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Poésie

Posts Tagged ‘goûter’

Extase (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2017



Illustration: Louis Pierre Verwee
    
Extase

D’un coeur passionné savourons notre rêve
Avant que la vie dure et fausse nous l’enlève,
O mon amour, viens nous asseoir
Sous les saules d’azur pleurant au bord du soir.

Tout fuit intensément, embrassons notre songe;
Que l’heure nous oublie et pour nous se prolonge,
Et que, sans jamais s’épuiser,
Renaissent, floraisons brûlantes, nos baisers.

La cétoine s’endort gitée au coeur des roses;
Comme une hostie au fond d’un ciboire repose,
Qu’entoure un mystique halo,
Dans ton âme et ta chair tout mon être est enclos.

Et nous nous étreignons, expirants, bouche à bouche,
Pendant que les grands lys penchés sur notre couche
Y versent des parfums d’autel.
Anéantis au flux du désir immortel,

Aimons-nous, mes amours! Ayons pour seule envie,
Puisque l’heure agonise et que s’enfuit la vie,
Lèvre à lèvre, d’avoir goûté,
Dans un spasme trop bref, toute une éternité!

(Marie Dauguet)

 

 

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S’asseoir sur un murger… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Alexander Nedzvetskaya
    
S’asseoir sur un murger…

S’asseoir sur un murger, les pieds dans les broussailles
Et les doigts enlacés aux rugueuses pierrailles,
Seule avec les lointains où le soleil se meurt,
Seule avec sa pensée et seule avec son coeur.

Respirer le parfum des herbes attiédies,
Ecouter la cigale aux lentes psalmodies
Vibrer parmi les brins séchés des serpolets,
Voir s’embrumer du soir le vitrail violet.

Voir s’élever du creux des placides jachères,
En arceaux imprécis, l’encens crépusculaire,
Et l’orchis opalin de la lune, aux prés bleus
Du ciel, éparpiller son pollen nébuleux.

Savourer cette odeur de la lande que baigne
Quelque ruisseau muet et filtrant sous les sphaignes,
Savourer cette odeur enivrante qui sort
Mystérieusement de la gèbe qui dort.

Goûter le souffle obscur de la forêt prochaine
Dont le frisson murmure au feuillage des chênes,
La fauve et l’âcre odeur qui vient comme un baiser
De faune sur la bouche ardemment se poser.

Et n’être que la nuit, le parfum, la bruyère,
Le tourbillon léger des derniers éphémères,
Etre le serpolet bruissant sous ma main,
Fuir hors de ce cachot qu’on nomme un coeur humain,

Mais, dans l’humilité douce des moindres choses,
Devenir l’herbe morte où le grillon repose,
Ou bien le roitelet lassé de pépier
Qui perche sommeilleux aux branches des ronciers.

(Marie Dauguet)

 

 

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LES PARFUMS (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Malinowsky
    
LES PARFUMS

J’ai recueilli tous vos trésors, molles errances,
Haleine aux soirs dormants qu’ont les chanvres rouis,
Les trèfles que l’on fauche en la brume enfouis
Et les sainfouins qu’un souffle matinal balance.
J’ai recueilli tous vos trésors, molles errances.

Je connais la douceur que vos parfums renferment,
Chambres à four où le pain brûlant fume encor,
Margelle des vieux puits parés de mousse d’or
Et, pleine de fumier, cour sereine des fermes.
Je connais la douceur que vos parfums renferment.

J’ai saisi quelquefois, rêvant dans l’écurie,
Où le souffle des boeufs sortant des mufles blonds
Monte en brouillard d’azur, un peu l’âme qu’ils ont
De résignation calme et de paix fleurie.
J’aime l’odeur qui flotte aux murs de l’écurie.

J’ai goûté bien souvent l’arôme ambrosiaque
Des sarrasins meurtris qu’écrasent les fléaux
Et des tiges s’entassent en pourpres monceaux,
Pendant que le grain noir jaillit et qu’on l’ensaque.
J’ai goûté bien souvent l’arôme ambrosiaque,

En septembre, des fruits tombant dans l’herbe humide,
De l’estragon, des lys, des floraisons d’asters
Et des noyers livrant leurs feuillages amers,
Sous le ciel pluvieux, au vent qui les oxyde.

Et j’ai fait un linceul à mes désirs défunts,
Par les vergers d’automne et que la brume inonde,
De l’effeuillement doux des roses moribondes:
Mon âme est une amphore où dorment des parfums.

(Marie Dauguet)

 

 

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ODORANT AUTOMNE MÉLODIEUX AUTOMNE (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
ODORANT AUTOMNE
MÉLODIEUX AUTOMNE

La folie des parfums

Que je les goûte et que j’en meure,
Tel un philtre aphrodisiaque,
Les parfums déments qui m’effleurent
Embrumant les nuiteux cloaques.

Que j’en comprenne le mystère
De cet étourdissant breuvage,
Effluve de Pan solitaire
Dansant par les tourbeux pacages.

O voluptés exténuantes,
Odeurs, qui sont des mains tenaces,
Des souches que l’hiver crevasse
Des champignons aux chairs gluantes.

Comme un Dieu qui m’enlacerait,
Que votre errance me possède,
Plus mythique qu’un chant d’aède
M’enseignant le divin secret.

(Marie Dauguet)

 

 

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Extase (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017



Illustration: Malanie Quentin
    
Extase

D’un coeur passionné savourons notre rêve
Avant que la vie dure et fausse nous l’enlève,
O mon amour, viens nous asseoir
Sous les saules d’azur pleurant au bord du soir.

Tout fuit intensément, embrassons notre songe;
Que l’heure nous oublie et pour nous se prolonge,
Et que, sans jamais s’épuiser,
Renaissent, floraisons brûlantes, nos baisers.

La cétoine s’endort gitée au coeur des roses;
Comme une hostie au fond d’un ciboire repose,
Qu’entoure un mystique halo,
Dans ton âme et ta chair tout mon être est enclos.

Et nous nous étreignons, expirants, bouche à bouche,
Pendant que les grands lys penchés sur notre couche
Y versent des parfums d’autel.
Anéantis au flux du désir immortel,

Aimons-nous, mes amours! Ayons pour seule envie,
Puisque l’heure agonise et que s’enfuit la vie,
Lèvre à lèvre, d’avoir goûté,
Dans un spasme trop bref, toute une éternité!

(Marie Dauguet)

 

 

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Que n’osent-ils goûter la langue bleue du ciel ? (Olivier Larronde)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Que n’osent-ils goûter la langue bleue du ciel ?

La bouche en cœur, à chatouiller des clairs de lune,
Va siroter le lait des aubes, gare, gare,
Des sphinx tête de mort sont issus de l’écume
De leurs regards,

La nuit portée sur les épaules de leurs ombres,
Aux bovines fadeurs, dont les pas sont des âges
(Serpents, sonnez le vide à leurs gestes qui sombrent).
Aux branchages sèches ressemblent les sauvages,

Seuls, qui dans la détresse des vents se décrassent
Et dans les fumants sacrilèges débandés
(Serpents, sonnez le vide !) et sous leurs carapaces,
Les morts, méditatifs comme des scarabées,

Que n’osent-ils goûter la langue bleue du ciel !

(Olivier Larronde)

Illustration: Misha Gordin

 

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L’HEURE CREUSE (Carole Zalberg)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



Illustration: Francine Van Hove
    
L’HEURE CREUSE

C’est le matin

Café lové
au fond des mains
j’avale le silence,
étreins
le jour délavé
ses danses,
écoute loin
réveil des pavés

La maison, un désert
encore dérangé
des rires d’hier,
pleine de nuit
attend que je la prépare
aux heures de lumière
le retour en fanfare
des petites vies

Je goûte
à cette paix
de cristal cher
puis je le vivrai
mon temps sur terre
qui s’ajoute

(Carole Zalberg)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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Je désire toujours (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017




    
Je désire toujours

Avoir toujours gardé la candeur pour symbole,
Croire à tout sentiment noble et pur, et souffrir ;
Mendier un espoir comme un pauvre une obole,
Le recevoir parfois, et longtemps s’en nourrir !

Puis, lorsqu’on y croyait, dans ce monde frivole
Ne pas trouver un cœur qui se laisse attendrir !
Sans fixer le bonheur voir le temps qui s’envole ;
Voir la vie épuisée, et n’oser pas mourir !

Car mourir sans goûter une joie ineffable,
Sans que la vérité réalise la fable
De mes rêves d’amour, de mes vœux superflus,

Non ! je ne le puis pas ! non, mon cœur s’y refuse
Pourtant ne croyez pas, hélas ! que je m’abuse :
Je désire toujours… mais je n’espère plus !

(Louise Colet)

 

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Cantique au bien-aimé de la Reine de Saba (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2017




    
Cantique au bien-aimé de la Reine de Saba

« Je te ferai boire un vin parfumé. »
Cantique des Cantiques

Bienheureuse , ô mon amour, la main qui te touche,
Bienheureuse la bouche qui s’attache à ta bouche,
Qui goûte tes baisers semblables à l’encens,
Au cinname, à l’odeur des pêches mûrissant.

Tu es un lys altier au jardin de l’aurore,
Un rosier flamboyant que le couchant décore
Et, flot mystérieux où s’abreuvent les faons,
La source au pied d’un cèdre et que l’ombre défend.

Tu es, ô bien-aimé, la divine fontaine
Fleurant le thym, l’anis, le miel et la verveine;
Le puits de l’oasis que les noirs chandeliers
Devinent dans la nuit sous les troncs des palmiers.

Tu es comme un chèvrefeuille dans la rosée,
Comme un parfum de vigne en Mai; comme, irrisées
De matinal soleil, se mirant à l’étang,
Les campanules aux calices éclatants.

Les touffes des genêts, les lavandes fleuries,
Et ton corps est pareil à l’herbe des prairies
Quand la lune y répand en onduleux reflets
Ses rayons pâlissants sous les bleus serpolets.

Ta voix a la fraîcheur des flûtes bucoliques
A qui l’écho lointain au fond du soir réplique
Et ton regard puissant m’émeut plus que l’accord
Voluptueux des tambourins et des kinnors.

Tu es parmi mon coeur comme un figuier qui penche
Et dont les fruits nombreux font s’écrouler les branches;
Comme le rampement nerveux des pampres d’or
Où pend la grappe ardente et que l’abeille mord.

Tu es fort, mon amour, et mon corps brisé ploie
Quand tu m’emportes dans tes bras comme une proie.
Tel un soleil brûlant pesant sur les blés roux,
Ton corps est lourd et ton geste d’amour plus fou

Qu’à la cime des pins l’élan du vent sauvage;
Tu es le léopard au rutilant pelage,
Et tu te dresses lumineux à travers l’air
Comme une tour d’albâtre aux créneaux d’argent clair.

Cherchez mon bien-aimé, ô tremblantes gazelles
Qui bondissez frôlant le silence des bois;
Cherchez mon bien-aimé, fauvette et tourterelle
Et rossignol pensif dont s’éplore la voix.

Cherchez mon bien-aimé, plainte du vent qui erre
Par les noirs oliviers courbant leurs troncs retors;
Par la ville déserte où sommeillent les pierres,
Cherchez mon bien-aimé, gardiens des portes d’or!

Dans les soupirs flottant aux corolles des roses,
Les langoureux frissons qui bercent les lilas,
Aux marches de mon seuil sous les étoiles roses,
Est-ce mon bien-aimé dont bruissent les pas?…

(Marie Dauguet)

 

 

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LES POUVOIRS DE L’AMOUR (XVI) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



 Illustration
    
LES POUVOIRS DE L’AMOUR (XVI)

Il me faut aller vite dans tous les sens
parce que partout autour de moi
des femmes qui vont mourir se donnent
à des hommes dont la mort est pour demain.

Je dépense sans compter l’or de l’amour,
je goûte à ton corps comme à un verre
dont je n’ai pas le temps d’achever le contenu
parce que j’ai la main de la mort sur la gorge.

Il importe peu que je dise mon nom
à celles que je rencontre sur la route :
ma mort n’aura pour témoin que le visage
dont j’aurai vécu de tout mon regard.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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