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Veillée d’Avril (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



Veillée d’Avril

Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.
Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,
Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves
Je tords mon cceur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or

Et voilà qu’à songer, me revient un accord,
Un air bête d’antan, et,sans bruit tu te lèves
O menuet, toujours plus gai, des heures brèves
Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie
D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,
Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,
Écoutant vaguement dans la nuit solitaire
Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.

(Jules Laforgue)

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Brume d’or et de sable (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



Brume d’or et de sable
L’ombre des voiles chante
leur songe lent

Les souvenirs
sur la plage blonde
ont l’odeur du vent

Que d’oubli que d’oubli
Dans ma jeunesse
seuls les morts de printemps
conservent leur sourire
Nul ne sait
leur geste immobile
dans la fuite des songes

Voiles qui s’effacent
dans la brume du sable

(Robert Guiette)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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LE MAI D’AMOUR (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019


LE MAI D’AMOUR

Voici que verdit le printemps
Où l’heure au coeur sonne vingt ans,
Larivarite et la la ri ;
Voici que j’ai touché l’époque
Où l’on est las d’habits en loque,
Au gentil sieur il faudra ça
Ça
La la ri
Jeunes filles de bel humour,
Donnez-nous le mai de l’amour,
Larivarite et la la ri.

Soyez blonde ou brune ou châtaine,
Ayez les yeux couleur lointaine
Larivarite et la la ri ;

Des astres bleus, des perles roses,
Mais surtout, pas de voix moroses,
Belles de liesse, il faudra ça
Ça
La la ri
Il faudra battre un coeur de joie
Tout plein de gaîté qui rougeoie,
Larivarite et la la ri.

Moi, j’ai rêvé de celle-là
Au coeur triste dans le gala
Larivarite et la la ri;

Comme l’oiseau d’automne au bois
Ou le rythme du vieux hautbois,
Un coeur triste, il me faudra va
Ça
La la ri
Triste comme une main d’adieu
Et pur comme les yeux de Dieu,
Larivarite et la la ri.

Voici que vient l’amour de mai,
Vivez-le vite, le coeur gai,
Larivarite et la la ri ;

Ils tombent tôt les jours méchants,
Vous cesserez aussi vos chants ;
Dans le cercueil Il faudra ça
Ça
La la ri
Belles de vingt ans au coeur d’or,
L’amour, sachez-le, tôt s’endort,
Larivarite et la la ri.

(Emile Nelligan)


Illustration: William Bouguereau

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Trop tard (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Trop tard

Ah! que n’ai-je vécu dans ces temps d’innocence,
Lendemains de l’An mil où l’on croyait encor,
Où Fiesole peignait loin des bruits de Florence
Ses anges délicats souriant sur fond d’or.

Ô cloîtres d’autrefois! jardins d’âmes pensives,
Corridors pleins d’échos, bruits de pas, longs murs blancs,
Où la lune le soir découpait des ogives,
Où les jours s’écoulaient monotones et lents!

Dans un couvent perdu de la pieuse Ombrie,
Ayant aux vanités dit un suprême adieu,
Chaste et le front rasé j’aurais passé ma vie
Mort au monde, les yeux au ciel, ivre de Dieu!

J’aurais peint d’une main tremblante ces figures
Dont l’oeil pur n’a jamais réfléchi que les cieux!
Au vélin des missels fleuris d’enluminures
Et mon âme eût été pure comme leurs yeux.

J’aurais brodé la nef de quelque cathédrale,
Ses chapelles d’ivoire et ses roses à jour.
J’aurais donné mon âme à sa flèche finale
Qu’elle criât vers Dieu tous mes sanglots d’amour!

J’aurais percé ses murs pavoisés d’oriflammes,
De ces vitraux d’azur peuplés d’anges ravis
Qui semblent dans l’encens et les cantiques d’âmes
Des portails lumineux s’ouvrant au paradis.

J’aurais aux angélus si doux du crépuscule,
Senti fondre mon coeur vaguement consolé,
J’aurais poussé la nuit du fond de ma cellule
Vers les étoiles d’or un sanglot d’exilé.

J’aurais constellé d’or, de rubis et d’opales
La châsse où la madone en habits précieux
Joignant avec ferveur ses mains fines et pâles
Si douloureusement lève au ciel ses yeux bleus.

(Jules Laforgue)

Illustration: Fra Angelico

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Genêt (Frédéric Jacques Temple)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2019



Illustration

    
Genêt

Gouttes d’or
en suspens
entre le ciel
et le pelage
des garrigues.

(Frédéric Jacques Temple)

 

Recueil: Dans l’erre des vents
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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MAJORQUE (Renée Brock)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019




    
MAJORQUE

L’odeur de la résine et sa jupe empesée
La barque « Filea » : ma vie heureuse ancrée.

Mes deux fils de quinze ans, deux poissons sans écailles,
Tirent des traits de cuivre au flanc vert de la vague.

La chaleur est une énorme reine assise
Sur treize chaises de bougainvillée rose.

Grenade, Algésiras et les balcons de fer,
Les murs blancs, la rosée marine, les oranges,

Les pâtisseries que l’on nomme
« Ensaimadas » avec leur sucre en cheveux d’ange.

L’île est une main d’or qui serre mon bonheur
Dans le creux corail de sa paume.

Nul ne sait où nous sommes.

D’être heureuses, mes mains s’ouvraient comme des fleurs.

(Renée Brock)

 

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En une attente désespérée (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration: Renata Ratajczyk
    
En une attente désespérée je vais cherchant après elle
dans tous les coins de ma demeure; je ne la trouve pas.
Ma maison est petite, et ce qui une fois en est sorti jamais plus ne peut être ressaisi.
Mais immense est ton palais, mon Seigneur,
et tandis que je cherchais après elle je suis parvenu devant ta porte.

Je m’arrête sous le céleste dais d’or de ton soir,
et vers ton visage je lève mes yeux pleins de désir.
Je suis parvenu sur le bord de l’éternité d’où jamais rien ne se dissipe
– nul espoir, nul bonheur, nul souvenir de visage entrevu à travers les larmes.

Oh ! trempe dans cet océan ma vie creuse,
plonge-la dans le sein de cette plénitude, et que cette caresse perdue,
je la ressente enfin dans la totalité de l’univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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ODE A DES FLEURS JAUNES (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



ODE A DES FLEURS JAUNES

Sur l’azur mouvant ses azurs,
la mer, et sur le ciel,
des fleurs jaunes.

Octobre vient.

Et malgré
l’importance de la mer développant
son mythe, sa mission, son levain,
il éclate
sur le sable d’or
d’une seule
plante jaune
et ses yeux
s’amarrent
la terre,
fuyant la vaste mer et ses palpitations.

Poussière nous sommes et serons.
Ni air, ni feu, ni eau
mais
terre,
seulement terre
nous serons
et peut-être
des fleurs jaunes.

(Pablo Neruda)


Illustration: John Gormsen

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Oui, je le sais bien (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019



Illustration
    
Oui, je le sais bien,
ce n’est là rien que ton amour,
Ô aimé de mon coeur
— cette lumière d’or qui danse sur les feuilles;
ces indolents nuages qui voguent par le ciel,
et cette brise passagère qui laisse sa fraîcheur à mon front.
Mes yeux se sont lavés dans la lumière matinale —
et c’est ton message à mon coeur.

Ta face, de très haut s’incline;
tes yeux ont plongé dans mes yeux
et contre tes pieds bat mon coeur.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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Si tu ne parles pas (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019




    
Si tu ne parles pas, certes j’endurerai ton silence;
j’en emplirai mon coeur.
J’attendrai tranquille, la tête bas penchée,
et pareil à la nuit durant sa vigile étoilée.

Le matin sûrement va venir;
la ténèbre céder, et ta voix va s’épandre en jaillissements d’or ruisselant à travers le ciel.
Tes paroles alors s’essoreront en chansons de chacun de mes nids d’oiseaux
et tes mélodies éclateront en fleurs sur toutes les charmilles de mes forêts.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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