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Poésie

Posts Tagged ‘dormeur’

La dormeuse (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2019



Illustration: Lauri Blank
    
La dormeuse

La tombée de la nuit semble être prise d’un sortilège.
Sur la toile, l’étoile du soir ne s’est pas couchée.
Ayant dénoué ses boucles ondulantes
Elle dort sa tête posée sur un bras.
Qui est-ce qui l’a aidée à s’endormir ainsi,
Interrompant son vigile sur la terre ?
Ayant ramené de nulle part des murmures de silence,
Les ayant versés dans ses oreilles pour toujours.
Une cascade sans fin au fond de l’image
Jaillit sans cesse en chansons silencieuses.
Pour toujours le bruissement silencieux de la forêt,
Pour toujours on sent la présence pudique,
Aussitôt qu’elle se réveille, confuse
Elle couvrira de sa robe ses seins.

***

Beauty asleep : still life

The evening twilight is bound by a spell.
On the canvas the evening star has not set.
Having undone her undulating locks
She sleeps resting her head on an arm.
Who is it who has helped her to fall asleep
In the midst of a permanent vigil on earth ?
Having culled from nowhere murmurs of silence
And has poured them for ever inside her ears.
An unending waterfall behind the image
Keeps on gushing in silent songs.
For ever the silent rustling of the forest,
For ever stands the bashful presence,
As soon as she wakes up, ashamed
She will cover her breast with her robe.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Ici je reprends le goût de la vie (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019



Illustration: Pablo Ruiz Picasso
    
Ici je reprends le goût de la vie,
Ainsi le dormeur, son sexe l’éveille,
Soudain rebandé par la même envie,
Et la femme est là, totale merveille.

Ainsi le nageur, la mer le soulève,
Et l’offre au soleil, et le ressaisit,
Il voit l’avenir, une immense grève,
Où se coucher nu dans l’après-midi.

Ainsi l’arbre en fleurs au fond d’un ravin
L’entrecroisement des hautes fougères…
Le mot le plus juste est encore vain,
Puisqu’ici le corps est tout le mystère.

Je rencontrerai peut-être la femme
Sœur de la fougère et des vagues nues.
Le sentier tournant deviendra la flacon
Qui la brûlera, sitôt apparue.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un rêve (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019




    
Un rêve

Le balancier de l’horloge en hiver
compte les pas de mon sommeil
Il fait nuit dans la maison
Il est midi juin dans mon rêve

L’enfant qui grimpe au cerisier
entend à travers le feuillage
le souffle du vieil homme qu’il sera
et le tricot du balancier

Dans le noir de l’oreiller
le dormeur soixante ans plus tard
entend l’enfant qui froisse les branches
et les cerises tomber sur l’herbe

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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CELUI QUI FUT RÉVEILLÉ PAR LES CHANTS AU-DESSUS DES TOITS (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



CELUI QUI FUT RÉVEILLÉ PAR LES CHANTS AU-DESSUS DES TOITS

Matin, pluie de mai. La ville est encore silencieuse
comme un chalet de montagne. Les rues le sont aussi.
Et dans
le ciel un moteur d’avion qui gronde en bleu et gris. –
La fenêtre est ouverte.

Le rêve où repose le dormeur
est alors transparent. L’homme s’agite, cherche
à tâtons les outils de l’attention – presque dans l’espace.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Mitty Desques

 

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LA PYTHONISSE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




Illustration: John Collier
    
LA PYTHONISSE
pour John Hayward

Je suis cette caverne hantée par les serpents
Dont l’ombilic engendre le destin des hommes.
Toute sagesse jaillit d’un trou dans la terre :
Les dieux se forment dans mon obscurité,
puis se dissolvent.

De ma matrice aveugle sortent tous les royaumes,
Et dans ma tombe les sept dormeurs prophétisent.
Nul enfant pas encore né qui ne s’éveille à mon rêve,
Nul amant qui ne finisse par trouver en moi sa tombe.

Je suis ce lieu brûlant dont on a peur et soif,
Où l’homme et le phénix sont consumés,
Et de mon lit impur et bas se lèvent
De nouveaux fils, de nouveaux astres, de nouveaux ciels.

***

THE PYTHONESS
For John Hayward

I am that serpent-haunted cave
Whose navel breeds the fates of men.
Ail wisdom issues from a hole in the earth:
The gods form in my darkness, and dissolve again.

From mil blind womb ail kingdoms corne,
And from my grave seven sleepers prophesy.
No babe unborn but wakens to my dream,
No lover but at last entombed in me shall lie.

I am that feared and longed-for burning place
Where man and phoenix are consumed away,
And from nay low polluted bed arise
New sons, new suns, new skies.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Le dormeur du sorbier (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Le dormeur du sorbier
Gorgé de terre autant qu’un rêve peut le savoir,
Gorgé de rêve autant qu’un arbre peut l’endurer,
Envoie chanter l’oiseau dans les airs,
Gorgé de vie autant qu’un chant peut le crier,
Mais le chant déborde,
Car pressant sur la profonde racine de l’arbre,
Encore souterrain et informe, pèse le monde.
Le monde envahissant doit briser le rêve,
Si lourd est le poids du ciel,
Si violent le cours de l’eau,
Si vastes les collines qui pourraient naître,
Par-delà le langage de l’oiseau
La voix de la montagne qui pourrait chanter,
Le monde sauvage qui pourrait devenir l’homme :
Le rêve a débordé l’arbre.

***

The sleeper of the rowan tree
As full of earth as dream can know,
As full of dream as tree can bear
Sends the bird singing in the air
As full of world as song can cry,
And yet the song is overflowed,
For pressing at the tree’s deep root
Still underground, unformed, is world.
The invading world must break the dream
So heavy is the weight of sky,
So violent the water’s flow
So vast the hills that would be born,
Beyond the utterance of bird
The mountain voice that would be sung,
The world of wild that would be man:
The dream has overflowed the tree.

(Kathleen Raine)

Illustration: John William Waterhouse

 

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Tu es devenu ton rêve (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




Nous qui de jour en jour
Quittons le pays du coeur
Morts nous retournons
Aux champs où nous avons marché, semé nos larmes :
Dormeur à l’ombre du sorbier,
Tu es devenu ton rêve,
Ciel, sable, et mer illuminée

***

We who from day to day depart
From the country of the heart
In death return
To the fields our feet have travelled, our tears sown:
Sleeper beneath the rowan-tree,
You have become your dream,
Sky, shore, and silver sea.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Oh n’éveille pas (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Oh n’éveille pas, oh n’éveille pas
Le dormeur à l’ombre du sorbier,
Les montagnes se reposent au creux de sa pensée,
Les nuages passent dans son cerveau,
Les neiges tombent sur ses paupières,

Les vents sifflent dans son chant,
La nuit s’amasse autour de sa racine,
Les étoiles fleurissent dans sa couronne,
L’orage du dehors au fond de lui s’apaise,
Le monde se repose dans son rêve.

***

Oh do not wake, oh do not wake
The sleeper in the rowan’s shade,
Mountains rest within his thought,
Clouds are drifting in his brain,
Snows upon his eyelids fall,
Winds are piping in his song,
Night is gathered at his root,
Stars are blossoming in his crown,
Storm without finds peace within,
World is resting in his dream.

(Kathleen Raine)

Illustration: Pierre-Narcisse Guérin

 

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Figure de femme (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2018



Illustration: Claude Bordat
    
Figure de femme, sur son sommeil

fermée, on dirait qu’elle goûte
quelque bruit à nul autre pareil
qui la remplit toute.

De son corps sonore qui dort
elle tire la jouissance
d’être un murmure encor
sous le regard du silence.
La dormeuse

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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ENDYMION (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



ENDYMION

La chasse l’habite encore. Au travers de ses veines
comme d’un fourré, jaillit la bête.
Des vallées prennent forme, des étangs en forêt
reflètent la biche, tandis que derrière elle

alerte court le sang du dormeur clos,
tourmenté par la brutale évanescence
de l’arsenal confus des rêves.
Mais la déesse, elle qui n’a jamais connu l’union,

va, adolescente, par les nuits de tous les âges,
elle qui s’est accomplie elle-même
dans les cieux, sans rencontrer personne,

elle se pencha sans bruit sur les flancs du dormeur,
et de ses épaules elle fit briller
soudain la coupe où il buvait le sommeil.

***

ENDYMION

In ihm ist Jagd noch. Durch sein Geäder
bricht wie durch Gebüsche das Tier.
Täler bilden sich, waldige Bäder
spiegeln die Hindin, und hinter ihr

hurtigt das Blut des geschlossenen Schläfers,
von des traumig wirren Gcwäfers
jähem Wicderzergehn gequält.
Aber die Göttin, die, nievermählt,

Jünglingin über den Nächten der Zeiten
hingeht, die sich selber ergänzte
in den Himmeln und keinen betraf,

neigte sich leise xu seinen Seiten,
und von ihren Schultern erglänzte
plötzlich seine Schale aus Schlaf.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Edward John Poynter

 

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