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Poésie

Posts Tagged ‘goûter’

Nous mourrons lentement (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Gustav Klimt  
    
— Nous mourrons lentement. Je meurs dès aujourd’hui.
Mon regard éperdu va perdre sa lumière,
Ma voix d’enfant, ma voix pâlira la première,
Mon rire, mon sourire et l’amour avec lui.

Dis ! quel amour futur, simple frère du nôtre,
Goûtera la fraîcheur de tout ce qui nous plut ?
Qui sentira brûlants, quand nous ne serons plus,
Les vers qu’entre nos bras nous fîmes l’un pour l’autre ?

Périr ! Et le savoir ! N’attendre que l’effroi !
Regarde s’étoiler mes jeunes doigts funèbres.
Je touche en me haussant les ailes des ténèbres.
Par quel matin d’hiver crierai-je que j’ai froid ?

Aurore qui grandit, crépuscule qui tombe,
Sur mon être au linceul, déjà presque enterré,
Les orgues rugiront du ciel : Dies Irae!
Et les fleurs de mon lit me suivront sur la tombe.

Non ! Pas encor ! Ce soir nous exalte en sursaut !
Ferme sur toute moi, sur moi, ton bras qui tremble!
Nos deux corps, nos deux cœurs, nos deux bouches ensemble!
Ah! je vis !… Tout est chaud ! Tout est chaud ! Tout est chaud !

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard
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Il était une fois… (Jean Moraisin)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



Il était une fois…

Au tableau noir,
dans l’encrier de mon enfance,
la porte du savoir
s’ouvre à la connaissance.
Monsieur l’Instituteur,
blouse grise,
leçon apprise,
odeur de cire.

Au tableau vert,
grandes vacances de l’été,
goûters brioche et confiture,
Far West et l’aventure.
De l’arc jaillit la flèche.
Sur mon cheval,
je vise un bison blanc
qu’imagine l’enfant.

Au tableau bleu,
dessiner les oiseaux,
les voiles des bateaux,
pour rêver juste un peu.
Offrir au grand voilier
l’océan de papier,
en bouteille à la mer,
un poème … à la craie.

(Jean Moraisin)

Illustration

 

 

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L’Ecolière (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018



L’Ecolière

Bon Dieu! que de choses à faire!
Enlève tes souliers crottés,
Pends donc ton écharpe au vestiaire,
Lave tes mains pour le goûter,

Revois tes règles de grammaire.
Ton problème, est-il résolu?
Et la carte de l’Angleterre,
Dis, quand la dessineras-tu?

Aurai-je le temps de bercer
Un tout petit peu ma poupée,
De rêver, assise par terre,
Devant mes châteaux de nuées?
Bon Dieu! Que de choses à faire

(Maurice Carême)


Illustration

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Il n’y a plus d’amandes (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



 

Il n’y a plus d’amandes

Il n´y a plus d´amandes :
Les écureuils ont tout mangé
Et les oiseaux ont ravagé
Les vignes qui s´étendent
Jusqu´au prochain verger.
Le foin sent la lavande,
Ta gorge chaude l´oranger.
Mes lèvres vont se mélanger
A tes lèvres gourmandes.
Rien ne viendra nous déranger.

Le vieux moulin à vent
Ne battra plus des ailes.
Le seau rouillé sur sa margelle
Ne grincera plus comme avant.
Les écureuils au coin du feu s´endorment.
Viens, faisons comme eux.

Je te fais une guirlande
De fleurs des champs, de fleurs des prés,
Et nos deux corps sont bien trop près
Et notre faim si grande.
Ne nous faisons plus désirer.
Il n´y a plus d´amandes :
Les écureuils ont tout mangé

Mais j´en aurai en contrebande
Pour t´y faire goûter
Sans attendre l´été.

(Georges Moustaki)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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LA MER N’EST PAS LA MER (Félix Leclerc)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



 

LA MER N’EST PAS LA MER

La mer n’est pas la mer
C’est un gouffre sans fond
qui avale les garçons
par les matins trop clairs

L’amour n’est pas l’amour
c’est un faux carrefour
où les filles entrent en chantant
en ressortent en pleurant

La vie n’est pas la vie
mais triste comédie
qu’il faut vite quitter
avant que d’y goûter

Moi, je sais un pays
qui est bien loin d’ici
où la mer et la vie
et l’amour sont unis

(Félix Leclerc)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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EST-CE DE L’AMOUR (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Bernard Fideler
    
EST-CE DE L’AMOUR

Qu’on te regarde… et de fureur,
Mes rudes poings veulent s’abattre.
Je hais le goût du miel douceâtre.
Seul ton visage est baigné de splendeur.

Que me vaut le vent de la vie, infâme peste !
Je méprise des yeux tout l’horizon céleste.
Et quand il faut pleurer… tarde, tarde mon pleur.
Et tout sentiment m’abandonne.
Suis-je amoureux?… je ne sais plus vraiment.
Mais je sais bien que je deviens dément.
Ma lèvre de bronze frissonne,
Implore un baiser… quelques riens,
Ma lèvre s’évertue,
Mendiante et têtue.
Mais toi, sauve-toi de mes mains !
Ou je te traînerai partout, gare à ma pogne !
Youpi! je tue ! je cogne !

Orgueilleuse, regarde un peu
Ces lâches poings qui laissent des blessures.
Sur les restes des morts tout noircis par le feu,
Baise-moi follement! Et que, de mes mains dures,
J’enroule ton cheveu.
Je veux goûter ta lèvre si pulpeuse.
Qui doutait, je te prie, que tu tiendrais, heureuse,
La vie entre tes bras ? J’en suis le jeune dieu!

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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J’étais cher à tes yeux (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Edvard Munch
    
J’étais cher à tes yeux… et je ne vaux plus rien,
tu m’as longtemps porté aux nues… tu me rabaisses.
Tu fais de moi ton loyal conseiller, comblé de faveurs…
et tu me destitues, là, sur un coup de tête.
N’as-tu voulu me prendre aux filets de l’amour
que pour me refuser la paix, la joie de te revoir ?
Patience est miel à la douleur dont tu m’abreuves,
fraîcheur le feu face à celui où tu me prends.
Tu étais mon rêve, et tu me fais goûter le chagrin.
Si seulement je n’avais pas à dire… « Si seulement ! »

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Ô toi (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Théodore Chassériau
    
Ô toi, gazelle qui m’as réduit,
enchaîné, au pouvoir de tant de misères,
Depuis ce jour où tu m’as fui,
je n’ai guère goûté aux douceurs du sommeil.
Mon rêve, mon bonheur ? Un petit signe,
un regard, en passant…

Ô mon bourreau d’amour, je ne veux
pour intercesseur que ton beau visage.
Je vivais libre, sans rien à voir avec l’amour,
et m’en voici désormais l’otage.
Mon secret jadis bien gardé
devient aujourd’hui affaire publique.

Je ne peux me défaire de toi :
traite-moi donc comme il te plaira.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Paix (Ephraïm)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018



Paix sur toi détresse au front déchirure
Paix sur toi tendresse meurtrie
Paix sur toi soleil qui sombre dans la mer
Sans bruit

Sans célébration et sans chant de l’union des contraires
Sans le tressaillement des noces de l’eau et du feu
Paix sur toi douleur offerte et tranquille
Paix sur toi mon âme sur ton goût d’exil
Paix sur tes larmes presque de sang
Paix sur toi tristesse calme
paix sur toi aurore promise
Paix sur toi ville splendide

Amour ne se mutile
Amour se divinise-

Paix sur toi néant que jamais ne goûtera ma vie

(Ephraïm)

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RONDE D’AVRIL (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



RONDE D’AVRIL

Les oiseaux et le clair soleil;
Les fleurs aux charrettes, en jonchées;
La feuille pointe au bourgeon vermeil;
Toutes les âmes endimanchées;
La brise souffle du vieux Corcyre
Et d’Amathonte en bruits de rames,
Et le monde est jeune encore à ravir
De chansons claires et de clairs rires
Et de blondes femmes:

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtez pas, Mesdames,
Ça fait souffrir…

Les roses, les joues; les rayons et les tresses;
Ta marotte, Amour, est un pavot qu’égraine
Aux champs de la joie tout geste d’ivresse:
Et c’est le sommeil et l’oubli que tu sèmes;
N’as-tu pas pour ta lèvre de chanson pire?
N’as-tu pas de meilleure chanson à nous dire,
Grave Amour, au futile épithalame?
Quel petit chant pour ta grande lyre,
Le vieil intermède et le pauvre drame!

Voici le marchand de plaisirs,
Mesdames!
N’en goûtes pas, Mesdames,
Ça fait dormir….

Il tournoie un air de danse aux feuillées,
Un bruit de baisers en des ritournelles;
L’Idée, recluse des longues veillées,
S’étire aux rayons qui convergent en elle;
Sous les charmes en hâte de reverdir,
L’Endormeuse de tous sourires
S’est assise aux carrefours des âmes;
Et l’Amour, devant elle, s’agenouille et se mire
En ses grands yeux fous où le désir est flamme!

Voici la marchande de plaisirs,
Mesdames!
Ah! goûtez-y, Mesdames,
Ça fait mourir…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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