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Poésie

Posts Tagged ‘poète’

C’est quelque chose de lumineux (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



Victor Brauner e4ec2a5 [800x600]

C’est quelque chose de lumineux, de doux, que je veux vous annoncer,
A vous tous, hommes d’aujourd’hui et de demain.
C’est pour cela qu’une fois encore j’ai pris les instruments du poète
Car c’est au poète de dire la justice de l’avenir.

Il vient un temps nouveau. Voilà ce dont
Quelques-uns seulement ont eu vent. On eût dit une voile
Qui apparaissait loin au-dessus de l’océan. Un navire
Chargé de tout ce qui manquait aux hommes: du pain et une grande bonté, un grand amour.

Cette joie de cœur de battre non pas pour lui
Mais pour le corps et l’esprit tout entier. Cette joie
Du poète d’écrire non pas pour lui mais pour une foule généreuse,
Cette joie de l’homme de retrouver ses semblables,

Voilà donc ce que je veux vous annoncer:
Le ciel, le printemps, les vacances dont on parlait dans les anciens
Poèmes, seront pour tous dorénavant. Et la beauté,
L’espérance, rendues aux hommes comme la vue aux aveugles.

(Ilarie Voronca)

 Illustration: Victor Brauner

 

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Où sont tes peupliers hauts de quinze cents mètres (Hughes Fouras)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



Où sont tes peupliers hauts de quinze cents mètres,
Tes champs pleins de Sioux et de courges scalpées?
Charmant pays de mes vacances enfantines,
Tu m’apparais comme un village de poupées.

Tout s’est ratatiné: les peupliers des routes ?
A peine plumes d’oie pour poètes branlants,
Et l’oncle qui jadis m’étonnait par sa force,
Un petit vieux qui pleure en me reconnaissant.

(Hughes Fouras)

 

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UN JEUNE POÈTE PENSE A SA BIEN-AIMÉE QUI HABITE DE L’AUTRE CÔTÉ DU FLEUVE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018




    
UN JEUNE POÈTE PENSE A SA BIEN-AIMÉE QUI HABITE DE L’AUTRE CÔTÉ DU FLEUVE
Sao-Nan

La lune monte vers le cœur du ciel nocturne et s’y repose amoureusement.
Sur le lac lentement remué, la brise du soir passe, passe, repasse, en baisant l’eau heureuse.
Oh ! quel accord serein résulte de l’union des choses qui sont faites pour s’unir !
Mais les choses qui sont faites pour s’unir s’unissent rarement.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Ce que j’ai (Michaële Lafontant)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

Abdalieva Akzhan -   21

Ce que j’ai

Je n’ai comme trésor
Qu’un coeur d’enfant
Fait pour aimer
Pleurer souffrir

Pas de fortune
Pas d’héritage
Une simple plume
Est mon espoir

Mes chants d’amour
Mes chants d’espoir
Il faudra bien
Les disperser

Les disperser
Dans tous les coeurs
Pour leur apprendre
À mieux aimer

Je n’ai pour titre
Qu’un nom poète
Je peux le vivre
Et l’élargir

(Michaële Lafontant)

Illustration: Abdalieva Akzhan

 

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C’est un poète (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018



Que vas-tu peindre ami? L’invisible.
Que vas-tu dire ami? L’indicible
Monsieur car mes yeux sont dans ma tête.
– N’ayez pas peur, c’est un poète.

(Pierre Albert-Birot)

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Je m’embête… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018



Illustration: William Bouguereau
    
Je m’embête; cueillez-moi des jeunes filles
et des iris bleus à l’ombre des charmilles
où les papillons bleus dansent à midi,
parce que je m’embête
et que je veux voir de petites bêtes
rouges sur les choux, les ails (on dit aulx), les lys.
Je m’embête.

Ces vers que je fais m’embêtent aussi,
et mon chien se met à loucher, assis,
en écoutant la pendule
qui l’embête comme je m’embête.
Vraiment ces trois cils de ce chien de chasse,
de ce chien de poète,
sont cocasses.

Je voudrais savoir peindre. Je peindrais
une prairie bleue, avec des mousserons,
où des jeunes filles nues danseraient en rond
autour d’un vieux botaniste désespéré,
porteur d’un panama et d’une boîte verte
et d’un énorme filet à papillons
vert.

Car j’apprécie les jeunes filles
et les gravures excessivement coloriées
où l’on voit un vieux botaniste éreinté
qui longe un torrent et se dirige
vers l’auberge.

(Francis Jammes)

 

 

 

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DEMEURE DU REGARD (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018




DEMEURE DU REGARD

Tu vas au-dedans de toi-même et l’infime reflet qui serpente et te conduit
n’est pas le dernier regard jeté par tes yeux en se fermant ni le soleil timide taquinant tes paupières :
c’est un ruisseau secret, il n’est pas fait d’eau mais de pulsations :
appels, réponses, appels,
filet de clartés entre les hautes herbes et les bêtes tapies dans la conscience à l’aveuglette.
Tu suis la rumeur de ton sang dans cette contrée inconnue inventée par tes yeux
et tu gravis un escalier de verre et d’eau qui te conduit sur une terrasse.
Faite de la matière impalpable des échos et des bourdonnements,
la terrasse, suspendue en l’air, est un quadrilatère de lumière, un ring magnétique
qui se love, s’élève, s’envole et se plante dans le êirque de l’oeil,
geyser lunaire, tige de vapeur, feuillage d’étincelles, grand arbre qui s’allume, s’éteint, se rallume :
tu es à l’intérieur des reflets, dans la demeure du regard,
tu as fermé les yeux et tu vas de toi-même à toi-même, tu entres et tu sors par un pont de pulsations :

LE COEUR EST UN ŒIL.

Tu es dans la demeure du regard, les miroirs ont caché tous leurs spectres,
il n’y a personne, il n’y a rien à voir, les choses ont quitté leur corps,
ce ne sont plus des choses ni des idées, mais des tirs qui fusent, verts, jaunes, rouges, bleus,
essaims qui tournoient et tournoient, spirales de légions désincarnées,
tourbillon des formes qui n’ont pas encore trouvé leur forme,
ton regard est l’hélice qui propulse et brasse les multitudes incorporelles,
ton regard est l’idée fixe qui taraude le temps, la statue rivée sur la place de l’insomnie,
ton regard tisse et défisse les fils de la trame de l’espace,
ton regard frotte une idée contre l’autre et allume une lampe dans le temple de ton crâne,
passage de l’énonciation à l’annonciation, de la conception à l’assomption,
l’ceil est une main, la main un oeil multiple, le regard a deux mains,
nous sommes dans la demeure du regard et il n’y a rien à voir, il faut repeupler la maison de l’oeil,
il faut que l’oeil peuple le monde, il nous faut être fidèles à la vue, il faut

CREER POUR VOIR.

L’idée fixe taraude chaque minute, la pensée tisse et détisse la trame,
va-et-vient entre l’infini du dehors et ton propre infini,
tu es un fil de la trame et une pulsation de la minute, l’oeil qui taraude et l’oeil tisserand,
quand tu rentres en toi-même tu ne quines pas le monde, fleuves et volcans peuplent ton corps, fourmis et planètes,
dans ton sang voguent des empires, il y a des turbines, des bibliothèques, des jardins,
il y a aes animaux, des plantes, des créatures d’autres mondes, les galaxies gravitent dans tes neurones,
quand tu rentres en toi-même tu entres dans ce monde et dans tous les autres,
tu vois ce que l’astronome a vu dans son télescope, le mathématicien dans ses équations :
le désordre et la symétrie, l’accident et la rime, la duplication et la mutation,
la danse de Saint-Guy de l’atome et de ses particules, les cellules récidivistes, les inscriptions stellaires.

L’extérieur est l’intérieur, nous pénétrons où nous ne sommes jamais allés,
le point de fusion entre ceci et cela est ici même et maintenant,
nous sommes l’intersection, l’X, la fabuleuse croix de saint André qui nous multiplie et nous interroge,
la croix qui en tournant dessine le zéro, idéogramme du monde et de tout un chacun.
Comme le corps astral de Bruno et de Cornelius Agrippa, comme les grands transparents de Breton,
véhicules de matière subtile, câbles tendus de ce côté à l’autre,
nous sommes. la charnière entre cà et là, le signe double et singulier, V et Λ,
pyramides superposées, unies dans un angle pour former l’X de la Croix,
terre et ciel, air et vague, plaine et mont, lac et lave, homme et femme,
la carte du ciel transparaît dans le miroir de la musique,
où l’oeil s’abolit surgissent des mondes :

LA PEINTURE A UN PIED DANS L’ARCHITECTURE ET UN AUTRE DANS LE SONGE.

La terre est un homme, as-tu dit, mais l’homme n’est pas la terre,
l’homme n’est pas ce monde ni les autres mondes qu’il y a sur terre et ailleurs,
l’homme est cet instant où la terre doute d’elle-même, où le monde n’est plus sûr de lui,
l’homme est la bouche qui embue le miroir des similitudes et des analogies,
l’animal qui sait dire non et invente ainsi d’autres affinités et dit oui,
le funambule aux yeux bandés qui danse sur la corde légère d’un sourire,
le miroir universel qui réfléchit l’autre monde en restituant
celui-ci, le miroir qui transfigure ce qu’il dédouble,
l’homme n’est pas ce qu’il est, cellule ou petit dieu, mais celui qui est toujours au-delà.
Nos passions ne sont pas l’accouplement des substances aveugles,
mais la lutte et l’étreinte des éléments riment avec nos désirs et nos faims,
peindre c’est chercher la rime secrète, esquisser l’écho, dessiner le chaînon:
Le vertige d’Éros est la vapeur de la rose bercée sur l’ossuaire,
l’apparition de la nageoire sur la mer à la nuit tombante est le scintillement de l’idée,
tu as peint l’amour derrière un rideau d’ondes flamboyantes

POUR COUVRIR LA TERRE D’UNE ROSÉE NOUVELLE.

Dans le miroir de la musique, les constellations se contemplent avant de se dissiper,
le miroir s’abîme en lui-même, noyé dans la clarté, jusqu’à disparaître dans un reflet,
les espaces glissent et se précipitent sous le regard du temps pétrifié,
les présences sont des flammes, les flammes sont des tigres et les tigres des vagues,
cascade de transfigurations et de répétitions, pièges et trappes du temps :
il faut donner à la nature affamée sa ration de flammes,
il faut agiter le grelot des rimes pour tromper le temps et réveiller l’âme,
il faut planter des yeux sur la place, arroser les parcs d’un rire solaire et lunaire,
il faut apprendre le refrain d’Adam, le solo de la flûte-fémur,
il faut bâtir sur cet espace instable la demeure du regard,
la demeure d’air et d’eau où la musique dort, où le feu veille, où peint le poète.

(Octavio Paz)

Illustration: Muro

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LES HOMMES (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



LES HOMMES

Moi, l’homme des forêts et des trains en hiver,
moi, le conservateur de la dure saison,
de la boue
dans une rue épuisée, misérable,
moi, le poète obscur, j’ai reçu le baiser de pierre sur mon front
et j’ai senti se purifier aussitôt mes angoisses.

(Pablo Neruda)

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L’appel de la musique (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



    

L’appel de la musique assouplit quelque chose d’essentiel dans l’homme
sans raisons ni arguments.

Ce lien doit être en relation avec les rythmes épars dans l’univers.
Il n’y a pas de poésie sans musique,
mais l’essentiel, en elle, c’est la musique intérieure,
bien que demeure aussi une certaine musique extérieure.

Il s’agit d’une espèce de musique du sens,
en intime symbiose avec la musicalité propre des mots.
Comme dans toute musique, le silence habite ses interstices.
Ainsi que la transcendance et la consolation?

Il est difficile de concevoir un homme, et moins encore un poète
qui n’aime pas la musique à l’intérieur et à l’extérieur du poème.

Le souci de l’être, qui est l’essence de la poésie, sait que l’être est musique.
Et devine même qu’il existe une musique du vide et du non-être.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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SUR UN PETIT AIR DE FLÛTE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



Illustration: Maurice Lemaître
    
SUR UN PETIT AIR DE FLÛTE

Dans les temps bucoliques
le poète se disait doué de pouvoirs magiques
tout en se demandant avec inquiétude
où vais-je chercher toutes ces belles choses ?

suis-je une petite machine
qui rédige consciencieusement ce qui lui a été programmé ?
heureusement qu’il y a les ratures
ce qui donne le droit de parler de littérature

(Raymond Queneau)

 

Cent mille milliards de poèmes

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