Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘parole’

À la lisière du temps (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
À la lisière du temps

Quand on marche le soir à la lisière du temps
il monte soudain une bouffée d’enfance
les cris d’hirondelles folles d’un préau d’école
ou le silence de la barque sur fa rivière
à la tombée du jour quand le soleil rase l’eau qui moucheronne
ou bien la sonnette (deux fois) de l’épicerie-mercerie
où on achète après l’école les rouleaux de réglisse Zan
qui barbouillent de noir et font les doigts collants

On tend l’oreille le long du voile de la brume
Quelqu’un parle à voix basse
sans qu’on puisse reconnaître la voix
et sans comprendre les paroles
les mots chuchotés loin à l’envers du silence

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

De façon inespérée (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
De façon inespérée
survient quelquefois une musique
qui palpe notre parole la plus cachée.

Il peut arriver alors
que cette musique la mette en lumière
ou reste avec elle
dans le candélabre le plus secret.

Dans tous les cas
notre solitude a rencontré
une présence indéfectible.

***

Inesperadamente
llega a veces una música
que palpa nuestra palabra más oculta.

Puede ocurrir entonces
que esa música la saque a la luz
o se quede con ella
en el tenebrario más secreto.

En cualquier caso,
nuestra soledad ha encontrado
la compañía que no abandona.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La solitude infinie de la pensée (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
La solitude infinie de la pensée
terrifie les espaces célestes.

Des êtres cloués à des capsules de chair
étouffent, font des signes et meurent.

Entre-temps ils démantèlent une planète
qui paraissait leur maison,
ils s’entre-tuent
et émettent des sons divers et des paroles pour tout.

Ils détiennent un acte invraisemblable
qu’ils appellent pensée.

Nul ne connaît son but.
C’est comme un miroir
inversé du monde.

Il semble seulement parfois
que cette activité fantomatique
répare l’univers,
et de sa solitude illimitée

et son éphémère pauvreté,
lui offre la compagnie abyssale
d’être tout au moins pensé.

***

La soledad infinita del pensar
aterra los espacios celestes.

Seres clavados en cápsulas de carne
se abogan, hacen señas y se mueren.

Desmantelan mientras tanto un planeta
que parecía su casa,
se matan entre ellos
y emiten diferentes sonidos y palabras para todo.

Llevan adentro un acto inverosímil
que llaman pensamiento.

Nadie conoce su objeto.
Es como un espejo
dado vuelta del mundo.

Sólo parece a veces
que ese hacer fantasmai
repara el universo
y desde su soledad ilimitada

y su pobreza efimera
le brinda la abismal compania
de ser por lo menos pensado.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

IMMORTALITÉ (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Koloman Moser the-light

 

IMMORTALITÉ

Toi, parole de ma bouche, animée
de ce sens que je te donne,
tu deviens mon corps avec mon âme.

***

INMORTALIDAD

Tú, palabra de mi boca, animada
de este sentido que te doy,
te haces mi cuerpo con mi alma.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Koloman Moser

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Parole juste et vive (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Cristina Pérez de Villar  mandalaojorosa [1024x768]

Parole juste et vive,
surgie de la vie intérieure, de même
qu’une rose fondue dans une étoile ;
amoncellement, cime du mont serein
du coeur, contre l’exact zénith ;
étoile finale du jet jailli tout droit
de la source la plus profonde
— celle de l’âme ! —

***

¡Palabra justa y viva,
que la vida interior brota, lo mismo
que una rosa vaciada en un lucero;
cúmulo, cima del sereno monte
del corazón, contra el cenit exacto;
final estrella del surtidor recto
de la fuente más honda
—la del alma!—

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Cristina Pérez de Villar

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Continuer (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Illustration: Alex Nabaum
    
Continuer.
Cela parfois suffit.

Continuer,
mais vers où ?

Continuer
vers moins ?

Continuer vers plus
n’a plus de sens.

Plus ou moins ne comptent pas.
Et sont peut-être semblables.
Continuer. Et se taire.
Et peut-être, de temps à autre,

répéter la parole perdue.
Continuer jusqu’à l’ultime porte,
toujours la même porte,
cette porte fermée.

***

Continuar.
Con eso basta a veces.

Continuar
¿pero hacia dónde?

Continuar
¿hacia menos?

Ya no tien sentido
continuar hacia más.

Más o menos no importan.
Y quizá sean lo mismo.
Continuar. Y callar.
Y tal vez, cada tanto,

repetir la palabra perdida.
Continuar hasta la última puerta,
siempre la misma puerta,
esta puerta cerrada.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Presque toutes les choses resteront à dire (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Presque toutes les choses
resteront à dire.
C’est trop que de recommencer du début
ce qu’il faut dire.

Seule notre parole
nous donne une réalité.
Les paroles des autres
tantôt nous affirment la bouche
et tantôt nous déplacent
ce qu’il faut dire.

Et ainsi arriverons-nous à la fin,
réels à moitié,
entravés également
par ce qu’il ne faut pas dire.

Nous poursuivrons la quête
de la clé introuvable.
Et quelquefois nous éprouverons
une fleur verbale dans le vide,
une fleur non complètement étrangère
notre tenace requête
d’être quelque chose dans le dire et le non-dire.

***

Quedarán por decir
casi todas las cosas.
Es demasiado empezar otra vez desde el comienzo
lo que hay que decir.

Sólo nuestra palabra
nos vuelve realidad.
Las palabras ajenas
a veces nos afirman la boca
y otras veces nos desplazan
lo que hay que decir.

Y así llegaremos al final,
reales a medias,
coartados también
por lo que no hay que decir.

Seguiremos buscando
la combinación inhallable.
Y a veces sentiremos
una flor verbal en el vacío,
una flor no totalmente ajena
notre tenace requête
d’être quelque chose dans le dire et le non-dire.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ô ma parole (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019



 Alexander Nedzvetskaya   8d7da0

Ô ma parole,
Qui troubles à peine un peu,
De tes ailes,
L’air de silence bleu !

Ô parole humaine,
Parole où, pensive, j’entends
Enfin mon âme même,
Et son murmure vivant !

Ô parole née
D’un souffle et d’un rêve,
Et qui t’élèves
De mes lèvres étonnées !

Moi, je t’écoute, un autre te voit,
D’autres te comprennent à peine;
Mais tu embaumes mon haleine,
Tu es une rose dans ma voix.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le fruit est le résumé de l’arbre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



Le fruit est le résumé de l’arbre,
l’oiseau est le résumé de l’air,
le sang est le résumé de l’homme,
l’être est le résumé du néant.

La métaphysique du vent
s’informe de tous les résumés
et du tunnel que creusent les paroles
par-dessous tous les résumés.

Car la parole n’est pas le cri,
mais l’accueil ou le congé.
La parole est le résumé du silence,
du silence, qui est le résumé de tout.

***

El fruto es el resumen del árbol,
el pájaro es el resumen del aire,
la sangre es el resumen del hombre,
el ser es el resumen de la nada.

La metafísica del viento
se notifica de todos los resúmenes
y del túnel que excavan las palabras
por debajo de todos los resúmenes.

Porque la palabra no es el grito,
sino recibimiento o despedida.
La palabra es el resumen del silencio,
del silencio, que es resumen de todo.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Odilon Redon

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Tout poème n’est qu’un balbutiement (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



Il y a des choses qui occupent tellement leur place
qu’elles parviennent à se déplacer elles-mêmes
et repoussent tout alentour,
comme d’invraisemblables créatures qui débordent de leur peau
et ne peuvent se réabsorber.

Ainsi parfois la poésie ne me laisse pas écrire.
L’écriture reste alors écrasée
comme la pâture sous un gros animal.
Et il n’est possible de recueillir que peu de paroles
piétinées dans l’herbe.

Mais tout poème n’est qu’un balbutiement
sous le balbutiement sans fin des étoiles.

(Roberto Juarroz)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :