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Poésie

Posts Tagged ‘passer’

Invention de Mars (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2022



Illustration
    
Invention de Mars

Aubes d’argent sur des champs
D’herbes jamais vues, où le vent
Passe au large et doucement, dans un silence
D’émeraudes éternelles. Mouvement
De ballet ou de lumière purifiée,
Lents canaux de Mars que j’invente
Dans mon humain langage condamné.

***

Invenção de Marte

Madrugadas de prata sobre campos
De nunca vistas ervas, onde o vento
Passa de largo e manso, num silêncio
De esmeraldas eternas. Movimento
De bailado ou de luz purificada,
Lentos canais de Marte que eu invento
Na minha humana fala condenada.

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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Cycle (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2022




    
Cycle

La vermoulure ouvre le filet, le labyrinthe
Des sombres galeries qui affaiblissent
La dureté du cerne résineux.

Tout le bois passe dans les mandibules
Des insectes rongeurs, se convertit
En déjections de poussière, remastiquées.

Tronc vivant qui fut, mort maintenant,
Il restituera la solive à l’insondable
Matrice dont un autre arbre s’alimente.

***

Ciclo

Abre o caruncho a rede, o labirinto
De escuras galerías que enfraquecem
A rijeza do cerne resinoso.

Toda a madeira passa nas mandíbulas
Dos insectos roazes, se converte
Em dejectos de pó, remastigados.

Tronco vivo que foi, agora morto,
Tornará o barrote à insondável
Matriz de que outra árvore se alimenta.

(José Saramago)

 

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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Doux-doucement (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2022




    
Doux-doucement, léger-légèrement
quelque chose a sifflé dans un pin.
J’ai vu en rêve
un enfant aux yeux noirs.

Ainsi perle sur un pin rouge la résine ardente.
Ainsi dans ma nuit splendide, une scie me passe sur le coeur.

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Aujourd’hui, le dégel (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2022



Illustration: Jill Battaglia
    
Aujourd’hui, le dégel, aujourd’hui,
Debout, près de la fenêtre, de nouveau
Apaisée, regard dégrisé, plus encore,
Et ma poitrine — plus libre.

Je ne sais pourquoi. Peut-être
L’âme simplement fatiguée,
Et sans envie de toucher
Au crayon rebelle.

Debout, ainsi, dans le brouillard —
Au loin du bien et du mal,
Je tambourine d’un doigt léger
Sur la vitre qui vibre à peine.

Ni meilleure ni pire — par l’âme,
Que le premier venu — au hasard —
Ou que les flaques dans lesquelles
Le ciel répand ses perles,

Ou qu’un oiseau qui passe,
Ou qu’un chien qui erre, ou,
Même, qu’une chanteuse pauvre
Qui ne m’a pas fait pleurer.

Déjà, mon âme a retrouvé
L’art subtil de l’oubli.
Dégel, aujourd’hui, dans l’âme,
Pour le vaste sentiment.

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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MACROCOSME (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2022



    

MACROCOSME

Soleils, ex-voto des ténèbres,
Coeurs palpitants, coeurs transpercés,
Larmes d’argent des draps funèbres,
Soleils, je passe et vous passez.

Mirés au fond de ma prunelle,
Comme moi vous vous consumez;
Vous roulez dans l’ombre éternelle,
Sans savoir que vous l’enflammez;

Je sais, car je sais que j’ignore.
Dans ce coquillage sonore,
Dans cette éponge où le sang bat,

Dans les entrailles de mon ventre,
La même angoisse se concentre,
Et ma lutte est votre combat.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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VERS GNOMIQUES (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022




    
VERS GNOMIQUES

Je t’ai vu grandir comme un arbre,
Inénarrable éternité;
Je t’ai vu durcir comme un marbre,
Indicible réalité.

Prodige dont le nom m’échappe,
Granit trop dur pour le ciseau,
Bonheur partagé par l’oiseau
Et par l’eau que le chien lappe.

Secrets qu’il faut savoir et taire!
Tout ce qui dure est passager;
Je sens sous moi tourner la terre;
Le ciel plein d’astres m’est léger.

Vous souriez, morts bien couchés;
Tout ce qui passe pourtant dure;
Les brins minces de la verdure
Sont faits du grain noir des rochers.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ma jupe (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2022




    
Ma jupe
(Chants de Ziye)

Ma jupe passée sans l’attacher,
Je cours à la fenêtre, sourcils tracés.
La soie légère clapote aisément au vent :
C’est la faute de la brise printanière qui me l’a entrouverte…

(Anonyme)

 

Recueil: Cent poèmes d’amour de la Chine ancienne
Traduction: André Lévy
Editions: Philippe Picquier

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Un jour, il y eut un enfant (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2022



    
Un jour, il y eut un enfant

Un jour, il y eut un enfant.
Il vint jouer dans mon jardin;
Il était tout à fait pâle et silencieux.
Seulement quand il sourit je sus tout de lui,
Je sus ce qu’il avait dans les poches,
Je connus la sensation de ses mains dans les miennes
Et les plus intimes accents de sa voix.
Je le menais vers chacun de mes sentiers secrets
Lui montrant la cachette de tous mes trésors.
Je le laissais jouer avec eux, chacun d’entre eux,
J’ai déposé mes pensées chantantes dans une petite cage d’argent
Et lui les donnais afîn qu’il les garde…
Il faisait très sombre dans le jardin
Mais jamais assez sombre pour nous. Sur la pointe des pieds
Nous marchions parmi les ombres les plus profondes;
Nous nous baignâmes dans les étangs d’ombres sous les arbres
Prétendant que nous étions sous la mer.
Une fois — près de la limite du jardin —
Nous entendîmes des pas passant le long de la route du Monde;
O combien nous fûmes effrayés!
Je murmurai: « As-tu déjà marché le long de cette route? »
Il hocha la tête et nous chassâmes les larmes de nos yeux…
Un jour, il y eut un enfant.
Il vint — tout à fait seul — pour jouer dans mon jardin;
Il était pâle et silencieux.
Quand nous nous rencontrâmes nous nous embrassâmes,
Mais quand il est parti, nous ne nous fîmes pas même un signe.

***

There was a child once

He came to play in my garden;
He was quite pale and silent.
Only when he smiled I knew everything about him,
I knew what he had in his pockets,
And I knew the feel of his hands in my hands
And the most intimate tones of his voice.
I led him down each secret path,
Showing him the hiding-place of all my treasures.
I let him play with them, every one,
I put my singing thoughts in a little silver cage
And gave them to him to keep…
It was very dark in the garden
But never dark enough for us. On tiptoe we walked
among the deepest shades;
We bathed in the shadow pools beneath the trees,
Pretending we were under the sea.
Once—near the boundary of the garden—
We heard steps passing along the World-road;
O how frightened we were!
I whispered `Haveyou ever walked along that road? »
He nodded, and we shook the tears from our eyes…
There was a child once.
He came—quite alone—to play in my garden;
He was pale and silent.
When we met we kissed each other,
But when he went away, we did not even wave

(Katherine Mansfield)

Recueil: Villa Pauline Autres Poèmes
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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La Porte (Simone Weil)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2022



    

La Porte

Ouvrez-nous donc la porte et nous verrons les vergers,
Nous boirons leur eau froide où la lune a mis sa trace.
La longue route brûle ennemie aux étrangers.
Nous errons sans savoir et ne trouvons nulle place.

Nous voulons voir des fleurs.
Ici la soif est sur nous.
Attendant et souffrant, nous voici devant la porte.
S’il le faut nous romprons cette porte avec nos coups.

Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.
Il faut languir, attendre et regarder vainement.
Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.
Nous y fixons nos yeux ; nous pleurons sous le tourment ;

Nous la voyons toujours ; le poids du temps nous accable.
La porte est devant nous ; que nous sert-il de vouloir ?
Il vaut mieux s’en aller abandonnant l’espérance.
Nous n’entrerons jamais. Nous sommes las de la voir…

La porte en s’ouvrant laissa passer tant de silence
Que ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur ;
Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière
Fut soudain présent de part en part, combla le coeur,
Et lava les yeux presque aveugles sous la poussière.

Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu

(Simone Weil)

Recueil: Les poètes de Dieu (Pierre Haïat)
Editions: Philippe Lebaud

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Où étais-tu cachée? (Comptine du folklore Russe)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
Où étais-tu cachée?

Qui vient là? Mais c’est ma chatte
Une brindille à la patte.
Le dos rond, elle passe le pont
Puis s’avance, l’oeil fripon.
Minou, minou, mounette,
Où étais-tu cachée?
Mounette répond tout net
Qu’elle gardait les poulettes
Depuis le déjeuner.

(Comptine du folklore Russe)

Traduction: Fabienne Finifter

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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