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Poésie

Posts Tagged ‘midi’

Midi au village (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019




Midi au village

Nul troupeau n’erre ni ne broute ;
Le berger s’allonge à l’écart ;
La poussière dort sur la route,
Le charretier sur le brancard.

Le forgeron dort dans la forge ;
Le maçon s’étend sur un banc ;
Le boucher ronfle à pleine gorge,
Les bras rouges encor de sang.

La guêpe rôde au bord des jattes ;
Les ramiers couvrent les pignons ;
Et, la gueule entre les deux pattes,
Le dogue a des rêves grognons.

Les lavandières babillardes
Se taisent. Non loin du lavoir,
En plein azur, sèchent les hardes
D’une blancheur blessante à voir.

La férule à peine surveille
Les écoliers inattentifs ;
Le murmure épars d’une abeille
Se mêle aux alphabets plaintifs…

Un vent chaud traîne ses écharpes
Sur les grands blés lourds de sommeil,
Et les mouches se font des harpes
Avec des rayons de soleil.

Immobiles devant les portes
Sur la pierre des seuils étroits,
Les aïeules semblent des mortes
Avec leurs quenouilles aux doigts.

C’est alors que de la fenêtre
S’entendent, tout en parlant bas,
Plus libres qu’à minuit peut-être,
Les amants, qui ne dorment pas.

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Julien Girard

 

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Ces pensées en moi (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2019



Illustration: Toyohara Yoshu Chikanobu  
    
Ces pensées en moi
Comme un rêve en plein midi ?
Qui donc pour le dire,
Quand au printemps plane doux
Le cher parfum de l’ivresse

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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De l’aube au soir (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



De l’aube au soir

La brume se noue au cou
Des maisons frileuses
Aux vitres gonflées de sommeil
Quand l’aube réveille le village
Sous un ciel qui bâille
La lumière éclabousse les toits
Et la rivière qui chante

La fenêtre s’écarquille
Pour contempler l’espace
Je l’ouvre toute grande
Pour me remplir de matin
Et renaître au monde
L’air coule dans mes mains
Je touche le jour
Et caresse tes joues
Nos voix se répondent

A midi dans le jardin
Je fonds dans la chaleur
Et je ne vois plus rien
Il n’y a plus que mon sang qui vit
Au rythme de la lumière
Et quelque chose en moi
Qui ne veut pas mourir
Quand la clarté se dissipe
J’aimerais la retenir
Car je crains le soir et ses vapeurs froides
Quand le ciel grelotte
Au-dessus des feuilles

Alors qu’à l’horizon montent les étoiles
Sous leur regard et celui de la lune
Je possède l’infini…

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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ATYS A CYBÈLE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



Helena Paroucheva Cybele 0

ATYS A CYBÈLE

La chair encore endormie,
Je pars au petit jour sombre,
Sans pouvoir sortir de l’ombre
Que ton corps fait sur ma vie.

Je m’étends, quand midi luit,
Au feu de ta chair perdue.
Il n’est pas jusqu’à la nuit
Que ton corps n’ait épandue.

Sous l’herbe, l’argile est dure.
Ta rosée ou ma sueur
Donnent au soir son odeur
De terre et de chair obscure.

(François Mauriac)

Illustration: Helena Paroucheva

 

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Hommage (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019




Illustration:  Emile Eisman-Semenowsky
    
Hommage

Elvira, par grâce d’amour
Passe ici devant toi
Un clair éclat
Qui fait de toutes âmes vaniteuses
Des bougies quand vient midi.

Le son métallique et fort des prétendants
Fond devant toi
Comme le roulement des chars,
Mais tu viens en silence
Et hommage est rendu.

Maintenant le petit raccourci
Qui conduit à l’amour
Est encore plein de joie et de sa foule;
Et la large grand-route
Venant de l’amour
Est sans passant.

***

HOMAGE

Elvira, by love’s grace
There goeth before you
A clear radiance
Which maketh ail vain souls
Candies when noon is.The loud clangour of pretenders
Melteth before you
Like the roll of carts passing,
But you corne silently
And homage is given.Now the little by-path
Which leadeth to love
Is again joyful with its many;
And the great highway
From love
Is without passers.

(William Carlos Williams)

 

Recueil: Les Humeurs
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

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Midi (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Midi

Midi, Roi des étés, épandu sur la plaine,
Tombe en nappes d’argent des hauteurs du ciel bleu.
Tout se tait. L’air flamboie et brûle sans haleine ;
La Terre est assoupie en sa robe de feu.

L’étendue est immense, et les champs n’ont point d’ombre,
Et la source est tarie où buvaient les troupeaux ;
La lointaine forêt, dont la lisière est sombre,
Dort là-bas, immobile, en un pesant repos.

Seuls, les grands blés mûris, tels qu’une mer dorée,
Se déroulent au loin, dédaigneux du sommeil ;
Pacifiques enfants de la Terre sacrée,
Ils épuisent sans peur la coupe du Soleil.

Parfois, comme un soupir de leur âme brûlante,
Du sein des épis lourds qui murmurent entre eux,
Une ondulation majestueuse et lente
S’éveille, et va mourir à l’horizon poudreux.

Non loin, quelques boeufs blancs, couchés parmi les herbes,
Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais,
Et suivent de leurs yeux languissants et superbes
Le songe intérieur qu’ils n’achèvent jamais.

Homme, si, le coeur plein de joie ou d’amertume,
Tu passais vers midi dans les champs radieux,
Fuis ! la Nature est vide et le Soleil consume :
Rien n’est vivant ici, rien n’est triste ou joyeux.

Mais si, désabusé des larmes et du rire,
Altéré de l’oubli de ce monde agité,
Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire,
Goûter une suprême et morne volupté,

Viens ! Le Soleil te parle en paroles sublimes ;
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ;
Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
Le coeur trempé sept fois dans le Néant divin.

(Leconte de Lisle)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Au clocher vers midi (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2019




Au clocher vers midi,
L’horloge devient blanche
Et pèse comme un oeuf
Au centre de la paille.

(Guillevic)

 

 

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NOUS NOUS SOMMES AIMÉS … (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019




NOUS NOUS SOMMES AIMÉS …

Nous nous sommes aimés d’une façon si haute
Que tous nos souvenirs, s’exaltant sous nos fronts,
Ainsi qu’un bois de pins au sommet d’une côte,
Aux plus légers émois de l’air bleu chanteront
Par-delà les blés murs, les flots et les vallons…

Nous nous sommes aimés d’une façon si pure
Que nous imaginions, à regarder nos yeux,
Tremper, par un matin frais et délicieux,
Dans l’eau vierge d’une calanque nos figures
Après l’été brûlant et le doute anxieux.

Nous nous sommes aimés d’une façon si tendre
Que nous avons rendu jalouse la saison
Qui verse aux flots pâlis sa rose et fine cendre,
Lorsque l’Automne a vu nos beaux amours s’étendre
Comme sa mer moelleuse au mourant horizon.

Nous nous sommes aimés d’une façon si forte
Que les grands midis d’Août en furent étonnés,
Et que, pour le départ ayant fermé la porte,
Du jardin tiède et blond où notre amour est né,
Cet amour vit encore après les feuilles mortes…

(Emile Ripert)

Illustration

 

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A l’ombre des lauriers (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2019



Yuri Dubinin - (18) 

A l’ombre des lauriers et des cerisiers roses
Les tourtereaux rêveurs qu’endort le lourd midi
Roucoulent leur amour aux corolles mi-closes.

Et le long des degrés de porphyre des cours
Tintent les cordes d’or des lentes mandolines
Sous les doigts indolents d’un choeur de troubadours.

(Stuart Merrill)

Illustration: Yuri Dubinin

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Les grenouilles (Maurice Rollinat)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2019



Les grenouilles

Elles s’en vont au loin s’accroupir sur les pierres,
Sur les champignons plats, sur les bosses des troncs
Et clignotent bientôt leurs petites paupières
Dans un nimbe endormeur et bleu de moucherons.

Emeraude vivante au sein des herbes rousses
Chacune luit en paix sous le midi brûlant ;
Leur respiration a des lenteurs si douces
Qu’à peine on voit bouger leur petit goître blanc.

Elles sont là, sans bruit, rêvassant par centaines,
S’enivrant au soleil de leur sécurité ;
Un scarabée errant, du bout de ses antennes,
Fait tressaillir parfois leur immobilité.

Les autres, que sur l’herbe un bruit laisse éperdues
Ou qui préfèrent l’onde au sol poudreux et dur,
A la surface, aux bords, les pattes étendues,
Inertes, hument l’air, le soleil et l’azur.

(Maurice Rollinat)

Illustration

 

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