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Poésie

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Mais moi, vapeur, forme de neige, souffle (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2022



Mais moi, vapeur, forme de neige,
souffle de soi-même excédé,
Vais-je rompre le sortilège
de ma vaine mobilité?
J’étais aveugle – on me délivre –
Sourde – je découvre ma voix
mes yeux, pour la première fois,
savent l’envol d’un insecte ivre.

(Robert Ganzo)


Illustration: Michel Ogier

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Je quitterai le toit et me ferai oiseau (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2022



Oiseau poète

Je quitterai le toit
Et me ferai oiseau
Je frôlerai le nuage
Et raserai la vague
Les bras écartés
Couverts des plumes
Des ailes d’un poète

Après avoir touché
Le bord de l’espace
Je saluerai le nid
De l’arbre ivre de sève
Qui titube le long de l’avenue
Où je t’ai connue

Le vent du soir
Berger des migrateurs
Me ramènera à la maison
Où je me poserai
Sous le regard furieux
De ma mère mécontente
De ma conduite juvénile.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: René Magritte

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Le verger (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2022




    

Le verger

Dans le jardin, sucré d’oeillets et d’aromates,
Lorsque l’aube a mouillé le serpolet touffu
Et que les lourds frelons, suspendus aux tomates
Chancellent de rosée et de sève pourvus,

Je viendrai, sous l’azur et la brume flottante,
Ivre du temps vivace et du jour retrouvé,
Mon coeur se dressera comme le coq qui chante
Insatiablement vers le soleil levé.

L’air chaud sera laiteux sur toute la verdure,
Sur l’effort généreux et prudent des semis,
Sur la salade vive et le buis des bordures,
Sur la cosse qui gonfle et qui s’ouvre à demi ;

La terre labourée où mûrissent les graines
Ondulera, joyeuse et douce, à petits flots,
Heureuse de sentir dans sa chair souterraine
Le destin de la vigne et du froment enclos…

Des brugnons roussiront sur leurs feuilles, collées
Au mur où le soleil s’écrase chaudement,
La lumière emplira les étroites allées
Sur qui l’ombre des fleurs est comme un vêtement,

Un goût d’éclosion et de choses juteuses
Montera de la courge humide et du melon,
Midi fera flamber l’herbe silencieuse,
Le jour sera tranquille, inépuisable et long.

Et la maison avec sa toiture d’ardoises,
Laissant sa porte sombre et ses volets ouverts,
Respirera l’odeur des coings et des framboises
Éparse lourdement autour des buissons verts ;

Mon coeur, indifférent et doux, aura la pente
Du feuillage flexible et plat des haricots
Sur qui l’eau de la nuit se dépose et serpente
Et coule sans troubler son rêve et son repos.

Je serai libre enfin de crainte et d’amertume,
Lasse comme un jardin sur lequel il a plu,
Calme comme l’étang qui luit dans l’aube et fume,
Je ne souffrirai plus, je ne penserai plus,

Je ne saurai plus rien des choses de ce monde,
Des peines de ma vie et de ma nation,
J’écouterai chanter dans mon âme profonde
L’harmonieuse paix des germinations.

Je n’aurai pas d’orgueil, et je serai pareille,
Dans ma candeur nouvelle et ma simplicité,
À mon frère le pampre et ma soeur la groseille
Qui sont la jouissance aimable de l’été,

Je serai si sensible et si jointe à la terre
Que je pourrai penser avoir connu la mort,
Et me mêler, vivante, au reposant mystère
Qui nourrit et fleurit les plantes par les corps.

Et ce sera très bon et très juste de croire
Que mes yeux ondoyants sont à ce lin pareils
Et que mon coeur, ardent et lourd, est cette poire
Qui mûrit doucement sa pelure au soleil…

(Anna de Noailles)

 

Recueil: Poésie au féminin
Traduction:
Editions: Folio

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Comme le chant… (Claude Haller)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2022




    
Comme le chant…

Comme le chant du ciel
Partant du toit de ta maison

Comme l’ivre saveur du fruit
Coulant le long de ta mémoire

Comme une voix de femme
Sortant du buisson des nuages

Comme le geste esquissé
Par la vitre du train qui s’éloigne

La nuit mauve habille l’amertume
De tes solitudes souveraines

Viens étouffer tes désespoirs d’antan
Au frisson d’eau qui s’enroule

Presque amoureusement
Sous le saule endormi

(Claude Haller)

Recueil: Poèmes du petit matin
Traduction:
Editions: Hachette

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Pour les seules feuilles nues (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2021




    
Pour les seules feuilles nues
Et le vent fouettant le saule
Chacun mordant l’autre épaule
Corps et souffles soutenus
Ils se sont vraiment connus
Nus de l’un à l’autre pôle.

Hérissé, l’arbre en amour
Battait d’ombre la fenêtre
Tandis que l’être sur l’être
Dans l’être ivre d’être, et pour
Que l’âme l’âme pénètre,
Se fait source vive, et sourd.

Le jardin chargé de pluie
Jette aux vitres son tourment
Ô cher mauvais temps charmant,
Toi de qui plus d’un s’ennuie,
Ici sourit ce moment
Où l’amour heureux s’essuie…

(Paul Valéry)

 

 

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Dans cette heure qui meurt sur un saule qui tremble (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2021




    
Dans cette heure qui meurt sur un saule qui tremble,
Où l’on aime en silence et comme en souvenir,
Tant l’amour se fait âme et la chair se fait ombre,
mais ombre palpitante, ivre de soutenir
L’infini d’un instant délicieux et sombre
moment de diamant qui vaut des jours sans nombre
Et nous fait pressentir l’immensité de nous,
Alors, serrant nos mains jointes sur tes genoux
Nous savons dans nos coeurs leurs forces se répondre
Et nous laissons gravir nos degrés les plus doux
Par la nécessité suprême de nous fondre…

(Paul Valéry)

 

 

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Si la mort, jamais ne venait (Nezahualcoyotl)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2021




Je suis ivre, je pleure et me tourmente,
Je pense, et me parle, et me dis en moi-même :
Si la mort, jamais ne venait,
Et si j’étais sûr de ne jamais disparaître ?
Là où la mort n’existe pas ,
Là où elle est réduite à merci,
C’est là-bas que je m’en vais…

Si la mort, jamais ne venait,
Et si j’étais sûr de ne jamais disparaître ?

(Nezahualcoyotl)

 

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Sous le fleuve céleste (Santoka)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2021



 
    
sous le fleuve céleste
en pleine nuit
ivre je danse

***

(Santoka)

 

Recueil: Santoka Zen Saké Haïku
Traduction: Cheng Wing fun & Hervé Collet
Editions: Moundarren

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CELUI QUI ÉCRIT (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2021




    
CELUI QUI ÉCRIT

Celui qui écrit veut mourir, veut renaître
dans un bateau ivre au calme abandon.
Celui qui écrit veut dormir dans des bras matinaux
et dans la bouche des choses être une larme animale
ou le sourire de l’arbre. Celui qui écrit
veut être terre sur la terre, solitude
adorée, resplendissante, odeur de mort
et rumeur du soleil, la soif du serpent,
le souffle sur le mur, les pierres sans chemin,
le midi obscur tombant sur les yeux.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Printemps (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2021



Printemps

Ivre de sève
L’arbre titube dans le verger
Qu’agite la houle printanière
La maison y naufrage

Je descends dans le jardin
Et chaque fleur est un sourire
Que butine l’abeille

Il est des moments de pure vacuité
Où l’esprit se repose
En chassant toute pensée.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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