Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘passer’

Un géant (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2021



Un géant plus que géant
Est au bout du chemin,
Collé à l’horizon

Et, les bras étendus,
Empêche le temps
De passer.

(Guillevic)

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Au dépourvu (Armand Do)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2021



Au dépourvu
(chanson pour ceux qui n’ont rien vu venir)

J’ai déjà vu de belles filles,
Des perles fines, des canons,
Venues du Nord ou des Antilles,
Des Ophélies et des Junons
et des Junons.

J’ai déjà vu, par ma fenêtre,
Flotter un beau nuage blanc,
Filer au loin et disparaître,
L’autre venir lui ressemblant
lui ressemblant.

J’ai déjà vu sous la charmille
Le merle fuir sur le gazon,
Jaune le bec, l’oeil qui pétille,
Heureux de vivre la saison
vre la saison.

J’ai déjà vu rire mes potes,
Fleurir au vent bien des jupons,
Boire et chanter dans les gargotes,
Couler la Seine sous les ponts
ne sous les ponts.

De tout cela je ne me lasse,
Que j’ai pourtant vu et revu,
Mais, s’oubliant le temps qui passe,
L’âge m’a pris au dépourvu
au dépourvu.

(Armand Do)


Illustration: Henry Nelson O\’Neil

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Le bon sens des mots (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2021



Illustration: Sophie Bourgon
    
Le bon sens des mots

Se reposer
sur des images qui se reposent

en bleu en rouge
en vert
sur l’eau du port

se reposer
entre deux tempêtes qui passent
par nos âmes et sur les vagues

se reposer
sur le mot port
qui est fait pour ça.

(Yvon Le Men)

 

Recueil: Les mains de ma mère
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Une robe à contre-soleil (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2021



Une robe à contre-soleil
comme une main
passe sur une flamme

(Jean Joubert)


Illustration

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Bien plus doux (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021



Les arbres dont les fleurs sont nés
Sont bien plus doux que les regards
Des gens de ce pays
De ce pays où je passe
Où je passe ma vie.

(Pierre Morhange)

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Oiseaux de mer (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



Oiseaux de mer

Mouettes, gris et goélands,
Mêlent leurs cris et leurs élans.
Leur vol fou qui passe et repasse,
Tend comme un filet dans l’espace.
Mouettes, goélands et gris,
Mêlent leurs élans et leurs cris.
Holà ! Ho ! du coeur à l’ouvrage !
La mer grossit.
Proche est l’orage.
Mouettes, goélands et gris,
Mêlent leurs élans et leurs cris.

(Jean Richepin)

 

 

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Comment ça va ? (Ben Corlaciu)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2021




    
Comment ça va ?

Comment vas-tu ? Merci, ça marche après l’aurore.
Je vis, il n’y a pas d’autre solution.
Le matin au marché parmi les fleurs et les poivrons
Je respire l’odeur des coings encore et encore
Et je rentre avec le cabas plein de météores.

Je vis bien, ne te fais pas de soucis.
Je n’attends pas que la mort vienne, j’attends que la vie passe.
C’est vrai, quelques émois me tracassent
Mais ils sont éphémères et tout petits :
Je dis bonjour au lieu de bonne nuit.

(Ben Corlaciu)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le blues roumain
Traduction: Traduit du roumain par Radu Bata
Editions: Unicité

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Ailleurs (Ewa Lipska)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2021



Illustration: Igor Marceau
    

Ailleurs

Je voudrais vivre Ailleurs.
Dans de petites villes brodées à la main.

Rencontrer ceux
qui ne viennent pas au monde.

Nous serions enfin heureux solitaires.
Pas une station ne nous attendrait.

Nulle arrivée. Nul départ.
Au musée du temps qui passe.

Pas une seule guerre ne se battrait pour nous.
Pas une humanité. Pas une armée. Pas une arme.

La mort un peu pompette. Ce serait gai.
À la bibliothèque le temps en plusieurs volumes.

L’amour. Chapitre sans connaissance.
Tournerait dans un murmure les pages de nos cœurs.

***

Gdzie Indziej

Chciałabym mieszkać Gdzie Indziej.
W haftowanych ręcznie miasteczkach.

Spotykać się z tymi
którzy nie przychodzą na świat.

Bylibyśmy wreszcie szczęśliwie samotni.
Nie czekałby na nas ani jeden przystanek.

Żaden przyjazd. Żaden odjazd.
Przemijanie w muzeum.

Żadne wojny nie biłyby się o nas.
Żadna ludzkość. Żadne wojsko. Żadna broń.

Śmierć na rauszu. Byłoby wesoło.
W bibliotece wielotomowy czas.

Miłość. Nieprzytomny rozdział.
Przewracałaby nam szeptem kartki w sercach.

***

Elsewhere

I’d like to live Elsewhere.
In hand-embroidered towns.

To meet those
who are not born into the world.

At last we would be happily alone.
No stop would wait for us.

No arrival. No departure.
Evanescence in a museum.

No wars would fight for us.
No humanity. No army. No weapon.

Tipsy death. It would be fun.
In the library a multi-volume time.

Love. A mad chapter.
It would turn the pages of our hearts in a whisper.

(Ewa Lipska)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Moi, ailleurs, l’écharde
Traduction: Traduit du polonais par Isabelle Macor-Filarska et Irena Gudaniec-Barbier – The New Century (Northwestern University Press, 2009) – Translated by Robin Davidson & Ewa Elzbieta Nowakowska.
Editions: Grèges

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Le paysan s’arrête de labourer (Shiki)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2021




    
le paysan s’arrête de labourer
pour me regarder
passer

***

あるきながらいちごくひけりいちご畑

(Shiki)

 

Recueil: Ah! Le printemps
Traduction: Cheng Wing fun & Hervé Collet
Editions: Moundarren

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CAMONIENNE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



Illustration: Catherine Suchocka
    
CAMONIENNE

Qui es-tu, barbara, qui demeures
dans un poème que l’on étudie et récite
dans les écoles,
— toi qui t’es limitée à être aimée
d’un poète qui, peut-être, ne t’a
rien donné d’autre en échange de cet amour
qu’un poème que toi, peut-être,
tu n’as jamais entendu? Qui es-tu,
ô femme plus réelle que ce
poète qui t’a chantée, et dont nul ne
sait rien — si ce n’est
qu’il t’a aimée, et mise dans
ce poème où tu vis encore, et respires,
comme au jour où il l’a écrit,
se rappelant ton corps, et tes
lèvres, et les jours, ou les nuits,
qu’il passa près de toi? Qui es-tu,
femme réelle et rêvée qui habites
tous les poèmes que ce poème
a inspirés, et tous les rêves qui
ont trouvé en cette barbara une image
précise et définitive ? Retourne-toi,
dans ces vers, pour que nous voyions
ton visage, et dis-nous ton nom — ton nom
authentique, et non pas celui que le poète
a inventé pour t’appeler dans un poème
qui ne garde le secret que de toi seule ;
et ensuite, dors, oublie
ce que l’on a dit de toi, et les commentaires
dont tu as été le prétexte, et les images
où chaque fois davantage, tu as perdu
cette image unique, la tienne.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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