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Poésie

Posts Tagged ‘s’arracher’

BAROQUE (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



 

Sylvie Lemelin_Le train du nordWEB

BAROQUE

Les oiseaux blancs ne cessent de se rendre
Au pays bleu des fables et des loups,
Mais de quel oeuf surgit tant de silence,
De quelle perle est fait cet orient
Illuminant la rocaille des cris ?

Je te révère, un peu moins pour l’albâtre
Que pour le sang dessinant une étoile
Sur un front nu — un peu moins pour le rêve
Que pour la soif éternelle et le bronze
Jetant au ciel un jardin musical.

D’émaux serti, de fleurons, d’algues rouges,
Naît le visage, un rubis pour les lèvres,
Des yeux de jais, des larmes d’émeraude.
Quant à la voix qui parle dans ces grottes
Elle est de source et d’amours cristallines.

Dis, que fais-tu, pèlerin sur le seuil ?
Que ton bâton s’orne d’une colombe,
Tu paraîtras, fluide, immatériel
Comme un murmure aux lèvres d’une fée,
Comme une brume échappée aux abîmes.

Prends ton manteau, pâtre, prends ton agnelle.
Un son de flûte et l’homme intemporel
De sa prison s’arrache et vainc le jour
Entre deux nuits quêtant sa renaissance.

Et toi, Beauté, sois un écrin pour l’être.

(Robert Sabatier)

Illustration: Sylvie Lemelin

 

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Ah! laissez-moi crier, crier, crier (Sabine Sicaud)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



Ah! laissez-moi crier, crier, crier …
Crier à m’arracher la gorge !
Crier comme une bête qu’on égorge,
Comme le fer martyrisé dans une forge,
Comme l’arbre mordu par les dents de la scie,
Comme un carreau sous le ciseau du vitrier ….

(Sabine Sicaud)

Illustration

 

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Treize vers (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



 

Treize vers

Enfin tu as prononcé le mot,
Non pas comme ceux qui ont un genou en terre,
Mais comme quelqu’un qui s’est arraché à la prison
Et qui voit l’ombre sainte des bouleaux
A travers l’arc-en-ciel de larmes involontaires.
Autour de toi le silence a chanté,
L’ombre s’est éclairée d’un soleil pur,
Le monde pour un instant s’est transformé,

(Anna Akhmatova)

Illustration: Irina Vitalievna Karkabi

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NU (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



 

Emilia Castaneda ol_14_B [1280x768]

NU

Au centre des ténèbres
Un tourbillon se déshabille
Une femme se forme
Pour que la nuit soit blanche
Heureuse d’être nue
D’avoir tout exprimé
Son rôle est accompli
Plus rien ne la tourmente
Elle se sent bien
D’avoir déjoué les énigmes
Elle est debout dans sa victoire
Qui n’a fait que des beaux gestes
S’arracher les voiles
Effacer de la nacre sa buée
Sortir du miroir
En baissant la tête
Chasser la nuit de la vitre
En s’y reflétant
L’art d’éclairer ses profondeurs
L’art de jeter son linge
Sur la face de nuit
L’art d’ignorer les obstacles
L’art de passer à gué
L’art de venir au monde
Sans déchirer la soie
L’art de pousser vers la beauté
Sur les jeunes pousses de ses pieds
L’art d’être la faiblesse
Qui met la force au monde

(Ernest Delève)

Illustration: Emilia Castaneda

 

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L’Algue (Christian Da Silva)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



L’Algue

Elle qui sait danser
dit à la mer
que sa vague est trop forte.

Elle qui vient des sables
porte en mémoire
des châteaux très anciens.

Elle, la nuit,
reconnaît les étoiles
et les caresse de ses doigts.

Aile devient
sa longue main d’eau verte
et fait oiseau
le poisson bleu des fonds.

Elle qui sait danser
s’arrachera aux sables
pour s’enivrer d’écume
et mourir au matin.

(Christian Da Silva)


Illustration

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GRAMMAIRE DES ÉTOILES (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: Noèla Morisot
    
GRAMMAIRE DES ÉTOILES

un livre des haltes
pour recueillir
le ciel épuisé

une boîte crânienne
où le désespoir
n’existerait pas

stèle de vie
pour mourir aux choses

chambre sans fin
de l’arc-en-ciel

on entre ici
dépeuplé
pour éprouver
tout son être

on ne fuit plus
le monde
c’est lui
qui nous quitte

pierre d’angle
du dernier tiers
de la nuit

pierre noire
au plus haut
de l’esprit

à l’extrême instant
d’un battement
de paupières

à l’affût de soi-même
pour s’arracher
au sommeil

ébloui
ébloui
devant les murs
du cœur

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment Proche suivi de Le désespoir n’existe pas
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je n’en peux plus (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2018



 

Je n’en peux plus
Je vais mourir ou faire quelque chose d’incongru
C’est une herbe qui dit ça
A moi
(Et je m’arrache du pré)

(Valérie Rouzeau)

 

 

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Cerf-volant démesuré et solitaire (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2018



 

Cerf-volant démesuré et solitaire
radeau pélican
qui s’envole
notre mémoire
a la forme d’une fleur
celles que les travestis célestes
s’arrachent pour mette dans leurs coiffures

notre mémoire est un appel
le désir d’un vol
très pur
qui nous dépasse

notre mémoire anticipe l’étreinte
sans corps
qui nous attend
le gong inaudible
la dernière vibration de la parole
là où la parole touche le vide et le nom

(Luis Mizón)

 

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GRAMMAIRE DES ÉTOILES (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration: Kristina Mindszenti
    
GRAMMAIRE DES ÉTOILES

un livre des haltes
pour recueillir
le ciel épuisé

une boîte crânienne
où le désespoir
n’existerait pas

tombeau de vie
pour mourir aux choses

chambre sans fin
de l’arc-en-ciel

on entre ici
dépeuplé
pour éprouver
tout son être

on ne fuit plus
le monde
c’est lui
qui nous quitte

pierre d’angle
du dernier tiers
de la nuit

pierre noire
au plus haut
de l’esprit

à l’extrême instant
d’un battement
de paupières

qui engouffre
le doux et l’amer

à l’affût de soi-même
pour s’arracher
au sommeil

ébloui
devant les murs
du coeur

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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Pour qui est ce monde? (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



Illustration: Edvard Munch
    
Pour qui est ce monde?
Pour nous?
Mais à peine arrivés,
nous ne songeons qu’à nous distraire,
qu’à nous arracher au lourd ennui de vivre,
au poids des heures monotones.

Pour Dieu ?
Mais quel est le Dieu,
qu’un tel spectacle amuse ?

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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