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QUELQUES MOTS SENS DESSUS DESSOUS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Illustration: René Magritte
    
QUELQUES MOTS SENS DESSUS DESSOUS

Négation

Pleuvoir n’est pas mentir
Sauver n’est pas dissoudre
Gravir n’est pas renaître

L’ombre n’est pas le cheval
Le regard n’est pas le torrent
Le portail n’est pas la surprise
Le couperet n’est pas la chambre

Affirmation

L’ombre c’est pleuvoir
Mentir c’est le regard
La surprise c’est la chambre
Le portail c’est le couperet
Gravir c’est sauver c’est renaître

Je ferai pleuvoir l’ombre
et le regard mentir
quand nos pas dans la chambre
seront le couperet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Poule, poule ponds ton oeuf (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



Ettore Aldo Del Vigo 109

 

Poule, poule ponds ton oeuf,
buvons, trinquons à l’art veuf
béton, porphyre, métaux.
Oui ! je connais d’autres chants
et d’autres calligraphies,
Chambres à aimer, divans.
doubles grelottant de vie,
je connais la comédie
et son drame par dedans.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Où aller ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Ô de quelle façon, avec quel gémissement
nous nous sommes caressés, épaules et paupières.
Et la nuit se terrait dans les chambres,
comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur.

Étais-tu élue entre toutes pour moi,
n’était-ce pas assez d’être la soeur ?
Ton être était pour moi comme une vallée délicieuse,
et maintenant, à la proue du ciel il

s’incline en une apparition inépuisable
et il étend son empire. Où aller ?
Hélas dans l’attitude de la déploration
tu te penches vers moi, toi qui ne consoles pas.

Lorsque ton visage me fait ainsi me consumer,
comme une larme celui qui pleure,
que je multiplie mon front, ma bouche
autour des traits que je connais pour tiens,
il me semble, par-dessus ces ressemblances
qui nous séparent parce qu’elles sont doubles,
déployer une pure identité.

***

O wie haben wir, mit welchem Wimmern,
Augenlid und Schulter uns geherzt.
Und die Nacht verkroch sich in den Zimmern
wie ein wundes Tier, von uns durchschmerzt.

Wardst du mir aus alien auserlesen,
war es an der Schwester nicht genug?
Lieblich wie ein Tal war mir dein Wesen,
und nun beugt es auch vom Himmelsbug

sich in unerschöpflicher Erscheinung
und bemächtigt sich. Wo soll ich hin?
Ach mit der Gebärde der Beweinung
neigst du dich zu mir, Untrösterin.

Wenn ich so an deinem Antlitz zehre
wie die Träne an dem Weinenden,
meine Stirne, meinen Mund vermehre
um die Züge, die ich an dir kenn,
mein ich über jene Ähnlichkeiten
die uns trennen, weil sie doppelt sind
eine reine Gleichung auszubreiten.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration retirée sur demande de l’artiste

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SOUVENIRS (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



SOUVENIRS

Poésie, poésie…
Jaune, plomb, violet…

Et vide, la rue…
Ou longues attentes,
Et parcs glacés…
Poète et solitaire…
Jaune, plomb, violet…

Vide, la chambre,
Et longues les nuits…
Parfum de deuil,
Séculaire…
A tout jamais..

(George Bacovia)

 

 

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Ce n’est pas un petit bonheur qu’il me faut (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Ce n’est pas un petit bonheur qu’il me faut,
J’accompagnerai mon mari chez sa belle
Puis je coucherai mon enfant,
Content, fatigué.

Et de nouveau, dans la chambre glacée
Je prierai la Mère de Dieu…
Dur, dur de vivre recluse,
Plus dur encore d’être gaie.

Si seulement rêvait en moi le rêve de feu :
J’entrerais dans l’église haute,
En pierre blanche, à cinq coupoles,
Par les sentiers dont j’ai mémoire.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Un songe de printemps (Cen Can)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Hashiguchi Goyō
    
Un songe de printemps

La nuit dernière, au plus profond de ma chambre,
le souffle du printemps pénétrait ;

Mon esprit s’en retourna bien loin, sur les bords du fleuve Kiang,
près de la belle jeune fille qui l’occupe.

Il dura bien peu ce songe de printemps ;
il fut bien court l’instant où ma tête reposa sur l’oreiller ;

Cependant cet instant si court m’a suffi pour aller dans le Kiang-nân,
à plus de cent lieues d’ici.

(Cen Can)

 

 

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PRINTEMPS (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



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PRINTEMPS

Dans ma chambre, le vent jette des fleurs de pêcher
qui ressemblent à des papillons roses, ivres d’avoir trop butiné.

Comme ces fleurs, mes pensées, lourdes de tristesse,
jonchent le papier où je voulais écrire des vers à la gloire du printemps.

Je respire sans joie le parfum des pruniers.
Arrive, douce nuit, douce amie,
et que ma peine s’endorme dans tes bras légers !

(La Flûte de Jade)

 

 

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LE BOULEAU (Louis Simpson)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019




    
LE BOULEAU

Bouleau, tu me fais songer
A une chambre pleine des respirations,
Des mouvements et des murmures de l’amour.

Elle quitte ses chaussures ;
Elle dégrafe sa jupe ; les bras levés
Elle enlève une boucle d’oreille, puis l’autre.

C’est ainsi que le tronc blanc
Se divise en deux, et ses branches
Sont pâles et lisses.

***

BIRCH

Birch tree, you remind me
Of a room filled with breathing,
The sway and whisper of love.

She slips off her shoes ;
Ûnzips her skirt ; arms raised,
Ûnclasps an earring, and the other.

Just so the sallow trunk
Divides, and the branches
Are pale and smooth.

(Louis Simpson)

 

Recueil: Nombres et poussière
Traduction:
Editions: Atelier La Feugraie

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La solitude est féminine (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



la solitude est féminine
(comme son nom l’indique)
elle est cette épouse éperdue
que jamais vraiment tu ne quittes

elle se tient au coin du feu
qui s’éteint dans la chambre basse
elle a les yeux clairs les mains bleues
des revenants de ton enfance

elle est là depuis ta naissance
elle est la fée au don précieux
qui pensive tient sa promesse
de veiller jusqu’au dernier soir

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: Fabienne Contat

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Ca n’est pas une mince affaire d’attendre le matin (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



ça n’est pas une mince affaire
d’attendre le matin
là-haut dans la chambre on souhaite
que dorme l’épouse on espère
qu’elle rêve et que surtout rien
ne l’éveille on est seul on préfère
être seul à savoir que l’aurore
n’est pas toujours cette heure aimée
des vieux poètes on fait le guet
pour aider le silence
à supporter le bruit

(Jean-Claude Pirotte)

Illustration

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