Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘frémissante’

Extase (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



 

Chaque moment d’extase
Se paie d’une angoisse
Vive et frémissante
Tout à proportion
Chaque heure adorée,
D’années faméliques,
De liards amers et disputés,
De coffres remplis de larmes !

***

For each extatic instant
We must an anguish pay
In keen and quivering ratio
To the extasy.
For each beloved hour
Sharp pittances of year –
Bitter contested farthings –
And coffers heaped with Tears !

(Emily Dickinson)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 11 Comments »

À l’abri de l’insistante grisaille du brouillard (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

À l’abri de l’insistante
grisaille du brouillard, la haine, criée
sur les toits, au long
du jour, t’est restée proche. Nous
savions que le soleil
s’était insinué par les carreaux fermés
dans l’ébriété
seulement. Nous savions qu’un vide plus profond
était construit
par les goélands à grand renfort
de cris. Nous savions qu’ils
savaient que l’accostage était un mirage.
Et attendait,
depuis la première heure
où j’étais venu vers toi. Ma peau,
frémissante sous la lumière.
La lumière, se brisant au bout de mes doigts.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les Noyées (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Les Noyées

VOICI l’heure de brume où flottent les noyées,
Comme des nénuphars aux pétales flétris.
Leurs robes ont l’ampleur des voiles déployées
Qui ne connaîtront plus la douceur des abris.

D’étranges fleurs de mer étrangement parées,
Elles ont de longs bras de pieuvres, et leur corps
Se meut selon le rythme indolent des marées ;
Les remous de la vague animent leurs yeux morts.

Semblable aux algues d’ambre et d’or, leur chevelure
Fluide se répand en délicats réseaux,
Et leur âme est pareille aux conques où murmure
L’harmonie indécise et mouvante des eaux.

Elles aiment les nuits d’agonie et d’orage
Dont l’haleine engloutit les vaisseaux, et celui
Qui va mourir les voit à l’heure du naufrage,
Quand le dernier rayon de lune s’est enfui.

Elles tendent leurs mains fébriles d’amoureuses,
Elles tendent leurs mains en un geste d’appel,
Et leur lit nuptial aux profondeurs heureuses
S’entr’ouvre, parfumé d’un clair parfum de sel.

Elles aiment les nuits où persistent encore
L’ivresse et la langueur du jour, les nuits d’été
Brûlantes de senteurs, d’astres et de phosphore,
Où le rêve s’enfuit vers l’âpre volupté,

Où Psappha de Lesbos, leur pâle souveraine,
Chante l’Aphrodita qui corrompt les baisers
Et qui mêle au désir la stupeur et la haine,
L’Aphrodita qui vint des flots inapaisés,

L’Aphrodita puissante, aux colères divines,
Dont elle apprit jadis les solennels accents,
L’insatiable amour des lèvres féminines,
Des seins nus et des corps vierges et frémissants…

(Renée Vivien)

Illustration: Hébert Ernest Antoine Auguste

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’Etoile de Vénus (II) (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2016



Elle semblait plier dans ses cheveux châtains
Retombant mollement en cascade ondoyante,
Si beaux que l’on voudrait les prendre à pleines mains,
S’y plonger, respirer leur odeur enivrante.

De son robuste corps, la volupté puissante
S’exhalait; on voyait s’agiter sur ses seins,
Globe marmoréens, sa robe frémissante; –
– L’oeil ébloui tremblait sur ces contours divins.

Un souffle ardent gonflait ses mobiles narines,
Et l’on voudrait baiser sur ses lèvres mutines
La fraîcheur de son sang. Son oeil étincelant

Et noyé de langueur attirait comme l’onde;
Qu’il est doux de mirer dans cette mer profonde
Et mordre, ivre d’amour, à ce corail sanglant!

(José-Maria de Heredia)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SONNET D’OARISTYS (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2016



SONNET D’OARISTYS

Tu me fis d’imprévus et fantasques aveux
Un soir que tu t’étais royalement parée,
Haut coiffée, et ruban ponceau dans tes cheveux
Qui couronnaient ton front de leur flamme dorée.

Tu m’avais dit  » je suis à toi si tu me veux  » ;
Et, frémissante, à mes baisers tu t’es livrée.
Sur ta gorge glacée et sur tes flancs nerveux
Les frissons de Vénus perlaient ta peau nacrée.

L’odeur de tes cheveux, la blancheur de tes dents,
Tes souples soubresauts et tes soupirs grondants,
Tes baisers inquiets de lionne joueuse

M’ont, à la fois, donné la peur et le désir
De voir finir, après l’éblouissant plaisir,
Par l’éternelle mort, la nuit tumultueuse.

(Charles Cros)

Illustration: Boris Dejoa

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Jeanne chante (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2015



 

Alexander Nedzvetskaya (18)

Jeanne chante ; elle se penche
Et s’envole ; elle me plaît ;
Et, comme de branche en branche,
Va de couplet en couplet.

De quoi donc me parlait-elle ?
Avec sa fleur au corset,
Et l’aube dans sa prunelle,
Qu’est-ce donc qu’elle disait ?

Parlait-elle de la gloire,
Des camps, du ciel, du drapeau,
Ou de ce qu’il faut de moire
Au bavolet’ d’un chapeau ?

Son intention fut-elle
De troubler l’esprit voilé
Que Dieu dans ma chair mortelle
Et frémissante a mêlé ?

Je ne sais. J’écoute encore.
Etait-ce psaume ou chanson ?
Les fauvettes de l’aurore
Donnent le même frisson.

(Victor Hugo)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Près du pont (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2015



 

Paul Signac _grand_canal_venise_nevsepic.com.ua [1280x768]

Près du pont je me tenais
Récemment dans la nuit brune.
Du lointain venait un chant :
Gouttes d’or ruisselant
Sur la surface frémissante évanouies.
Gondoles, lumières et musique –
Ivres elles se perdaient dans le crépuscule…

Mon âme, un pincement sur les cordes,
Chantait pour elle, touchée invisiblement,
Une chanson de gondolier secrètement
Tremblante de félicité mêlée.
– Qui y prenait garde?…

(Frédéric Nietzsche)

Illustration: Paul Signac

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

LE JOUEUR DE TROMPETTE (52è rue) (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2015



 

tableau-joueur-de-trompette [1280x768]

LE JOUEUR DE TROMPETTE (52è rue)

Le Noir
Avec la trompette à ses lèvres,
Porte sous les yeux sa lassitude
En sombres croissants de lune
Là où couve la braise mémorable
Des vaisseaux négriers
Que rallume le claquement des fouets
Autour des cuisses.

Le Noir
Avec la trompette à ses lèvres,
Sa tête frémissante de cheveux
Maintenant matés
Et lisses comme cuir qu’on a tant verni
Qu’ils brillent
Comme jais…
Si le jais pouvait lui faire une couronne.

La musique
De la trompette à ses lèvres
Est miel
Coulé dans le feu.
Le rythme
De la trompette à ses lèvres
Est extase
Exhalé d’antique désir…

Désir
Qui aspire à la lune
Quand sa lumière n’est qu’un projecteur
Au fond de ses yeux,
Désir
Qui aspire à la mer
Quand la mer n’est qu’un verre au comptoir
A la taille du nigaud.

Le Noir
La trompette à ses lèvres,
Dans son veston
Parfaitement boutonné
Ne sait pas
Sur quel motif la musique enfonce
Son aiguille hypodermique
Et le pénètre jusqu’à l’âme…

Mais doucement
Quand le chant monte de sa gorge,
Sa douleur mûrit
Et se change en note d’or.

***

Trumpet Player

The Negro
With the trumpet at his lips
Has dark moons of weariness
Beneath his eyes
where the smoldering memory
of slave ships
Blazed to the crack of whips
about thighs

The negro
with the trumpet at his lips
has a head of vibrant hair
tamed down,
patent-leathered now
until it gleams
like jet-
were jet a crown

the music
from the trumpet at his lips
is honey
mixed with liquid fire
the rhythm
from the trumpet at his lips
is ecstasy
distilled from old desire-

Desire
that is longing for the moon
where the moonlight’s but a spotlight
in his eyes,
desire
that is longing for the sea
where the sea’s a bar-glass
sucker size

The Negro
with the trumpet at his lips
whose jacket
Has a fine one-button roll,
does not know
upon what riff the music slips

It’s hypodermic needle
to his soul
but softly
as the tune comes from his throat
trouble
mellows to a golden note

(Langston Hughes)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

TERCETS (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2015


George Clair Tooker   1920-2011 - American Magic Realist painter - Tutt'Art@ (2) [1280x768]
TERCETS

Parfois des femmes jamais encore aimées
Viennent en rêve vers nous comme des petites filles
Et les regarder nous touche indiciblement

Comme si jadis elles avaient avec nous
Un soir longuement cheminé sur des routes lointaines
Tandis que respirent et bougent les cimes.

La brume la nuit l’angoisse se répandent
Et le long du chemin le long de notre chemin obscur
Les étangs silencieux brillent des reflets du soir.

Les âmes sont fraternelles et frémissantes
Et tristes bien que remplies de fastes et de triomphes
Dans le pressentiment de la vie immense
De sa grandeur et de sa gravité.

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: George Clair Tooker

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pleur du silence (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2015



pleur du silence
à des lèvres frémissantes
adolescentes
ne m’oublie pas dans
tes pleurs

(Mathieu Bénézet)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :