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Âme dans l’Ignorance (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2021



    

Âme dans l’Ignorance

Âme dans l’Ignorance, éveille-toi de sa stupeur.
Flammèche du feu-du-monde, étincelle de Divinité,
exalte ton mental et ton coeur dans la splendeur.
Soleil dans l’obscurité, recouvre ton éclat.
Une, universelle, embrassant la création,
cesse de tourner sur la roue avec l’inconsciente Nature,
sens-toi née de Dieu, connais-toi immortelle.
Hors du temps, recouvre ton existence éternelle.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Le miracle de la naissance (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2021




    
Le miracle de la naissance

J’ai vu mon âme, voyageuse dans le Temps,
de vie en vie elle suivait les voies cosmiques,
obscure dans les fonds et sur les hauts sublime,
évoluant du ver jusques au dieu.

Étincelle du Feu éternel elle vint
bâtir dans la Matière une demeure pour le Non-né.
Inconsciente, la Nuit sans-soleil reçut la flamme ;
dans le germe brut des choses muettes et délaissées

la Vie remua, la Pensée esquissa une forme brillante
jusqu’à ce que sur la terre inanimée se meuve,
née de la Nature somnambule dans son sommeil,
une créature pensante douée d’espoir et d’amour.

Et toujours à pas lents le miracle perdure :
peu à peu, dans la vase et la pierre, la naissance de l’Immortel.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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CONSTELLATIONS D’HUMILITÉ (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020




    
CONSTELLATIONS D’HUMILITÉ
Je n’ai pas pu être ton printemps…
STANKA PENTCHEVA

Pendant que j’évoque les esprits
de mes ancêtres païens
pour qu’ils m’apprennent les pas de la ronde
qui peut amener deux jours d’été
en plein décembre,
il aiguise les cisailles rouillées
de ses devoirs familiaux
et découpe les soleils
que je dessine au-dessus de la ville.

Tu n’étais pas encore née
quand j’ai vécu mon printemps,
me dit-il, tu es venue trop tard
pour être mon automne
et je ne sais que faire
avec tous ces soleils
qui font mal aux yeux
de mon quotidien.

Chaque matin depuis lors j’étale
tous les soleils et lunes découpés
pour composer une nouvelle carte céleste :
celle des constellations d’humilité.

Chaque matin il s’assoit sur le balcon
pour boire son café
mais un brouillard épais et humide
s’empare de son corps
et j’ai du mal à trouver
sur ma carte
où placer le soleil noir
qui apparaît
au fond de sa tasse de café.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA-BAS (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




LA-BAS

Là-bas
Tout est neuf et tout est sauvage
Libre continent sans grillage
Ici, nos rêves sont étroits
C’est pour ça que j’irai là-bas
Là-bas
Faut du coeur et faut du courage
Mais tout est possible à mon âge
Si tu as la force et la foi
L’or est à portée de tes doigts
C’est pour ça que j’irai là-bas
N’y va pas
Y’a des tempêtes et des naufrages
Le feu, les diables et les mirages
Je te sais si fragile parfois
Reste au creux de moi
On a tant d’amour à faire
Tant de bonheur à venir
Je te veux mari et père
Et toi, tu rêves de partir
Ici, tout est joué d’avance
Et l’on n’y peut rien changer
Tout dépend de ta naissance
Et moi, je ne suis pas bien né
Là-bas
Loin de nos vies, de nos villages
J’oublierai ta voix, ton visage
J’ai beau te serrer dans mes bras
Tu m’échappes déjà, là-bas
J’aurai ma chance, j’aurai mes droits
N’y va pas
Et la fierté qu’ici je n’ai pas
Là-bas
Tout ce que tu mérites est à toi
N’y va pas
Ici, les autres imposent leur loi
Là-bas
Je te perdrai peut-être là-bas
N’y va pas
Mais je me perds si je reste là
Là-bas
La vie ne m’a pas laissé le choix
N’y va pas
Toi et moi, ce sera là-bas ou pas
Là-bas
Tout est neuf et tout est sauvage
N’y va pas
Libre continent sans grillage
Là-bas
Beau comme l’on n’imagine pas
N’y va pas
Ici, même nos rêves sont étroits
Là-bas
C’est pour ça que j’irai là-bas
N’y va pas
On ne m’a pas laissé le choix
Là-bas
Je me perds si je reste là
N’y va pas
C’est pour ça que j’irai là-bas
N’y va pas …

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration

 

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Mon amour (René Char)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



Mon amour,
peu importe que je sois né :
tu deviens visible
à la place où je disparais.

(René Char)

 

 

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Des broussailles (Kobayashi Issa)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2019




Des broussailles
un si beau papillon
est né

(Kobayashi Issa)

Illustration

 

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Un poulain blanc est né (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



Un poulain blanc
Est né
D’une jument noire
A l’aurore

(Abbas Kiarostami)


Illustration

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Plus tendre que tendresse (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Illustration: Zinaida Serebriakova
    
Plus tendre que tendresse
Est ton visage,
Plus que blanche que blancheur
Semble ta main,
Du monde et ses parages
Tu es si loin,
Toi tout entière
Née de l’inexorable.

Nés de l’inexorable,
Ta tristesse
Et tes doigts de tes mains
Jamais froides,
Et le son calme
De tes paroles
Que rien ne désespère,
Et le lointain
De tes yeux clairs.

(Ossip Mandelstam)

***

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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BANLIEUE (Louis Simpson)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019




    
BANLIEUE

Pas question d’en sortir.
Tu es né pour rater ta vie.
Tu es né pour cette vie de classe moyenne

Comme d’autres avant toi
Etaient nés pour défiler en procession
Jusqu’à l’église en chantant.

***

IN THE SUBURBS

There’s no way out.
You were born to waste your life.
You were born to this middleclass life

As others before you
Were born to walk in procession
To the temple, singing.

(Louis Simpson)

 

Recueil: Nombres et poussière
Traduction:
Editions: Atelier La Feugraie

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ANTIENNE D’AMOUR (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




ANTIENNE D’AMOUR

Par le vent voyageur
Par les nuages sans trêve
Par l’espace du ciel,

Par l’écume des brisants
Par la courbe de la vague
Par le flux des marées,

Par le sillage du soleil
Par l’éclat de la lumière
Par l’étrave sur la mer,
Vienne mon amour.

Par la voie de l’air
Par le vol de la corneille
Par l’aigle sur le vent,

Par la falaise du cormoran
Par le rocher du phoque
Par le tertre du corbeau,

Par les coquilles sur le rivage
Par les rides sur le sable
Par le sombre varech,
Vienne mon amour.

Par la brume et la pluie
Par la cascade
Par le ruisseau rapide,

Par la source limpide
Par le puits sacré
Par la fougère de l’étang,
Vienne mon amour.

Par les sentiers de moutons
Par les traces du lièvre
Par les pierres du gué,
Vienne mon amour.

Par l’ombre lente
Par la clarté du soir
Par le soleil d’été
Vienne mon amour.

Par le parfum de la rose blanche,
Du trèfle d’eau
Et l’odeur du thym
Vienne mon amour.

Par le chant de l’alouette
Par la note du merle
Par le cri du corbeau
Vienne mon amour.

Par les voix de l’air
Par le chant de l’eau
La chanson d’une femme
Vienne mon amour.

Par les brindilles dans l’âtre
Par la flamme d’une chandelle
Par le feu dans le sang
Vienne mon amour.

Par le toucher des mains
Par la rencontre des lèvres
Par le tourment d’amour
Vienne mon amour.

Par le calme de la nuit
Par la blancheur de mon sein
Par la paix du sommeil
Vienne mon amour.

Par la bénédiction de l’ombre
Par le battement du coeur
Par mon enfant qui n’est pas né,
Vienne mon amour.

***

LOVE SPELL

By the travelling wind
By the restless clouds
By the space of the sky,

By the foam of the surf
By the curve of the wave
By the flowing of the tide,

By the way of the sun,
By the dazzle of light
By the path across the sea,
Bring my lover.

By the way of the air,
By the hoodie crow’s flight
By the eagle on the wind,

By the cormorant’s cliff
By the seal’s rock
By the raven’s crag,

By the shells on the strand
By the ripples on the sand
By the brown sea-wrack,
Bring my lover.

By the mist and the rain
By the waterfall
By the running burn,

By the clear spring
By the holy well
And the fern by the pool
Bring my lover.

By the sheepwalks on the hills
By the rabbit’s tracks
By the stones of the ford,
Bring my lover.

By the long shadow
By the evening light
By the midsummer sun
Bring my lover.

By the scent of the white rose
Of the bog myrtle
And the scent of the thyme
Bring my lover.

By the lark’s song
By the blackbird’s note
By the raven’s croak
Bring my lover.

By the voices of the air
By the water’s song
By the song of a woman
Bring my lover.

By the sticks burning on the hearth
By the candle’s flame
By the fire in the blood
Bring my lover.

By the touch of hands
By the meeting of lips
By love’s unrest
Bring my lover.

By the quiet of the night
By the whiteness of my breast
By the peace of sleep
Bring my lover.

By the blessing of the dark
By the beating of the heart
By my unborn child,
Bring my lover.

(Kathleen Raine)

 

 

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