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Poésie

Posts Tagged ‘crainte’

MAINTENANT… (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2020




MAINTENANT…

Maintenant que tu m’as d’une ardeur si profonde
Aimé dans mes départs, aimé dans mes retours,
Maintenant que, pour mieux enchaîner notre amour ;
Tu mêles à tes cheveux bruns mes boucles blondes ;

Maintenant que, rieuse et grave tour à tour,
De joie ou de tristesse à ton gré tu m’inondes,
Je n’aurai pas de crainte, il me semble, le jour
Où je devrai laisser ce doux et triste monde.

Car serait-ce demain, serait-il même vrai
Que le néant suivît l’instant désespéré,
Mon amour ici-bas prolongerait mon âme ;

Et plus subtil, plus doux, plus tendre, plus vainqueur
D’avoir pris pour revivre un visage de femme,
Maintenant je vivrais tout entier dans ton coeur …
Cet amour vit encore après les feuilles mortes…

(Emile Ripert)

 

 

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Vale (Catherine Pozzi)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



La grande amour que vous m’aviez donnée
Le vent des jours a rompu ses rayons —
Où fut la flamme, où fut la destinée
Où nous étions, où par la main serrés
Nous nous tenions

Notre soleil, dont l’ardeur fut pensée
L’orbe pour nous de l’être sans second
Le second ciel d’une âme divisée
Le double exil où le double se fond

Son lieu pour vous apparaît cendre et crainte,
Vos yeux vers lui ne l’ont pas reconnu
L’astre enchanté qui portait hors d’atteinte
L’extrême instant de notre seule étreinte
Vers l’inconnu.

Mais le futur dont vous attendez vivre
Est moins présent que le bien disparu.
Toute vendange à la fin qu’il vous livre
Vous la boirez sans pouvoir être qu’ivre
Du vin perdu.

J’ai retrouvé le céleste et sauvage
Le paradis où l’angoisse est désir.
Le haut passé qui grandi d’âge en âge
Il est mon corps et sera mon partage
Après mourir.

Quand dans un corps ma délice oubliée
Où fut ton nom, prendra forme de cœur
Je revivrai notre grande journée,
Et cette amour que je t’avais donnée
Pour la douleur.

(Catherine Pozzi)

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Village au bord de l’eau (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020



Illustration
    
Village au bord de l’eau

Eau claire entourant de ses bras le village
Longs jours d’été où tout n’est que poésie

Sans crainte vont et viennent les couples d’hirondelles
Dans l’étang, les unes contre les autres, les mouettes

Ma vieille épouse dessine un échiquier sur papier
Mon jeune fils fait d’une aiguille un hameçon

Souvent malade, je cherche les plantes qui guérissent
Est-il d’autre désir pour mon humble corps?

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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L’HOMME ET SON OMBRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2020



Illustration
    
(Recueil Pages d’écriture)
L’HOMME ET SON OMBRE

La déroute des idoles n’a pas étouffé en nous le désir
de construire quelques êtres démesurés, étrangers à la raison,
capables de contenir toutes nos craintes, et, en même temps,
de nous conduire aux portes d’un empire incorruptible, paré
des augustes prestiges de l’impersonnalité.
Mais, par un bizarre paradoxe, puisque nulle chose, même
au bord du néant, ne peut nous arracher au souvenir de notre
condition, il semble qu’aujourd’hui la première de ces figures
mythiques, encore obscure et tremblante comme un monde
naissant, ne soit autre que l’Homme lui-même. Dans les
définitions qu’il se donne de sa propre nature et de son propre
destin, il n’est pas un trait, pas une notion qui ne le dépasse.
Son ombre gigantesque l’entraîne et il la suit en gémissant.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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A TRAVERS LES RUELLES SOUILLEES (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

Otto Dix   Painting 032 [1280x768]

A TRAVERS LES RUELLES SOUILLEES

En courant, j’atteignis la porte,
sur mon front et sur ma poitrine,
les perçant de gouttes alertes,
la terreur soudain s’installa.
J’inspectai le ciel et le rauque
aboiement des armes, tout comme
le pas pressé de mes comparses,
martelait mon coeur. Des étoiles
brillaient bien au-dessus de moi.

Temps lointains, temps d’après l’orage
largement enrichis d’ozone,
vous dont je crois à la venue,
gardez-nous en votre mémoire
hommes et filles d’un bonheur
futur, nous qui nous faufilions
à travers les ruelles souillées,
dans la dispersion et la crainte,
tendant une main hésitante
pleine d’amour à la recherche
d’un chaleureux embrassement
pour qu’en naissent vos âmes fortes.

(Gyula Illyès)

Illustration: Otto Dix 

 

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CHEMINS DE MORT (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019




    
CHEMINS DE MORT

Si du moins à notre rencontre
Quelqu’un venait
Pour nous dire, fût-ce au passage,
« Soyez en paix».

Simplement de quelqu’un ne voir
Même que l’ombre,
Dire «la paix soit avec toi»
Et avoir honte

Qu’au moins pour nous, saisi de crainte,
Tremble quelqu’un,
Même s’il nous jette au visage
Notre gourdin.

Mais nul, nul à notre rencontre
Ne vient encore.
Plaines et broussailles sauvages,
Chemins de mort.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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TROIS NOTES (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2019




TROIS NOTES

J’ai attendu votre lever,
et vous baignez enfin de rouge et de bleu
ma main qui se tend.

Ciel, couleurs d’amour,
votre enfant ce matin
tient à la main la plus belle
rose rêvée.

*

Vieilli sur les routes du soir,
je m’étendais sur l’herbe sombre,
et je goûtais ce désir sans fin,
cri trouble et ailé
que retient une lumière,
quand elle se meurt.

*

L’été a tout brûlé,
mais le coquelicot retrouve
son sang dans l’ombre,
et voix de lune
est la voix qui s’égrène,
et la tristesse de l’homme
n’est qu’un roseau,
l’oreille au guet,
mais il est sans crainte et sans pitié.

(Giuseppe Ungaretti)

 

 

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Je traverse tes bras, ton murmure (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



Je traverse tes bras, ton murmure,
Je traverse ce sourire
Que je flatte dans mes nuits.
Chacun de mes pas menace
L’empreinte de ma joie,
Qui descend dans mon amour
Comme une boule brûlante,
Je suis loin déjà
Que ma crainte dure encore,
Et que tu souris
Quand je n’ai pas su t’aimer !

(Jean Rousselot)

Illustration: Anne-Marie Zylberman

 

 

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Qu’est-ce que la Poésie (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



Qu’est-ce que la Poésie

Chasser tout souvenir et fixer la pensée,
Sur un bel axe d’or la tenir balancée,
Incertaine, inquiète, immobile pourtant ;
Éterniser peut-être un rêve d’un instant ;
Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie ;
Écouter dans son coeur l’écho de son génie ;
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard ;
D’un sourire, d’un mot, d’un soupir, d’un regard
Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme,
Faire une perle d’une larme :
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie et son ambition.

(Alfred de Musset)

Illustration

 

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A l’enfant qui danse dans le vent (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2019



A l’enfant qui danse dans le vent

Danse là sur le rivage
Car pourquoi te soucierais-tu
Du vent ou de l’eau qui gronde?
Et après secoue tes cheveux
Qu’ont trempés les gouttes amères.
Tu es jeune, tu ne sais pas
Que l’imbécile triomphe,
Ni qu’on perd l’amour aussitôt
Qu’on l’a gagné, ni qu’est mort
Celui qui œuvrait le mieux, mais laissa
Défaite toute la gerbe.
Ah, pourquoi aurais-tu la crainte
De l’horreur que clame le vent ?

***

To a child dancing in the wind

DANCE there upon the shore;
What need have you to care
For wind or water’s roar?
And tumble out your hair
That the salt drops have wet;
Being young you have not known
The fool’s triumph, nor yet
Love lost as soon as won,
Nor the best labourer dead
And all the sheaves to bind.
What need have you to dread
The monstrous crying of wind?

(William Butler Yeats)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Thomas-Alexander Harrison

 

 

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