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Poésie

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Ecrire (Bruno Grégoire)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020




Ecrire trois lignes
comme on glisse un coussin
sous la douleur d’un ami

(Bruno Grégoire)

Illustration

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Pour écrire un seul vers (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Pour écrire un seul vers

il faut se souvenir de cent ans de sommeil
et des vies qui précédèrent, de la piqûre des roses
et de l’aïeule qui voulait voir la mer,
de l’homme au large dos couvert de ventouses
et de ses enfants effrayés par les méduses.
Des objets magiques et des formules
où s’enroulent des fleurs autour des lettres gothiques.

Puis abandonner à son sort
cet homme en nous qui se noie dans ses souvenirs,
pour renouer avec la magie sans accessoires
et la jonglerie sans rien, mais avec des gestes
suspendus en l’air et la réalité
qui se retourne comme un gant.

Avec les êtres et les choses
attirant les mots comme des aimants.

(Gérard Macé)


Illustration: Sylvie Lemelin

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J’écris parfois (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2020



J’écris
parfois sur mes paupières
« fermé pour cause de rêve ».

J’écris
parfois sur mes lèvres
« fermé pour cause d’ennui ».

J’écris
parfois sur mes mains
« fermé pour cause de guerre ».

J’écris
souvent sur ma boutique
« fermé pour cause de poésie ».

J’écris
parfois sur ma poitrine
« fermé pour cause d’amour ».

(Gérard Le Gouic)

 

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Et que s’est-il passé ? (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2020



 

Déjà
Ce que j’écris
S’efface en l’écrivant

Comme une lampe
Encore chaude
Que la lumière a fui

Un phare
Qui ne sait plus
Où la mer s’est retirée

Un oiseau
Qui se retourne
Et ne voit rien du vent
Qu’il a brassé

Où est l’amour
Et que s’est-il passé ?
Ces derniers dix
Mille ans

(Werner Lambersy)

Illustration

 

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Coeur de bois (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020



Illustration
    
Coeur de bois

Amandine si hautaine
Amandine au coeur de bois
Ce soir, je serai ton Roi.
Si tu veux, tu seras la Reine.

J’ai ôté mon tablier
J’ai mis mes plus beaux souliers
Dans ma poche des sous neufs
Pour les distribuer aux veufs

Comme trône j’ai le fauteuil
Du Grand Oncle Cancrelat
Qui fume dans son cercueil
Une pipe en chocolat.

Ma couronne vif argent
Vient tout droit du pâtissier.
Sur mes épaules flotte un drap
On se cachera dedans.

Le fauteuil est à roulettes
Quelle aubaine pour un Roi !
Je le déplace et les traîtres
Frappent au mauvais endroit.

Amandine, tes yeux verts
Illuminent toutes mes nuits.
Je voudrais t’écrire en vers
Quand je serai plus instruit

Amandine, tu m’as dit .
« Je viendrai sept heures sonnées.
Je viendrai dans ton grenier
Avec ma chemise à plis. »

L’heure passe et je suis là
Ma couronne pour les rats !
Ah ! ce bruit de patinette !
Mais non, ce n’est pas ici.

Le sang me monte à la tête
J’entends les cloches aussi.
Et pourtant, je suis le Roi !
Tu devrais, genou en terre,

Baiser le bout de mon drap
Et pleurer pour la manière !
« Madame, relevez-vous »
Te dirai-je noblement !

Et sur tes lèvres de houx
T’embrasserai jusqu’à cent.
L’heure fuit , mes oripeaux
Juste bons pour les corbeaux !

Amandine, tu te moques
Tu te ris toujours de moi.
Quand tu remontes tes socques
Je tremble et ne sais pourquoi…

Amandine, je vais mourir
Si vraiment tu ne viens pas.
Je t’ordonne de courir
De grandir entre mes bras !

Le silence, seul, répond
Aile blanche sur mon front.

Le grenier comme un navire
Se balance dans la nuit.
Le trône vide chavire
L’Oncle fume en son réduit.

Amandine sans foi ni loi
Amandine ne viendra pas.
Jamais elle ne sera Reine
D’Occident ou de Saba

Jamais elle ne régnera
Sur c’qu’il y a de plus sacré.
Peste noire ou choléra
Jamais ne pourra pleurer.

Et pourtant comme je l’aime
Amandine des chevaux d’bois
De Jean-Pierre et de Ghislaine
De tout le monde à la fois !

Et pourtant comme je l’aime
(À mes pieds tombe le drap)
Amandine si hautaine
Amandine au coeur de bois.

(René de Obaldia)

 

Recueil: Innocentines
Traduction:
Editions: Gracet & Fasquelle

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L’aurore s’allume (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



 

Illustration: William Turner
    
L’aurore s’allume

I
L’aurore s’allume ;
L’ombre épaisse fuit ;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit ;
Paupières et roses
S’ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit.

Tout chante et murmure,
Tout parle à la fois,
Fumée et verdure,
Les nids et les toits ;
Le vent parle aux chênes,
L’eau parle aux fontaines ;
Toutes les haleines
Deviennent des voix !

Tout reprend son âme,
L’enfant son hochet,
Le foyer sa flamme,
Le luth son archet ;
Folie ou démence,
Dans le monde immense,
Chacun. recommence
Ce qu’il ébauchait.

Qu’on pense ou qu’on aime,
Sans cesse agité,
Vers un but suprême,
Tout vole emporté ;
L’esquif cherche un môle,
L’abeille un vieux saule,
La boussole un pôle,
Moi la vérité !

II

Vérité profonde !
Granit éprouvé
Qu’au fond de toute onde
Mon ancre a trouvé !
De ce monde sombre,
Où passent dans l’ombre
Des songes sans nombre,
Plafond et pavé !

Vérité, beau fleuve
Que rien ne tarit !
Source où tout s’abreuve,
Tige où tout fleurit !
Lampe que Dieu pose
Près de toute cause !
Clarté que la chose
Envoie à l’esprit !

Arbre à rude écorce,
Chêne au vaste front,
Que selon sa force
L’homme ploie ou rompt,
D’où l’ombre s’épanche ;
Où chacun se penche,
L’un sur une branche,
L’autre sur le tronc !

Mont d’où tout ruisselle !
Gouffre où tout s’en va !
Sublime étincelle
Que fait Jéhova !
Rayon qu’on blasphème !
Oeil calme et suprême
Qu’au front de Dieu même
L’homme un jour creva !

III

Ô Terre ! ô merveilles
Dont l’éclat joyeux
Emplit nos oreilles,
Eblouit nos yeux !
Bords où meurt la vague,
Bois qu’un souffle élague,
De l’horizon vague
Plis mystérieux !

Azur dont se voile
L’eau du gouffre amer,
Quand, laissant ma voile
Fuir au gré de l’air,
Penché sur la lame,
J’écoute avec l’âme
Cet épithalame
Que chante la mer !

Azur non moins tendre
Du ciel qui sourit
Quand, tâchant d’entendre
Je cherche, ô nature,
Ce que dit l’esprit,
La parole obscure
Que le vent murmure,
Que l’étoile écrit !

Création pure !
Etre universel !
Océan, ceinture
De tout sous le ciel !
Astres que fait naître
Le souffle du maître,
Fleurs où Dieu peut-être
Cueille quelque miel !

Ô champs ! ô feuillages !
Monde fraternel !
Clocher des villages
Humble et solennel !
Mont qui portes l’aire !
Aube fraîche et claire,
Sourire éphémère
De l’astre éternel !

N’êtes-vous qu’un livre,
Sans fin ni milieu,
Où chacun pour vivre
Cherche à lire un peu !
Phrase si profonde
Qu’en vain on la sonde !
L’oeil y voit un monde,
L’âme y trouve un Dieu !

Beau livre qu’achèvent
Les coeurs ingénus ;
Où les penseurs rêvent
Des sens inconnus ;
Où ceux que Dieu charge
D’un front vaste et large
Ecrivent en marge :
Nous sommes venus !

Saint livre où la voile
Qui flotte en tous lieux,
Saint livre où l’étoile
Qui rayonne aux yeux,
Ne trace, ô mystère !
Qu’un nom solitaire,
Qu’un nom sur la terre,
Qu’un nom dans les cieux !

Livre salutaire
Où le cour s’emplit !
Où tout sage austère
Travaille et pâlit !
Dont le sens rebelle
Parfois se révèle !
Pythagore épèle
Et Moïse lit !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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SOUS CASSIOPEE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020




    
SOUS CASSIOPEE

Le cliquetis du fer, les bottes en cadence
Sur la poussière du chemin, sous Cassiopée.
Pour la troisième compagnie l’ordre est d’aller.
Dans les hauteurs du ciel les grues vont en silence.

Coquelicots en fleur dans la steppe, à foison.
Gerbes amoncelées dans la steppe en été.
L’âme, bien sûr, mais c’est l’affaire du curé.
La jument qui hennit de rage est l’horizon.

Des nuages gris-blanc pour l’automne qui vient
Et l’hiver qui ricane avec ses dents de neige.
Frère, qui va tomber? Qui pour demain? Où vais-je?
C’est pour quand le retour? Père, écris-nous au moins.

(Mihai Beniuc)

 

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LE VOYAGEUR SÉDENTAIRE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



Rockwell Kent 10

LE VOYAGEUR SÉDENTAIRE

Le voyageur se dit souvent
Où donc est celle qui m’attend
Le voyageur se dit souvent
Où donc est celle qui m’attend
Est-elle en fête ou en prière
Elle est enfermée au couvent
Où je l’ai mise en mes manières
Le voyageur ne parle guère
Le voyageur ne parle pas

Le voyageur se dit souvent
Que laisserai-je à mes enfants
Le voyageur se dit souvent
Que laisserai-je à mes enfants
L’amour d’aimer le goût de faire
Un oeil tourné vers le dedans
Et la parole de mon père
Le voyageur ne lègue guère
Le voyageur ne lègue pas

Le voyageur se dit aussi
Me faut écrire à mes amis
Le voyageur se dit aussi
Me faut écrire à mes amis
Comment s’écrit le mot : Repère
Je brûle aux flammes de mon cri
Des lettres que je n’envoie guère
Le voyageur n’en écrit guère
Le voyageur n’en écrit pas

(Gilles Vigneault)

Illustration: Rockwell Kent

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LEVER DU JOUR EN ALABAMA (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



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LEVER DU JOUR EN ALABAMA

Quand je serai devenu compositeur
J’écrirai pour moi de la musique sur
Le lever du jour en Alabama.
J’y mettrai les airs les plus jolis
Ceux qui montent du sol comme la brume des marécages
Et qui tombent du ciel comme des rosées douces.
J’y mettrai des arbres très hauts très hauts,
Et le parfum des aiguilles de pins
Et l’odeur de l’argile rouge après la pluie
Et les longs cous rouges
Et les visages couleur de coquelicot
Et les gros bras bien bruns
Et les yeux pâquerettes
Des noirs et des blancs des noirs des blancs et des noirs,
Et j’y mettrai des mains blanches
Et des mains noires des mains brunes et des mains jaunes
Et des mains d’argile rouge
Qui toucheront tout le monde avec des doigts amis,
Qui se toucheront entre elles ainsi que des rosées
Dans cette aube harmonieuse,
Quand je serai devenu compositeur
Et que j’écrirai sur le lever du jour
En Alabama.

***

Daybreak In Alabama

When I get to be a composer
I’m gonna write me some music about
Daybreak in Alabama
And I’m gonna put the purtiest songs in it
Rising out of the ground like a swamp mist
And falling out of heaven like soft dew.
I’m gonna put some tall tall trees in it
And the scent of pine needles
And the smell of red clay after rain
And long red necks
And poppy colored faces
And big brown arms
And the field daisy eyes
Of black and white black white black people
And I’m gonna put white hands
And black hands and brown and yellow hands
And red clay earth hands in it
Touching everybody with kind fingers
And touching each other natural as dew
In that dawn of music when I
Get to be a composer
And write about daybreak
In Alabama.

(Langston Hughes)

Illustration

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Méfiance (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020




    
Méfiance

Essayant d’écrire un poème alors qu’il fait encore noir dehors,
il a la sensation incontestable d’être observé.
Posant la plume il regarde autour de lui. Au bout d’une minute,
il se lève pour parcourir les pièces de sa maison.
Il vérifie les placards. Rien, bien sûr.
N’empêche, il ne veut courir aucun risque.
Il éteint les lampes et s’assied dans le noir.
Fumant sa pipe jusqu’à ce que la sensation se soit dissipée
et que dehors monte la lumière. Il regarde
la feuille blanche devant lui. Puis se lève
pour faire encore une fois le tour de la maison.
Le bruit de sa respiration l’accompagne.
Autrement rien. Évidemment.
Rien.

(Raymond Carver)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Jacqueline H. jeem-Pierry Carasso et Emmanuel Moses
Editions: De l’olivier

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