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Poésie

Posts Tagged ‘inutile’

DRAGON (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: William Blake
    
DRAGON

L’angoisse ne me quitte avec ses bouts dorés
Ses lignes ses terrasses
La peur de ce néant que j’ai toujours couché
Dans les cheveux des mortes fastes

un cauchemar géant déploie ses replis verts
Dans sa gueule le feu des pays sous les voiles
De l’amour — et l’inutile ardeur des bleus divers
Fume vers le ciel gouffre où le jour tue l’étoile

Ô midi! c’est ici dame que tu mourus
Digne mémoire et méditation des formes
Que je n’eus point sinon par nostalgies énormes.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard
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Ferme les yeux et oublie (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018




    
Ferme les yeux et oublie
tout ce torrent futile
de mots inutiles…
Que le langage apaise enfin
cris, hélas et vivats !

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Dormir sept ans
Traduction:
Editions: De la Différence

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Mains féminines (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018




    
Attaqué par la maladie,
le corps ne croit plus
à aucune possibilité
d’apaisement.

Mains féminines,
devenues inutiles.

Toujours désirées,
cependant.

(Michel Houellebecq)

 

Recueil: Le sens du combat
Traduction:
Editions: Flammarion

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L’amour ? (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



L’amour ? Frivole jeu! Vain espoir d’être aimé !
Vouloir toujours dans son âme le temps de mai !

Comme on s’acharne après cette folle chimère
De se sentir, avec un autre, congénère,
De ne plus être seul, ni deux, mais un enfin…
Rêve illusoire ! On est deux miroirs face à face
Se renvoyant quelques reflets à leur surface…
Ah ! s’être, fût-ce un jour, réalisé divin !
Avoir enclos l’éternité dans des minutes !
Mais c’était se vouer à d’impossibles luttes,
Car on ne peut pas faire avec deux corps un coeur,
On n’entre pas de force ainsi dans le bonheur !
Vanité que tous ces essais de bucolique,
Ces fièvres, ces baisers, ces brèves pâmoisons,
D’où l’on sort vide et vraiment trop mélancolique.

Quant aux quotidiens conquérants de toisons,
Futile aussi, leur appétit de renommée.
(La gloire ? écrire un peu son nom dans la fumée!)
Ah ! combien vains tous ces ambitieux cabrés
Pour être les chevaux vainqueurs dans la revue
Est-ce la peine aussi ? Vaut-il qu’on s’évertue
Vers des arcs de triomphe aussitôt délabrés ?

L’orgueil, l’amour, autant d’inutiles trophées
Dont se faire un moment des tombes attifées.

(Georges Rodenbach)

Illustration

 

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Les Passantes (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



Illustration: Jacques Dormont
    
Les Passantes

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu’on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu’on connaît à peine
Qu’un destin différent entraîne
Et qu’on ne retrouve jamais

A celle qu’on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s’évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu’on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu’on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu’on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré la main

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d’un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D’un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d’un jour déçues
Vous serez dans l’oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu’on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l’on a manqué sa vie
On songe avec un peu d’envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu’on n’osa pas prendre
Aux coeurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu’on n’a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l’on n’a pas su retenir

(Georges Brassens)

 

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LE DÉCEVANT AMOUR (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



LE DÉCEVANT AMOUR

Le coeur encore vierge et qui se croit lésé
Réclamera la part que veut sa destinée,
Appelant à grands cris les stériles baisers
Du décevant amour pour lequel l’âme est née.

Le coeur plus grave sait, parce qu’il a souffert
Du désir immortel d’une forme éphémère,
Que toute étreinte est vide et que l’amour se perd
Avant qu’il ait jamais possédé sa chimère.

Si la pluie, au printemps, ranime les gazons,
Elle fera mourir, en automne, les feuilles,
Il est vain de chercher d’inutiles raisons
Au fragile destin du plaisir que l’on cueille.

Il faut tendre la voile au premier vent du ciel ;
Il faut saisir le fruit alors qu’il se détache.
Lorsqu’on trouve l’amour, il est essentiel
De détourner les yeux de l’ombre qu’il nous cache.

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

 

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Tu n’as rien appris (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Tu n’as rien appris, sinon que la solitude n’apprend rien, que l’indifférence n’apprend rien:
c’était un leurre, une illusion fascinante et piégée.

Tu étais seul et voilà tout et tu voulais te protéger:
qu’entre le monde et toi les ponts soient à jamais coupés.

Mais tu es si peu de chose et le monde est un si grand mot:
tu n’as jamais fait qu’errer dans une grande ville,
que longer sur quelques kilomètres des façades, des devantures, des parcs et des quais.

L’indifférence est inutile.

(Georges Perec)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Toujours nous serons seuls (Yvan Goll)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



 

Georges Lacombe The Sculpture of Georges Lacombe

Toujours nous serons seuls
Emmurés dans nos corps
Comme dans nos deux linceuls!

Que d’une bouche à l’autre
Comme de deux balcons
Nous nous jetons les fleurs rouges de l’amour;

Que nos mains tordues en un poing
Croient s’unir en chair armée
Comme ciment et sang;

Inutile! Inutile!
Inutile le sourire badigeonné sur nos crânes!
Inutiles les larmes qui ne collent rien!

Dans l’étreinte désespérée
Entre le Nous inextricable
Bée notre affreuse solitude.

(Yvan Goll)

Illustration: Georges Lacombe

 

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L’aimée (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: Salvador Dali
    
L’aimée

L’aimée est riveraine
Son teint doux au toucher
Sa voix est incertaine à ceux qui ont osé
Les intimes nuances de ses bras d’évadée

Elle respire avec l’immense désespoir
D’un vaisseau chaviré
Dans la boue de l’intense

Son amande est d’abord un silence inutile
Comme une harpe sèche dont on brise les mains
Son visage un instant est l’immense harmonie
D’un silence guidé par le sable des routes

Regarde sa patrie de troupeaux mutilés
Regarde avec souci son image défunte

Car elle est le très grand pays où le temps vit.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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MACHINE INUTILE (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



 

    

MACHINE INUTILE

Une machine à faire du bruit,
qui s’ébroue et supplie et proclame,
pas seulement pour vous faire taire,
peut-être pas pour m’amuser,
construite en mots dépaysés
pour se décolorer l’un par l’autre,
pour entrer dans l’épais du grain
pour y trouer tous les grains,
pour y passer par les trous
pour y pomper l’eau imprenable
dont le courant gronde sans bruit,
machine à capter ce silence
pour vous en mettre dans l’oreille
à grands coups d’ailes inutiles.

(André Frénaud)

 

Recueil: Il n’y a pas de paradis
Traduction:
Editions: Gallimard

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