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Poésie

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On glisse dans la paix (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2021



 

Dai Ping Jun 3

On glisse dans la paix d’une chambre aussi bien
Que dans l’eau d’un étang, toutes deux sont sans fond.
Passé, futur, quel vent te prend soudain
Par les cheveux, te force à t’enfoncer plus loin ?
L’ombre du souvenir est un ciel étoilé
Reflété dans l’abîme. Attends au fond de l’eau
Que le matin revienne et comme le chasseur
D’un conte merveilleux prends ton arc à deux courbes.
Arrête avec ta flèche un rêve que le ciel
Du matin trop étroit ne pourrait contenir.

(Franz Hellens)

Illustration: Dai Ping Jun

 

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Je suis en quête (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2021



Je suis en quête

J’écarte les vapeurs du matin
Pour étreindre des couleurs
Et entendre les accords
D’une musique inaudible.

Le feu s’évapore
Et la sève s’élève
Secoué par des doigts invisibles
Le diapason de la pluie
Scande le rythme de vivre.

J’entre par effraction
Dans ce lieu et connais
Des après-midi secrets
Faits de rires et de caresses
Où j’oublie tout car pour moi
S’est tu l’écho des jours anciens

Je vis hors de l’espace et du temps

Un soupçon de clarté
Se glisse dans la chambre
Et une pointe d’ombre
Se pose sur ton épaule
Je me blottis entre tes bras
Pour mettre mon coeur à l’abri

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Zhaoming Wu

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Jardin du mois de Mai (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2021



 

fleur mois de Mai 20090523_132402_ [1280x768]

Jardin du mois de Mai

Chérie, comme il fait doux. Le vent s’est endormi.
Déjà, la brume vient danser après la pluie.
Une hirondelle bleue écrit des mots d’amour
Dans le ciel et je pense aux beaux jours…

Jardin du mois de mai, où êtes-vous ce soir ?
Jardin fleuri, nos cœurs se sont aimés
Par une nuit de tendre espoir.
Jardin du souvenir, mon premier rendez-vous.
Désir charmant et soudain désir fou.
Tout tourne autour de nous.
Depuis, j’ai voyagé là-haut souvent dans de beaux nuages,
Changeant d’amour comme l’oiseau change de paysage…
Mais rien n’a pu changer au jardin de mon cœur.
Mon seul amour y dort vivant et nu comme une belle fleur…

Je vous écris de loin, d’un pays merveilleux
Où les choses vous parlent quand on ferme les yeux.
La chambre que j’habite est chambre de voleur
Car j’abrite la vie, le temps, les heures…

Jardin du mois de mai, vous êtes là ce soir,
Jardin fleuri où nos cœurs vont s’aimer
Dans l’ombre ardente du ciel noir.
Tes bras qui vont s’ouvrir, je les caresse encor.
Comme autrefois ta bouche est près de moi.
Je sens vibrer ton corps.
Depuis j’ai voyagé là-haut souvent dans de beaux nuages,
Changeant d’amour comme l’oiseau change de paysage…
Mais rien n’a pu changer au jardin de mon cœur.
Mon seul amour y dort vivant et nu comme une belle fleur…

(Charles Trenet)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Mam´zelle Clio (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2021



 

Alphonse Mucha ur [1280x768]

1. Mam´zelle Clio
Mam´zelle Clio
Le premier jour je me rappelle
C´était chez des amis idiots
Mam´zelle Clio
Mam´zelle Clio
Votre maman avait des ailes
Dans une robe de taff´tas
Vous étiez une demoiselle
Et je vous murmurais tout bas

{Refrain:}
Dormir avec vous dormir une nuit,
Faire un rêve à deux quand le ciel est noir au fond de ma chambre
Le sommeil est doux quand tombe la pluie
Quand le vent du nord murmure tout bas
Décembre
Tous les mots d´amour le vent nous les dit
Quand la cloche sonne une heure perdue lointaine…
Oublier la vie oublier nos peines
Dormir une nuit dormir mon amour dormir avec vous

2. Mam´zelle Clio
Mam´zelle Clio
Vous êtes mariée c´est ridicule
Avec le fils de ces idiots
Mam´zelle Clio
Mam´zelle Clio
Votre mari est somnambule
Il se promène sur les toits
Toute la nuit tandis que moi

{Refrain:}
Je dors avec vous dans le même lit
Nous rêvons tous deux quand le ciel est noir au fond de ma chambre
Votre corps charmant se donne à minuit
Dans un petit hôtel tout près de la rue Delambre
Y a pas d´eau courante et pour faire pipi
C´est au fond de la cour
Mais là-bas y a pas de lumière
Mais ces petites bêtises me sont familières
Je dors avec vous et pendant le jour
J´attends notre nuit

3. Mam´zelle Clio
Mam´zelle Clio
Votre mari dans une crise
M´a flanqué deux balles dans la peau
Mam´zelle Clio
Mam´zelle Clio
Je suis bien mort quoi qu´on en dise
Oui mais le diable m´a permis
De revenir toutes les nuits

{Refrain:}
Dormir avec vous sans vous faire peur
Caresser vos cheveux toucher votre cœur vous dire à l´oreille
 » Je t´aime chérie je t´aime et j´en meurs  »
Et tirer les poils du petit cocu qui veille
La commode qui grince un bruit sur le toit
Le lit qui gémit c´est moi dans le bois ma brune
Je suis courant d´air et rayon de lune
J´ai l´éternité pour chanter tout bas
Je dors avec toi

(Charles Trenet)

Illustration: Alphonse Mucha

 

 

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Si Monsieur et Madame veulent monter (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2021



C’est le chambre où il est mort.

Fenêtres portes courant d’air on emporte
on rapporte on lave on balaie on secoue
on frotte
Les murs ont l’air d’être comme avant
Les draps sont blancs

« Si Monsieur et Madame veulent monter leur chambre est prête »

(Pierre Albert-Birot)

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Dans la ramure de tes os (Olga Durand)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2021



Dans la ramure de tes os
Il y a bien le nid
Il y a bien l’oiseau

Dans l’armoire de ta peau
Il y a cette fleur
Vibrante et courroucée

Dans la chambre chaude de tes maux
Il y a surtout
Cet enfant blessé

(Olga Durand)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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LE POÈTE (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2021



LE POÈTE

Du temps que j’étais écolier,
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire.
Devant ma table vint s’asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau :
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire.
Il pencha son front sur sa main,
Et resta jusqu’au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.

Comme j’allais avoir quinze ans
Je marchais un jour, à pas lents,
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d’un arbre vint s’asseoir
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin ;
Il tenait un luth d’une main,
De l’autre un bouquet d’églantine.
Il me fit un salut d’ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.

A l’âge où l’on croit à l’amour,
J’étais seul dans ma chambre un jour,
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint s’asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux ;
D’une main il montrait les cieux,
Et de l’autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu’un soupir,
Et s’évanouit comme un rêve.

A l’âge où l’on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevais mon verre.
En face de moi vint s’asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

(Alfred de Musset)


Illustration: René Magritte

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Les erreurs (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



 

Les erreurs

(la première voix est ténorisante,
maniérée, prétentieuse ;
l’autre est rauque, cynique et dure.)

Je suis ravi de vous voir
bel enfant vêtu de noir.

– Je ne suis pas un enfant
je suis un gros éléphant.

Quelle est cette femme exquise
qui savoure les cerises ?

– C’est un marchand de charbon
qui s’achète du savon.

Ah ! Que j’aime entendre à l’aube
roucouler cette colombe !

– C’est un ivrogne qui boit
dans sa chambre sous le toit.

Mets ta main dans ma main tendre
je t’aime ô ma fiancée !

– Je n’suis point vot’ fiancée
je suis vieille et j’ suis pressée
laissez-moi passer !

(Jean Tardieu)

 

 

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JOUR DE SOMMEIL (Bai Juyi)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021



 


    
JOUR DE SOMMEIL

La tête enfoncée
dans mon oreiller,
dans la chambre vide
je me tais.
Qui sait pourquoi
je reste ainsi,
le jour entier,
sans être malade
ni dormir ?

(Bai Juyi)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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QUAND ELLE ÉTAIT LÀ… (Li Bo)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021




    

QUAND ELLE ÉTAIT LÀ…
(Sur l’air « Désir mutuel »)

Quand elle était là,
c’était comme si la maison
débordait de fleurs.
Aujourd’hui ne reste
qu’une chambre vide.
Les couvertures brodées,
enroulées sur son lit,
jamais personne
ne les a touchées.
Après trois ans,
elles exhalent encore
son parfum délicat.
Si loin de moi,
et pourtant toujours là,
toujours là,
mais jamais de retour…
Les feuilles mortes
descendent en tourbillons,
je pense à elle,
rosée blanche
sur la mousse verte…

(Li Bo)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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