
Et tous les souvenirs démêlés un à un
Avec le plus faible qui t’aime
Avec la plus belle entre toutes
Qui te regarde et s’humilie
Avec les prisons qui s’éclairent
Lorsque tu passes sous les murs
Avec l’oiseau
Avec les bêtes
Qui tremblent de te perdre un jour
Poésie la vie entière
Je te caresse
Aux yeux de tous.

(René Guy Cadou)

Illustration: Dimo Kolibarov

 

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Quatorze étoiles sont venues (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration
    
Quatorze étoiles sont venues.
Qu’ont-elles dit ? qu’ont-elles dit ?
Puis vingt et un oiseaux.
Qu’ont-ils pondu ? qu’ont-ils pondu ?
Puis deux cent treize fleurs
qui ont laissé
combien de souvenirs ? combien de souvenirs ?
Puis un parfum très seul :
il m’a tout expliqué.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ô Rêve, où es-tu à présent ? (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Ô Rêve, où es-tu à présent ?
De longues années ont passé
Depuis que sur ton visage d’ange
J’ai vu la lumière s’altérer —

Hélas, hélas pour moi,
Si radieuse était ta beauté,
Je ne savais pas que ton souvenir
Ne me livrerait que tourment !

Le rayon de soleil et l’orage,
La soirée d’été divine,
La nuit silencieuse au calme solennel,
La clarté pure de la pleine lune

Jadis entrelacés à toi
Le sont aujourd’hui au lourd chagrin —
Vision perdue ! il me suffit —
Tu ne peux plus resplendir —

***

O Dream, where art thou now ?
Long years have past away
Since last, from off thine angel brow
I saw the light decay —

Alas, alas for me
Thou wert so bright and fair,
I could not think thy memory
Would yield me nought but care !

The sun-beam and the storm,
The summer-eve divine,
The silent night of solemn calm,
The full moon’s cloudless shine

Were once entwined with thee
But now, with weary pain —
Lost vision ! tis enough for me —
Thou canst not shine again —

(Emily Brontë)

 

Recueil: Cahiers de Poèmes
Traduction: Claire Malroux
Editions: Points

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