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Poésie

Posts Tagged ‘galop’

La lande (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
La lande

Maléfique, voici la mare
Que l’ombre tremblante bigarre.
Reflets de lune en verts glacis,
Par la lande qui se dénude
Etalant sa décrépitude
Glissent sur les ajoncs moisis.

Le réel absurde s’évade;
La chaotique cavalcade
Surgit des fantômes dressés
Sous les tâtonnantes étoiles
Dont le vent écarte les voiles,
Surgit aux lointains effacés.

Comme un encensoir la braise,
Leur coeur flambant que rien n’apaise,
Pas même le tombeau, reluit
Au creux sombre de leur poitrine;
Des gestes brûlants se devinent
Dont l’éclair traverse la nuit.

Brisant les dalles et les pierres,
Dénouant les rameaux des lierres,
Les amants ont joint leur essor,
Comme les mélèzes frémissent,
Les lèvres ardentes bruissent
Se baisant par delà la mort.

Froissant le houx et la bourdaine
L’âpre galop qui les entraîne,
Rapproche genoux à genoux
Et vertèbres contre vertèbres
Les spectres vêtus de ténèbres
Et secoués de spasmes fous.

La lande étangement fermente…
Plus que toi la mort est clémente
Dont s’entr’ouvre parfois le seuil.
O vie amère!… – D’écarlates
Roses, d’oeillets et d’aromates.
Que l’on remplisse mon cercueil!

D’un linceul aux blancheurs de soie
Qu’on m’enveloppe, que je sois
Prêt aux réveils extasiés;
Que vainqueur de la mort, j’étreigne
Mon rêve à cette heure où se baigne
La lune par les verts bourbiers.

(Marie Dauguet)

 

 

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DE LA TOUR (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
DE LA TOUR

Cette terre grise lissée par le vent dans ses croupes,
dans son galop vers la mer,
dans sa ruée de troupeaux sous les dômes
et les contreforts de l’intérieur, vue
dans le vertige depuis les glacis, file
la lumière, file de mystérieuses années-lumière,
file un seul destin de multiples façons,
dit : « regarde-moi, je suis ton étoile »
et en cet instant s’enfonce plus profond
dans le coeur l’épine de la vie.
Cette terre toscane nue et pure
où court la pensée de celui qui reste
ou qui, issu d’elle, s’en éloigne.

Mes années, plus de quarante, essaiment toutes
hors de leur nid d’abeilles. Elles cherchent
ici plus qu’ailleurs leur pain, s’enquièrent
de nous, de vous murés dans la croûte
de ce corps lumineux. Et persiste,
persiste à pulluler la mort — la vie —
tendre et hostile, claire et inconnaissable.

Voilà ce que l’oeil saisit de cette tour de guet.

***

DALLA TORRE

Questa terra grigia lisciata dal vento nei suoi dossi
nella sua galoppata verso il mare,
nella sua ressa d’armento sotto i gioghi
e i contrafforti dell’interno, vista
nel capogiro dagli spalti, fila
luce, fila anni luce misteriosi,
fila un solo destino in moite guise,
dice : « guardami, sono la tua stella »
e in quell’attimo punge più profonda
il cuore la spina della vita.
Questa terra toscan brulla e tersa
dove corre il pensiero di chi resta
o cresciuto da lei se ne allontana.

Tutti i miei più che quarant’anni sciamano
fuori del loro nido d’ape. Cercano
qui più che altrove il loro cibo, chiedono
di noi, di voi murati nella crosta
di questo corpo luminoso. E seguita,
seguita a pullulare morte e vita
tenera e ostile, chiara e inconoscibile.

Tanto afferra l’occhio da questa torre di vedetta.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Je suis fille… (Yvonne Le Meur-Rollet)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



 

Alexandre Jacques Chantron  1_0

Je suis fille…

Je suis fille de l’eau des étangs et des sources.
Je sais depuis toujours
Où poussent les jonquilles,
Où pleurent les grands saules,
Où glissent les anguilles,
Où les joncs bleus murmurent
Les secrets des amants
Dont les ombres se mêlent
Sous les troncs des sureaux.

Je suis fille des bois de hêtres et de frênes.
J’ai gravé dans l’écorce
Des serments révolus.
J’ai lu sous les futaies
Les romans interdits où galops et baisers
Menaient à une chambre
Crépitante de bûches
Dont les flammes dansaient au rythme des désirs.

Je suis fille nourrie
Au pays des mirages,
Au pays des silences,
Des soupirs, de l’ennui.
Et les hommes qui passent
Me regardent sans voir le feu qui me consume.
De loin,
Je les regarde :
Ils me font un peu peur :
Leurs ventres sont trop gros, leurs rires sont trop forts
Et leurs mains sont trop moites.

Moi, je rêve toujours d’un poète au teint pâle,
D’un amoureux fragile
Qui marche près d’un lac
Où le temps se suspend aux lames des roseaux.

(Yvonne Le Meur-Rollet)

Illustration: Alexandre Jacques Chantron

 

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Patience et long-vouloir (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017




    
Patience et long-vouloir

Patience et long-vouloir surveillent ton ouvrage,
Châtelaine, en la salle austère du moutier;
Près du vitrail gothique apporte ton métier,
Permets qu’à tes genoux se blottisse ton page.

Qu’importe si le vent, fantasque cavalier,
Déroule ses galops par les bois qu’il ravage,
L’archiluth a frémi dans l’ombreux paysage
Encadrant sur les murs un combat oublié.

La Palestine est loin et cruelle l’attente,
Ecoute la chanson dont la langueur te tente,
Patience et long-vouloir sont mauvais conseillers;

Mais les accords dolents à tes pieds effeuillés
Disent: « Hormis l’amour, tout est mirage et leurre! »
Baise les cils mouillés de ton page qui pleure.

(Marie Dauguet)

 

 

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Vendange (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Vendange

La fleur déclose
me prive de tout comme elle s’abandonne
en fruit. Mon sang charrie des glaçons, fleur
de la récolte quand le cortège de ce soir m’ouvrira les veines.
Meuniers, ramoneurs et ceux que le sel a déteints,
mes démons se laissent apparaître, vêtus de soufre et
plus près des papillons pour cette race légère que saura
fixer une pointe dans l’aile. A des fleurs les papillons
font l’amour, eux vont aux baisers des fruits.
Délaissant ces bouches entr’ouvertes qui pendent aux
branches, d’un galop les vendangeurs passeront fouler
mon corps
une grappe de leur vigne.

(Olivier Larronde)

Illustration: Giuseppe Arcimboldo

 

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Une rumeur d’épouvante rôde en ville (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Une rumeur d’épouvante rôde en ville,
Se glisse dans les maisons comme un voleur.
Pourquoi ne pas relire, avant de m’endormir,
Le conte de Barbe-Bleue ?

Comment la septième monta l’escalier,
Comment elle appela sa soeur cadette,
Et guetta, retenant son souffle,
Ses frères bien-aimés, ou la terrible messagère…

Une poussière s’élève comme un nuage de neige,
Les frères vont entrer au galop dans la cour du château,
Et sur la nuque innocente et gracile,
Le tranchant de la hache ne se lèvera pas.

Consolée à présent par cette cavalcade,
Je devrais m’endormir tranquille
Mais qu’a-t-il, ce coeur, à battre comme un enragé,
Et le sommeil, pourquoi ne vient-il pas ?

(Anna Akhmatova)

Illustration: Walter Crane

 

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Aussi bien (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017


 

SOYEZ SPONTANÉ SOYEZ SPONTANÉ SOYEZ SPONTANÉ SOYEZ SPONTANÉ SOYEZ SPONTANÉ !


 

Aussi bien,
cherchez le naturel
il s’en va au galop.

(Laurent Albarracin)

 

 

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Retouche à la beauté (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



retouche à la beauté

sans rien de trop
mais quelque chose en plus

sans usage des us
et sur place au galop

(Daniel Boulanger)

Illustration: Andrew Atroshenko

 

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DÈS LE PREMIER MOT (Michel Dallaire)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



 

DÈS LE PREMIER MOT

dès le premier mot
tu es là

belle
un bouquet
d’étincelles
obéissant à la chair
du poème nu
sans artifice
ouverte aux pulsions
qu’anime un air au grand galop

dès le premier
vers
tu es là
imaginant le feu
la passion
des êtres qui te font signe
un bond vertigineux
dans le plus parfait des vides
sans élastique

dans un tango de sonorités
dans un rodéo de métaphores
ton poème devient un jardin
du désir
toujours rebelle

(Michel Dallaire)

Illustration: Theodore Chassériau

 

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Chevaux de bois (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017




Chevaux de bois

Tournez, tournez, bons chevaux de bois,
Tournez cent tours, tournez mille tours,
Tournez souvent et tournez toujours,
Tournez, tournez au son des hautbois.

Le gros soldat, la plus grosse bonne
Sont sur vos dos comme dans leur chambre,
Car en ce jour au bois de la Cambre
Les maîtres sont tous deux en personne.

Tournez, tournez, chevaux de leur coeur,
Tandis qu’autour de tous vos tournois
Clignote l’oeil du filou sournois,
Tournez au son du piston vainqueur.

C’est ravissant comme ça vous soûle
D’aller ainsi dans ce cirque bête :
Bien dans le ventre et mal dans la tête,
Du mal en masse et du bien en foule.

Tournez, tournez sans qu’il soit besoin
D’user jamais de nuls éperons
Pour commander à vos galops ronds,
Tournez, tournez, sans espoir de foin

Et dépêchez, chevaux de leur âme :
Déjà voici que la nuit qui tombe
Va réunir pigeon et colombe
Loin de la foire et loin de madame.

Tournez, tournez ! le ciel en velours
D’astres en or se vête lentement.
Voici partir l’amante et l’amant.
Tournez au son joyeux des tambours !

(Verlaine)

Illustration: Edouard Goerg

 

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