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Poésie

Posts Tagged ‘goûter’

Faux pas (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2020




Quand on fait un faux pas,
Faut pas… faut pas…
Faut pas le regretter.
Ce qui s’est passé là,
C’est la… c’est la…
C’est la faute à l’été.

Le plaisir de céder
Céder… céder…
C’est déjà merveilleux
Ceux qui disent que c’est laid,
C’est les … c’est les,
C’est les plus malheureux.

Cueillir en souriant les mille fleurs,
Les mille brins de bouquets du bonheur,
C’est un jeu d’enfant … viens sur mon coeur,
Dis-moi surtout de ne plus avoir peur…

Et nous moquant déjà
Déjà… déjà…
Des jaloux irrités,
Puisqu’on fait un faux pas,
Faut pas… faut pas…
Faut pas le regretter!

Pour m’empêcher d’aimer
D’aimer… d’aimer…
Des méchants nous font peur
Ces gens qui nous séparent
C’est par… c’est par…
C’est par goût du malheur…

Ceux qui ont passé l’heure,
C’est leur… c’est leur…
C’est leur faute au départ,
Car, même quand il neige,
Il neige… il neige…
Il n’est jamais trop tard!

Il est toujours temps d’ouvrir son coeur
Au grand soleil éclatant de chaleur.
Il est toujours temps de goûter la douceur
D’un bel amour fait de rires et de pleurs.

Cet instant qu’on attend
A tant… a tant…
A tant de volupté
Que le premier faux pas,
Faux pas… faut pas…
Faut pas le regretter.

(Francis Blanche)

Illustration: Watteau

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Le désir fait brûler mon sang (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2020



Illustration: Robert Doesburg
    
Le désir fait brûler mon sang,
d’amour tu m’as l’âme blessée.
Donne tes lèvres : tes baisers
me valent la myrrhe et le vin.
Penche sur moi ta tête tendrement
que je goûte un sommeil sans trouble
jusqu’au souffle joyeux du jour
qui chassera l’ombre nocturne.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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L’enfant (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Adam Tan  kj54o1_500 [1280x768]

L’enfant dont la tête buissonne
Fait semblant d’être ici, mais non,
Au fond, il n’est là pour personne,
Ses yeux voient d’autres horizons.

L’enfant dont la tête bourgeonne
Lit feuille à feuille la forêt
Comme un grand livre qui frissonne
Plein d’écureuils et de furets.

L’enfant dont la tête grillonne
Respire un air de mélodie;
En lui la nuit d’été ronronne
Quand il prend son bain de minuit.

L’enfant dont la tête rayonne
Est un soleil qui luit au ciel:
S’il se perd, qu’une fée lui donne
Pour goûter un rayon de miel.

(Marc Alyn)

Illustration: Adam Tan

 

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MÉTAMORPHOSES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



MÉTAMORPHOSES I

Invente tes métamorphoses

Il est toujours temps de dépister l’éclair
De t’arracher aux paroles stagnantes
D’abreuver le coeur drainé par trop de soifs
D’écarter l’écorce pour surprendre le noyau

Des confins de la terre et du ciel
Jusqu’aux menées de l’âme
Il n’y a pas de grille à la poursuite
Ni aux fictions.

***

MÉTAMORPHOSES II

Où est l’homme
En ce vacarme
En cette lande crevassée ?

Sa voix se perd
Parmi les stridences
Sur sa toile impénétrable
Les fils se sont usés

Quelle main peut le saisir encore
Quel langage le traduire
Quel oeil le fixer ?

Seuls des fragments d’images
Surgissent du repaire des ombres
Écartent de funestes fagots
Infiltrent quelques lueurs
Métamorphosent quelques paroles
En brasiers.

***

MÉTAMORPHOSES III

L’homme décline puis se recrée
Loin des preuves et des ruines

De chantiers en chantiers
Sous le tain sous l’écorce
Il s’extrait du chaos
Il ratisse des jardins
Pour goûter à l’avenir
A sa flore fugitive
A ses grappes éphémères
Et au chant des matins.

(Andrée Chedid)


Illustration: Salvador Dali

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SUPPOSONS UNE SUPPOSITION (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2019



    

SUPPOSONS UNE SUPPOSITION

Tu me dis baluchon ça veut dire grosse bête.
Fourbi ? C’est un poisson. Lézard ? Saule pleureur.
Les mots ne savent plus où donner de la tête :
friture de fourbis, ou lézard rose en fleurs ?

Suppose et supposons une supposition
que le mot ver luisant se prononce escarcelle,
que le mot chocolat se prononce violon,
que le mot tirelire se prononce hirondelle.

Est-ce escarcelle ou escargot ? Est-ce cargo
ou tire-l’air, ou tire-l’eau, ou tire-d’aile ?
Est-ce chacal ou chocolat ? Est-ce hirondelle ? Est-ce rondeau?
Est-ce vol-au-vent ? Est-ce violoncelle ?

Les dictées tout à coup ont un air bien bizarre.
On regarde voler les tirelires en l’air,
On regarde briller l’escarcelle très tard,
On mange à son goûter du pain et du violon.

Si on commence à faire trop de suppositions
tout s’en va de travers et rien ne va plus droit
personne ne demande aux mots la permission
et je signe Hérisson – qui veut dire Claude Roy.

(Claude Roy)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

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TOUT EST VENDU! (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



    

TOUT EST VENDU!

Il allait au-devant du monde
Le coeur plein d’ardeur.
Il séduisait! Tout le monde
Commandait du coeur.

Coeur au kilo, coeur au gramme,
On achète, ici le coeur!
Pour un sourire – les dames,
Les filles – pour un doux pleur.

Pour la monnaie – les lecteurs,
Pour un centime ou même un tiers,
La foule en goûte l’odeur,
Aï pourtant le coeur est cher !

Pour lui, chose mirifique,
La demande était sans fin.
Mais il dut fermer boutique :
Le coeur s’est éteint.

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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FERMER LES YEUX (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




FERMER LES YEUX

Et puis cette ombre au fond de l’ombre
Et puis ces deux mains qui se nouent
Ces gestes faits et refaits sans en voir le bout
Et puis cette ombre encore debout

Le cri d’une sirène
Quand le jour a déteint
Parenthèse de peine
L’oubli jusqu’à demain

Longues secondes inertes
Le corps à l’abandon
Gestes lents, cigarettes
Puis s’essuyer le front

Vague regard au ciel
Pour l’heure ou pour le temps
Trop de pluie, de soleil
C’est tout c’qu’il en attend

Déjà loin de ses haines
Aussi loin qu’il le peut
Où ses rêves l’entraînent
Quand il ferme les yeux

Et puis cet otage sans cage
Et puis tous ces hommes en essaim
Son grave visage, maquillage, sans âge
Et puis ces billets dans ta main

Tu peux prendre ses lèvres
Tu peux goûter sa peau
Décider de ses gestes
Même dicter ses mots

Soumettre à tes plaisirs
Tant que le compte est bon
Arracher des sourires
Même changer son nom

Maître d’une apparence
Possédant de si peu
D’un vide, d’une absence
Dès qu’elle ferme les yeux

Quand la peine est trop lourde
Quand le monde est trop laid
Quand la chance est trop sourde
La vérité trop vraie

Comme au dernier voyage
Pour y voir enfin mieux
Enfin d’autres images
Quand on ferme nos yeux
Quand on ferme nos yeux

(Jean-Jacques Goldman)

 

 

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Inoubliable (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



Illustration: Torii Kiyonaga 
    
Inoubliable,
Conviens-en et goûte au moins
À ce souvenir !
Je renonce à te convaincre
Du violet, fleur d’automne !

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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Soupe de cailloux (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2019



    

Soupe de cailloux
(à Jean-Claude Pirotte)

l’horreur et la merveille
se cachent sous la même pierre
la pierre c’est demain

deux mains sont nécessaires
pour soulever la pierre
deux mains font le chemin

le chemin est de cendre
de boue et de poussière
tu le suis comme un chien

tu goûtes et tu renifles
tu lèches la lumière
tu mords le grand rien

les pieds ne vont nulle part
les pieds sont une prière
tu marches sur les mains

hier va plus loin
demain est une pierre
aujourd’hui tu as faim

L’horreur et la merveille
se cachent sous la même pierre
la pierre c’est demain

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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TROIS NOTES (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2019




TROIS NOTES

J’ai attendu votre lever,
et vous baignez enfin de rouge et de bleu
ma main qui se tend.

Ciel, couleurs d’amour,
votre enfant ce matin
tient à la main la plus belle
rose rêvée.

*

Vieilli sur les routes du soir,
je m’étendais sur l’herbe sombre,
et je goûtais ce désir sans fin,
cri trouble et ailé
que retient une lumière,
quand elle se meurt.

*

L’été a tout brûlé,
mais le coquelicot retrouve
son sang dans l’ombre,
et voix de lune
est la voix qui s’égrène,
et la tristesse de l’homme
n’est qu’un roseau,
l’oreille au guet,
mais il est sans crainte et sans pitié.

(Giuseppe Ungaretti)

 

 

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