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Poésie

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CHAQUE ANIMAL (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



CHAQUE ANIMAL

Chaque animal sait prendre une autre forme
et pour cela son poète est choisi.
Les chants des geais, des rossignols s’entendent
et tout poème est bestiaire ardent.

Suis-je l’oiseau, le lion, la panthère
ou la fourmi ? D’amours zoologiques,
je suis épris sans savoir si je rampe
ou si je nage ou si je marche ou vole,

mais que je sois de pelage ou de plumes,
insecte ou ver, ingénument licorne,
hibou, saumon, rhinocéros, abeille,
je vois partout l’ombre du Grand Chasseur.

(Robert Sabatier)

 

 

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Te souvient-il (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Tronoën [800x600]

Te souvient-il
de cette maison à vendre
qui nous plaisait tant ?

De ses fenêtres nues
nous apercevions Tronoën,
hache émoussée sortant de terre,
et par-dessus d’autres maisons basses
un pollen d’écume sur la mer.

Nous baignions dans une lumière
que nous buvions les yeux fermés,
que nous aspirions par l’oreille,
par le nez
comme le parfum d’une prairie coupée,
par les paumes
comme la tiédeur d’une hanche.

Te souvient-il
de cette maison à vendre
qui nous plaisait tant ?
Je ne sais plus pourquoi
nous ne l’avons pas achetée.
Ah si !
Nous n’avions pas l’argent.

Ici le ciel prend toute la fenêtre
où passent des oiseaux
et de silencieux aéronefs.
J’y reçois des amours
douces puis amères,
j’y loge mes amis poètes
et quand je m’assois pour écrire
j’aperçois la cathédrale de Quimper
dans son bateau vert.

(Gérard Le Gouic)

Illustration

 

 

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EPITAPHE POUR JOAQUIN PASOS (Ernesto Cardenal)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2020



Illustration: Paola Grizi

    

EPITAPHE POUR JOAQUIN PASOS

Il passait ici par ces rues, à pied,
sans relation, sans travail et sans argent.
Seuls les poètes, putains et poivrots
connaissaient ses vers.

Jamais il n’a été à l’étranger.
Il était en prison.
Maintenant il est mort.
Il n’a aucune statue.

Mais
souvenez-vous de lui quand vous aurez des ponts en béton,
de grandes turbines, des tracteurs, des remises argentées,
de bons gouvernements.

Car dans ses poèmes il a épuré la langue de son peuple
où un jour les accords commerciaux, la Constitution,
les lettres d’amour
et les décrets seront écrits.

***

EPITAFIO PARA JOAQUÍN PASOS

Aquí pasaba a pie por estas calles,
sin empleo ni puesto y sin un peso.
Sólo poetas, putas y picados
conocieron sus versos.

Nunca estuvo en el extranjero.
Estuvo preso.
Ahora está muerto.
No tiene ningún monumento…

Pero
recordadle cuando tengáis puentes de concreto,
grandes turbinas, tractores, plateados graneros,
buenos gobiernos.

Porque él purificó en sus poemas el lenguaje de su pueblo,
en el que un día se escribirán los tratados de comercio,
la Constitución, las cartas de amor,
y los decretos.

***

EPITAPH FOR JOAQUÍN PASOS

He used to walk here, along these streets,
without job or position and without a peso.
Only poets, prostitutes, and bums
knew his verses.

He was never abroad.
He was in prison.
Now he’s dead.
He hasn’t any monument . . .

But
remember him when you have concrete bridges,
big turbines, tractors, silver-plated barns,
good governments.

Because in his poems he purified the language of his people,
in which one day trade agreements will be written,
the Constitution, the love letters,
and the decrees.

***

EPITAF DEMI JOAQUÍN PASOS

Dia sentiasa berjalan di sini, di lorong ini
tanpa jawatan atau kedudukan, tanpa duit
Hanya penyair, wanita sundal dan yang musnah
memahami puisinya.

Tidak pernah berkelana ke luar negara.
Terkurung di penjara.
Kini kembali ke negeri abadi.
Tiada tugu…

Tapi
Titi konkrit, turbin besar, traktor, bangsal perak, kerajaan telus
kembalikan ingatan terhadapnya.
Dalam puisinya disucikan bahasa warganya,

bakal termeterai perjanjian perdagangan,
Perlembagaan, surat cinta
dan dekri.

***

EPITAF PENTRU JOAQUÍN PASOS

A fost pe-aici, cândva, mergând pe-aceste străzi
fără angajamente sau funcții sau vreun peso.
Și doar câțiva poeți și cerșetori, și curve
versul i l-au aflat.

Nicicând peste hotare n-a plecat.
A stat toți anii lui încarcerat.
Acum în viață nu mai este.
Nimeni nu i-a făcut vreun monument…

Dar voi
să-l evocați când poduri ridicați,
turbine și tractoare și argintii hambare,
guverne binefăcătoare.

Căci el prin poezie a-nnobilat limbajul din popor,
limba în care-apoi s-au scris acorduri, legi
scrisori de amor,
decrete.

***

EPITAFFIO PER JOAQUÍN PASOS

Era solito passeggiare qui, lungo queste strade,
senza un lavoro o una posizione, senza una lira.
solo poeti, prostitute e straccioni
conoscevano i suoi versi.

Non era mai stato all’estero.
Conosceva la prigione.
Adesso è morto.
Non ha nessun monumento . . .

Eppure
ricordalo quando nell’avere ponti in cemento,
grandi turbine, trattori, silos argentati,
buoni governi.

Perché nelle sue poesie ha purificato il linguaggio del suo popolo,
nel quale un giorno scriveranno accordi commerciali,
la Costituzione, lettere d’amore
e le leggi.

***

EPITÁFIO PARA JOAQUÍN PASOS

Aqui passava a pé por estas ruas,
sem emprego, sem posto, e sem dinheiro.
Somente poetas, putas e borrachos
conheceram os seus versos.

Nunca foi para o exterior.
Esteve preso.
Agora está morto.
Não tem nenhuma estátua…

Mas
lembrem dele quando tiverem pontes de concreto,
grandes turbinas, tratores, prateados celeiros,
bons governos.

Porque ele purificou nos seus poemas a língua do seu povo,
em que um dia serão escritos os tratados de comércio,
a Constituição, as cartas de amor,
e os decretos.

***

ΕΠΙΤΑΦΙΟΣ ΓΙΑ ΤΟΝ JOAQUÍN PASOS

Εδώ σ’ αυτούς τους δρόμους συνήθιζε να περπατεί
δίχως δουλειά, δίχως δεκάρα ή θέση
οι ποιητές, ιερόδουλες κι αλήτες
τους στίχους του ρητόρευαν
ποτέ του δεν ταξίδεψε
μπήκε σε φυλακή
και τώρα πια νεκρός δίχως μνημείο.
Μα πείτε του πως γέφυρες έχετε
τουρμπίνες, και τρακτέρ, και αποθήκες
και κυβερνήσεις με μυαλό
τη γλώσα του λαού με στίχους είχε αγιάσει
που συμφωνίες μια μέρα θα γραφτούν
και Καταστατικό, και γράμματα ερωτικά
και τίτλοι.

***

乔昆·帕索斯墓志铭

他过去常走在这里, 沿着这些街道,
没有工作或职位, 也没有比索。
只有诗人、卖淫者和流浪汉
知道他的诗句。
他从未出过国。
他曾坐监狱。
现在他死了。
他没有纪念碑……
但是
当你有混凝土桥的时候记得他,
大型涡轮机,拖拉机, 银色谷仓,
好政府。
因为他在诗中净化了人民的语言,
其中有一天贸易协定会被写下来,
宪法,情书,
以及法令。

***

GRAFSCHRIFT VOOR JOAQUÍN PASOS

Hier kwam hij langs deze straten, te voet,
zonder betrekking, zonder werk en zonder geld.
Alleen dichters, hoeren en dronkaards
kenden zijn verzen.

Hij was nooit in het buitenland.
Hij was in de gevangenis.
Nu is hij dood.
Hij heeft geen enkel standbeeld…

Maar
herinner hem wanneer jullie bruggen van beton zullen hebben,
grote turbines, tractors, verzilverde schuren,
goede regeringen.

Want hij zuiverde in zijn gedichten de taal van zijn volk
waarin ooit de handelsovereenkomsten, de Grondwet,
de liefdesbrieven,
en de decreten zullen worden geschreven.

***

***

***

***

(Ernesto Cardenal)

 

Recueil: ITHACA 622
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol / Anglais Stanley Barkan / Malaisien : Dr.Raja Rajeswari Seetha Raman / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Grec Manolis Aligizakis / Chinois William Zhou / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Russe Rahim Karim / Indi Jyotirmaya Thakur / Persan Sepideh Zamani /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Qui me dira (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2020




    
Qui me dira
ce que trois mille pangolins
sont venus discuter
au congrès des poètes
tenu cette semaine sous ma peau ?

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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La nuit de mai (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



La nuit de mai

LA MUSE

Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;
La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore,
Le printemps naît ce soir ; les vents vont s’embraser ;
Et la bergeronnette, en attendant l’aurore,
Aux premiers buissons verts commence à se poser.
Poète, prends ton luth, et me donne un baiser.

LE POÈTE

Comme il fait noir dans la vallée !
J’ai cru qu’une forme voilée
Flottait là-bas sur la forêt.
Elle sortait de la prairie ;
Son pied rasait l’herbe fleurie ;
C’est une étrange rêverie ;
Elle s’efface et disparaît.

[…]

(Alfred de Musset)


Illustration: Eugène Lami

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L’âme des poètes (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

Charles Trenet

L’âme des poètes

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
La foule les chante un peu distraite
En ignorant le nom de l´auteur
Sans savoir pour qui battait leur cœur
Parfois on change un mot, une phrase
Et quand on est à court d´idées
On fait la la la la la la
La la la la la la

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
Un jour, peut-être, bien après moi
Un jour on chantera
Cet air pour bercer un chagrin
Ou quelque heureux destin
Fera-t-il vivre un vieux mendiant
Ou dormir un enfant
Ou, quelque part au bord de l´eau
Au printemps tournera-t-il sur un phono

Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leur âme légère court encore dans les rues

Leur âme légère, c’est leurs chansons
Qui rendent gais, qui rendent tristes
Filles et garçons
Bourgeois, artistes
Ou vagabonds.

Longtemps, longtemps, longtemps
La la la…

(Charles Trenet)

 

 

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St-Emile (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2020



St-Emile

Le soleil est un amant
Qui ne sait
Que faire rire les choses
Mais le poète les fait crier
Il fait nuit
J’écris
A la lueur de ma joie

(Pierre Albert-Birot)


Illustration: Vincent Van Gogh

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Le poète (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



Mihai Criste - Tutt'Art@ (34)

Le poète est la synthèse des générations qui ont convoité la beauté absolue
quand elles ont vu luire en elle un éclat de l’édifice cosmique…

(Srecko Kosovel)

Illustration: Mihai Criste

 

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CONSEILS AU POÈTE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration: Josh Fancher
    
CONSEILS AU POÈTE

Sois comme l’eau
celle de la source et celle des nuages
tu peux être irisé ou même incolore
mais que rien ne t’arrête
pas même le temps
Il n’y a pas de chemins trop longs
ni de mers trop lointaines
Ne crains ni le vent
ni encore moins le chaud ou le froid
Apprends à chanter
sans jamais te lasser
murmure et glisse-toi
ou arrache et bouscule
Bondis ou jaillis

Sois l’eau qui dort
qui court qui joue
l’eau qui purifie
l’eau douce et pure
puisqu’elle est la purification
puisqu’elle est la vie pour les vivants
et la mort pour les naufragés

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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La maison du poète (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

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La maison du poète

Au bord d’un verger vert envahi d’herbe en fête
Se dressait le palais superbe du poète.

La maison était vieille au moins trois cent ans,
On entendait craquer ses poutres au printemps.

Les arbres se pressaient contre elle à s’étouffer,
Poiriers portant le nid mélodieux d’Orphée.

Mais les tuiles volaient au vent à tire-d’aile
– Fort bien, dit le poète: on verra mieux le ciel!

Quand il pleuvait, la pluie entrait comme chez elle
– Bon, c’est la porte aussi qu’emprunte l’hirondelle!

Les murs épais, dorés, ruisselaient de feuillages:
Vigne, lierre, rosiers pleins de lézards sans âge.

Au grenier résidait l’effraie, oiseau de nuit.
– C’est moi qui vis chez toi, Sagesse à l’oeil qui luit!

Deux chiens fous, un vieux puits, peu de pain dans la huche
– Mais du soleil au coeur plus que le miel en la ruche!

Depuis longtemps l’horloge s’était arrêtée
– Que l’heure loge ailleurs: pas le temps de compter!

Les cigales vibraient sans fin, de chaleur ivres,
Une plume fumait, dedans, les mots d’un livre.

Et le chant du poète en silence embaumait
La nature alentour ainsi qu’une fumée.

(Marc Alyn)

Illustration: Dao Hai Phong

 

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