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Poésie

Posts Tagged ‘souffrance’

Que la nuit et la douceur (Sandro Penna)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2018



Illustration: Caroline Duvivier
    
Que la nuit et la douceur du vent me cachent.
Chassé de chez moi et venu à toi
lent fleuve mon romantique ami.

Je regarde le ciel et les nuages et les lumières
des hommes là-bas toujours de moi
plus éloignés. Et je ne sais ce que je veux
aimer encore sinon ma souffrance.

La lune se cache puis reparaît
– lente manoeuvre inutile
sur ma tête fatiguée de regarder.

(Sandro Penna)

Recueil: Poésies
Traduction: Dominique Fernandez
Editions: Grasset
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ON M’A DONNE (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



ON M’A DONNE

On m’a donné des yeux et l’on m’a dit regarde
J’ai eu beau regarder je n’ai rien entrevu
On m’a donné un coeur et l’on m’a dit prends garde
J’ai eu beau prendre garde un jour je l’ai perdu
On m’a donné l’amour, hélas! je le regrette
Car il s’en est allé, depuis je n’y crois plus
On m’a donné un corps mais j’ai perdu la tête
Et j’ai donné mon corps à bien des inconnus
On m’a donné, on m’a donné bien plus.

On m’a donné des rêves pour que mes nuits soient pures
Mais ces rêves ne sont que de longs cauchemars
On m’a donné des lèvres afin qu’elles murmurent
Elles n’ont jamais dit que des mots sans espoir
On m’a donné des larmes pour mes joies et souffrances
Je ne pleure jamais car mon coeur est de bois
On m’a donné aussi, en plus, une conscience
Mais au fond de moi-même je n’entends pas sa voix.
On m’a donné, on m’a donné, pourquoi ?

On m’a donné des livres afin que je les lise
Mais je les ai brûlés sans les avoir ouverts
On m’a donné des mains pour les joindre à l’église
Mais qui sait si j’irai au ciel ou en enfer
On m’a donné une âme pour la garder bien blanche
Mais j’ai vendu mon âme au diable un beau matin
On m’a donné la vie pour me faire des dimanches
Mais j’ai gâché la vie que j’avais dans mes mains.
On m’a donné, on m’a donné, en vain.

(Charles Aznavour)

 

 

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La mort (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



 

Illustration: Rudolf Schäfer
    
Ainsi Dieu, en vouant la chair à souffrir,
fait de la vie même une injustice.

Il y a dans cette vocation à la souffrance,une injustice terrible,
qui n’est qu’un écho de ce qui est sur cette terre,

la plus dure des injustices:
la mort.

(Marie Noël)

 

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Le poète est vraiment voleur de feu (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018




Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens.
Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ;
il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons,
pour n’en garder que les quintessences
[…]

Le poète est vraiment voleur de feu.

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Heinrich Fueger

 

 

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Un jour peut-être (Iou Stara)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018


Un jour peut-être
Quand je ne serai plus que poussière
Et s’il vous arrive de lire mes poèmes,
peut-être aurez-vous des battements de cœur
Et, troublé, partagerez-vous ma lourde peine ?

Lecture achevée, sans doute en soupirant,
Vous vous direz, en tremblant :
Cette femme a donc existé ?
L’Amour séparé donne-t-il tant de souffrance ?…

Ne pleurez pas en lisant mes poèmes :
J’ai été l’Elue qui a tout reçu
Et qui a tout donné.
Notre bonheur a été partagé.

(Iou Stara)

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Je prend plaisir et me réjouis des vertus qui soulagent les êtres (Shantideva)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



 

Je prend plaisir et me réjouis
Des vertus qui soulagent les êtres
Du tourment dans les mauvaises destinées
Et placent ceux qui souffrent dans le bonheur.
Je me réjouis dans l’accumulation de bienfaits
Qui est cause de l’éveil du Petit Véhicule;
Je me réjouis de la libération définitive pour les êtres
Des maux du cycle.
Je me réjouis de l’éveil des Protecteurs
Et des terres des Fils des Vainqueurs.

Je prends plaisir et me réjouis
De l’océan de vertus de l’esprit d’éveil,
Qui aspire au bonheur de tous les êtres,
Et de l’activité dispensatrice de bienfaits.

Les mains jointes, je supplie
Les Bouddhas de toutes les régions :
Qu’ils allument le flambeau de la doctrine
Pour les êtres enténébrés par la souffrance.

Les mains jointes, je supplie
Les Vainqueurs désireux de passer au-delà des peines :
Qu’ils demeurent pour des âges sans nombre
Et ne laissent pas ce monde aveugle.

Grâce aux vertus ainsi réunies
Par ce que j’ai accompli,
Puissent les souffrances de tous les êtres
Se dissiper entièrement !

Puissé-je être
Pour les malades
Le remède, le médecin et l’infirmier
Jusqu’à la disparition des maladies!

Puissé-je calmer par des pluies de nourriture et de breuvages
Les douleurs de la faim et de la soif,
Et, pendant l’âge des famines,
Puissé-je devenir moi-même nourriture et breuvage!

Puissé-je être un inépuisable trésor
Pour le pauvre et le démuni;
Puissé-je devenir tout ce dont ils ont besoin,
Et puissent ces choses se trouver à leur disposition!

Afin que le bien des êtres s’accomplisse,
Je donne sans retenue
Mes corps, mes jouissances
Et toutes mes vertus des trois temps.

En donnant, toute la douleur sera transcendée,
Et mon esprit réalisera l’au-delà des peines;
Mieux vaut offrir à présent aux êtres
Ce dont, pareillement, je devrai me défaire à l’heure de la mort.

Je livre ce corps
Au bon plaisir de tous;
Qu’ils en usent sans cesse à leur convenance,
Le tuant, l’injuriant ou le frappant.

Qu’ils jouent avec mon corps,
En fassent un objet d’amusement et de dérision;
Puisque je leur ai donné,
Pour quelle raison me serait-il cher?

Qu’ils lui fassent faire
Tous les actes qui ne leur nuiront pas,
Et que notre rencontre
Ne leur soit jamais inutile.

Si une pensée de colère ou de foi
Surgit chez ceux qui me rencontrent,
Que cela même serve perpétuellement
De cause pour la réalisation de tous leurs souhaits!

Que ceux qui m’insultent,
Me nuisent
Ou me raillent
Aient tous la fortune d’accéder à l’éveil!

Puissé-je être le protecteur des abandonnés,
Le guide de ceux qui cheminent,
La barque, le navire et le pont
Pour ceux qui désirent traverser les eaux!

Puissé-je être une île pour ceux qui recherchent une île,
Une lampe pour ceux qui en désirent une,
Une couche pour ceux qui veulent prendre du repos,
Et l’esclave des êtres souhaitant un esclave!

Puissé-je être un joyau qui exauce les voeux,
Une vase magique, un mantra d’accomplissement,
Un remède universel, un arbre à souhaits
Et une vache d’abondance pour le monde!

De même que la terre
Et les autres éléments tels l’espace,
Puissé-je toujours être un support
Pour la vie d’êtres innombrables!

Et jusqu’à ce qu’ils passent au-delà des peines,
Puissé-je, de toutes les manières, être une source de vie
Pour l’ensemble des mondes des êtres
Qui atteignent aux confins de l’espace!

De même que Ceux-allés-en-la-joie du passé
Ont engendré l’esprit d’éveil
Et maintenu progressivement
Les pratiques des bodhisattvas

De même, pour le bien des migrants,
J’engendre l’esprit d’éveil
Et m’appliquerai à ces pratiques
Selon leur ordre.

Afin de favoriser le développement
De l’esprit d’éveil saisi de la sorte,
Les personnes douées de discernement
Le loueront en ces termes!

Aujourd’hui ma vie a porté fruit;
Ayant atteint une destinée humaine
Je suis né dans la famille des Bouddhas
Je suis maintenant un fils de Bouddha!

Je ne dois pas souiller
Cette noble et pure famille,
Et tout ce que je fais
Doit s’accorder avec elle.

Comme un aveugle qui découvre un joyau
Dans un monceau d’ordures,
Ainsi, par chance,
L’esprit d’éveil est né en moi.

C’est le sublime nectar
Pour détruire la mort souveraine,
L’inépuisable trésor
Pour éliminer la misère du monde,

Le suprême remède
Pour apaiser ses maladies
L’arbre sous lequel se reposent les migrants
Las d’errer sur les chemins du cycle;

C’est le pont universel qui mène
Les êtres hors des destinées mauvaises,
La lune spirituelle levée
Pour soulager les tourments des passions du monde,

Le grand soleil qui écarte des migrants
Les brumes de l’ignorance,
La quintessence du beurre
Produite par le barattement du lait du Dharma.

Il satisfait les invités
Qui parcourent les voies du cycle
Et souhaitent connaître la jouissance du bonheur,
Il les installe dans la joie suprême.

Aujourd’hui, en présence des Protecteurs,
Je convie le monde à la félicité de Ceux-ainsi-allés
Et aux plaisirs temporaires.
Que les dieux, les dieux jaloux et tous les autres se réjouissent!

(Shantideva)

 

 

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Tous les bonheurs du monde (Shantideva)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



 

Tous les bonheurs du monde viennent
De la recherche du bonheur d’autrui ;
Toutes les souffrances du monde viennent
De la recherche de son propre bonheur.

… À quoi bon en dire davantage ?
Comparez seulement l’être puéril
Qui agit dans son propre intérêt
Et le sage qui œuvre au bien des autres !

(Shantideva)

 

 

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Consolation (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



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Consolation

Viennent les heures,
Là de vieilles blessures,
Depuis longtemps oubliées,
Menacent de déchirure.

Viennent les jours,
Là aucun risque
De la vie, des souffrances
Ne peut se décider.

Les heures s’enfuient,
Les jours passent,
Il en reste un fruit :
L’existence seule.

***

Trost

Es kommen die Stunden,
Da alte Wunden,
Die ingst vergessen,
Drohn zu zerfressen.

Es kommen die Tage,
Da keine Waage
Des Lebens, der Leiden
Sich kann entscheiden.

Die Stunden verrinnen,
Die Tage vergehen.
Es bleibt ein Gewinnen:
Das bloße Bestehen.

(Hannah Arendt)

 

 

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Que dit ton souffle, vent de nuit? (Fiodor Tiouttchev)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
Que dit ton souffle, vent de nuit?
Que veut ta rage intempestive?
Ta voix étrange me poursuit,
Sonore ou sourdement plaintive.
Tu parles, dans ta langue à toi,
D’une souffrance sans paroles
Qui creuse et fait jaillir parfois
De l’âme des tempêtes folles.

Ne chante pas les chants enfouis
Du vieux chaos, de l’origine !
L’être de l’âme dans la nuit
Les sent si proches, les devine!
Il brûle, il cherche à fuir le corps,
Il veut se fondre au sans-limite…
Laisse étouffer ce feu qui dort,
C’est le chaos qu’il ressuscite!…

(Fiodor Tiouttchev)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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La souffrance (Baruch Spinoza)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
La souffrance cesse d’être souffrance
sitôt que l’on s’en forme
une représentation nette et précise.

(Baruch Spinoza)

 

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