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Poésie

Posts Tagged ‘malade’

Mettre ma vie en pages (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019




    
Mettre ma vie en pages
Est-ce bien raisonnable

Récurer
Calembours et calembredaines

Étendre mes rêves
Encore humides

Trouer à mains nues
Les poches de tristesse

Découdre les plaies

Sans gants ni masque
Souffler sur les cadavres

Donner à lire
Ma destinée
Dans les détours de mes viscères

Peut-être vaut-il mieux
Faire la coquette

À l’envi répétant
Que je suis vieille
Malade et moche

Et pauvre aussi

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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NERFS D’AUTOMNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



NERFS D’AUTOMNE

C’est l’automne, tout bruit, on a sommeil,
Et les arbres soupirent dans la rue ;
Toux et pleurs et un vide sans pareil…
Il fait froid, il pleut à perte de vue.

Les amants, plus tristes à leur réveil,
Plus malades, ont d’étranges manières,
Et les feuilles dormant de leur sommeil
Éternel, tombent lourdes sur la terre.

Je reste là et m’en vais et reviens
Et les amants m’emplissent de tristesse.
J’ai envie, oui, de rire pour un rien,
Il fait froid, il pleut encor et sans cesse.

(George Bacovia)

Illustration

 

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LA CAGE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019




    
LA CAGE

Dehors, du soleil.
Ce n’est qu’un soleil
mais les hommes le regardent
et ensuite ils chantent.

Je ne sais rien du soleil.
Je sais la mélodie de l’ange
et le sermon brûlant
du dernier vent.
Je sais crier jusqu’à l’aube
quand la mort se pose nue
sur mon ombre.

Je pleure sous mon nom.
J’agite des mouchoirs dans la nuit
et des bateaux assoiffés de réalité
dansent avec moi.
Je cache des clous
pour maltraiter mes rêves malades.

Dehors, du soleil.
Je m’habille de cendres.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Les aventures perdues
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Ypfilon

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Souvenir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




Souvenir

Tu m’as inventée. Celle que tu imagines
N’existe pas, ne peut exister nulle part.
Chez les médecins, pas de remède ; pas de réconfort
chez les poètes.
Cette ombre, ce fantôme jour et nuit te persécute.

Notre rencontre eut lieu en une année invraisemblable.
Les forces du monde étaient à bout.
Tout portait le deuil. Tout déclinait, malade.
Rien de nouveau, sinon des tombes.

Plus de lumière. Flots de la Néva, noirs comme du goudron.
Nuit, tout autour, compacte, comme un mur.
C’est alors que ta voix m’a défiée.
Ce que je faisais, je ne le comprenais pas encore.

Tu es venu vers moi, comme conduit par une étoile,
Tu foulais aux pieds l’automne tragique,
Tu es entré dans la maison à jamais déserte,
D’où avait fui le vol des poèmes brûlés.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Chanson d’automne (Gustav Suits)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018



Chanson d’automne

La terre est noire et le ciel gris.
Il pleut, il pleut à l’infini.

La brume noie mes volontés.
Coeur malade, esprit hébété.

Ah! si la pluie pouvait cesser !
La brume au vent se disperser !

Mais le temps se couvre en silence.
Le jour prend fin, le soir s’avance.

Où donc finira le chemin
Noire et profonde, la nuit vient.

S’il y avait au moins une étoile qui luit !
Si encore on voyait le bout de cette nuit !

***

Sügise Laul

Hall on taevas ja must on maa.
Sajab ja sajab lõpmata

Udusse upuvad sihid kõik eel,
haige on süda ja väsinud meel.

Ah, kui nii palju, nii palju ei sajaks,
tuul selle udu kord laiali ajaks!

Ilm aga sumestub hääletu.
Sügisepäev jõuab õhtule ju.

Kuhu küll lõpeb rändaja tee?
Öö tuleb, pime ja pilkane.

Ah, kui nüüd taevatähtigi oleks,
kui veel see öögi nii otsatu poleks ?

(Gustav Suits)


Illustration

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GRAVÉ SUR UN MUR D’HÔPITAL (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018



Illustration: Dominique Leuthold
    
GRAVÉ SUR UN MUR D’HÔPITAL

Ci-gît, malade, un étudiant :
son destin est impitoyable !
Epargnez-lui toute potion :
le mal d’amour est incurable !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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Les Soeurs de Charité (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2018



Illustration: Alex Alemany
    
Les Soeurs de Charité

Le jeune homme dont l’oeil est brillant, la peau brune,
Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu,
Et qu’eût, le front cerclé de cuivre, sous la lune
Adoré, dans la Perse, un Génie inconnu,

Impétueux avec des douceurs virginales
Et noires, fier de ses premiers entêtements,
Pareil aux jeunes mers, pleurs de nuits estivales,
Qui se retournent sur des lits de diamants ;

Le jeune homme, devant les laideurs de ce monde,
Tressaille dans son coeur largement irrité,
Et plein de la blessure éternelle et profonde,
Se prend à désirer sa soeur de charité.

Mais, ô Femme, monceau d’entrailles, pitié douce,
Tu n’es jamais la Soeur de charité, jamais,
Ni regard noir, ni ventre où dort une ombre rousse,
Ni doigts légers, ni seins splendidement formés.

Aveugle irréveillée aux immenses prunelles,
Tout notre embrassement n’est qu’une question :
C’est toi qui pends à nous, porteuse de mamelles,
Nous te berçons, charmante et grave Passion.

Tes haines, tes torpeurs fixes, tes défaillances,
Et les brutalités souffertes autrefois,
Tu nous rends tout, ô Nuit pourtant sans malveillances,
Comme un excès de sang épanché tous les mois.

– Quand la femme, portée un instant, l’épouvante,
Amour, appel de vie et chanson d’action
Viennent la Muse verte et la Justice ardente
Le déchirer de leur auguste obsession.

Ah ! sans cesse altéré des splendeurs et des calmes,
Délaissé des deux Soeurs implacables, geignant
Avec tendresse après la science aux bras almes,
Il porte à la nature en fleur son front saignant.

Mais la noire alchimie et les saintes études
Répugnent au blessé, sombre savant d’orgueil ;
Il sent marcher sur lui d’atroces solitudes
Alors, et toujours beau, sans dégoût du cercueil,

Qu’il croie aux vastes fins, Rêves ou Promenades
Immenses, à travers les nuits de Vérité
Et t’appelle en son âme et ses membres malades
0 Mort mystérieuse, ô soeur de charité.

(Arthur Rimbaud)

 

Recueil: Rimbaud Cros Corbière Lautréamont Oeuvres Poétiques complètes
Traduction:
Editions: Robert Laffont

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LA CAGE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




LA CAGE

Dehors il y a du soleil.
Ce n’est qu’un soleil
mais les hommes le regardent
et après ils chantent.

Je ne sais rien du soleil.
Je sais la mélodie de l’ange
et le sermon brûlant
du dernier vent.
Je sais crier jusqu’à l’aube
lorsque la mort se pose nue
sur mon ombre.

Je pleure sous mon nom.
J’agite des mouchoirs dans la nuit
et des bateaux assoiffés de réalité
dansent avec moi.
Je camoufle des clous
pour bafouer mes rêves malades.

Dehors, il y a du soleil.
Je m’habille de cendres.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Rafal Olbinski

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NOCTURNE (Skipwith Cannell)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Jody Bergsma
    
NOCTURNE

I
Tes pieds
Comme de petits oiseaux d’argent,
Tu les poses sur les chemins charmants ;
Ainsi je te suivrai,
Toi Colombe aux Yeux D’or,
Sur n’importe quel chemin je te suivrai,
Car la lumière de ta beauté
Éclaire ma route comme une torche.

II
Tes pieds sont blancs
Sur l’écume de la mer;
Serre-moi fort, toi Cygne brillant,
De peur que je chute,
Et dans les eaux profondes.

III
Longtemps j’ai été
Le Chanteur sous la Croisée
Et maintenant je suis las.
Je suis malade de désir,
O ma Bien-aimée;
Prends-moi donc avec toi
Vite
Sur notre chemin.

IV
Du filet de tes cheveux
Tu as pêché en mer
Et un poisson étrange
Fut pris dans ton filet;
Car ta chevelure,
Bien-aimée,
Tient mon coeur
Dans sa toile d’or.

V
Je suis las de l’amour et tes lèvres
Sont des coquelicots éclos au petit jour.
Donne-moi donc tes lèvres
Que je puisse connaître le sommeil.

VI
Je suis fatigué de désir,
Je suis faible d’amour;
Car sur ma tête le clair de lune
Est tombé
Comme une épée.

(Skipwith Cannell)

 

Recueil: Des Imagistes Anthologie
Traduction:
Editions: La Nerthe

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Le baiser du soir (Leopoldo Maria Panero)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration
    
Le baiser du soir

Père, je m’en vais :
je vais jouer dans la mort,
père, je m’en vais.
Dis adieu à ma mère,
éteins la lumière de ma chambre :
père, je m’en vais.

Dis à l’enfant qui rit là-bas,
je ne sais de quoi, peut-être de la vie,
mon nom, rien que mon nom
range bien mes jouets
l’ours avec l’ours, et range le chien
près de l’oiseau, quant au canard
laisse-le seul, le canard :
père, je m’en vais : je vais jouer avec la mort.
Il y avait une flamme, oui dans mes yeux,
d’avoir tant de nuits veillé,
et que personne n’avait su fermer
sinon moi ; pardonne-moi, père, s’il n’y avait
personne, à part moi : je m’en vais,
je m’en vais seul jouer avec la mort.

Père, je suis mort, déjà, et quelle obscurité
tout cela :
pas de lune, pas de soleil, pas de terre ici,
père, je suis mort.
Nous sommes les morts comme des malades
et le cimetière est l’hôpital
on y joue au docteur
drap blanc et bistouri
et des tombes comme autant de lits
pour rƒver : ils sont si blancs ces os
père si blancs : comme rêver.

Les autres disent, les plus morts d’entre nous,
ceux qui passent un temps fou
à se venger ici de Dieu,
que le Diable viendra, le bon Diable,
qu’il viendra le Diable avec plus de fleurs
que personne n’en peut porter.
Père, je suis mort, je ne suis pas seul
père, je suis mort, j’ai des amis
avec qui jouer.

Mère, ces baisers que tu reviens
me donner dans la tombe
me réveillent, me donnent froid
j’ai été vivant, je l’ai su
maintenant
laisse-moi oublier.

Père, je suis mort, et la tombe
est un berceau bien meilleur
père, il n’y a personne, je suis seul
père, si un jour à nouveau
je retourne parmi vous, père si à nouveau je vis
j’ignore de quoi je pourrais rêver.

(Leopoldo Maria Panero)

 

Recueil: Bonne nouvelle du désastre et autres poèmes
Traduction: Victor Martinezet Cédric Démangeot
Editions: Fissile

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