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Le néant n’est que moi-même (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



 

Gao Xingjian _Pensee_Noire 6 [1280x768]

le néant n’est que moi-même
l’univers n’est que ma tombe
le soleil n’est que la mort

mes yeux sont l’aveugle foudre
mon cœur est le ciel
où l’orage éclate

en moi-même
au fond d’un abîme
l’immense univers est la mort

(Georges Bataille)

Illustration: Gao Xingjian

 

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On a démoli la petite école (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



On a démoli la petite école
Qui semblait immense à mes yeux d’enfants.
Il n’en reste rien : le présent nous vole
Les billes perdues de nos jeux d’antan.
Le préau de bois, la maîtresse blonde,
Les lilas légers qui parfumaient tant,
Tout a disparu, ainsi va le monde,
Et l’institutrice a les cheveux blancs.
Si vaste la terre aux côtes bleuies
Par les océans des cartes murales !
Il me semble encore entendre le bruit
De nos voix unies chantant la Morale !
Parfois, quand j’écris une poésie
Je sens les lilas d’alors – idée folle !
Les jours sont passés, l’enfance est finie :
On a démoli la petite école.

(Marc Alyn)

 

 

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L’HOMME DE LA RUE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Joan Miro

    

L’HOMME DE LA RUE

Je suis allé à la maison de l’homme de la rue,
j’y ai trouvé sa compagne.
Je lui ai demandé : Où est l’homme de la rue ?
Elle a dit : L’air libre est son chez-soi.

Je lui ai demandé : À quoi ressemble-t-il ?
Elle a dit : Aucune femme ne sait.
Il pleurnichait un peu quand
sous mes draps il s’est glissé.

Il s’est couché sur moi tel un oiseau,
dit-elle avec un brin de dérision.
Bon, dans l’empressement de ses ailes
à peine s’il a prononcé mon nom !

Et lorsqu’il est parti, étiez-vous triste ?
Oh non, à peine si j’en ai eu conscience…
Elle s’est levée, est allée à la fenêtre,
indolente et immense…

Puis tout à coup, son corps s’est brisé
Comme une pierre, en deux parties,
et quand l’oiseau sauvage s’est échappé :
C’est l’homme de la rue, a-t-elle gémi.

***

EVERYMAN

I went to the house of Everyman,
I found his woman there.
I asked her, Where is Everyman?
She said, His home is air.

I asked her, then, What is he like?
She said, No woman knows.
He moaned a little as he crept
beneath my linen clothes.

He lay upon me as a bird,
she said with half disdain.
Why, in the hurry of his wings
he scarcely spoke my name!

And when he left you, did you grieve?
Oh, no, I scarcely knew…
She rose, and to the window moved,
indolent and huge…

Then all at once her body broke
in two parts, like a stone,
and as the savage bird escaped,
It’s Everyman, she moaned.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Sur l’océan couleur de fer (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



Sur l’océan couleur de fer
Pleurait un choeur immense
Et ces longs cris dont la démence
Semble percer l’enfer.

Et puis la mort, et le silence
Montant comme un mur noir.
… Parfois au loin se laissait voir
Un feu qui se balance.

(Paul-Jean Toulet)

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Percevoir (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Percevoir avec le cerveau du chat
petit entre ses deux oreilles
mais de connexions très subtiles :
odeurs, présence, inaperçues de nous

regarder
avec les yeux à facettes des mouches

comprendre avec l’intelligence d’une seiche
immense, nous dit-on,
— et plus nous serions seiche,
plus la profonde mer nous bercerait.

Toutes ces versions du monde
inconnues
trouvons jouissance à songer à elles

qui nous observent
et
peut-être
ne nous envient pas d’être nous.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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La mort (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2017



Illustration: Ernest Biéler

    

La mort
qui est l’inclinaison
la plus extrême de la voix
le revers du visage
quand il n’a plus de nom.
L’absence
les mots dévoyés
laissent
la page déserte
le blanc immense
et seul demeure
le sacrifice
dans sa nudité.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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La Femme de Loth (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Marvin Haye

La Femme de Loth

La femme de Loth regarda en arrière,
et elle devint une statue de sel
Genèse 19, 2.6

Et le Juste marchait derrière l’ange de Dieu
Immense et lumineux sur la montagne noire
Mais la détresse parlait fort à sa femme:
Non, il n’est pas trop tard, tu peux encore la voir
Ta Sodome natale, ses tours rouges,
La place où tu chantais, la cour où tu filais,
Et les fenêtres vides de la haute maison
Où tu as donné des enfants à ton mari bien aimé.
Elle se retourne — frappés soudain d’une douleur mortelle,
Ses yeux déjà s’aveuglent,
Et son corps se raidit, sel transparent,
Et ses jambes rapides dans la terre s’enracinent.

Qui pleurera cette femme ?
Quelle importance a-t-elle ?
Mais mon coeur, lui, jamais n’oubliera
Celle qui, pour un regard, donna sa vie.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Je suis tout petit je le sais bien (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2017



Je suis tout petit
Je le sais bien,

Et toi tu es grande,
je dirai immense
Si j’aimais les adjectifs.

Je suis petit,
Ca ne fait rien,

Ce n’est pas une question
De dimension,

C’est une question de force,
Une question de besoin.

Je ne me sens pas
Perdu en toi,

Mais voguant en nous,
En cette sphère que nous créons.

(Guillevic)

Illustration

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Je pense (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2017



Je pense

Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir

Je pense que l’obscur est difficile à supporter après la lumière
Je pense que l’obscur n’a pas de fin
Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus que mourir
Je pense que le désespoir est une éponge amère qui s’empare de tout le sang quand le cour est détruit
Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est immense et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages

Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux
Je pense qu’il n’y a pas de remède
Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume et laisser les démons et les larves continuer le récit et maculer la page
Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau finit par étourdir et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau par de la boue
Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur est de devenir enfin aveugle sourd et insensible

Je pense que tout est fini.

(Alain Borne)

Illustration: Pierre Mornet

 

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Perfection (Eve Saint-Prix)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2017



 

Perfection

Chacun est une perfection, une aventure,
Une histoire inventée, parfois une imposture
Nous suivons une piste tracée rien que pour nous
Faisant fi des dangers, mais parfois à genoux

Il nous faut bien admettre qu’une force plus grande
Peut nous faire échouer. Alors on se demande
Aurais-je la force, pourrais-je encore construire
Ma vie, mon âme, mon coeur, il faut tout rebâtir

Chaque vie est unique, un sombre et long chemin
Le seul qui le connaisse est celui qui s’y tient
Mais parfois, oh miracle, on en peut partager

Quelques heures, quelques jours, parfois quelques années
C’est un bienfait immense, une douce harmonie
Deux sur un seul chemin, deux pour une seule vie

(Eve Saint-Prix)

 

 

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