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Poésie

Posts Tagged ‘crépuscule’

Oiseau posé entre trois feuilles (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2019



Illustration: Mike Beeman
    
Oiseau posé entre
trois feuilles ; un petit bruit
au crépuscule, par moments
n’existe qu’à ces moments –
S’entend, comme douleur

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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VIEILLE MÉLODIE (Amir Or)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019



 

Illustration: Luc Thébault
    
VIEILLE MÉLODIE

Même la séparation la plus légère est chargée de tristesse :
la vue de ce que nous étions s’est effacée,
elle choit de nos yeux et n’est plus,
accumule un automne de plus sur nos poitrines.

Même la séparation la plus légère est chargée de tristesse :
mais quand deux amants s’en vont, chacun son chemin
le cœur brûle sans se consumer, déraciné mais non sans racines,
le cœur trop lourd à porter.

Même si nous avons partagé l’ombre d’un arbre en chemin,
ces vies à nous ont passé comme des ombres ;
et si sous un coucher de soleil, nous avons partagé du bonheur
notre soleil s’est couché avec lui
dans une mer sombre.

Mais dans l’enveloppe du crépuscule, dans l’apaisement du vent
là, au-delà de la lumière qui noircit,
quand ils auront encerclé l’horizon du ciel,
nos yeux s’ouvriront sous des paupières de brume :

l’esprit souffle encore dans la forêt, l’ombre dans le feuillage,
et dans le paysage du coucher de soleil qui n’en finit pas
nous nous séparons vers un amour infini.

(Amir Or)

 

Recueil: Dédale
Traduction: Isabelle Dotan
Editions: MAËLSTROM

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Les pétales se détachent (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019




    
Les pétales se détachent

Un par un depuis les vases
Les pétales de roses éphémères viennent de se détacher.
Dans le monde des fleurs
Je ne trouve nulle décomposition de la mort.
Le pas-beau ne lance nulle invective ultime contre la vie.
Nulle fleur ne cherche à avilir de sa haine
Cette terre à qui elle demeure redevable
Et lui rend les reliefs du peu qui lui reste, pâle, en parfums et formes.
Là-dedans se cache le toucher mélancolique d’un adieu,
Point de reproches.
Quand le jour de l’anniversaire et celui de la mort
Viennent à se rencontrer,
Entre l’aube et le crépuscule
je compte déceler, dans cette union,
L’échange de regards entre le jour si las
A l’horizon du levant et celui du coucher,
Et la belle apothéose
D’une éclatante gloire en prosternation !

***

An Example

From the flower vase fell, one by one,
Petals from a short-lived rose.
In the realm of flowers
I see no decrepitude from death.
Ugliness is unable to scoff ultimately at life.
No flower profanes with its hatred
The soil to which it is indebted,
It pays back the faint remnants
of its forms and perfumes.
It has a melancholic touch of bidding farewell,
Exempt from blames.
I seem to find in the union
When birth-day and death-day meet face to face
An exchange of look of the exhausted day
At the horizons where rises and sets the sun :
A humble and beautiful end
of a resplendent glory.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Trop tard (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Trop tard

Ah! que n’ai-je vécu dans ces temps d’innocence,
Lendemains de l’An mil où l’on croyait encor,
Où Fiesole peignait loin des bruits de Florence
Ses anges délicats souriant sur fond d’or.

Ô cloîtres d’autrefois! jardins d’âmes pensives,
Corridors pleins d’échos, bruits de pas, longs murs blancs,
Où la lune le soir découpait des ogives,
Où les jours s’écoulaient monotones et lents!

Dans un couvent perdu de la pieuse Ombrie,
Ayant aux vanités dit un suprême adieu,
Chaste et le front rasé j’aurais passé ma vie
Mort au monde, les yeux au ciel, ivre de Dieu!

J’aurais peint d’une main tremblante ces figures
Dont l’oeil pur n’a jamais réfléchi que les cieux!
Au vélin des missels fleuris d’enluminures
Et mon âme eût été pure comme leurs yeux.

J’aurais brodé la nef de quelque cathédrale,
Ses chapelles d’ivoire et ses roses à jour.
J’aurais donné mon âme à sa flèche finale
Qu’elle criât vers Dieu tous mes sanglots d’amour!

J’aurais percé ses murs pavoisés d’oriflammes,
De ces vitraux d’azur peuplés d’anges ravis
Qui semblent dans l’encens et les cantiques d’âmes
Des portails lumineux s’ouvrant au paradis.

J’aurais aux angélus si doux du crépuscule,
Senti fondre mon coeur vaguement consolé,
J’aurais poussé la nuit du fond de ma cellule
Vers les étoiles d’or un sanglot d’exilé.

J’aurais constellé d’or, de rubis et d’opales
La châsse où la madone en habits précieux
Joignant avec ferveur ses mains fines et pâles
Si douloureusement lève au ciel ses yeux bleus.

(Jules Laforgue)

Illustration: Fra Angelico

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J’ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



puma

J’ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche,
sans manger je vais par les rues, et je me tais,
sans le soutien du pain, et dès l’aube hors de moi
je cherche dans le jour le bruit d’eau de tes pas.

je suis affamé de ton rire de cascade,
et de tes mains couleur de grenier furieux,
oui, j’ai faim de la pâle pierre de tes ongles,
je veux manger ta peau comme une amande intacte,
et le rayon détruit au feu de ta beauté,

je veux manger le nez maître du fier visage,
je veux manger l’ombre fugace de tes cils,
j’ai faim, je vais, je viens, flairant le crépuscule

et je te cherche, et je cherche ton coeur brûlant
comme un puma dans le désert de Quitratúe.

***

Tengo hambre de tu boca, de tu voz, de tu pelo,
y por las caltes voy sin nutrirme, callado,
no me sostiene el pan, el alba me desquicia,
busco el sonido líquido de tus pies en el día.

Estoy hambriento de tu risa resbalada,
de tus manos color defuriosogranero,
tengo hambre de la pálida piedra de tus uñas,
quiero comer tu piel como una intacta almendra.

Quiero comer el rayo quemado en tu hermosura,
la nariz soberana del arrogante rostro,
quiero comer la sombra fugaz de tus pestañas

y hambriento vengo y voy olfateando el crepúsculo
buscándote, buscando tu corazón caliente
como un puma en la soledad de Quitratúe.

(Pablo Neruda)

 

 

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Ceci est mon délice d’attendre (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019




    
Ceci est mon délice d’attendre et d’épier ainsi sur le bord de la route
où l’ombre poursuit la lumière, et la pluie vient sur les traces de l’été.
Des messagers, avec des nouvelles d’autres cieux, me saluent et se hâtent le long de la route.
Mon coeur exulte au-dedans de moi, et l’haleine de la brise qui passe est douce.
De l’aube au crépuscule, je reste devant ma porte;
je sais que soudain l’heureux moment viendra où je verrai.
Cependant je souris et je chante, tout solitaire.
Cependant l’air s’emplit du parfum de la promesse.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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ÉTERNEL AUTOMNE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019




    
ÉTERNEL AUTOMNE

Ecraser les souvenirs comme les feuilles mortes
feuilles mortes couleur de crépuscule
déjà pourritures multicolores et nécessaires
au pied des arbres dépouillés
et qui doivent refleurir après un long silence
le long silence de l’espoir après le désespoir
toujours la même chanson la même saison
celle où l’on brûle les fleurs les fruits les feuilles
toutes les branches qu’il faudra couper
et les scier pour qu’on n’en parle plus jamais
plus jamais comme si rien n’avait été
et qui ne sera jamais plus enfin
enfin jamais plus puisqu’il faut finir
et qu’ainsi tout est pour le mieux
qu’on n’est plus obligé de choisir
Choisir les fumées que dévorera le vent

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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CREPUSCULE ANTIQUE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



CREPUSCULE ANTIQUE

Le jet d’eau, derrière le palais mort
Jaillit et grandit, et s’élève et pleure —
Et les gouttes dans le soir tombent, meurent,
En s’irisant de bleu, de sang et d’or.

Sur l’eau une file de cygnes blancs…
Le parc emprunte au lac son tendre rêve,
Le couchant pare les cygnes, sans trêve
Les irisant de bleu, d’or et de sang.

Les sculptures gisent là, tristement,
Rêvant dans leur blancheur et elles pleurent
Et le couchant les colore en cette heure
Les irisant de bleu, d’or et de sang.

(George Bacovia)

Illustration: Patricia Blondel

 

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OH ! CRÉPUSCULES (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



crépuscule violet 0

OH ! CRÉPUSCULES

Oh, crépuscules violets…
L’hiver s’en vient
Avec ses pleurs de flageolets…

Sur le parc abandonné
Tombent les regrets,
On entend croasser…

Eternité,
Agacement…
De ses fanfares, funèbrement,
L’automne sonne l’agonie…

Un vent glacial s’est déchaîné,
Et sous les branches squelettes,
Comme un rire de cinglé.

De toi aucune trace…
— Viendra-t-elle, viendra-t-elle pas ?…

Oh ! crépuscules violets…

(George Bacovia)

 

 

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CRÉPUSCULE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



CRÉPUSCULE

Vois les corbeaux — ah ! les « Corbeaux »
Du poète Demetresco —
Ils passent dans la nuit, s’enfuient
Par-dessus la ville transie,

Et tout au loin ils disparaissent…
Cependant que toute d’argent
Dans le crépuscule d’argent
La lune s’allume et caresse

De rayures couleur d’argent
Le vaste et lugubre caveau…
Ah ! ma chérie, ah ! les « Corbeaux »
Du poète Demetresco…

(George Bacovia)

Illustration

 

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