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Poésie

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Jour pluvieux d’automne (Michel Beau)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2020



Illustration
    
Jour pluvieux d’automne

Une feuille rousse
que le grand vent pousse
dans le ciel gris-bleu,
l’arbre nu qui tremble
et dans le bois semble
un homme frileux,

une gouttelette
comme une fléchette
qui tape au carreau,
une fleur jaunie
qui traîne sans vie
dans la flaque d’eau,

sur toutes les choses
des notes moroses,
des pleurs, des frissons,
des pas qui résonnent :
c’est déjà l’automne
qui marche en sifflant sa triste chanson.

(Michel Beau)

 

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Les genêts (François Fabié)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
Les genêts

Les genêts, doucement balancés par la brise,
Sur les vastes plateaux font une boule d’or ;
Et tandis que le pâtre à leur ombre s’endort,
Son troupeau va broutant cette fleur qui le grise ;

Cette fleur qui le fait rêver d’amour, le soir,
Quand il roule du haut des monts vers les étables,
Et qu’il croise en chemin les grands boeufs vénérables
Dont les doux beuglements appellent l’abreuvoir ;

cette fleur toute d’or, de lumière et de soie,
En papillons posée au bout des brins menus,
Et dont les lourds parfums semblent être venus
De la plage lointaine où le soleil se noie…

Certes, j’aime les prés où chantent les grillons,
Et la vigne pendue aux flancs de la colline,
Et les champs de bleuets sur qui le blé s’incline,
Comme sur des yeux bleus tombent des cheveux blonds.

Mais je préfère aux prés fleuris, aux grasses plaines,
Aux coteaux où la vigne étend ses pampres verts,
Les sauvages sommets de genêts recouverts,
Qui font au vent d’été de si fauves haleines.

***

Vous en souvenez-vous, genêts de mon pays,
Des petits écoliers aux cheveux en broussailles
Qui s’enfonçaient sous vos rameaux comme des cailles,
Troublant dans leur sommeil les lapins ébahis ?

Comme l’herbe était fraîche à l’abri de vos tiges !
Comme on s’y trouvait bien, sur le dos allongé,
Dans le thym qui faisait, aux sauges mélangé,
Un parfum enivrant à donner des vertiges !

Et quelle émotion lorsqu’un léger froufrou
Annonçait la fauvette apportant la pâture,
Et qu’en bien l’épiant on trouvait d’aventure
Son nid plein d’oiseaux nus et qui tendaient le cou !

Quel bonheur, quand le givre avait garni de perles
Vos fins rameaux émus qui sifflaient dans le vent,
– Précoces braconniers, – de revenir souvent
Tendre en vos corridors des lacets pour les merles.

Mais il fallut quitter les genêts et les monts,
S’en aller au collège étudier des livres,
Et sentir, loin de l’air natal qui vous rend ivres,
S’engourdir ses jarrets et siffler ses poumons ;

Passer de longs hivers dans des salles bien closes,
A regarder la neige à travers les carreaux,
Éternuant dans des auteurs petits et gros,
Et soupirant après les oiseaux et les roses ;

Et, l’été, se haussant sur son banc d’écolier,
Comme un forçat qui, tout en ramant, tend sa chaîne,
Pour sentir si le vent de la lande prochaine
Ne vous apporte pas le parfum familier.

***

Enfin, la grille s’ouvre ! on retourne au village ;
Ainsi que les genêts notre âme est tout en fleurs,
Et dans les houx remplis de vieux merles siffleurs,
On sent un air plus pur qui vous souffle au visage.

On retrouve l’enfant blonde avec qui cent fois
On a jadis couru la forêt et la lande ;
Elle n’a point changé, – sinon qu’elle est plus grande,
Que ses yeux sont plus doux et plus douce sa voix.

 » Revenons aux genêts ! – Je le veux bien ?  » dit-elle.
Et l’on va côte à côte, en causant, tout troublés
Par le souffle inconnu qui passe sur les blés,
Par le chant d’une source ou par le bruit d’une aile.

Les genêts ont grandi, mais pourtant moins que nous ;
Il faut nous bien baisser pour passer sous leurs branches,
Encore accroche-t-elle un peu ses coiffes blanches ;
Quant à moi, je me mets simplement à genoux.

Et nous parlons des temps lointains, des courses folles,
Des nids ravis ensemble, et de ces riens charmants
Qui paraissent toujours si beaux aux coeurs aimants
Parce que les regards soulignent les paroles.

Puis le silence ; puis la rougeur des aveux,
Et le sein qui palpite, et la main qui tressaille,
Au loin un tendre appel de ramier ou de caille…
Comme le serpolet sent bon dans les cheveux !

Et les fleurs des genêts nous font un diadème ;
Et, par l’écartement des branches, haut dans l’air.
Paraît comme un point noir l’alouette au chant clair
Qui, de l’azur, bénit le coin d’ombre où l’on aime !…

Ah ! de ces jours lointains, si lointains et si doux,
De ces jours dont un seul vaut une vie entière,
– Et de la blonde enfant qui dort au cimetière, –
Genêts de mon pays, vous en souvenez-vous ?

(François Fabié)

 

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Un petit coup au carreau (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020


 

Un petit coup au carreau, comme si quelque chose avait heurté,
suivi d’une ample chute, légère comme des grains de sable
qu’on eut laissés tomber d’une fenêtre au-dessus,
puis la chute s’étendant, se réglant, adoptant un rythme,
devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle :
c’était la pluie.

(Marcel Proust)

 

 

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Ah! laissez-moi crier, crier, crier (Sabine Sicaud)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



Ah! laissez-moi crier, crier, crier …
Crier à m’arracher la gorge !
Crier comme une bête qu’on égorge,
Comme le fer martyrisé dans une forge,
Comme l’arbre mordu par les dents de la scie,
Comme un carreau sous le ciseau du vitrier ….

(Sabine Sicaud)

Illustration

 

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Tu t’ennuies ? (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Illustration
   
Tu t’ennuies ? —

— Elle dure
cette pluie
qui est dure.

Je prends ma
pipe en glaise
que j’allume
une braise.

Tu es loin
et tu penses
dans un coin
aux vacances.

Les pavés.
par la pluie
sont lavés.
Je m’ennuie.

Aux carreaux
blancs, j’écoute
tomber l’eau
froide en gouttes.

Tu ne vien
dras pas, puisque
tu es loin :
pas de risque.

Tu es loin :
je m’ennuie :
je n’entends rien
dans la pluie :

c’est de l’eau
fine ou dure,
passant tôt
ou qui dure.

Je n’y vois
rien. — Entendre
là des voix
en deuil, tendres ?…

Je ne puis :
c’est la pluie
d’un jour gris
qui essuie.

(Francis Jammes)

 

Recueil: De l’Angelus de l’aube à l’Angelus du soir
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je suis l’enfant rêveur (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

L’ombre du corridor obscur est éclairée
Tout en haut par le jour d’une porte vitrée
Aux carreaux de couleur jaunes, rouges et verts
Je suis l’enfant rêveur qui regarde à travers.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: Paul Klee

 

 

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Vieillesse (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2019




    
Vieillesse, lendemain d’amour, tristes ébats…
Sur les carreaux d’azur rampait la fleur du givre.
Un Arlequin caduc pleure. Est-il las de vivre ?
Va, nous dormirons tous. Mais les lits, c’est plus bas.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE CARREAU (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



LE CARREAU

Pures pluies, femmes attendues,
La face que vous essuyez,
De verre voué aux tourments,
Est la face du révolté ;
L’autre, la vitre de l’heureux,
Frissonne devant le feu de bois.

Je vous aime mystères jumeaux,
Je touche à chacun de vous;
J’ai mal et je suis léger.

(René Char)

Illustration: Mitty Desques

 

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L’Écoute-Silence (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019



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L’Écoute-Silence
pour Suzanne Flot

Écouter ce que dit le vent quand il ne dit plus rien
mais reprend souffle et se souvient
d’avoir été si haletant après sa course
sa course de vent qui court après le vent

Que dit le vent quand il se tait?
Que dit le silence du vent?
Écouter ce que dit la pluie
quand un instant elle fait halte
et cesse l’espace de trois mesures
de tambouriner ses doigts d’eau
sur le toit et sur les carreaux
Que dit la pluie quand elle se tait?
Que dit le silence de la pluie?

Écouter ce que dit la mésange nonnette
quand elle suspend ses roulades
et que son chant dans le matin clair
reste en filigrane dans l’air
Que dit l’oiseau quand il se tait?
Que dit le silence de la mésange?

Le silence dit que le silence
écoute couler la source du chant

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Cette nuit sombre d’automne (Shan Sa)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2019




    
Cette nuit sombre d’automne
La pluie ruisselle sur les carreaux
Ma vie s’enfuit
A pas comptés

(Shan Sa)

 

Recueil: Le vent vif & le glaive rapide
Traduction:
Editions: William Blake & CO. Edit.

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