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S’émerveiller (Lhasang Tsering)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Illustration
    
S’émerveiller

S’émerveiller – s’émerveiller autour –
S’émerveiller autour des merveilles,
Des merveilles tout autour de moi ;
M’émerveiller simplement en marchant ,
En marchant – en marchant seul
En marchant tout seul –
Seul parmi les collines,
Les vertes collines et les vallées boisées.
Emu par la beauté –
La fascinante beauté –
Les splendeurs et la beauté de la nature ;
Beauté dans chaque aspect de la nature.
Enchanté – enchanté par
Enchanté et fasciné par –
L’immense diversité,
Diversité dans chaque aspect de la nature.
D’un simple brin d’herbe,
L’exquise beauté des fleurs,
Aux forêts d’arbres gigantesques ;
D’une multitude d’insectes minuscules
Et d’une foule d’autres créatures,
Aux troupeaux d’éléphants puissants.
Des oiseaux capables de voler –
Au-dessus des plus hautes montagnes,
Aux baleines géantes capables de nager –
A travers les mers les plus vastes ;
Des insectes et animaux qui vivent –
Dans les déserts les plus chauds et les plus froids ;
Aux créatures qui vivent et prospèrent –
Prospèrent au plus profond de l’océan.
Et puis réfléchir et comprendre –
Que la beauté et la variété –
Les splendeurs de la nature et sa diversité,
N’est pas limitée seulement aux vivants
A l’incroyable beauté et la diversité
De la vie de plantes et des animaux.
Oui, que les merveilles de Mère Nature –
Sa diversité et sa beauté infinies –
Est reflétée dans un unique grain de sable ;
Et que de minuscules cristaux qui étincèlent –
De teintes de toutes les couleurs,
Et des flocons de neige doux et complexes –
A la grandeur des montagnes puissantes,
Et à la vaste étendue des océans ;
Oui vraiment, aux planètes et aux étoiles innombrables,
Oui, à l’univers illimité au-delà.
Et puis je continue –
Continue ma promenade quotidienne,
Me promène dans les vertes collines,
Dans les calmes collines vertes et –
Le long des ruisseaux frais et clairs,
Dans les vallées profondes et boisées –
Je continue de m’émerveiller
De m’émerveiller des merveilles –
des merveilles illimitées de la nature.
De la diversité dans limite des beautés de la nature,
Et
De la fascinante beauté de la diversité de la nature.

***

Wondering

Wondering – wondering about –
Wondering about the wonders –
The wonders all around me ;
Wondering while just wandering.
Wandering – wandering alone –
Wandering ail alone –
Alone among the hills ;
The green hiils and wooded valleys.
Moved by the beauty –
The amazing beauty –
Nature’s splendour and beauty ;
Beauty in every aspect of nature.
Enchanted – enchanted by –
Enchanted and fascinated by –
The immense diversity ;
Diversity in every aspect of nature.
From a single blade of grass ;
The exquisite beauty of flowers ;
To the forests of giant trees ;
From die multitude of tiny insects ;
And die host of other creatures ;
To the herds of mighty elephants.
From the birds that can fly –
Over the highest mountains ;
To giant whales that can swim –
Across the widest sea ;
From insects and animais that dwell –
In the hottest and coldest desserts ;
To creatures that live and thrive –
Thrive at the ocean’s depth !
And then to reflect and to realize –
That the beautv and variety –
Nature’s splendour and diversity ;
Is not limited just to the living ;
To the incredible beauty and diversity –
In plant and animal life.
Yes ; that Mother Natures wonders –
her infinite diversity and beauty –
Is reflected in a single grain of sand ;
And minute crystals that sparkle –
With the hues of every colour ;
And soft, intricate snowflakes –
To the grandeur of the mighty mountains ;
And the vast expanse of the oceans ;
Indeed ; to the planets and numberless stars ;
Yes ; to the limitless universe beyond.
And then as I continue –
Continue with my daily wandering ;
To wander in the green hills ;
The tranquil, green hills and –
Besides cool, clear brooks ;
In the deep, wooded valleys ;
I also continue to wonder –
Wonder at the wonders –
The boundless wonders of nature.
The limitless diversity in natures beauty ;
And –
The amazing beauty in nature’s diversity.

(Lhasang Tsering)

 

Recueil: Wondering
Traduction: Michèle Duclos
Editions:

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NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Salvador Dalí
    
NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR

Ne te suicide pas, Seigneur,
voici qu’apparaît une orchidée parmi les ruines ;
ne te suicide pas, Seigneur,
voici que renaît le ruisseaux dans le cratère d’une bombe ;
ne te suicide pas, Seigneur,
le ciel a mis du givre sur sa balafre, l’océan a guéri sa blessure d’un bandage de corail.

Écoute, Seigneur, ton univers qui était enfantin comme le cartilage,
le voilà revenu de sa première fougue, de sa plus grande désobéissance ;
les comètes continuent de voyager, comme des berlines après une halte au carrefour de deux paniques ;
l’azur n’en est que plus profond, d’avoir été un rapace ;
l’aurore n’en est que plus belle, d’avoir failli ne jamais revenir.

Tout n’a pas tellement changé, Seigneur :
regarde ce hameau, combien de cascades pourraient naître dans sa mare,
combien de peupliers dans son ortie !

Tout n’a pas tellement souffert, Seigneur :
déjà l’épi de blé pousse dans l’orbite de ceux qui moururent de faim,
déjà les fillettes sautent à la corde sous les ombres de ceux que l’on décapita.

Tout n’est pas tellement tragique, Seigneur,
puisqu’il y a la route sans fin où même l’exil est oublié,
puisqu’il y a le vent si doux que même les soupirs y sont joyeux,
puisqu’il y a tout ce qui hurle l’immense plaisir d’être vivant.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je vis constamment projeté vers le futur (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017




Je vis constamment projeté vers le futur:
si je bois un verre de vin,
si je ris haut et fort avec mes amis,
je me regarde rire,
et je m’entends crier
avec un immense désespoir.

(Pier Paolo Pasolini)

Illustration: Krøyer

 

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DONNER DES NOMS (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




    
DONNER DES NOMS

Elle se penche sur lui, elle murmure :
Veux-tu que nous donnions des noms encore,
Car sais-tu si jamais nous nous reverrons?
Oui, dit-il, je te nomme, hésitation

Qu’a eue ce martinet prenant son vol,
Qu’a-t-il vu qui le tint comme suspendu
Un instant dans le cri de tous ces autres ?
Je veux te dénommer pour me souvenir.

Puis il tourne la page. Ce qu’il voit,
C’est cette même jeune femme, souriante,
Elle semble rentrer d’un long voyage.

Comment me nommes-tu ? demande-t-elle,
Inquiète, tristement. Et la nuit tombe,
Ces martinets, une aile immense dans le ciel.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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Malgré tout (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017



Illustration: Julia Perret
    
Malgré tout ce qui naît, tout ce qui vit, trépasse,
Le système solaire est-il reflet du ciel ?
Est-il un phénomène consubstantiel
De l’immense infini des temps et des espaces ?

D’un diable illuminé, d’un dieu à l’âme basse
Est-il le passe-temps bête, artificiel ?
D’un univers qui nos convictions dépasse
Le mouvement accessoire ou essentiel ?

Les pensées, les regards, les mots qui se traduisent,
Les indicibles riens que les mondes produisent
Meurent-ils sitôt nés ? Naissent-ils sitôt morts ?

Sombrent-ils au néant irrémissible ou trouvent
Ils, au-delà des effets que nos sens nous prouvent,
Une forme où la vie à jamais ne démord ?

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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A l’ombre des alisiers… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration
    
A l’ombre des alisiers…

A l’ombre des alisiers,
J’écoute la mouille lascive
Et son cantique à la dérive
Si tendrement psalmodié.

Je l’écoute à travers la vase
Le sanglotement jamais las,
Plaintes que vous eûtes, suaves
Livres que l’amour assembla.

J’aime l’odeur des herbes rousses,
Fourrure où s’enfoncent mes mains
Et que l’eau fuyante rebrousse
En se frayant de bleus chemins.

J’aime l’amertume qui rôde,
Forte et puissante comme un cri,
Des bois que l’automne corrode,
Appel que mes sens ont compris.

J’aime me coucher sur la terre
Comme sur un coeur oppressé;
Appuyer mon coeur solitaire
D’immenses désirs harassé;

Sentir mon corps ardent se fondre,
Métal dans un creuset dissous,
Nature, en ta langueur profonde,
Près de la mouille aux spasmes doux.

(Marie Dauguet)

 

 

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Pas un bruit… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Pas un bruit…

Pas un bruit dans la coupe immense,
Sous les taillis pas un murmure,
De la tiédeur et du silence
S’écoulant au long des ramures.

L’air orageux lourdement plane,
Où la résine des mélèzes
Mêle son odeur, où se fane
La mousse, où s’étouffe et s’apaise

Le sanglotement des fontaines
Dont les méandres bleus se tordent
A l’ombre immobile des chênes.
La vaste paix monte et déborde,

S’épand en la nuit qui commence,
Calme ambiance que renforce,
Exhalant leurs sourdes fragrances,
Les troncs dénudés qu’on écorce.

Harmonieusement confus,
Déroule ses floraisons blanches
L’écho lointain d’un angélus
Mélangé aux fouillis des branches.

Et soudain la forêt s’étire,
Darde ses frondaisons flexibles;
La forêt tendrement soupire
Comme un coeur vers l’inaccessible.

(Marie Dauguet)

 

 

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Amitié (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017




Amitié

C’est l’heure attendue
sur la table tombe
interminablement
la chevelure de la lampe
La nuit rend la fenêtre immense
Il n’y a personne
la présence sans nom m’entoure

***

Amistad

Es la hora esperada
sobre la mesa cae
interminablemente
la cabellera de la lámpara
La noche vuelve inmensa la ventana
No hay nadie
la presencia sin nombre me rodea

(Octavio Paz)

Illustration: Georges de la Tour

 

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NAVIGATION (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



NAVIGATION

Distance issue de la distance
L’apparition du monde : la terre s’écoule
Des yeux qui la contemplent, souveraine.
derrière elle, un autre lointain, immense, meurt.

***

NAVEGAÇAO
Distância da distância derivada
Aparição do mundo : a terra escorre
Pelos olhos que a vêem revelada.
E atrás urn outro longe imenso morre.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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SEIGNEUR (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



SEIGNEUR

Seigneur si je me trompe et si je mens,
Si ce que j’ai nommé votre vérité
N’est qu’un nouveau chemin de vanité,
Si l’immense plénitude que je ressens,
Si l’harmonie qui partout déborde,
Si la sensation de force et de pureté
Sont les mots des autres et mon confort,
Si je me suis trompée dans ma seule certitude,
Envoyez vos anges déchirer
En lambeaux mon être
Et que j’aille abandonnée
Souffrir par les chemins.

***

SENHOR

Senhor se eu me engano e minto,
Se aquilo a que chamei a vossa verdade
É apenas um novo caminho da vaidade,
Se a plenitude imensa que em mim sinto,
Se a harmonia de tudo a transbordar,
Se a sensação de força e de pureza
Sao a literatura alheia e o meu bem-estar,
Se me enganei na minha única certeza,
Mandai os vossos anjos rasgar
Em pedaços o meu ser
E que eu vá abandonada
Pelos caminhos a sofrer.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: William Blake

 

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