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Posts Tagged ‘s’apaiser’

SUR UN LIT… (Menahem Boraisha)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
SUR UN LIT…

Sur un lit dur, derrière un mur de planches
On entend des pas comme un chuchotis,
La femme des bois fait bruire les branches,
Sa robe se froisse à longs plis.

Pareils à l’eau d’un lac ses seins ondoient,
Cordes nouées ses nattes sont de chanvre,
Vaste est son ventre, il oscille et se ploie
Au balancement de ses hanches.

Pour celui-là qui lui barre la route,
Homme viril qui saura la saisir,
Sa forme soudain devient frêle et douce,
Sa chair frémit d’attendre le plaisir.

À l’abandon les épaules pesantes,
Ses seins sont brûlants d’un feu germinal
Et sa beauté dévoile, consentante,
Le bois sauvage et le giron natal.

La moisson neuve ayant comblé ses sens
Elle a quitté son complice de chair,
Rêvant déjà retrouver la puissance
D’un autre amant sur les chemins déserts.

Où la terre est de mousse et sont tendres les touffes
Ses enfants furent allaités,
Dans chaque appel que la forêt étouffe
Lui vient l’écho de sa fécondité.

Tombent les plis, s’apaise la rumeur,
La femme des bois retient son élan,
Quelqu’un puissamment en elle demeure
Désir éternel et violent.

(Menahem Boraisha)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tu vins vers moi par les vallées (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019



 

Yuri Dubinin - (3)

Tu vins vers moi par les vallées
Où s’effeuillaient les azalées,
O soeur des heures en allées !

Ta toison était de couleur
Rousse, et ta bouche de douleur
Pareille à la mort d’une fleur.

Tes yeux semblaient des cieux d’automme
Où le dernier orage tonne,
Mélancolique et monotone.

Ta voix chantant la mort d’un roi
Fut toute la femme pour moi,
Fol alors en quête de foi.

Et ces lèvres d’enfant mauvaise
Que seul le sang d’Amour apaise
Qu’ont-elles dit qu’il faut qu’on taise ?

Ah ! rien, sinon qu’Amour est mort
Sur notre seuil de mal abord
Où sourit le masque du Sort :

Je me souviens qu’en les vallées
Tombaient les fleurs des azalées,
Au cours des heures en allées.

(Stuart Merrill)

Illustration: Yuri Dubinin

 

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Ma coupe, mon vin, et le Compagnon (Râbi’a)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



 

Rabia_al-Adawiyya

Ma coupe, mon vin, et le Compagnon sont trois
Et moi, que remplit l’Amour, je suis la Râbi`a

Celui qui verse le vin fait circuler sans cesse
La coupe de la volupté et du luxe

Si de mes yeux je vois, je ne vois que pour Lui
Si regardée je suis, je suis vue avec Lui

Ô toi qui me blâmes, Sa beauté, oui, je l’aime
Et, par Dieu, mes oreilles n’ont que faire de ton blâme !

Que de nuits délirantes j’ai passées, feux, tourments,
Et mes yeux se sont faits sources, par mes larmes !

Aucune larme n’a pu remonter à sa source :
Mon union avec Lui n’a pas duré

Blessé meurtri mon oeil
Plus jamais ne s’apaise

(Râbi’a)

Illustration

 

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Création (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



 

Création

Voilà ce que c’est: une lassitude,
L’horloge ne veut pas se taire;
Un tonnerre s’apaise au loin.
Voix inconnues, voix prisonnières,
Je les entends gémir et se plaindre.
Un cercle mystérieux se resserre,
Mais dans cet abîme de bruits et de murmures
Se dresse un son, un seul, qui domine tout.
Autour de lui tout se tait si strictement
Qu’on entend pousser l’herbe dans la forêt,
Et passer le Mal avec sa besace sur la terre.
Mais voici que soudain on distingue des mots
Et les signaux des rimes légères, —
Alors je commence à comprendre,
Et ces strophes simplement dictées
Se rangent dans le cahier blanc comme neige.

*

Je n’ai que faire des odes et de leurs bataillons,
Des subtiles élégies et de leurs séductions;
Pour moi, il faut dans les vers que tout soit à côté,
Pas comme chez les gens.

Si vous saviez avec quelles ordures
On fait pousser les vers, sans la moindre honte,
Comme un pissenlit jaune près de la clôture,
Comme les bardanes et l’arroche.

Un appel irrité, l’odeur du goudron frais,
Une mystérieuse moisissure sur le mur…
Et le vers chante déjà, railleur, tendre,
Pour votre joie et la mienne.

(Anna Akhmatova)

 

 

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La douce nuit vers elle est venue (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019



 Amanda Sage (5)

La douce nuit vers elle est venue,
Et dans le sommeil de ses yeux
Les étoiles sont apparues.

Aucune autre humaine pensée
Que ce rayonnement des cieux,
En son rêve n’est descendue.

Comme une prière exaucée,
Souriante, heureuse, bercée,
Elle s’est endormie en Dieu.

Son souffle s’apaise peu à peu,
Mais les étoiles continuent
A briller dans son rêve bleu.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Amanda Sage

 

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EAU MORTE (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018




    
EAU MORTE

Eau morte, sommeil des marais
où de larges feuilles de venin macèrent,
tantôt blanche tantôt verte dans les éclairs,
tu es semblable à mon coeur.

Alentour le peuplier grisonne et le chêne vert;
feuilles et glands s’apaisent du dedans
et chacune a ses cercles issus d’un centre originaire
déformés par le sombre bourdon du vent.

Ainsi comme sur l’eau le souvenir dessine
des cercles de plus en plus grands, ainsi mon coeur
part d’un centre et quand il meurt,
eau morte il te ressemble comme une soeur.

***

ACQUAMORTA

Acqua chiusa, sonno delle paludi
che in larghe lamine maceri veleni,
ora bianca ora verde nei baleni,
sei simile al mie cuore.

Il pioppo ingrigia d’interno ed il leccio;
le foglie e le ghiande si quietano dentro,
e ognuna ha i suoi cerchi d’un unico centro
sfrangiati dal cupo ronzar del libeccio.

Cosi, come su acqua allarga
il ricordo i suoi anelli, mio cuore;
si muove da un punto e poi muore :
cosi t è sorella acquamorta.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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Oh n’éveille pas (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Oh n’éveille pas, oh n’éveille pas
Le dormeur à l’ombre du sorbier,
Les montagnes se reposent au creux de sa pensée,
Les nuages passent dans son cerveau,
Les neiges tombent sur ses paupières,

Les vents sifflent dans son chant,
La nuit s’amasse autour de sa racine,
Les étoiles fleurissent dans sa couronne,
L’orage du dehors au fond de lui s’apaise,
Le monde se repose dans son rêve.

***

Oh do not wake, oh do not wake
The sleeper in the rowan’s shade,
Mountains rest within his thought,
Clouds are drifting in his brain,
Snows upon his eyelids fall,
Winds are piping in his song,
Night is gathered at his root,
Stars are blossoming in his crown,
Storm without finds peace within,
World is resting in his dream.

(Kathleen Raine)

Illustration: Pierre-Narcisse Guérin

 

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Le chat noir (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2018




    
Le chat noir

Un fantôme est encor comme un lieu
où ton regard se heurte contre un son;
mais contre ce pelage noir
ton regard le plus fort est dissous :

ainsi un fou furieux, au paroxysme
de sa rage, trépigne dans le noir
et soudain, dans le capitonnage sourd
de sa cellule, cesse et s’apaise.

Tous les regards qui jamais l’atteignirent,
il semble en lui les recéler
pour en frémir, menaçant, mortifié,
et avec eux dormir.

Mais soudain, dressé vif, éveillé,
il tourne son visage — dans le tien :
et tu retrouves à l’improviste
ton regard dans les boules d’ambre
jaune de ses yeux : enclos
comme un insecte fossilisé.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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LUMIÈRE DE SCALPAY (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2018



 

sunset over loch carron

LUMIÈRE DE SCALPAY

Voici le sommet de la contemplation, et
nul art ne saurait l’atteindre
bleu, si bleu, le lointain archipel, et
la mer qui miroite, miroite
nul art ne saurait l’atteindre, l’esprit ne peut
que tenter de s’y accorder
de s’apaiser, de s’espacer, tenter
de s’ouvrir, tranquille, au-delà du monde
révélé lui-même en terre de diamant,
dans la lumière au-delà des mots

*

A HIGH BLUE DAY ON SCALPAY

This is the summit of contemp la tion, and
no art can touch it
blue, so blue, the far-out archipelago, and
the sea shimmering, shimmering
no art can touch it, the mind can only
try to become attuned to it
to become quiet, and space itself out, to
become open and still, unworlded
knowing itself in the diamond country, in
the ultimate unlettered light

(Kenneth White)

Illustration

 

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Les souffles s’entrecroisent (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2018




    
Les souffles s’entrecroisent puis s’apaisent;
Les voix s’interpénètrent puis se taisent.
Lieu clos où d’un coup s’installe l’infini,
L’air ne respire plus que le pré fleuri.

(François Cheng)

 

Recueil: Enfin le royaume
Traduction:
Editions: Gallimard

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