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Poésie

Posts Tagged ‘immense’

Dans le soir (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



Illustration: Tamara Lunginovic
    
Dans le soir, les paroles se séparent comme
des fleuves qui ne vont pas vers la même mer.
Dans le soir, le couchant n’est plus, si près de la terre,
qu’une paupière trop lourde qui retombe.

La nuit n’entend que la flottaison des étoiles
que le bruit d’étoffe des baisers sur les corps.
Un insecte se débat sur une source
où le jour veille, clair encor d’un peu de ciel.

Baisers légers comme des bulles de savon,
terre couverte d’un seul arbre d’ombre,
main de soleil qui dure sur le couchant,
comme vous mentez à mon visage déconcerté.

Et quand je te vois, seule, sans horizon,
je traverse, sans armes ni défense,
les plantes de tendresse qui lèvent de ton corps,
immenses et douces comme des vallées.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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J’ai tout d’un coup conçu (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017



    

seul
le silence de ton esprit
tout est si chaud
tu considères
chaque grain de lumière
à mesure
de son surgissement
ton coeur
ne cesse de danser
s’accorde
au tremblement d’amour
des nativités internes

J’ai tout d’un coup conçu un amour immense et inégalable

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Au déclin du jour (Avraham Ben-Yitzhak)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2017




    
Au déclin du jour

Lorsque sombrera le brasier rouge de nos vies
nous ôterons de nos fronts la couronne des fêtes
aux feuilles touffues, aux roses tombées,
et nous descendrons en silence vers les fleuves.

Au déclin du jour nous tenant sur la rive,
nous suivrons des yeux leur cours —
abandonnés fièrement à l’immense solitude.

Sous le déferlement du couchant,
nous verrons, éperdus, s’en venir des fleurs, blanches,
entraînées par l’eau glorieuse —
bordures d’un jardin riant
arrachées en plein midi.

Alors nous saurons : notre jeunesse est passée sous nos yeux.
Avec son souvenir pâlissant,
l’ombre du saule chagrin s’inclinera sur nous.

Au-dessus des montagnes, les étoiles, une à une,
sanctifieront la vaste nuit étrangère,
et le vent du soir, en nous frôlant,
vibrera comme un violon noir

(Avraham Ben-Yitzhak)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: E. Moses
Editions: Gallimard

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Défaite (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Daria Petrilli   
    
Défaite

Dans un silence obscur, j’apprends la patience,
Moi dont l’orgueil fut grand, même dans le silence…

Car mon plus grand péché fut celui de l’orgueil
Et de cela je garde en moi l’immense deuil…

Malgré tous mes efforts la défaite est certaine…
Et ta grande douceur, ô mon Amie ! est vaine !

Puisqu’elle n’a point su m’épargner un des pleurs
Que j’ai versés… Mais le couchant est plein de fleurs…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Une barque (Tshanyang Gyatsho)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



Une barque, même instable,
dissipe l’anxiété devant le fleuve immense:
une compagnie, n’importe laquelle,
soulagerait ma peine de cette amie morte.

(Tshanyang Gyatsho)


Illustration: Odilon Redon

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L’immense nuit (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017




    
L’immense nuit du monde
Semée d’étoiles
Prendrait-elle jamais sens
Hors de notre regard ?

Et l’immonde de notre nuit
Trouée de cris
Susciterait-il jamais écho
Hors de notre ouïe ?

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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L’INSOUCIANCE DES JOURS (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



L’INSOUCIANCE DES JOURS

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Vogue l’eau vogue l’air et voguent nos amours
Et vogue tout ceci que je ne comprends pas
Et vogue ce hasard qui promène nos pas

La vie comme elle vient les gens comme les jours
Le temps comme il nous tient la mort comme l’amour
Les hommes comme ils sont les femmes comme elles font
Cet amour qui est mien de chair et de chiffon

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Une mouette appelle et le ciel devient sourd
Je n’entends que le sang qui bat sur ton poignet
Comme un oiseau présent et déjà éloigné

La vie comme elle vient les gens comme les jours
De l’eau de l’air du pain des grappes de velours
Et de l’huile dorée à ton corps presque noir
La trace d’un baiser à l’angle d’un espoir

C’est l’immense douceur l’insouciance des jours
Le Chat Botté revient pour te faire sa cour
La Belle au Bois s’endort au milieu des rayons
Et Cendrillon pour nous a remis ses haillons

La vie comme elle vient les gens comme les jours
Le temps comme il nous tient la mort comme l’amour
Les hommes comme ils sont les femmes comme elles font
Cet amour qui est mien de chair et de chiffon

Et déchirant le ciel un éclair de chaleur
Qui tombe sur la mer

(Guy Béart)

Illustration: Valentine Cameron Prinsep

 

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Le néant n’est que moi-même (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



 

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le néant n’est que moi-même
l’univers n’est que ma tombe
le soleil n’est que la mort

mes yeux sont l’aveugle foudre
mon cœur est le ciel
où l’orage éclate

en moi-même
au fond d’un abîme
l’immense univers est la mort

(Georges Bataille)

Illustration: Gao Xingjian

 

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On a démoli la petite école (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



On a démoli la petite école
Qui semblait immense à mes yeux d’enfants.
Il n’en reste rien : le présent nous vole
Les billes perdues de nos jeux d’antan.
Le préau de bois, la maîtresse blonde,
Les lilas légers qui parfumaient tant,
Tout a disparu, ainsi va le monde,
Et l’institutrice a les cheveux blancs.
Si vaste la terre aux côtes bleuies
Par les océans des cartes murales !
Il me semble encore entendre le bruit
De nos voix unies chantant la Morale !
Parfois, quand j’écris une poésie
Je sens les lilas d’alors – idée folle !
Les jours sont passés, l’enfance est finie :
On a démoli la petite école.

(Marc Alyn)

 

 

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L’HOMME DE LA RUE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration: Joan Miro

    

L’HOMME DE LA RUE

Je suis allé à la maison de l’homme de la rue,
j’y ai trouvé sa compagne.
Je lui ai demandé : Où est l’homme de la rue ?
Elle a dit : L’air libre est son chez-soi.

Je lui ai demandé : À quoi ressemble-t-il ?
Elle a dit : Aucune femme ne sait.
Il pleurnichait un peu quand
sous mes draps il s’est glissé.

Il s’est couché sur moi tel un oiseau,
dit-elle avec un brin de dérision.
Bon, dans l’empressement de ses ailes
à peine s’il a prononcé mon nom !

Et lorsqu’il est parti, étiez-vous triste ?
Oh non, à peine si j’en ai eu conscience…
Elle s’est levée, est allée à la fenêtre,
indolente et immense…

Puis tout à coup, son corps s’est brisé
Comme une pierre, en deux parties,
et quand l’oiseau sauvage s’est échappé :
C’est l’homme de la rue, a-t-elle gémi.

***

EVERYMAN

I went to the house of Everyman,
I found his woman there.
I asked her, Where is Everyman?
She said, His home is air.

I asked her, then, What is he like?
She said, No woman knows.
He moaned a little as he crept
beneath my linen clothes.

He lay upon me as a bird,
she said with half disdain.
Why, in the hurry of his wings
he scarcely spoke my name!

And when he left you, did you grieve?
Oh, no, I scarcely knew…
She rose, and to the window moved,
indolent and huge…

Then all at once her body broke
in two parts, like a stone,
and as the savage bird escaped,
It’s Everyman, she moaned.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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