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Poésie

Posts Tagged ‘écrire’

MÉLÈZES (Renée Brock)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



 

Illustration
    
MÉLÈZES

Te souviens-tu du sable à deux ?
Me voici seule sur la neige.
Je t’écris, petit amoureux,
Dos aux squelettes des mélèzes,
Dans l’odeur du genévrier.

Je t’ai perdu, mon amoureux.

Ô de ce temps sableux avais-je,
Comme une avare en ses greniers,
Mis trop peu de ce sable à deux ?

(Renée Brock)

 

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AU CONDITIONNEL (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustratio: René Magritte
    
AU CONDITIONNEL

Si je savais écrire je saurais dessiner
Si j’avais un verre d’eau je le ferais geler et
je le conserverais sous verre
Si on me donnait une motte de beurre je
la ferais couler en bronze
Si j’avais trois mains je ne saurais où
donner de la tête
Si les plumes s’envolaient si la neige fondait
si les regards se perdaient, je
leur mettrais du plomb dans l’aile
Si je marchais toujours tout droit devant
moi, au lieu de faire le tour du
globe j’irais jusqu’à Sirius et
au-delà
Si je mangeais trop de pommes de terre je
les ferais germer sur mon cadavre
Si je sortais par la porte je rentrerais
par la fenêtre
Si j’avalais un sabre je demanderais
un grand bol de Rouge
Si j’avais une poignée de clous je les
enfoncerais dans ma main
gauche avec ma main
droite et vice versa.

Si je partais sans me retourner, je
me perdrais bientôt de vue.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Oublier une lettre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
Oublier une lettre
en écrivant un mot,
c’est ouvrir une porte
où il n’y en avait pas.

Et même s’il est facile de la murer,
la place où il y avait une porte
ne sera plus jamais pareille
et une rafale de sens oublié
continuera à passer à l’intérieur du mot.

Une omission, l’erreur,
crée quelquefois une brèche
dans le mur déterminant
qui apprivoise le regard.

***

Olvidar una letra
al escribir un palabra
es abrir una puerta
donde no había ninguna.

Y aunque es fácil tapiarla,
el lugar donde bubo una puerta
ya nunca sera el mismo
y adentro de la palabra
seguirá pasando una ráfaga de sentido olvidado.

Una omisión , el error,
crea a veces una brecha
en el rotundo muro
que domestica a la mirada.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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UN CHEMIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




Illustration: Vladimir Kush
    
UN CHEMIN

Un chemin qui est un chemin
sans être un chemin
porte ce qui passe
et aussi ce qui ne passe pas

Ce qui passe est déjà passé
au moment où je le dis
Ce qui passera
je ne l’attends plus je ne l’atteins pas

Je tremble de nommer les choses
car chacune prend vie
et meurt à l’instant même
où je l’écris.

Moi-même je m’efface
comme les choses que je dis
dans un fort tumulte
de bruits, de cris.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Entre la chose d’écrire et le Verbe (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -1-2

Entre la chose d’écrire
Et le Verbe, entends le rire
d’un invisible témoin
qui te retient par la main.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Analogiste précis l’imaginaire fut pris (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (6)

Analogiste précis
l’imaginaire fut pris.
Antinomie de l’espace
tu regardes par contraste
la distance était le but :
le futur ne revint plus
Mes chants seront de forêt
et de mer qui reste à boire,
mes chants seront de mémoire
de bateaux et leurs agrès.
L’homme entre les deux silences
aura des mots pour l’oiseau,
j’aurai des chants de conscience
qui ne parlent pas très haut,
vole, vole ma parole
et disparaisse sans bruit
dans le monde de l’esprit
qui la couvre bénévole.
Où donc le regard fuit-il
captant l’objet d’avant dire ?
L’image d’un trait subtil
dicte ce qu’il faut écrire.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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Tout ce qui était sera (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019




    
Tout ce qui était sera
Même ce coq et ce rat

Qui criaient au petit jour
Dans le piège et dans la cour,

Quoi ? Même l’amour premier
La fillette au tablier

Noire et blanche dans les blés
Un des soirs d’un vieil été ?

Passé toujours dans l’avenir
Présent qui tourne au souvenir,

Enfant, jeune homme sur la plage
Où le vieil homme écrit sa page.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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LEÇON (Mirosław Grudzień)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019




Illustration: Joseph Beuys    
    
LEÇON

ce sont si peu de mots
que j’extirpe du fond de moi
autant que de la poussière de craie
échappée du frottoir
après que le tableau
ait été frotté

il reste encore une chose
coincée dans la gorge telle une arête
qui ne veut pas sortir
au tableau noir
un vieux maître d’école écrit
un texte illisible:
ma vie

le temps s’amenuise
jusqu’à ce que retentisse la fin de la leçon
toujours moins de mots
toujours moins de craie
s’attache à vos doigts.

***

LEKCJA

tak mało słów
z siebie wyduszam
tyle co kredowego pyłu z gąbki
po starciu tablicy

ciągle coś
pozostaje
tkwi kością w gardle
nie chce wyjść

stary belfer
pisze na szkolnej tablicy
niezrozumiały tekst
moje
życie

coraz mniej czasu do dzwonka
coraz mniej słów
coraz mniej kredy
w palcach

***

LESSON

it’s so few words
that I wring out of myself,
as much as some chalk dust
out of an eraser
after the blackboard’s
been wiped clean.

Something still remains,
stuck like a bone in the throat,
will not go out.

On the school blackboard,
an old schoolmaster is writing
an unintelligible text:
my life.

It’s less and less time
until the lesson end rings,
fewer and fewer words
less and less chalk
in fingers.

***

AULA

São tão poucas as palavras
que de mim extraio
quanto o pó de giz
de um apagador
após limpa
a lousa.

Contudo, algo permanece preso
como um osso na garganta
que não se liberta

Na lousa negra da escola,
um velho professor escreve
um texto ininteligível:
a minha vida

Há cada vez menos tempo
até ao toque do fim da aula,
cada vez menos e menos palavras
cada vez menos giz
nos dedos.

***

LECCIÓN

son tan pocas palabras
que me deslizo
como el leve polvo de la tiza
fuera del borrador
cuando la pizarra
ha sido borrada.

Algo queda aún
adherido como un hueso a la garganta
que no saldrá

en la pizarra de la escuela
un viejo maestro escribe
un texto ininteligible:
mi vida

es cada vez más corta
hasta que suene la sirena al final de la lección
menos y menos palabras
cada vez menos tiza
en sus dedos

***

LEZIONE

sono poche appena le parole
che scrivo di me stesso,
tante quanto la polvere di gesso
che esce dal cancellino
dopo che la lavagna
è stata pulita.

qualcosa ancora rimane,
ficcata in gola come una spina,
che non vuole andare giù

sulla lavagna della scuola,
un anziano maestro sta scrivendo
un testo incomprensibile:
la mia vita.

sempre meno è il tempo
prima che la campanella suoni,
e sempre di meno sono le parole
ancora meno il gesso
sulle dita.

***

LEKTION

Es sind so wenige Worte
die ich aus mir heraus zwänge
so viel wie etwas Kreidestaub
aus dem Lappen
nachdem er die Tafel
abgewischt hat
etwas bleibt stecken
wie ein Knochen im Hals
will heraus
auf der Tafel
schreibt ein alter Schulmeister
einen unverständlichen Text:
mein Leben
es bleibt immer weniger Zeit
bis es klingelt zum Ende der Lektion
immer weniger Worte
immer weniger Kreide
bleiben in den Fingern.

***

LES

het zijn zo weinig woorden
die ik uit mij wring
zo veel als wat krijtstof
uit een bordenwisser
na het bord
schoon te hebben geveegd
iets blijft nog achter
zit vast als een graat in de keel
wil er niet uit
op het schoolbord
schrijft een oude schoolmeester
een onleesbare tekst:
mijn leven
er is steeds minder tijd
tot het einde van de les rinkelt
steeds minder woorden
steeds minder krijt
nablijft aan de vingers

***

УРОК

тaк немного слов
из себя выдавливаю
нaстолькo что пыли мела от губки
после стирания доски

всё еще что-то остается
кaк кость поперёк горлa
не хочет выйти
на классной доске
старый учитель пишет
непoнятный текст:
моя жизнь
всё менее времени до звонка
всё менее слов
всё менее мела
в пальцах

(Mirosław Grudzień)

 

Recueil: ITHACA 577
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Polonais original / Anglais Stanley Barkan / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Espagnol Rafa Carcelén / Italien Luca Benassi / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Mirosław Grudzień – Germain Droogenbroodt / Russe Miroslav Grudzen – Malgorzata Zuretsk
Editions: POINT

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Poésie (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Poésie

Mais, hélas ! les vers sont si peu de chose quand on les écrit trop tôt!
Il faudrait attendre, amasser du sens et de la douceur pendant toute une vie,
une longue vie si possible, et puis, tout à la fin, peut-être
pourrait-on alors écrire dix vers qui soient bons.
Car les vers ne sont pas, comme les gens le croient,
des sentiments (ceux-là viennent suffisamment tôt),
— ce sont des expériences.

Pour un seul vers,
il faut voir beaucoup de villes, de gens et de choses,
il faut connaître les animaux,
il faut sentir comment les oiseaux volent
et savoir les gestes avec lesquels,
le matin, s’ouvrent les petites fleurs.

Il faut pouvoir se remémorer des chemins qui conduisent dans des régions inconnues,
se souvenir de rencontres inopinées et d’adieux que l’on a vus venir de loin,
— de jours de l’enfance encore non clarifiés.

(Rainer Maria Rilke)

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LES NUAGES PASSENT (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



LES NUAGES PASSENT

Je n’écrirai plus rien aujourd’hui…
Un peu de vin, une cigarette…
Et passent les heures de midi
Telles de fugaces silhouettes…

Ce qui est important, c’est ceci,
Que toujours, par toute la planète,
S’écoulent les heures de midi
Telles de fugaces silhouettes…

(George Bacovia)

 

 

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