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Poésie

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Dans les chemins (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017


Dans les chemins,
le long des champs,
à proximité des fontaines,
l’on rencontrait des femmes allant,
la tête baissée sous des voiles noirs,
gardant au doigt une mince bague d’or.
Douleur, pudeur, léger luxe de l’or et,
aux cieux, le nuage passe.

(Jean Follain)

Illustration

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J’y gagne, dit le renard (Antoine de Saint-Exupéry)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



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Les champs de blé ne me rappellent rien.
Et ça, c’est triste ! mais tu as des cheveux couleur d’or.
Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé !
Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi.
Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé…

[…]

J’y gagne, dit le renard,
à cause de la couleur du blé.

(Antoine de Saint-Exupéry)

 

 

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Jamais ne verrai (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017




    

Jamais ne verrai
la beauté d’une femme.
Jamais ne me réchaufferai en son sein.
Jamais ne verrai
Ce que je contemple dans mon sommeil,
Un homme pur de tout or
C’est plutôt le froid de la mort
Séculaire qui s’empare de moi

C’était ça peut-être
Ce que, jeune, je savais que je devrais attendre
Toujours et toujours
Et rien?
Je savais que je ne verrai
Jamais ce que j’attendais
Et, blanc de neige,
Mourir ?

(Herman Gorter)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Henri Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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Alors je t’ai vue (Herman Gorter)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Yuri Pysar
    
Alors je t’ai vue —
Dans un flot de lumière,
la chambre comme une fleur fermée
soudain éclose s’est mise à briller,
des rubans de lumière volaient tout autour.

J’étais immobile et la tête vide,
tu as regardé et le vent
s’est engouffré dans ma tête,
comme il se lâche l’été
sur un vaste, vaste champ,
dans un vaste pays ouvert —

j’étais alors dans cette chambre
cette chambre rouge ponctuée d’or
dans la chambre rouge,
où elle se tenait alors
avec son corps de verre
si transparent, si léger,
ensemble pour toujours
en moi qui l’ai vue
dans ce jour rouge or blanc clair.

Il ne me reste qu’à frémir
me dissoudre
dans des mots afin qu’il ne reste rien
que sa lumière.

(Herman Gorter)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Saskia Deluy
Editions: Le Temps des Cerises

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Vive la vigne de chez nous ! (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2017



    

Vive la vigne de chez nous !

Autrefois, dans les temps antiques
Y avait au bord du bleu Léman
De la terre nue, des rocs, des champs
Et des forêts mélancoliques
Et de braves types un peu froids
Qu’étaient pas encore des Vaudois !

(Refrain)
Entends-tu le glou-glou dans les verres ?
Entends-tu le joli glou-glou ?
La servante n’est pas sévère
Vive la vigne de chez nous !

Mais un jour, c’est une vieille histoire
Voilà qu’le sire du Châtelard
Qui guerroyait chez les barbares
En revenant couvert de gloire
Voit ses beaux côteaux envahis
Par une étrange maladie

Qu’est-ce que c’est qu’ce fouillis qui pousse ?
Cette espèce de végétation ?
Par saint Saphorin, mon patron !
On se croirait en pleine brousse !
Taillez par-ci, taillez par-là
Et foutez-y des échalas !

(au Refrain)

Mais voilà qu’en sept mois à peine
On voit des milliers de fruits d’or
Dont le jus, sacré nom de sort !
Coule à pleins bords des cuves pleines,
Pour conjurer ce grand fléau
On le canalise en tonneaux !

Dans la nuit – Ah ! La sale histoire !
Le jus se met à fermenter
Tous les tonneaux vont éclater !
Mon Dieu, que faire ? – Il faut le boire !
S’écrient trois héros obscurs
Qui n’avaient pas peur des coups durs

(au Refrain)

Et voilà, ces hommes héroïques
Qui, pour préserver la région
Des risques d’une inondation,
Se mettent à vider des barriques !
Pendant ce temps, la larme aux yeux
Leurs épouses priaient pour eux !

C’est pourquoi, le soir à la brune
On en voit, presque à bout d’efforts
De ces héros, à demi-morts
Marcher en zigzag sous la lune !
Et parfois, même terrassés
Se lever pour recommencer !

(au Refrain)

Ces garçons à la rude écorce
Ils font ça pour nous protéger
On se passerait de manger
Mais pour le boire, l’on se force !
Car ce jus-là, quand on le boit,
C’est lui qui nous fait bons Vaudois !

(au Refrain, x2)

(Jean Villard–Gilles)

 

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INVENTAIRE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



INVENTAIRE

Dans un réduit
Très clair et nu
On a ouvert son cœur
En toute pitié :

Fruit crevé
Fraîche entaille
Lame vive et ciselée
Fin couteau pour suicidés.

Le sang (qui n’étonne personne)
Rutile
Goutte à goutte
(Quand il brunira
Nous serons loin
Et bien à couvert.)

Des deux mains plongées
Nous avons tout saisi
Tout sorti :

Livres chiffons cigarettes
Colliers de verre
Beau désordre
Lit défait
Et vous chevelure abandonnée.

Joies bannies
Désespoirs troués
Nul insolent trésor
En ostensoir

La châsse d’or
Que nous avions faite au mystère
Se dresse pillée
Spacieux désert.

Sur une table sans pieds
Son propre visage rongé
Qu’on a aussitôt jeté.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

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SE PROMÈNENT LES BELLES (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2017



 

Illustration: Angelo Garino  
    
SE PROMÈNENT LES BELLES

Se promènent les belles, l’après-midi, sur l’Avenue
qui n’est pas une avenue, mais un long chemin blanc
où les robes roses vont laissant,
non, elles ne laissent nulle ombre, c’est en moi qu’elles en laissent.

Se promènent, l’après-midi, les belles sur l’Avenue.
Sont-elles aussi belles que je les vois, ou plus encore?
À leur seul passage, au seul souvenir de leur passage, la beauté
en elles se plante éternellement, dague d’or.

Se promènent sur l’Avenue, l’après-midi, les belles,
les toujours belles dans l’avenir le plus lointain.
Elles foulent de la fine semelle et du talon haut
de leurs souliers de satin le temps et le rêve.

L’après-midi, sur l’Avenue, se promènent les belles,
le sein voilé soigneusement mais palpitant
la jambe dissimulée, mais Dieu sait les lignes perturbatrices
qu’engendrent les rythmes, et le chemin blanc est tout rythme.

Sur l’Avenue, se promènent les belles, l’après-midi,
dans la ville haute qui au milieu des arbres s’apprête
pour son sommeil de huit heures du soir et ne sait pas que les belles
laissent sans sommeil, la nuit entière, un enfant ébloui.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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JOSÉ (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2017



    

JOSÉ

Et maintenant, José ?
La fête est finie,
la lumière aussi,
la foule est partie,
la nuit a fraîchi,
et maintenant, José?
et maintenant, et toi?
toi qui es sans nom,
qui te moques d’autrui,
qui fais de la poésie,
qui aimes, qui te récries?
et maintenant, José ?

Sans femme te voici,
sans mots te voici,
sans tendresse aussi,
tu ne peux plus boire,
ne peux plus fumer,
cracher ne peux plus,
la nuit a fraîchi,
le jour n’est pas là,
le tram n’est pas là,
le rire non plus,
non plus l’utopie
et tout a fini
et tout s’est enfui
et tout a moisi,
et maintenant, José?

Et maintenant, José ?
Ta douce parole,
ton instant de fièvre,
ta faim et ton jeûne,
ta bibliothèque,
ton gisement d’or,
ta veste en viscose,
ton incohérence,
ta haine — et maintenant?

Tenant en main la clé
tu veux ouvrir la porte,
il n’y a pas de porte ;
tu veux mourir en mer,
mais la mer a séché;
partir pour le Minas,
le Minas n’est plus, las.
José, et maintenant?

Si tu t’écriais,
si tu gémissais,
si tu nous jouais
la valse viennoise,
si tu sommeillais,
si tu te lassais,
et si tu mourais…
Mais tu ne meurs pas,
José, tu es coriace !

Tout seul dans le noir
en ours mal léché,
sans théogonie,
sans la paroi nue
où te reposer,
sans monture noire
qui fuie au galop,
tu marches, José!
José, vers où?

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Les choses d’hier (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017




    
Les choses d’hier font des virages élancés
Les choses d’hier sont des hirondelles
Mais que m’importe hier c’est aujourd’hui que j’aime
Le massif aujourd’hui inséparable de moi-même
Pourtant il était tout habillé d’or
Et de couleurs en rut
Qu’est devenue la fidélité
Du chien séparé du crâne qui couche à présent sur ma table

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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L’Echiquier (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



L’Echiquier

Je suis seul sur l’échiquier de la cour,
ni cavalier, ni roi, mais le fou.
La main du joueur hésite entre les tours.

Je fais trois pas, je déserte le lierre
pour la lumière épaisse où je m’englue.
Le lézard règne aux aisselles de pierre.

Où sont les filles d’or et de saveur,
ce bruit de blé qui froisse leur épaule,
et le figuier, son feuillage de coeurs,

le premier pas timide, sur les eaux,
du jour qui jouit de visibles trésors?
Rien n’a trompé le zèle des créneaux.

Car il ne vient que l’ombre d’une lame
aiguiser au grès ses tranchants mortels
pour de très lents combats avec les flammes.

Ici veillent le sphinx et la fourmi:
patience de dément dans sa cellule,
et mort repliée qui s’ouvre la nuit.

Mais je sens des formes collées aux murs,
dans l’odeur de sang des chambres désertes,
et qui m’épient par toutes les fissures.

(Jean Joubert)


Illustration

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