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Poésie

Posts Tagged ‘recevoir’

LE TRAJET (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2021




    
LE TRAJET

D’une branche sur l’autre, la goutte de pluie
tombe et la feuille en dessous ploie ; le jour

se creuse affaibli par les crues du printemps,
comme nos joues et nos épaules et notre joie.

Inadaptés, voilà bien ce que nous sommes,
nous avons beau gémir, plier le genou, caresser

les statues, le temps nous use. Cette goutte
qui tombe, cette autre qui la suit le long

de la branche, comment ne pas y voir
le trajet de toute vie, comment ne pas poser

la seule question qui tremble au fond des yeux
comme une prière : la feuille qui nous recevra,

si elle existe, sera-t-elle douce comme une main
amie, douce assez pour ne rien regretter ?

(Guy Goffette)

 

Recueil: Pain perdu
Traduction:
Editions: Gallimard

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La brebis et le chien (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2020




    
La brebis et le chien

La brebis et le chien, de tous les temps amis,
Se racontaient un jour leur vie infortunée.
Ah ! Disait la brebis, je pleure et je frémis
Quand je songe aux malheurs de notre destinée.
Toi, l’esclave de l’homme, adorant des ingrats,
Toujours soumis, tendre et fidèle,
Tu reçois, pour prix de ton zèle,
Des coups et souvent le trépas.
Moi, qui tous les ans les habille,
Qui leur donne du lait, et qui fume leurs champs,
Je vois chaque matin quelqu’un de ma famille
Assassiné par ces méchants.
Leurs confrères les loups dévorent ce qui reste.
Victimes de ces inhumains,
Travailler pour eux seuls, et mourir par leurs mains,
Voilà notre destin funeste !
Il est vrai, dit le chien : mais crois-tu plus heureux
Les auteurs de notre misère ?
Va, ma sœur, il vaut encor mieux
Souffrir le mal que de le faire.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Graine d’amour (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2020



 

Illustration: Oleg Zhivetin
    
Graine d’amour

Ô toi, si loin de mes regards,
c’est à Dieu que je te confie.
Tu m’as brûlé l’âme, pourtant
moi, je t’aime plus que ma vie.
Tant que je ne tirerai pas
le pan de mon linceul sous terre,
Ne crois pas que j’ôte ma main
du pan de ta robe légère.
Laisse-moi voir l’arcade sainte
de tes sourcils : au petit jour,
J’étendrai les bras pour prier
et les mettre autour de ton cou.
Même si je dois m’adresser
à l’ange déchu de Babel,
Je ferai cent tours de magie
pour te ramener, ô ma belle !
Je voudrais mourir avant toi,
ô mon médecin infidèle !
Vas donc ausculter ton patient :
je suis dans une attente telle !
J’ai fait ruisseler de mes yeux
sur mon sein cent ruisseaux de larmes,
pour arroser les grains d’amour
que je sèmerai dans ton coeur.
Le Bien-Aimé versa mon sang,
me sauvant des peines de coeur :
Voici ton clin d’oeil assassin
qui me transperce comme une arme.
Mais je pleure, et mon seul désir,
au sein de ce torrent de larmes,
C’est de pouvoir semer en toi
la seule graine de l’amour.
Sois généreux ! Reçois-moi donc,
pour que, dans l’ardeur de mon âme,
Mes larmes tombent à tes pieds,
comme des perles, tour à tour.

Vin, amour et libertinage,
Hâfez. ne sont pas ton partage ; –
Et pourtant. c’est ce que tu fais.
Tant pis pour toi, c’est bien dommage

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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Les serins et le chardonneret (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
Les serins et le chardonneret

Un amateur d’oiseaux avait, en grand secret,
Parmi les œufs d’une serine
Glissé l’œuf d’un chardonneret.
La mère des serins, bien plus tendre que fine,
Ne s’en aperçut point, et couva comme sien
Cet œuf qui dans peu vint à bien.
Le petit étranger, sorti de sa coquille,
Des deux époux trompés reçoit les tendres soins,
Par eux traité ni plus ni moins
Que s’il était de la famille.
Couché dans le duvet, il dort le long du jour
À côté des serins dont il se croit le frère,
Reçoit la béquée à son tour,
Et repose la nuit sous l’aile de la mère.
Chaque oisillon grandit, et, devenant oiseau,
D’un brillant plumage s’habille ;
Le chardonneret seul ne devient point jonquille,
Et ne s’en croit pas moins des serins le plus beau.
Ses frères pensent tout de même :
Douce erreur qui toujours fait voir l’objet qu’on aime
Ressemblant à nous trait pour trait !
Jaloux de son bonheur, un vieux chardonneret
Vient lui dire : il est temps enfin de vous connaître ;
Ceux pour qui vous avez de si doux sentiments
Ne sont point du tout vos parents.
C’est d’un chardonneret que le sort vous fit naître.
Vous ne fûtes jamais serin : regardez-vous,
Vous avez le corps fauve et la tête écarlate,
Le bec… oui, dit l’oiseau, j’ai ce qu’il vous plaira,
Mais je n’ai point une âme ingrate,
Et mon cœur toujours chérira
Ceux qui soignèrent mon enfance.
Si mon plumage au leur ne ressemble pas bien,
J’en suis fâché, mais leur cœur et le mien
Ont une grande ressemblance.
Vous prétendez prouver que je ne leur suis rien,
Leurs soins me prouvent le contraire.
Rien n’est vrai comme ce qu’on sent.
Pour un oiseau reconnaissant
Un bienfaiteur est plus qu’un père.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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La fable et la vérité (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    

La fable et la vérité

La vérité, toute nue,
Sortit un jour de son puits.
Ses attraits par le temps étaient un peu détruits ;
Jeune et vieux fuyaient à sa vue.
La pauvre vérité restait là morfondue,
Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
À ses yeux vient se présenter
La fable, richement vêtue,
Portant plumes et diamants,
La plupart faux, mais très brillants.
Eh ! Vous voilà ! Bon jour, dit-elle :
Que faites-vous ici seule sur un chemin ?
La vérité répond : vous le voyez, je gèle ;
Aux passants je demande en vain
De me donner une retraite,
Je leur fais peur à tous : hélas ! Je le vois bien,
Vieille femme n’obtient plus rien.
Vous êtes pourtant ma cadette,
Dit la fable, et, sans vanité,
Partout je suis fort bien reçue :
Mais aussi, dame vérité,
Pourquoi vous montrer toute nue ?
Cela n’est pas adroit : tenez, arrangeons-nous ;
Qu’un même intérêt nous rassemble :
Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.
Chez le sage, à cause de vous,
Je ne serai point rebutée ;
À cause de moi, chez les fous
Vous ne serez point maltraitée :
Servant, par ce moyen, chacun selon son goût,
Grâce à votre raison, et grâce à ma folie,
Vous verrez, ma sœur, que partout
Nous passerons de compagnie.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Désir (Chryssa Nikolakis)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Herbert James Draper
    
Désir

Je te veux comme un ange déchu
ayant atteint son Ciel
et ayant bu à la source de cristal.
Je te veux ainsi qu’une fleur
qui a découvert la fontaine de Castalie
dans un désert d’Israël.
Je te veux semblable à un lac
qui aspire à son évasion,
à l’océan limpide
pour s’y unir avec moi.

J’aimerais pouvoir être le vent léger
sur tes lèvres
pour recevoir le baiser de ton eau
mais ta coupe est trop petite,
comment peut-elle me désaltérer ?

***

ΠΟΘΟΣ
Σε θέλω
σαν έκπτωτος άγγελος
που έφτασε στον Παράδεισο
κι ήπιε από πηγή καθάρια.
Σε θέλω
σαν λουλούδι
στην Ιουδαία έρημο
που βρήκε την Κασταλία Πηγή.
Σε θέλω
σαν λίμνη που αποζητά το αταξίδευτο
Ωκεανός να γίνει ν’ αποδράσει.
Σε θέλω
άνεμος γίνομαι στα χείλη σου
φιλί να με κεράσεις
μα είναι το λαγήνι σου μικρό
και πώς θα με χορτάσεις;

***

***

LONGING

I want you like a fallen angel
who reached his Heaven
and drank water from the crystal spring.
I want you like a flower
that discovered the Castalian Spring
in a Jewish desert.
I want you like a lake
that yearns for its escape
to the untraveled ocean
in which to merge.

I wish I could become
light wind upon your lips
to get the kiss of your water.
But your pitcher is too small
how can it quench me?

***

***

***

***

DESIDERANDO

Ti voglio come un angelo caduto
che ha raggiunto il suo paradiso
e bevuto acqua da una fonte di cristallo.
Ti voglio come un fiore
che ha scoperto la Fonte Castalia
in un deserto ebreo.
Ti voglio come un lago
che ha trovato la sua via di fuga
verso un oceano incontaminato
nel quale fondersi.

Vorrei poter diventare
un vento leggero sulle tue labbra
per essere baciato dalla tua acqua.
Ma la tua brocca è troppo piccola
– come potrai dissetarmi?

***

DESEJO

Desejo-te como um anjo caído
que alcançou o seu Céu
e bebeu a água do manancial cristalino.
Desejo-te como uma flor
que descubriu a fonte de Castália
num deserto judeu.
Desejo-te como um lago
anseia a sua fuga
ao oceano original,
para misturar-se com ele.

Quisera ser o vento suave
sobre os teus lábios
para receber de tua água o beijo
mas tua jarra é demasiado pequena
como poderia me refrescar?

***

DESEO

Te deseo como un ángel caído
que llegó a su Cielo
y bebió el agua del manantial cristalino.
Te deseo como una flor
que descubrió la fuente de Castalia
en un desierto judío.
Te deseo como un lago
que anhela su fuga
al océano prístino,
para mezclarse con él.

Quisiera ser el suave viento
sobre tus labios
para recibir de tu agua el beso
pero tu jarra es demasiado pequeña
¿cómo podría refrescarme?

***

DORINȚĂ

Te ador, ești îngerul căzut
și înălțat la ceruri,
bând apa cristalină.
Te ador ca floarea care află
izvorul de cleștar castilian
din al evreilor deșert.
Te ador ca lacul ce visează
să-și afle albia ce duce
spre-ntinsul ocean,
spre împreunare.

Aș vrea să fiu eu boare
ce buzele-ți alină
și apa ți-o sărută,
– dar nu-i prea mic potirul,
pentru a mă sătura?

***

***

VERLANGEN

Ich will dich als ein gefallener Engel
der seinen Himmel erreichte
und aus der kristallklaren Quelle Wasser trank
Ich will dich wie eine Blume.
die die Kastalische Quelle entdeckte
in einer jüdischen Wüste.
Ich will dich als einen See.
der sich sehnt nach seinem Auslauf
nach dem unberührten Ozean,
um sich mit ihm zu vereinigen.

Ich wünschte ich würde sanfter Wind
auf deinen Lippen
damit dein Wasser mich küsse,
aber dein Krug ist zu klein,
wie kann er mich laben?

***

VERLANGEN

Ik wil je als een gevallen engel
die zijn Hemel bereikte
en water dronk uit de kristalheldere bron.
Ik wil je als een bloem
die de Castalische bron ontdekte
in een joodse woestijn.
Ik wil je als een meer
dat hunkert naar zijn ontsnapping,
naar de ongerepte oceaan,
om er mij mee te vermengen.

Ik wou dat ik de lichte wind
op jouw lippen kon zijn
om van jouw water de kus te krijgen
maar jouw kruik is te klein,
hoe kan hij me laven?

(Chryssa Nikolakis)

 

Recueil: ITHACA 608
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Grec / Indi Jyotirmaya Thakur / Anglais Manolis Aligizakis – Stanley Barkan/ Népalais Keshab Sigdel / Arabe Hope Bouchareb / Chinois Zhou Dao Mo / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Hébreu Dorit Wiseman / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

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LA ROSE DE LESBOS (Henrik Nordbrandt)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2020




    
Poem in Dutch Spanish, English, French, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Malaya, Filipino, Hebrew, Tamil, Kurdish, Bangla

Poem of the Week Ithaca 643
The rose of Lesbos by Henrik Nordbrandt, Denmark, 1945

From: « Digte / Gedichte », Uitgeverij Kleinheinrich, Münster

– ALL TRANSLATIONS ARE MADE IN COLLABORATION WITH GERMAIN DROOGENBROODT –

LA ROSE DE LESBOS

J’ai reçu cette rose d’une femme inconnue
alors que j’étais en route vers une ville inconnue.
— Et maintenant que je me trouve dans cette ville
j’ai dormi dans ses lits, joué aux cartes sous ses cyprès
je me suis enivré dans ses tavernes
j’ai vu cette femme aller et venir, venir et aller
et je ne sais plus où jeter la rose qui est mienne.
Partout où j’étais flotte son parfum
et là où je n’étais pas
gisent ses feuilles fanées, froissées dans la poussière.

Traduction de Elisabeth Gerlache
Translation into French by Elisabeth Gerlache

***

DE ROOS VAN LESBOS

Ik kreeg die roos van een onbekende vrouw
toen ik op weg was naar een onbekende stad.
─ En nu, dat ik in die stad ben
in haar bedden sliep, onder haar cipressen kaartspeelde
mij in haar tavernes volgeschonken heb
en die vrouw heb zien komen en gaan, zien gaan en komen weet ik niet meer,
waar ik de roos van mij moet gooien.
Overal waar ik was, hangt haar parfum.
En overal, waar ik niet was,
liggen haar verdorde bladeren, verkreukeld in het stof.

Vertaling in het Nederlands: Germain Droogenbroodt
Translation into Dutch by Germain Droogenbroodt

***

LA ROSE DE LESBOS

Recibí esta rosa de una mujer desconocida
cuando caminaba por una ciudad desconocida.
─ Y ahora, que estoy en la ciudad,
dormí en sus camas, jugué a las cartas bajo sus cipreses,
me embriagué en sus tabernas,
vi a esa mujer ir y venir, venir e ir
y ya no sé dónde arrojar mi rosa.
En todos los lugares, donde estuve, cuelga su fragancia.
Y en aquellos otros, donde no estuve,
yacen sus hojas arrugadas en el polvo.

Traducción de Rafael Carcelén
Translation into Spanish by Rafael Carcelén

***

THE ROSE FROM LESBOS

I got that rose from an unknown woman
when I was on my way to an unknown city.
— And now that I’m in town
slept in its beds, played cards under its cypress trees,
drank myself full in its taverns
and have seen that woman coming and going, going and coming,
I don’t know, anymore, where to throw that rose of mine.
Everywhere, where I was, hangs its fragrance.
And everywhere, where I wasn’t,
its withered leaves lie crumpled in the dust.

Translation into English by Stanley Barkan

***

LA ROSA DI LESBO

Ho ricevuto una rosa da una donna sconosciuta
mentre andavo verso una città sconosciuta.
— e adesso che sono in paese
ho dormito nei suoi letti, giocato a carte sotto i cipressi,
mi sono ubriacato nelle sue taverne
e ho visto quella donna andare e venire, andare e venire,
più non so dove gettare quella mia rosa.
Dovunque sono stato, persiste la sua fragranza.
e dove non sono stato,
le sue foglie avvizzite rimangono accartocciate nella polvere.

Traduzione di Luca Benassi
Translation into Italian by Luca Benassi

***

DIE ROSE VON LESBOS

Ich bekam diese Rose von einer unbekannten Frau
als ich auf dem Weg war in eine unbekannte Stadt.
─ Und jetzt, wo ich in der Stadt bin
in ihren Betten geschlafen, unter ihren Zypressen Karten gespielt
mich in ihren Tavernen vollgetrunken habe
und die Frau habe kommen und gehen und gehen und kommen sehn
weiß ich nicht mehr, wo ich die Rose von mir werfen soll.
Überall, wo ich war, hängt ihr Duft.
Und überall, wo ich nicht war
liegen ihre welken Blätter zerknüllt im Staub.

Übersetzung von Ursula Schmalbruch
Translation into German by Ursula Schmalbruch

***

A ROSA DE LESBOS

Recebi esta rosa de uma mulher desconhecida
quando caminhava por uma cidade desconhecida.
– E agora que estou na cidade,
dormi nas suas camas, joguei cartas sob os seus ciprestes,
me embriaguei nas suas tavernas,
vi essa mulher ir e vir, vir e ir
e já não sei a quem oferecer a minha rosa.
Em todos os lugares, onde estive, a presença do seu perfume.
E naqueles outros, onde não estive,
permanecem suas pétalas enrugadas no pó.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia
Translation into Portuguese by José Eduardo Degrazia

***

LA ROSA DI LESBU

La rosa di Lesbu
Riciviu dda rosa di na fimmina scanusciuta
Mentri stava iennu a na città scanusciuta
─ E ora ca sugnu nto paisi,
ca durmìu ntê so letti, ca jucaiu a carti sutta li cipressi,
mi sazziaiu di biviri nta li taverni
e vitti dda fimmina ca ieva e vineva, vineva e ieva,
non sacciu chiù unni iccari dda me rosa.
La so fragranza ristau in ogni banna unni stesi

E in ogni postu ca non visitaiu
lI so petali ammusciati stannu unturciuniati nta la pulviri.

Traduzioni di Gaetano Cipolla
Translation into Sicilian by Gaetano Cipolla

***

TRANDAFIRUL DIN LESBOS

Am primit trandafirul acela de la o necunoscută
în timp ce mă îndreptam spre un oraș străin.
─ Acum, după ce am ajuns în orașul acela
și am dormit în paturile lui,
am jucat cărți sub chiparoșii săi,
m-am îmbătat prin tavernele lui,
privind cum venea și pleca,
cum se ducea și întorcea acea femeie,
nu mai știu unde să-l arunc.
Oriunde merg, plutește-n aer mireasma lui
și acolo unde n-am ajuns, îmi pare că îi zac
veștede și mototolite petalele în praf.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translation into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

Róża z Lesbos

Dostałem tę różę od nieznajomej kobiety
kiedy byłem w drodze do nieznanego miasta.
— A gdy teraz jestem w tym mieście
sypiałem w jego łóżkach, grałem w karty pod jego cyprysami,
upijałem się kompletnie w jego tawernach
i widziałem jak ta kobieta przychodzi i odchodzi, odchodzi i przychodzi,
sam już nie wiem, gdzie mam rzucić tę moją różę.
Wszędzie tam, gdzie byłem, unosi się jej zapach.
I wszędzie tam, gdzie mnie nie było
jej zwiędłe listki leżą pogniecione, w kurzu.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka
Translation into Polish by Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka

***

ΤΟ ΡΟΔΟ ΑΠΟ ΤΗ ΛΕΣΒΟ

Από γυναίκα άγνωστη έλαβα ένα τριαντάφυλλο
στη νέα πόλη καθώς πήγαινα.
Και τώρα πού έφτασα στην πόλη
και σε κρεβάτι της κοιμήθηκα
κι έπαιξα χαρτιά στα κυπαρίσια από κάτω
κι ήπια ακόρεστα μες στις ταβέρνες της
κι αφού είδα τη γυναίκα να `ρχεται και να πηγαίνει
δεν ξέρω πια το τριαντάφυλλο τί να το κάνω.
Όπου βρισκόμουν ήταν και τ’ άρωμα του
κι όπου δεν ήμουν μαραινόταν και πέφταν
στη σκόνη τα ροδοπέταλα του.

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translation into Greek by Manolis Aligizakis

***

来自莱斯博斯的玫瑰

我在去一个陌生城市的路上从一个
不认识的女人那里得到了那朵玫瑰。
——现在我在城里了
睡城里的床,在城市的柏树下玩牌,
在城里的酒馆里喝得酩酊大醉
还看到那个女人来了去,去了来,
我再也,不知道,我的那朵玫瑰扔到哪里了
无论我在哪里,到处都悬着那玫瑰的芬芳。
而我不在的地方,处处的
尘土中都皱巴巴地躺着它的枯叶。

汉译:中 国 周道模
Translation into Chinese by William Zhou

***

وردة من ليسبوس

امرأة مجهولة تمنحني وردة .
أثناء طريقي صوب مدينة مجهولة.
الآن، وقد بلغت هذه المدينة
هجعت في أسرتها، لعبت الورق تحت أشجار السرو،
شربت حتى الثمالة في حاناتها
أبصرت المرأة ذاتها تأتي وتغيب، تغادر وتعود.
لا أعلم، بعد الآن، أين ألقي بوردتي هذه
فثمة عطر يضوع في كل مكان أكون فيه
أما الأماكن التي لم أبلغها،
ففيها تكومت أوراق الأشجار التي بعثرها الغبار.

ترجمة عن الانجليزية: سارة سليم
Translation into Arab by Sarah Selim

***

लेसबोस से गुलाब

मुझे वह गुलाब एक अनजान महिला से मिला
जब मैं एक अनजान शहर की तरफ जा रहा था।
—और अब मैं शहर में हूँ
अपने बिस्तर में सोए, अपने सरू के पेड़ों के नीचे ताश खेला,
खुद को उसकी सराय में भरपेट पी लिया
और उस औरत को आते-जाते, आते-जाते देखा है,
मुझे नहीं पता कि मेरा गुलाब कहाँ फेंकना है।
हर जगह, जहां मैं था, उसकी खुशबू को लटका देता है।
और हर जगह, जहाँ मैं नहीं था,
इसके मुरझाए पत्ते धूल में लिपटे हुए हैं।

Translation into Hindi by Jyotirmaya Thakur

***

その薔薇の花を見知らぬ女から受け取った
見知らぬ街への途中で
‐そして私は今その街にいる
ベッドで眠り、糸杉の木の下でトランプをした
酒場で一人、酒を飲み干した
するとその女が行ったり来たり歩いているのが見えた
その薔薇の花をどこに投げ捨てればよいのか
もはやわからない
どこにいようと
その花の香りがついてきた
そして私がいないところにも
あらゆるところにその香りがあった
枯れた葉っぱが埃のなかでくしゃくしゃになって

Translation into Japanese by Manabu Kitawaki

***

گل رز از لیسبوس

من آن گل رز را از زنی ناشناس گرفتم
هنگامی که راهی شهری ناشناخته بودم.
و‌حالا که در شهر
روی بسترهایش خوابیده ام و زیر درختان سروش ورق بازی کرده ام
در میخانه هایش نوشیده ام
و آن زن را دیده ام که می آید و می رود،
می‌ آید و می رود،
من نمی دانم، دیگر، گل سرخم را
به کجا پرتاب کنم.
همه جا، هر کجا من بوده ام، عطرش فضا را پر کرده است.
و هر کجا، که نبوده ام،
برگهای پژمرده آن در گرد و غبار فرو رفته است.

هسپیده زمانy
Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

РОЗАТА ОТ ЛЕСБОС

Получих тази роза от една непозната жена,
когато бях на път за един неизвестен град.
– И сега като съм в града,
заспал в неговите легла,
играл карти под неговите кипариси,
напълно пиян в таверните му
и съм виждал тази жена да идва и да си отива,
да си отива и да идва,
не знам, вече, къде да хвърля тази моя роза.
Навсякъде, където бях ухаеше на аромата й.
Навсякъде където не отидох
повехнали и смачкани листата й лежат в пахта.

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

RÓSIN FRÁ LESBOS

Ókunnug kona gaf mér þessa rós
þegar ég var á leið til ókunnrar borgar.
— Og nú er ég kominn í bæinn
svaf þar í rúmum, spilaði á spil undir kýprusviðnum,
drakk mig fullan á kránum
og sá konuna koma og fara, fara og koma,
ég veit ekki lengur hvar ég á að kasta rósinni minni.
Hvar sem ég var, þar er ilmur hennar.
og hvar sem ég var ekki,
þar liggur visnað lauf hennar í kuðli í rykinu.

Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***

РОЗА ЛЕСБОСА

Ту розу получил я от незнакомки
на пути в незнакомый город.
─ И вот в этом городе
я спал на кроватях, играл под кипарисами в карты,
напивался в тавернах
и видел, как эта дама приходила и уходила, приходила и уходила,
и я уже не знаю, как мне избавиться от той розы.
Везде, где бы я ни был, витает ее аромат.
И везде, где я не был,
лежат ее увядшие лепестки, затоптанные в пыль.

Перевод на русский Дарьи Мишуевой
Translation into Russian by Daria Mishueva

***

BUNGA MAWAR DARIPADA LESBOS

Aku menerima bunga mawar daripada wanita yang tidak dikenali
tatkala dalam perjalanan ke kota yang tidak dikenali.
—Kini aku berada di kota
tidur atas ranjang, bermain kad di bawah pohon sipres,
puas minum di kedai wain
pernah melihat wanita itu datang dan pergi, pergi dan datang,
aku tidak pasti lagi, di mana harus aku buang bunga mawar milikku.
Di serata tempat aku singgah aromanya mewangi
dan di serata tempat aku tiada
berbaring dedaun layu atas debu.

Penterjemah: Dr.Raja Rajeswari Seetha Raman
Translation into Malay by Dr.Raja Rajeswari Seetha Raman

***

ANG ROSAS MULA SA LESBOS

nakuha ko ang mga bulaklak na ito mula sa hindi nakikilalang babae
noong ako’y nagpunta sa hindi kilalang lunsod.
– at ngayong ako ay nasa bayan na
natulog sa mga kama, naglaro ng mga baraha sa ilalim ng mga puno ng sipres,
nagpakalango ng husto sa taberna nito
at muling nakita ang babaeng iyon na dumating at umalis, umalis at dumating,
hindi ko na alam, kung paano, saan ihahagis ang mismong rosas na ito.
Kung saan ako naroroon, nakapalibot ang halimuyak nito.
At sa mga dako, na ako’y wala roon,
Ang mga nalantang dahon nito, durog na lumagpak sa mga alikabok.

Translated into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

הַוֶּרֶד מלסבוס

קִבַּלְתִּי אֶת הַוֶּרֶד הַזֶּה מֵאִשָּׁה אַלְמוֹנִית
כְּשֶׁהָיִיתִי בְּדַרְכִּי לְעִיר אַלְמוֹנִית.
וְעַכְשָׁו כְּשֶׁאֲנִי בָּעִיר

יָשַׁנְתִּי בְּמִטּוֹתֶיהָ, שִׂחַקְתִּי קְלָפִים מִתַּחַת לַעֲצֵי הַבְּרוֹשׁ שֶׁלָּהּ,

שָׁתִיתִי עַצְמִי לְשָׂכְרָה בְּמִסְבְּאוֹתֶיהָ
וְרָאִיתִי אֶת אוֹתָהּ אִשָּׁה בָּאָה וְהוֹלֶכֶת, הוֹלֶכֶת וּבָאָה,
כְּבָר אֵינִי יוֹדֵעַ הֵיכָן לִזְרֹק אֶת אוֹתוֹ וֶרֶד שֶׁלִּי.

בְּכָל מָקוֹם בּוֹ הָיִיתִי, תָּלוּי וְעוֹמֵד נִיחוֹחוֹ.
וּבְכָל מָקוֹם בּוֹ לֹא הָיִיתִי,
מֻנָּחִים עָלָיו הַקְּמֵלִים, קְמוּטִים בָּאָבָק.
תרגום לאנגלית: ג’רמיין דרוגנברודט וסטנלי ברקן
תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן

Translation into Hebrew by Dorit Weisman

***

லெஸ்போஸிலிருந்து ரோஜா மலர்கள்

தெரியாத ஒரு நகரத்திற்குச் செல்லும் வழியில்
தெரியாத ஒரு பெண்ணிடமிருந்து அந்த ரோஜா மலரைப் பெற்றேன்
இப்பொழுது அந்த நகரில் இருக்கிறேன்
படுக்கையில் தூங்கினேன், சைப்ரஸ் மரத்தடியில் சீட்டு
விளையாடினேன்,
முழுமையாக மதுபானம் அருந்தினேன்
அந்தப்பெண் இங்கும் அங்கும் செல்வதைக் கண்டேன்
அந்தரோஜா மலரை எங்கு எரிவதென்று தெரியவில்லை
நான் இருந்த எல்லாஇடத்திலும் அதன் நறுமணம் வீசியது
நான் இல்லாத இடத்தில்
கசங்கிப்போன இலைகள் தூசியோடு கிடந்தன!

Translation into Tamil by Dr. N.V. Subbaraman

***

GULA JI LÊSBOSÊ

Min ev gula ji jineke nenas wergirt
dema ez li ser rê bûm bo bajarekî nenas.
Û niha, ku ez li bajêr im
di nivîna wî de xewkiriye û li bin kajan bi skembwîlê dilîzim
li meyxaneyan min têrmey vexwariye
û jin tê û diçe, diçe û tê
meraq
ez nizanim bêtir, ez gula bi min re kuda bavêjim.

Ez li kuderê bûme, bîhna wê tê.
Û li herdera ez ne li wir bûm
pelên wê çelmisîne, gulok bûne di nav tûzê de.

Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

লেসবসের গোলাপ

আমি পেলাম গোলাপটি লেসবসের কোন এক অজানা রমণীর কাছ থেকে
যখন আমি ছিলাম পথের পথিক কোন এক অজানা শহরের পথে।
— আর আমি এখন সেই শহরে
নিদ্রায় থাকি এই শহরেতে তাস খেলি এই শহরের সাইপ্রাস গাছের নিচে,
পূর্ণতায় পান করি এই শহরের সরাইখানায়
আর দু চোখে দেখি রমনীরা আসে আর যায় আর আসে,
এখন আমি জানিনা আর কাকে করবো সমর্পণ গোলাপ আমার।
সবখানে যেখানে আমি ছিলাম রয়ে গেছে গোলাপের সুগন্ধ।
আর সবখানে যেখানে আমি ছিলাম না,
সেখানে গোলাপের শুকনো পাতা গুলি শুয়ে থাকে এলোমেলো ধূলোর মাঝে।

Translation into Bangla by Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

(Henrik Nordbrandt)

 

Recueil: ITHACA 643
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Dernier fragment (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020




    
Dernier fragment

Et as-tu reçu ce que
tu voulais de cette vie, malgré cela ?
Oui.
Et que voulais-tu ?
Me dire bien-aimé, me sentir
bien-aimé sur la Terre.

(Raymond Carver)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Jacqueline H. jeem-Pierry Carasso et Emmanuel Moses
Editions: De l’olivier

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Si pour toi je quitte tout (Elizabeth Browning)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2020




    

Si pour toi je quitte tout, en échange
Seras-tu tout pour moi ? N’aurais-je point
Regret du baiser que chacun reçoit
A son tour, et ne trouverais-je étrange,
Levant la tête, de voir de nouveaux murs ?
Comment … Une autre maison que celle-ci ?
Combleras-tu cette place auprès de moi
Pleine de trop tendres yeux pour changer ?
C’est le plus dur. Si vaincre l’amour est
Eprouvant, vaincre la peine plus afflige ;
Car la peine est amour et peine aussi.
Las, j’ai souffert et suis rude à aimer.
Mais aime-moi – Veux-tu ? Ouvre ton cœur,
Et drape en lui les ailes de ta colombe.

(Elizabeth Browning)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Quelqu’un plus tard se souviendra de nous
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rondeau de la grenouille (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2020




    
Rondeau de la grenouille

Un beau soir d’été la verte grenouille
Reçoit pour dîner sur son nénuphar
Des amis, madame et monsieur Canard
Et monsieur Mulot. Menu : ratatouille.

Monsieur Mulot vient un peu en retard
Il craint de tomber dans l’eau :
Ça vous mouille
Même un soir d’été

Le nénuphar bouge. Il crie :
« ouille ! ouille ! ouille ! »
« Mais n’aie donc pas peur ! » lui dit
la grenouille
« Mange du dessert ! » disent les canards
Le repas fini il est déjà tard
On va dormir dans l’herbe qui chatouille
Au beau soir d’été

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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