Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘immense’

La Femme de Loth (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Marvin Haye

La Femme de Loth

La femme de Loth regarda en arrière,
et elle devint une statue de sel
Genèse 19, 2.6

Et le Juste marchait derrière l’ange de Dieu
Immense et lumineux sur la montagne noire
Mais la détresse parlait fort à sa femme:
Non, il n’est pas trop tard, tu peux encore la voir
Ta Sodome natale, ses tours rouges,
La place où tu chantais, la cour où tu filais,
Et les fenêtres vides de la haute maison
Où tu as donné des enfants à ton mari bien aimé.
Elle se retourne — frappés soudain d’une douleur mortelle,
Ses yeux déjà s’aveuglent,
Et son corps se raidit, sel transparent,
Et ses jambes rapides dans la terre s’enracinent.

Qui pleurera cette femme ?
Quelle importance a-t-elle ?
Mais mon coeur, lui, jamais n’oubliera
Celle qui, pour un regard, donna sa vie.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je suis tout petit je le sais bien (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2017



Je suis tout petit
Je le sais bien,

Et toi tu es grande,
je dirai immense
Si j’aimais les adjectifs.

Je suis petit,
Ca ne fait rien,

Ce n’est pas une question
De dimension,

C’est une question de force,
Une question de besoin.

Je ne me sens pas
Perdu en toi,

Mais voguant en nous,
En cette sphère que nous créons.

(Guillevic)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je pense (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2017



Je pense

Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir

Je pense que l’obscur est difficile à supporter après la lumière
Je pense que l’obscur n’a pas de fin
Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus que mourir
Je pense que le désespoir est une éponge amère qui s’empare de tout le sang quand le cour est détruit
Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est immense et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages

Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux
Je pense qu’il n’y a pas de remède
Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume et laisser les démons et les larves continuer le récit et maculer la page
Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau finit par étourdir et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau par de la boue
Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur est de devenir enfin aveugle sourd et insensible

Je pense que tout est fini.

(Alain Borne)

Illustration: Pierre Mornet

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Perfection (Eve Saint-Prix)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2017



 

Perfection

Chacun est une perfection, une aventure,
Une histoire inventée, parfois une imposture
Nous suivons une piste tracée rien que pour nous
Faisant fi des dangers, mais parfois à genoux

Il nous faut bien admettre qu’une force plus grande
Peut nous faire échouer. Alors on se demande
Aurais-je la force, pourrais-je encore construire
Ma vie, mon âme, mon coeur, il faut tout rebâtir

Chaque vie est unique, un sombre et long chemin
Le seul qui le connaisse est celui qui s’y tient
Mais parfois, oh miracle, on en peut partager

Quelques heures, quelques jours, parfois quelques années
C’est un bienfait immense, une douce harmonie
Deux sur un seul chemin, deux pour une seule vie

(Eve Saint-Prix)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un oeil qui regarde (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2017


2324830001_1

C’est la distance à l’intérieur
Qui perd mesure,

Jusqu’à l’immense.

Il n’est plus qu’une sphère
Sans confins ni lieux,
Où le noir oscille
Comme un corps de monstre.

Et très loin, perdu
Dans la masse énorme,

Un oeil qui regarde
Et qui brille à peine:

Le noyau de braise

(Guillevic)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le poète passe une nuit d’été sous les arbres (Li-Y)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Le poète passe une nuit d’été sous les arbres

Etendu sous les grands arbres,
où je trouve un refuge contre l’accablante chaleur,
Je contemple les nuages blancs, répandus sur l’azur du ciel :
Cette situation m’enchante ; mon cœur est ouvert à la joie ;
Je sens d’ailleurs, dans mes idées, l’influence d’un vin généreux.

La lune brille de tout son éclat ; une tiède rosée me pénètre ;
Le silence de la nuit n’est troublé
que par le murmure de la source et le frémissement des bambous.
Un vent frais se joue dans mes longues manches,
et se glisse sous ma robe de soie ;

L’immense bien-être que j’éprouve,
qui jamais pourrait l’exprimer !

(Li-Y)

Illustration: Ohara Koson

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un grand Espoir s’écroula (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Un grand Espoir s’écroula
On ne perçut aucun bruit
Au-dedans était la Ruine
Ô Naufrage sournois
Qui ne se Trahit pas
Et n’admit nul Témoin

L’esprit bâti pour une Charge immense
Conçu pour la tourmente
Sombrant en Mer tant de fois
Et sur Terre, ostensiblement

Un refus de m’avouer la blessure
Et tant elle s’élargit
Que toute ma Vie s’y engouffra
Autour, ce n’étaient que failles –

Rabattu le simple couvercle qui bâillait au soleil
Jusqu’à ce que le tendre Menuisier
A jamais le cloue –

***

A great Hope fell
You heard no noise
The Ruin was within
Oh cunning Wreck
That told no Tale
And let no Witness in

The mind was built for mighty Freight
For dread occasion planned
How often foundering at Sea
Ostensibly, on Land

A not admitting the wound
Until it grew so wide
That all my Life had entered it
And there were troughs beside –

A closing of the simple lid that opened to the sun
Until the tender Carpenter
Perpetual nail it down –

(Emily Dickinson)


Illustration: Jacob-Peter Gowi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’errance de l’oiseau (Gao Xingjian)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



 

L’errance de l’oiseau

Si tu es un oiseau
Rien d’autre qu’un oiseau
Au moment où le vent se lève
Tu t’envoles
Écarquillant ton œil tout rond
Tu regardes dans l’obscurité ce sacré bas monde
Au-delà du marais des ennuis
En vol de nuit, sans but précis
À l’écoute du sifflement de l’air et le cœur battant
Quelle aisance dans l’errance

Brouillard ou nuage
Tu traverses d’un large trait
Et recueilles la lueur et l’aurore
Tout en survolant les montagnes mouvantes
Puis un lac tournant miraculeusement
C’est ainsi que ton esprit circule
Entre le désert et la mer, à la jonction du jour et de la nuit
Tandis qu’un œil immense te conduit vers l’inconnu

***

The way of the wandering bird

If you are a bird
No more than a bird
With the wind’s first breath
You fly away
With an eye round and wide
You observe through darkness this sacral place below
Beyond the swamp of misfortune
Wandering through the night
You listen to the whispering air and a beating heart
Aimless yet at ease

In one broad stroke
You penetrate fog and clouds
Welcoming the glimmer of the first daylight
Gliding above the moving mountains
Then over a lake in a miraculous spiral
This is how your spirit voyages
Between desert and sea, at the meeting of day and night
An immense eye leads you towards the unknown

(Gao Xingjian)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Gao Xingjian

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Norias (Jérôme et Jean Tharaud)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



Norias

Dans l’aimable ville de Hama,
tout empêche de penser à rien.
Rapide et brillant de lumière,
l’Oronte coule entre les saules, les peupliers,
les grenadiers et des noyers énormes,
comme je n’ai vu que là-bas.

De distance en distance,
d’immenses roues vont porter leur eau en plein ciel…
Une longue caresse musicale sort de ces roues gémissantes;
c’est assez indéfinissable,

quelque chose comme un bruit d’orgue ou de cloche lointaine,
un vague meuglement de troupeau,
un frelon qui bourdonne,
un murmure de sirène,
une harmonie continue, qui est le silence d’ici,
et où chaque roue met sa note,
sa vibration particulière.

Inlassablement,
l’eau monte emportée
par l’effort du fleuve
(…).

C’est un rêve oublié au bord de l’eau,
une poésie musicale faite de rien,
d’amour, de nonchalance, de chants d’oiseaux
dans les verdures mouillées,

une construction d’azur et de songe,
bâtie de matériaux fragiles,
on ne sait pas par qui ni pourquoi,
et qui ne tient en équilibre
que par la puissance d’un rêve.

(Jérôme et Jean Tharaud)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le coeur est un jardin secret (Rûmi)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



Le coeur est un jardin secret
où se cachent des arbres

Il manifeste cent formes,
mais il n’a qu’une seule forme.

C’est un océan immense,
sans limites et sans rives

Cent vagues s’y brisent
les vagues de chaque âme.

(Rûmi)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 5 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :