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Poésie

Posts Tagged ‘souvenir’

En bateau et la tasse en main (Chang-Oey)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



En bateau et la tasse en main

Comment, par une belle nuit,
se lasser de jouir du clair de lune,
sur les eaux du lac !
Comment, par un beau jour,
se lasser de parcourir la montagne,
sur le bord du lac !

Ma coupe se remplit toujours
d’un vin qui réjouit ma vue,
Mon cœur se vide
peu à peu des dix mille tracas
qui s’y étaient logés.

Notre hôte
compte ses mesures de grain par centaines,
Il a du vin en abondance,
gardons-nous bien de l’épargner.

La joie convient
à des amis qui se rencontrent,

Comme la tristesse convient
à ceux qui ne sont plus réunis
que par le souvenir.

(Chang-Oey)

Illustration:  Suzuki Harunobu

 

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A un bonze (Wei Ying-Ou)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



A un bonze

Sous les bois, dans la cour, montent les couleurs de la nuit.
Sur la véranda de l’Ouest, on allume les lanternes de soie.
Parfois, mon souvenir revient vers les ombres des grands pins,
Où s’assoit, solitaire, un bonze de la montagne.

(Wei Ying-Ou)

 

 

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Le brin de paille (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



Le brin de paille
Au bord du chemin

Croit se souvenir
Que lui aussi

A été debout.

(Guillevic)

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Missive d’une nuit pluvieuse (Li Chang-Yin)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



Missive d’une nuit pluvieuse

Vous me demandez le jour de mon retour?
Je ne sais.
Dans la montagne, sous la pluie nocturne,
le lac d’automne déborde.
Puissions-nous, réunis un jour sous la chandelle,
devant la fenêtre de l’Ouest,
Évoquer ensemble le souvenir de cette nuit
de pluie sur la montagne!

(Li Chang-Yin)

Illustration: Hiroshige

 

 

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Ces oiseaux que tu vois voler sur le mur (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



 

Ces oiseaux que tu vois voler sur le mur
ne sont que l’ombre de mes paroles
des îles
des tempêtes
des paysages éphémères
même les souvenirs d’un long voyage
apparaissent sur la pierre lisse du mur
parmi d’autres choses attirées
par le regard de la pensée

ce couple de poissons volants
qui vient de frôler ta chevelure
n’a jamais existé hors d’ici

nous n’avons pas besoin du ciel
nous n’avons pas besoin de la
neige ou de la mer
nous avons déjà allumé un feu de joie
sur la côte sauvage de notre chambre
à peine avons-nous besoin d’avoir un nom

(Luis Mizón)

Illustration

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Misère (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



Misère

Larme, larme importune
qui choit sans bruit, dans la nuit
Comme un rayon de lune
dans la nuit qui fuit.
Le cœur vaste comme un rêve
un rêve d’enfant
Souffrant ailleurs
Vous pleure
Serments, leurres
des heures
d’antan.

Murmures, murmures indistincts
qu’on égrène sans fin
qu’on égrène en vain
sur les longs chemins,
Sur les chemins indistincts.
Les peines,
Les petites peines,
Les grandes peines
les peines lointaines
Reviennent
Ternir
le souvenir

Plainte, plainte douce
sans cesse envolée
Que pousse
l’âme esseulée
Sur l’aile d’un rêve
Elle crève
Comme le sachet
d’un
parfum
secret.

(Birago Diop)


Illustration: Zhaoming Wu

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Retouche à l’apaisement (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



retouche à l’apaisement

masqué par le tilleul le ciel sommeille
la fumée du havane y peint les noms aimés
l’herbe est au souvenir de longs corps accordés
même au vieil armagnac le bonheur ne s’éveille
et le jardin ne semble faire qu’un
avec le dieu numéro un

(Daniel Boulanger)

Illustration

 

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L’HEURE FROIDE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



 

Louis Flahaut rj9 [1280x768]

L’HEURE FROIDE
Au comte Ferdinand de Strada.

Les crépuscules du soir m’ont laissé tant de pierreries dans la mémoire,
qu’il me suffit de prononcer ces mots  » crépuscules du soir, splendeurs des couchants  »
pour évoquer à la fois les souvenirs solennels de vie antérieure et les ravissements de jeunesse enivrée.

Et puis, après le crépuscule, la douce nuit transparente
ou bien encore la bonne nuit, épaisse comme des fourrures.

Alors, à Paris, le gaz s’allume.
L’été, le gaz, brillant parmi les arbres des jardins, donne aux feuilles qu’on ne voit qu’en dessous,
des tons verts et mats de décor de féerie.
L’hiver, le gaz dans le brouillard

(Charles Cros)

Illustration: Louis Flahaut

 

 

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Nous n’avons pas de langage pour les fins (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Nous n’avons pas de langage pour les fins,
pour la chute de l’amour,
pour les labyrinthes compacts de l’agonie,
pour le scandale bâillonné
des enlisements irrévocables.

Comment dire à celui qui nous abandonne
ou que nous abandonnons
qu’ajouter encore une absence à l’absence
c’est noyer tous les noms
et dresser un mur
autour de chaque image ?

Comment faire des signes à qui meurt,
quand tous les gestes se sont figés,
quand les distances se brouillent en un chaos imprévu,
que les proximités s’écroulent comme des oiseaux malades
et que la tige de la douleur
se brise comme la navette
d’un métier disloqué ?

Ou comment se parler tout seul
quand rien, quand personne ne parle plus,
quand les étoiles et les visages sont neutres sécrétions
d’un monde qui a perdu
le souvenir d’être monde ?

Peut-être un langage pour les fins
exige-t-il l’abolition totale des autres langages,
la synthèse imperturbable
de la terre brûlée.

A moins de créer un langage d’interstices,
capable de resserrer les moindres espaces
imbriqués entre le silence et la parole
et les particules inconnues sans désir,
qui seulement là promulguent
l’équivalence ultime
de l’abandon et de la rencontre.

***

No tenemos un lenguaje para los finales,
para la caída del amor,
para los concentrados laberintos de la agonía,
para el amordazado escándalo
de los hundimientos irrevocables.

¿Cómo decirle a quien nos abandona
o a quien abandonamos
que agregar otra ausencia a la ausencia
es ahogar todos los nombres
y levantar un muro
alrededor de cada imagen?

¿Cómo hacer señas a quien muere,
cuando todos los gestos se han secado,
las distancias se confunden en un caos imprevisto,
las proximidades se derrumban como pájaros enfermos
y el tallo del dolor
se quiebra como la lanzadera
de un telar descompuesto?

¿O cómo hablarse cada uno a sí mismo
cuando nada, cuando nadie ya habla,
cuando las estrellas y los rostros son secreciones neutras
de un mundo que ha perdido
su memoria de ser mundo?

Quizá un lenguaje para los finales
exija la total abolición de los otros lenguajes,
la imperturbable síntesis
de las tierras arrasadas.

O tal vez crear un habla de intersticios,
que reúna los mínimos espacios
entreverados entre le silencio y la palabra
y las ignotas partículas sin codicia
que sólo allí promulgan
la equivalencia última
del abandono y el encuentro.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Karen Lamonte

 

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LES PUITS (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



 

Julia Perret   -fusion

LES PUITS

J’ai mis le grain d’encens sur l’enclume
Pour écouter la voix des puits

La voix qui porte les ravages
L’enfance d’un ruisseau
La terreur des éclipses
L’ivresse des migrations

Je suis le souvenir
Et je suis la menace

À chaque pierre j’ai jeté
Le nom d’un soleil.

(Andrée Chedid)

Illustration: Julia Perret 

 

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