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GABRIEL PÉRI (Paul Éluard)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2020



GABRIEL PÉRI
    
Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli

Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.

(Paul Éluard)

 

Recueil: Au rendez-vous allemand
Traduction:
Editions:

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La belle France (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



    
La belle France

Sur la route du passé
Vois-tu venir la France ?
Quelle belle garce, la riguedondé
Dans ses beaux habits brodés
Couleur d’espérance !
Elle a les yeux étoilés
Quand elle marche, elle danse !
Forte en gueule, l’esprit salé
Quel air ! Quelle aisance !
Sur la route du passé
Vois-tu venir la France ?
Le coeur vif, le corps racé
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge

Dorée comme épis de blé
Dès son adolescence
A couché la riguedondé
Avec ces rois bien râblés
La belle alliance !
Ont ma foi bien travaillé
A chaque délivrance
Accouchait d’une cité
Terre de plaisance
Terre à vignes, terre à blé
Elle a grandi, la France
En remplissant vos greniers
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge et le joli bleuet

Elle a souffert, a lutté
Pour son indépendance !
A chanté la riguedondé
L’amour et la liberté
Mais désespérance !
A vu le fruit se gâter
Là, trop d’abondance
Ici, trop de pauvreté
Trop de différence
Son grand coeur
S’est révolté
Reprenant sa balance
A rêvé d’égalité
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge et le joli bleuet
Qu’à mon bouquet j’ajoute

Sur la Bastille a sauté
La Carmagnole de danse
Citoyens la riguedondé
Salut et Fraternité
Vive l’espérance !
Le soleil faisait monter
La bonne semence
Mais les gros rats empestés
Ceux de la finance
Et leurs féodalités
Oh la sinistre engeance !
Ont corrompu la cité
La rigue, la riguedondé

Vive la rose rouge et le joli bleuet
A mon bouquet j’ajoute
Un brin de blanc muguet

Mais entendez-vous monter
Du fond du grand silence
Cet appel la riguedondé !
De tous les déshérités ?
Assez de souffrances !
Mur d’argent, obscénité
Ombre sur la France
On te refera sauter
Un jour, patience !
Liberté, Egalité
Ces grands noms qui t’offensent
Redeviendront vérité
La rigue la riguedondé

Alors au soleil d’été
On verra la France
Qu’elle est belle la riguedondé
Saluant l’Humanité
Marchant en cadence
A ses grands yeux étoilés
Le ciel se fiance
Elle est comme un beau voilier
Sur la mer qui danse
Terre de la liberté
Alors pour ta défense
Tous voteront sans hésiter
La rigue la riguedondé

(Jean Villard–Gilles)

 

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DÉPART PRÉMATURÉ (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2020



Illustration: Giacomo Manzù
    
DÉPART PRÉMATURÉ

Tel un soleil
qui ne connaît plus d’aurore
se noie
dans sa propre lumière
et telle la nuit
qui éteint ses étoiles
ainsi se rompt la tige
s’arrache la feuille.

*

AURORE EMPRUNTÉE

Avec sa main d’ombre et de ténèbres
le soir effilocha
la lumière sans défense
l’avenir effilocha
la magie
l’aurore empruntée
extirpa la mèche
répandit l’huile
éteignit le temps.

***

ONTIJDIG HEENGAAN
Als een zon
die geen dageraad meer kent
wegsterft
in haar eigen licht
en de nacht
haar sterren dooft
knapt de steel
scheurt het blad.

*

GELEENDE DAGERAAD

Met zijn hand van schaduw en duister
ontrafelde de avond
het weerloze licht
ontrafelde de toekomst
de tover
de geleende dageraad
rukte uit de wiek
vergoot de olie
doofde de tijd.

***

AJAL AWAL

Pabila mentari
yang tidak kenal subuh
menjadi mangsa
dengan sinar sendiri
malam,
melindungi bintang,
mematahkan batang pohon,
mengoyakkan dedaun.

*

MEMINJAM SUBUH
Bayang-bayang dan kegelapan
meluruhkan petang,
cahaya yang tidak berdaya
meluruhkan masa depan.
Dengan kuasa ajaib
subuh yang dipinjam,
meninggalkan sumbu
tertumpah minyak,
terpadam waktu !

***

AURORA EMPRESTADA

Com sua mão de sombra e trevas
desfilou a tarde
a luz indefesa
desgastou o futuro
a magia
a aurora emprestada
arrancou a mecha
derramou o azeite
apagou o tempo.

***

PARTIDA A DESTIEMPO

Cuando un sol
que no conoce más el amanecer
se desvanece
en su propia luz
y la noche
apaga sus estrellas
se rompe el tallo
y desgarra la hoja.

*

AURORA PRESTADA

Con su mano de sombra y tiniebla
deshiló la tarde
la luz indefensa
deshiló el futuro
la magia
la aurora prestada
arrancó la mecha
derramó el aceite
apagó el tiempo.

***

DESPĂRȚIRE ATEMPORALĂ

Când soarele-a uitat
ce-nseamnă răsăritul
topindu-se
în propria-i lumină
noaptea
stelele-și stinge
frântă-i tulpina
frunza despicată.

*

ZORI DE-MPRUMUT

Cu mâini de umbră și-ntuneric
amurgul îl deșiră
lumina răsfirând-o
urzeala viitorului rărită-i de pe-acum
s-a dus vraja acelor
împrumutate zori
fitilu-i smuls
uleiul risipit
și timpul stins.

***

SCOMPARSA PREMATURA

Quando un sole
che non conosce più alba
muore
nella sua stessa luce,
e la notte
spegne le sue stelle,
si spezza lo stelo,
si lacera il foglio.

***

ALBA PRESTATA

Con la sua mano d’ombra e buio
scoperta la sera,
la luce senza difese
rivelato il futuro,
la magia,
l’alba prestata,
tirato fuori lo stoppino,
versato l’olio,
estinto il tempo.

***

UNTIMELY LEAVING

When a sun
which knows no more dawn
dies away
in its own light,
and the night
blots out its stars,
snaps the stem,
tears the leaf.

*

BORROWED DAWN

With its hand of shadow and darkness
unraveled the evening,
the defenseless light
unraveled the future,
the magic,
the borrowed dawn,
pulled out of the wick,
shed the oil,
extinguished time.

***

ZUR UNZEIT VERSCHEIDEN

Wenn eine Sonne
die keine Morgendämmerung mehr kennt
wegstirbt
in ihrem eigenen Licht
und die Nacht
ihre Sterne löscht
bricht der Stängel
zerreißt das Blatt.

*

GEBORGTER TAGESANBRUCH

Mit seiner Hand von Schatten und Finsternis
zerstob der Abend
das wehrlose Licht
Zerfaserte die Zukunft
den Zauber
den geborgten Tagesanbruch
Riss aus den Docht
vergoss das Öl
löschte die Zeit.

***

ΠΡΟΩΡΟΣ ΘΑΝΑΤΟΣ

Όταν ο ήλιος
δεν ξέρει ν’ ανατείλει πια
και στη δική του λάμψη θα χαθεί
όταν η νύχτα τ’ αστέρια της μαυρίσει
ο μίσχος θα κοπεί του λουλουδιού
και δάκρια θα κυλήσουν.

***

НЕОБХОДИМЫЙ УХОД

Когда солнце,
которое не знает рассвета
угасает
в своем собственном свете,
и ночь
стирая в небе звезды,
наступает ножкой
на слезы листьев.

*

ОДОЛЖЕННЫЙ РАССВЕТ

Тень и тьма собственноручно
распутали вечер,
беззащитный свет
распутал будущее,
магия
одолженного рассвета,
вытащенного из фитиля,
пролив масло,
потушила время.

***

***

***

英年早逝

当一个
不再知道黎明的太阳
死去
在它自己的光和夜晚里熄灭它的星星
断了茎碎了叶
原 作: 比利时 乔曼·卓根布鲁特
汉 译: 中国 周道模

***

借来的黎明
用它影子和黑暗之手
解开了夜晚
无防备之光
揭开了未来
魔法
借来的黎明
从灯芯里抽了出来
甩干了油
熄灭了时间

***

PRZEDWCZESNE ODEJŚCIE

Kiedy słońce
nie poznaje już świtu
powoli wygasza
swój blask,
a noc
zaciera swe gwiazdy,
pęka łodyga,
przedziera się liść.

*

WYPOŻYCZONY ŚWIT

Dłonią cienia i mroku
rozplótł się wieczór,
ujawnił bezbronność światła
rozwikłał przyszłość,
ujawnił iluzję,
że świt nam jedynie wypożyczono
wyciągnięty z knota,
rozlany olej,
zgaszony czas.

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 626
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Néerlandais / Malaisien : Dr.Raja Rajeswari Seetha Raman / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Italien Luca Benassi / Anglais Stanley Barkan / Allemand Wolfgang Klinck / Grec Manolis Aligizakis / Russe Rahim Karim / Arabe Sarah Silt / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Persan Sepideh Zamani /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Défense de stationner (Armand Monjo)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2020



aimer

 

Ne cesse pas mon oeil de regarder

Le temps d’un cil qui bat
et les fleurs sont passées
les filles se font femmes
et les pommes pourrissent

Ne cesse pas ma main de caresser

Un rien d’inattention
et la beauté se fripe
le rat saigne l’oiseau
la volupté se fane
le soleil a déteint

Ne cesse pas ma bouche de crier

Le silence a du sang
aux pointes de ses lances
au loin la forêt hurle
et les bourreaux transpirent

La mer évaporée
les poissons éclatés
tous les dés sont jetés
dans un chaudron de braise

Ne cesse pas d’aimer

(Armand Monjo)

 

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Chaque jour j’aperçois des vaches dans les prés (Jean-Marc Soriano)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2019



    
Chaque jour j’aperçois des vaches dans les prés
craintives et sans défense
Et je ne sais comment expliquer leurs causes perdues
Et mon âme puera
Jusqu’à la fin du monde
La tanière des fauves.

(Jean-Marc Soriano)

 

Recueil: Une nuit de 7 jours
Traduction:
Editions: Petitfleur

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Défense d’ouvrir (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Défense d’ouvrir :
Je frappe à la porte,
Noir de tous côtés.
Imbrisables liens,
Faucon capuchonné
De mon esprit.

***

Not to be unbarred:
I beat upon the gate,
And every way the dark:
Bands I cannot break,
Hooded hawk
Of my spirit.

(Kathleen Raine)

 

 

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L’adieu (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



 

Illustration: Edvard Munch
    
L’adieu

Comme j’ai senti ce qu’adieu veut dire !
Comme je me rappelle encore ce quelque chose de sombre
d’intact et de cruel qui pour une dernière fois
nous rend conscients d’un très beau lien, puis le déchire.

Comme j’étais sans défense, pour la regarder
celle qui m’appelant me laissa m’en aller
restant derrière moi comme si elle était toutes les femmes
et pourtant petite et blanche et rien d’autre que ceci :

un signe de la main qui déjà n’était plus pour moi,
ce geste qui doucement se répétait, à peine
reconnaissable : peur-être un prunier
d’où un coucou venait de s’envoler en hâte.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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SOLEIL DES TRISTESSES (Jean-Baptiste Para)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



Illustration: Edvard Munch
SOLEIL DES TRISTESSES
    
Celui qui chante son chemin
s’en va du même pas que le jour
un sac de ciment sur l’épaule

La chaleur est si forte
et tous nos gestes sans défense
comme un oiseau sorti des laîches

Des portes closes la clé brille
à quel rebord d’une fontaine
perdant toujours son eau rouillée

Enfant qui tousse au ciel de mai
amour trop seul en son langage
un peu de vent sur les fougères

Amour jamais ô neige sale
couleur d’étain qui monte en vrille
et le protège de sa faute

Au thé lampé dans les soucoupes
aux pas qui mâchent le gravier
la vie se froisse dans l’obscur

(Jean-Baptiste Para)

 

Recueil: La faim des ombres
Traduction:
Editions: Obsidiane

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ELLE (Evguéni Baratynski)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
ELLE

Elle est douée d’une beauté bizarre
Qui touche l’âme et non les yeux mortels,
Une beauté étrange qui égare
L’amour terrestre et le désir charnel.

Est-elle comme une réminiscence,
Le calme éclat d’un astre protecteur,
Toujours est-il qu’elle offre une défense,
Que sa présence efface le malheur.

Près d’elle on sent comme un pouvoir étrange
Et nos songes étranges lui sont dus, —
Des pensées sans pensée — c’est comme un ange
Dont la beauté est déjà la vertu.

Loin d’elle, lorsque, enfin, le jour s’achève,
Dans un recoin désert et malheureux,
On porte un incompréhensible rêve
Bercé par un ennui mystérieux.

(Evguéni Baratynski)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Je me souviens d’un lac heureux (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



 

Emil Nolde  -Red_Clouds

Notion me reste du beau temps
Je me souviens d’un lac heureux
Toujours éveillé dans mes rêves
Ses reflets vus sur ton visage
Venaient m’illuminer la nuit
Lac absorbant le pur soleil
Comme les fruits comme ta chair
Immense tache de saveur

Goutte de parfum sur le monde
Nous l’avons respirée ensemble
Et toi tu étais comme lui
Et la lumière pour me plaire
Ne me trouvait que dans tes yeux
Ton bonheur était ma beauté
Ton parfum était ma santé
Et maintenant que reste-t-il

O lac gelé ô belle tranche
Cristallisant mes souvenirs
Je n’ai qu’une faible défense
Comme pour toi tout m’est trop lourd
La mince apparence se brise
Et se noie ainsi chaque jour
Une pauvre raison de vivre
Qui ne veut vivre sans amour

(Ernest Delève)

Illustration: Emil Nolde

 

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