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DEUX NUITS D’AMOUR (Nissim Ezekiel)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2023




    
DEUX NUITS D’AMOUR

Après une nuit d’amour j’ai rêvé d’amour
sans me limiter au battage de cuisses et de seins
Qui portent mon poids ainsi qu’un esprit
Léger et libre. Je voulais être lié
À l’intérieur d’une liberté fraîche comme le nom de Dieu
À travers tous les siècles d’absence de Dieu.

Après une nuit d’amour je me suis tourné vers l’amour,
Les cuisses batteuses, les seins chantants,
Épuisé par l’acte, le désirant encore,
Dans une liberté vieille comme la terre
Et fraîche comme le nom de Dieu, à travers tous
Les siècles de beauté assombrie.

(Nissim Ezekiel) (1924-2004)

Recueil: Un feu au coeur du vent Trésor de la poésie indienne Des Védas au XXIème siècle
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA CHANSON AU BOUT DU MONDE (Satprem)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2023



Illustration: Rabi Khan
    
LA CHANSON AU BOUT DU MONDE

J’ai aimé
J’ai aimé tant de choses qui passent

J’ai aimé le grand vent
et le ressac
et l’oiseau libre sur son rocher
J’ai aimé ce tendre visage
et cette mère comme le large
j’ai aimé
j’ai aimé tant de choses qui passent

Mais ce vent me disait autre chose et ce
visage me souriait d’ailleurs et cet
oiseau volait par mon coeur
depuis
depuis des âges

J’ai aimé
J’ai aimé tant d’infortunes
et promené un chagrin comme les âges

Et j’ai aimé enfin
ce qui battait dans mon cœur
partout
ce qui chantait dans mes chagrins
partout
ce qui souriait dans tout

J’ai aimé Toi qui es mon voyage et mon grand large
et mon océan au bout des peines et des chemins

Ô Toi, mon oiseau
si vieux
si chantant toujours
je ne savais pas
je ne savais pas
que je t’aimais toujours
depuis toujours

Tu es mon ciel et mon enfer et ma joie et ma peine
et ce qui chante toujours-toujours

Avec un cri aussi
de ne pas t’avoir aimé toujours
de n’avoir pas su
ce que je savais depuis des âges
avec les rochers et le ressac
et le n’importe quoi
qui passe
qui passe
qui est toujours

(Satprem) (1923-2007)

Recueil: Un feu au coeur du vent Trésor de la poésie indienne Des Védas au XXIème siècle
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA CHANSON DES ÂGES PERDUS (Satprem)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2023




    
LA CHANSON DES ÂGES PERDUS

Il y a quelque chose qui
manque qui manque tant
dans nos vies

Une fenêtre qui s’ouvrirait
un infini qui sourirait
un coin du coeur
qui s’enfoncerait
dans Ta grande vague
qui coulerait là
comme à jamais

Il y a quelque chose qui manque
qui manque tant
dans nos vies
Un quelque chose qui est pour toujours
qui comble chaque heure
comme une musique connue
comme une douceur perdue
et retrouvée dans cet instant

Il y a quelque chose qui crie qui crie tant dans nos vies
Quelque chose qui n’est pas là
et qui troue nos vies

d’une peine sans nom
d’un appel si vieux
qu’il est comme toutes les peines
du monde
d’un appel si chaud
qu’il est comme un amour
sans fond
pour toutes ces vies
ces vies perdues

Ah ! trouvera-t-on
ce quelque chose qui
manque qui manque tant
dans une petite seconde
comme dans les âges perdus ?

(Satprem) (1923-2007)

Recueil: Un feu au coeur du vent Trésor de la poésie indienne Des Védas au XXIème siècle
Traduction:
Editions: Gallimard

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SUR L’AIR DE LA MÉLODIE DES PASSES DU SOLEIL (Kòu Zhùn)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2023



Illustration: Dai Dunbang
    
SUR L’AIR DE LA MÉLODIE DES PASSES DU SOLEIL

L’herbe du défilé sous un halo de brouillard s’étale,
De la Wei en remous s’entend le grondement.
Les vagues de pluie du printemps s’apaisent,
une légère poussière se répand,
On monte en selle pour partir en campagne.
Voyez là si verdoyants les saules,
Dont ici on a tiré et brisé un rameau.
On se met en branle le coeur lourd,
Qui sait en quelle saison nous serons à nouveau réunis ?

Alors, vidons encore un verre,
Chantons encore un air !
On soupire sur l’existence,
Si amer de passer d’une joyeuse compagnie aux adieux, au départ.
Aussi ne nous dérobons pas à l’ivresse profonde,
Prêtons l’oreille aux « Passes du Soleil » jusqu’au bout.
Quand nous repenserons à nos chers vieux amis,
Éloignés de cent lieues, avec eux nous partagerons le clair de lune.

***

(Kòu Zhùn) (961-1023)

 

Recueil: Quand mon âme vagabonde en ces anciens royaumes Poèmes Song illustrés par Dai Dunbang
Traduction: du Chinois par Bertrand Goujard
Editions: De la Cerise

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Ce que j’ ai ressenti et je ne veux pas le dire (Mundhr Masri)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2023




    
Ce que j’ ai ressenti et je ne veux pas le dire

Aujourd’hui
en allant au travail
j’ai fait un détour
par le quai du vieux port
j’ai vu dans la brume matinale
beaucoup de navires immobiles
je ne pensais à rien
mais ce que j’ai ressenti, et j’ai voulu le dire,
c’est que je ne suis pas
à bord de l’un d’eux.

J’ai observé les mouettes qui miroitaient
en poussant leurs cris
elles ont toujours signifié pour moi
des corbeaux blancs
mais ce que j’ai ressenti, et j’ai voulu le dire,
c’est que je ne suis pas
l’un d’eux.

Le temps m’a rattrapé
alors j’ai tourné le dos à la mer
indifférent à tout
beaucoup de gens m’ont dépassé
certains ont échangé un salut avec moi
mais ce que j’ai ressenti, et je ne veux pas le dire,
c’est que je ne suis pas
l’un d’eux…

***

(Mundhr Masri)

 

Recueil: Poésie Syrienne contemporaine
Traduction:de l’Arabe par Saleh Diab
Editions: Le Castor Astral

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La comète de Haley (Bandar Abd al-Hamid)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2023




    
La comète de Haley

chaque jour la ville tremble par deux fois
quand la femme passe
rapide et silencieuse,
un livre à la main,
ses cheveux lui couvrant la moitié du visage,
dans la grande rue
qui partage en deux la ville,
elle n’est pas une sainte
à qui l’huile coule du nez
ni une princesse heureuse
dans un musée de cire
ni une chanteuse prometteuse
sur le plateau de télévision,
les voitures s’arrêtent
les étudiants, les ouvriers et le fleuve s’arrêtent
au moment où elle passe rapide
son visage est une moitié de planète
à la lumière de la lune,
on dit qu’elle est étudiante en première année
et ouvrière précaire
dans la vieille usine de verre.

(Bandar Abd al-Hamid)

 

Recueil: Poésie Syrienne contemporaine
Traduction:de l’Arabe par Saleh Diab
Editions: Le Castor Astral

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Créatrice (Badawi al-Jabal)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2023



Illustration: Freydoon Rassouli
    
Créatrice
(extrait)

Tes grâces j’en ai mille et elles sont variées,
chacune est un monde de Lumière.
Sur les deux ailes de la puissance et de la passion,
tu m’as élevé vers un monde magique — vision de tes yeux.

Je leurre le sommeil par compassion
pour un rêve ivre et bienveillant
sur de minces lèvres brunes.

Ton chuchotement plein de douceur est un murmure
que porte le zéphyr rôdant parmi les fleurs.

Ton apparition a visité mes pupilles
et les a parfumées,
combien gracieuses et parfumées
sont ces apparitions !

Dans mon cœur j’ai savouré ta voix,
vin vieux non distillé
et Lumière invisible.

Tu m’as créé du Désir
assoiffé de folies
et de pondération.

J’ai loué l’exaltante apparition
afin de lui rendre gloire,
qu’elle soit Dieu ou beauté.

Ô Étoile qui tantôt se dissimule
et qui tantôt se dévoile à moi
sous les catégories du défini
et de l’indéfini.

Tu as abandonné ta soeur l’Aurore,
le Soleil du matin a ouvert l’oeil
sur la lamentation de la délaissée.
Dans le ciel, sur le bleu humide,
je vois des sillages par Toi tracés.

J’ai des trésors de compassion intarissables,
je les ai mis à disposition de l’opprimé et du persécuté.
Je prodigue avec l’humilité d’un indigent,
hélas ! mendiant rejeté qui répand la grâce.

Mes Pierres précieuses, lasses,
sommeillent dans un flot de senteurs
après avoir voyagé à l’aube et en plein soleil.

Elles ont erré loin du Cou bienheureux
mais vers Sa splendeur
la nostalgie de la Lumière pour la Lumière
les a guidées.

(Badawi al-Jabal)

***

Recueil: Poésie Syrienne contemporaine
Traduction:de l’Arabe par Saleh Diab
Editions: Le Castor Astral

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ON SORT ET ON ENTRE… (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2023



Illustration: Fred Einaudi
    
ON SORT ET ON ENTRE…

On sort et on entre
On entre et on sort
On change de ventre
C’est là notre sort.

Maternelle terre
Ventre maternel
Ô double lumière
De notre tunnel.

De ventre je change
L’un l’autre m’aimant
Le dernier nous mange
Maternellement.

D’une nuit en route
Vers une autre nuit
La joyeuse voûte
Trompe notre ennui.

Trop de solitude
Ne m’a pas ôté
Ma vieille habitude
De l’éternité.

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Clair-obscur
Traduction:
Editions: Points

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QUELQUE VIN… (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2023




    
QUELQUE VIN…

Quelque vin inconnu dans mes caves repose
De gardes encerclé.
Si je le voulais boire à quoi sert que je l’ose ?
Je n’en ai pas la clé.

Jamais sur ce vin vieux nulle voix ne m’informe
Et s’il tombe au rebut
Ou si c’est longuement qu’il faut que ce vin dorme
Avant que d’être bu.

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Clair-obscur
Traduction:
Editions: Points

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Hélas, parfaitement mesuré (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2023




    
Hélas, parfaitement mesuré

Samedi 25 août 1888. 17 h 20
est le nom d’une photo de deux
vieilles femmes dans un jardin,
à côté d’une maison blanche. Une des femmes
est assise sur une chaise avec un chien sur
les genoux. L’autre femme regarde
des fleurs. Peut-être ces femmes sont-elles
heureuses, mais ensuite on est samedi
25 août 1888. 17 h 21, et tout est fini.

***

Alas, Measured Perfectly

Saturday, August 25, 1888. 5:20 P.M.
is the name of a photograph of two
old women in a front yard, beside a
white house. One of the women is
sitting in a chair with a dog in her
lap. The other woman is looking at
some flowers. Perhaps the women are
happy, but then it is Saturday, August
25, 1888. 5:21 P.M., and all over.

(Richard Brautigan)

 

Recueil: C’est tout ce que j’ai à déclarer Oeuvres poétiques complètes
Traduction: Thierry Beauchamp, Frédéric Lasaygues et Nicolas Richard
Editions: Le Castor Astral

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