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Poésie

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Tout autour de la lampe (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2019




    
Tout autour de la lampe à deux fois rallumée
Les papillons d’émail sont ivres de fumée.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Trop tard (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Trop tard

Ah! que n’ai-je vécu dans ces temps d’innocence,
Lendemains de l’An mil où l’on croyait encor,
Où Fiesole peignait loin des bruits de Florence
Ses anges délicats souriant sur fond d’or.

Ô cloîtres d’autrefois! jardins d’âmes pensives,
Corridors pleins d’échos, bruits de pas, longs murs blancs,
Où la lune le soir découpait des ogives,
Où les jours s’écoulaient monotones et lents!

Dans un couvent perdu de la pieuse Ombrie,
Ayant aux vanités dit un suprême adieu,
Chaste et le front rasé j’aurais passé ma vie
Mort au monde, les yeux au ciel, ivre de Dieu!

J’aurais peint d’une main tremblante ces figures
Dont l’oeil pur n’a jamais réfléchi que les cieux!
Au vélin des missels fleuris d’enluminures
Et mon âme eût été pure comme leurs yeux.

J’aurais brodé la nef de quelque cathédrale,
Ses chapelles d’ivoire et ses roses à jour.
J’aurais donné mon âme à sa flèche finale
Qu’elle criât vers Dieu tous mes sanglots d’amour!

J’aurais percé ses murs pavoisés d’oriflammes,
De ces vitraux d’azur peuplés d’anges ravis
Qui semblent dans l’encens et les cantiques d’âmes
Des portails lumineux s’ouvrant au paradis.

J’aurais aux angélus si doux du crépuscule,
Senti fondre mon coeur vaguement consolé,
J’aurais poussé la nuit du fond de ma cellule
Vers les étoiles d’or un sanglot d’exilé.

J’aurais constellé d’or, de rubis et d’opales
La châsse où la madone en habits précieux
Joignant avec ferveur ses mains fines et pâles
Si douloureusement lève au ciel ses yeux bleus.

(Jules Laforgue)

Illustration: Fra Angelico

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GLOSE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



GLOSE

Regarde d’un oeil savant
Le coeur ivre
D’amour.
Immuable est la nature.
L’amour renaît
Avec le feu de l’été,
Les diamants
De l’hiver.
Métempsychose,
Métamorphose,
Et tutti quanti.
Au revoir
Ou bien adieu.
Regarde d’un oeil savant.
Et si tu n’as
A qui parler,
Eh bien, écris.

(George Bacovia)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

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Le chant qui tourne et qui s’élève (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



Illustration: Noèla Morisot
    
Le chant qui tourne et qui s’élève
À la merci du vent d’été
Quand un poème se compose
Dont personne n’est l’auteur

Il y a des jours il y a des heures
Où je suis ivre d’avoir été,
En tel jour tel homme telle heure
À l’affût du plus jamais.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA LUMIÈRE TOMBÉE DE LA NUIT (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
LA LUMIÈRE TOMBÉE DE LA NUIT

verse sphinge
tes larmes dans mon délire
pousse avec des fleurs dans mon attente
car le salut célèbre
le jaillissement du néant

verse sphinge
la paix de tes cheveux de pierre
dans mon sang enragé

je ne comprends plus la musique
de l’ultime abîme
j’ignore le sermon
du bras du lierre
mais je veux être à l’oiseau amoureux
qui entraîne les fillettes
ivres de mystère
je veux l’oiseau savant en amour
le seul qui soit libre

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Les aventures perdues
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Ypfilon

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Pourquoi te déguises-tu (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Pourquoi te déguises-tu
En vent, en pierre, en oiseau ?
Pourquoi me souris-tu du ciel
Comme un éclair inattendu ?

Cesse de me tourmenter ! Ne me touche pas !
Laisse-moi à la gravité de mes soucis …
Un feu ivre passe en vacillant
Sur les marais gris desséchés.

La muse dans sa robe trouée
Chante d’une voix traînante, monotone.
Sa force miraculeuse
Est dans son angoisse cruelle et jeune.

(Anna Akhmatova)

 

 

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TROMPERIE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019




TROMPERIE

1
Printemps. Le matin est ivre de soleil,
Plus net le parfum des roses sur la terrasse,
Le ciel a plus d’éclat qu’une faïence bleue.
Le cahier est relié en maroquin très souple,
J’y lis des stances et des élégies,
Qui furent écrites pour ma grand-mère.

Je vois le chemin jusqu’à la grille, les bornes
Se détachent en blanc sur l’émeraude du gazon.
Oh! ce coeur est plein d’un amour exquis, aveugle.
Et quelle joie! ces couleurs, dans les massifs,
Et dans le ciel le cri aigu du corbeau noir,
La voûte du cellier au profond de l’allée.

2
Le vent souffle chaud, étouffant.
Le soleil brûle les mains.
La voûte de l’air sur la tête,
On dirait un verre bleu.

Odeur sèche des immortelles
Dans ma tresse qui se défait.
Sur le tronc rugueux du sapin
Une route pour les fourmis.

Reflets paresseux sur l’étang.
Vie légère, comme jamais…
Aujourd’hui j’ai cru voir quelqu’un
(Mais qui?) dans le hamac léger.

3
Soir bleu. Les vents sont apaisés,
La lumière veut que je rentre.
Qui est là? Devine… un fiancé?
Et pourquoi pas mon fiancé ?…

Sur la terrasse une silhouette familière,
On parle, mais très doucement.
Oh, je n’avais jamais éprouvé jusqu’ici
Une langueur si séduisante.

Les peupliers frémissent d’inquiétude,
Visités par des rêves de tendresse
Le ciel est couleur d’acier bruni,
La pâleur des étoiles est mate.

Je tiens un bouquet de giroflées blanches.
Elles cachent un feu secret, pour brûler
Celui qui les prendra de mes mains timides,
En effleurant ma paume tiède.

4
J’ai écrit des mots
Que longtemps je n’ai pas osé dire.
Le mal de tête m’engourdit,
Mon corps est comme insensible.

Le cor au loin s’est tu, mon coeur
Ressasse les mêmes énigmes,
Une légère neige d’automne
A recouvert le terrain de croquet.

Les feuilles bientôt ne frémiront plus !
La pensée bientôt oubliera ses tourments.
Je ne voulais pas être une gêne
Pour ceux dont le devoir est de se divertir.

J’ai pardonné à ces lèvres rouges
Leur cruelle plaisanterie…
Vous viendrez nous voir demain
En foulant aux pieds la première neige.

On allumera des bougies,
De jour leur éclat est plus doux,
On apportera un bouquet
De roses cueillies dans l’orangerie.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Air de Leang-Tcheou (Wang Han)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019



Air de Leang-Tcheou

Le beau vin de raisin dans la tasse de jade lumineux!
J’allais boire, la guitare du cavalier me presse de partir.
Ivre, je me fusse étendu sur le champ de sable.
Il n’y a pas de quoi rire!
Combien, depuis les temps anciens, ont pu revenir de la guerre?

(Wang Han)

 

 

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La nuit palpite comme un sein alerté (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



la nuit palpite
comme un sein alerté

je dors dans la marée du ciel
son vertige ciselé

nuit errante
ressuscitée perdue
immobile

je rêve d’espaces ivres
d’ailleurs de suds
d’heures désertes

tu poses la main
sur ma peau

les yeux sur l’autre nuit

je rêve de loups rouges
de sang sur les pierres

tu sculptes mon épaule
du sommeil de tes doigts

la nuit bat des paupières
noie mon chant

je rêve de visages
ouverts comme des fleurs

d’oiseaux suspendus
au fil des jours

ma nuit s’attarde

nous nous retrouvons
au coeur d’une nuit nouvelle

(Amina Saïd)

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Midi cisaillé de cigales (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
Midi cisaillé de cigales
et la lumière en embuscade
ciel bleu de mort
ce bleu qui s’assombrit
à l’alambic du corps
vire au noir rauque
là où crépite l’angoisse
au rythme haché menu
d’insectes ivres fous

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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