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Poésie

Posts Tagged ‘ivre’

ETE (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020




ETE

Sors, ma belle, du sommeil !
Et comme une bacchante ivre
Au faune enflammé se livre,
Viens te donner au soleil.

Sur un lit d’herbe ou de sable
Ouvre-lui ton corps secret.
De toi qu’il fasse à son gré
La Danaé de la fable !

Et quand tu me reviendras
Lasse ainsi d’être adorée,
C’est une amante dorée
Que retrouveront mes bras !

(Pascal Bonetti)

Illustration: Gustav Klimt

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La maison du poète (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Dao Hai Phong VIE1538L [1280x768]

La maison du poète

Au bord d’un verger vert envahi d’herbe en fête
Se dressait le palais superbe du poète.

La maison était vieille au moins trois cent ans,
On entendait craquer ses poutres au printemps.

Les arbres se pressaient contre elle à s’étouffer,
Poiriers portant le nid mélodieux d’Orphée.

Mais les tuiles volaient au vent à tire-d’aile
– Fort bien, dit le poète: on verra mieux le ciel!

Quand il pleuvait, la pluie entrait comme chez elle
– Bon, c’est la porte aussi qu’emprunte l’hirondelle!

Les murs épais, dorés, ruisselaient de feuillages:
Vigne, lierre, rosiers pleins de lézards sans âge.

Au grenier résidait l’effraie, oiseau de nuit.
– C’est moi qui vis chez toi, Sagesse à l’oeil qui luit!

Deux chiens fous, un vieux puits, peu de pain dans la huche
– Mais du soleil au coeur plus que le miel en la ruche!

Depuis longtemps l’horloge s’était arrêtée
– Que l’heure loge ailleurs: pas le temps de compter!

Les cigales vibraient sans fin, de chaleur ivres,
Une plume fumait, dedans, les mots d’un livre.

Et le chant du poète en silence embaumait
La nature alentour ainsi qu’une fumée.

(Marc Alyn)

Illustration: Dao Hai Phong

 

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MATIN D’AVRIL (Isabelle de Gill)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2020



Illustration
    
MATIN D’AVRIL

Matin d’avril couronné de nuages,
Frileux matin d’un printemps sommeilleux ;
Mon jardin ivre a brodé des feuillages
Et les jonquilles ont des airs malicieux.

Matin d’avril, emmitouflé de brume,
Havre secret au souffle des forêts ;
L’oiseau s’en va dans un frisson de plumes
Et le ruisseau épelle un chant discret.

(Isabelle de Gill)

 

Recueil: Arpèges
Traduction:
Editions: Les Délices

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L’AMOUR (Jean Breton)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



Illustration: Marc Chagall
    
L’AMOUR

Autrefois
j’écoutais le bruit de ma voix
Les volets clos espionnaient la maison
Une mouche se débattait dans les rideaux
Le soleil rampait sur le sol
j’étais loin de moi

maintenant
j’ai regardé la vie de ton côté
et j’ai tout détruit pour t’aimer
je t’aime
j’aime pour la première fois
je t’aime

ta jupe te serre la taille, abat-jour d’une lampe
les passants
veulent savoir qui tu es

qui es-tu ?

ivre de danse tu lançais tes bras aussi haut que tes
jambes
poisson de feu

silencieuse
tes yeux se ferment doucement sur les objets
avant de leur donner un nom

mon corps est l’asile du tien
il s’élève inconnu jusqu’à toi

mais tu es aussi grande que mon amour
et ton sourire se déchire au niveau de mes lèvres

je te connais
pour t’avoir rêvée mille fois
sous les feuilles de la forêt
dans ce monde
où l’air et l’eau ne pèsent pas

je t’aime
parce que tu as eu vingt ans à minuit dans mes bras.

(Jean Breton)

 

Recueil: L’amour et l’amitié en poésie
Traduction:
Editions: Folio Junior

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La bouteille à la mer (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2019




    
La bouteille à la mer

Mes parois ont tant absorbé
le whisky de mon héritage
que je suis devenue ivre morte
voguant de Floride en Finistère
et ma respiration haletante
empêche mon bouchon de contenir
les vapeurs de mon appel à l’aide

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Soir ivre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Edward Hopper
    
Soir ivre

Soir ivre empli d’une clarté bleutée
titube à la fenêtre et désire chanter.
Les vitres peureusement se rassemblent et se pressent
dans lesquelles ses ombres se sont prises au filet.

Il obscurcit et tangue autour des maisons,
tombe sur un enfant et le chasse en criant,
poursuit tout en haletant et chuchotant
de sombres et inquiétantes déclarations.

Dans la cour humide, à la lisière sombre du mur,
il s’ébat avec les rats dans les coins.
Une femme dans sa robe grise râpée de bure
s’enfuit devant lui pour se cacher plus loin.

A la fontaine un filet mince encore coule,
une goutte s’empresse de saisir l’autre au vol ;
là, il boit sans ambages au trou encrassé de rouille
et aide à laver les noirs caniveaux et rigoles.

Soir ivre empli d’une clarté bleutée
titube par la fenêtre et commence à chanter.
Les vitres se brisent. Le visage ensanglanté,
il entre pour lutter avec ma terreur.

***

Betrunkner Abend

Betrunkner Abend, voll vom blauen Licht,
taumelt ans Fenster und begehrt zu singen.
Die Scheiben drängen furchtsam sich und dicht,
in denen seine Schatten sich verfingen.

Er schwankt verdunkelnd um das Häusermeer,
trifft auf ein Kind, es schreiend zu verjagen,
und atmet keuchend pinter allem her,
Beängstigendes flüsternd auszusagen.

Im feuchten Hof am dunklen Mauerrand
tummelt mit Ratten er sich in den Ecken.
Ein Weib, in grau verschlissenem Gewand,
weicht vor ihm weg, sich tiefer zu verstecken.

Am Brunnen rinnt ein dünner Faden noch,
ein Tropfen läuft, den andern zu erhaschen;
dort trinkt er jäh aus rostverschleimtem Loch
und hait, die schwarzen Gossen mitzuwaschen.

Betrunkner Abend, voll vom blauen Licht,
taumelt ins Fenster und beginnt zu singen.
Die Scheiben brechen. Blutend im Gesicht
dringt er herein, mit meinem Graun zu ringen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Vent doux (Claire Genoux)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Vent doux

L’automne est devant moi
comme un parterre de fleurs
transpirant dans leurs habits neufs
et secouant leur crinière avec arrogance
je veux tenir loin le public des arbres
pour qu’il n’entendent pas mes cris de femme ivre
qu’ils ne retiennent pas la formule
avec laquelle je me livre au vent doux

(Claire Genoux)

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L’éléphant (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2019




    
L’éléphant

Tu es
l’éléphant ivre
qui mange des fleurs
à l’intérieur de mon coeur

j’ai la solidité
des parfums de pivoine
lorsque tu me piétines

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Je suis riche de soirs et d’aurores (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2019



 

Antoine Calbet (3)

Je suis riche de soirs et d’aurores,
De chants, de parfums, de clarté ;
Quel fruit cueillerais-je encore
Au verger de ta beauté ?

Je suis ivre d’étés et d’automnes,
De fleurs, de fruits et de vins ;
Tu m’as fait de toi-même aumône :
Qu’aurais-je imploré demain ?

Mon rêve est réalisé
(L’avais-je rêvé si beau ?)
Et pourtant mon cœur est brisé,
Et je songe qu’on rêve au tombeau.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Antoine Calbet

 

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Mon pas, sur la route d’automne (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2019



 

David Hockney _FELLED_TREES

Mon pas, sur la route d’automne,
Berce la chanson des adieux
Au rythme monotone
De la plaine grise et des cieux ;

Je me sens si fort et si leste
Que je marche au son de mes pas,
Entre le double geste
Balancé de mes bras ;

Ma pensée monte, lente,
Comme l’étoile du soir
Et je ne sais si je chante
La certitude ou l’espoir ;

Tant ma jeunesse fut ivre
De ce grand rêve hasardeux
Et du poème de vivre
À sa guise, au soleil de Dieu,

Et tant mon rêve est sage
De cette folie éternelle,
Et tant est belle la page
Qui s’ouvre dans le ciel…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: David Hockney

 

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