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Poésie

Posts Tagged ‘ride’

FISSURES (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021



FISSURES

Foulées creusant le sable,
empreintes digitales,
cœurs gravés dans la peau des arbres,
filets de graffiti sur les murs d’un cachot,
rides et cicatrices
en quoi une vie se résume,
encoches de bâton,
nœuds au mouchoir,
tatouages,
à la teneur d’archives ou de pedigree,
signes de quelque chose qui s’est passé
ou allait se passer,

même à jamais perdues
ces traces
persistent peut-être à peser
de toute leur minceur
sur l’inanité du rien.

(Michel Leiris)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Pourquoi ce vide pourquoi ce manque (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2021



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
pourquoi ce vide
pourquoi ce manque

j’ai faim de ta voix claire
mais si doux soient tes mots
ils ne délivrent pas
ce qu’attendait ma nuit

pourquoi ce vide
pourquoi ce manque

j’ai faim de ton regard
mais quand je le reçois
il ne m’est rien donné
qui pourrait m’assouvir

pourquoi ce vide
pourquoi ce manque

j’ai faim de ton visage
mais quand il s’offre à moi
je tremble de voir le temps
cheminer dans tes rides

*

j’ai faim de tes flancs nus
mais quand je les pétris
la houle ne s’apaise pas
qui déferle à mes tempes

pourquoi ce vide
pourquoi ce manque

j’ai faim de ton secret
mais quand je plonge en toi
c’est un peu plus d’angoisse
qui s’ajoute à la mienne

pourquoi ce vide
pourquoi l’attente

pourquoi ce tourment
qui nous rend étrangers
cette creusante nostalgie
qui nous livre à l’exil
nous laisse déçus amers avides

nous laisse déçus amers

avides

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



 

Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux.
Comme le soleil fait serein ou pluvieux
L’azur dont il est l’âme et que sa clarté dore,
Tu peux m’emplir de brume ou m’inonder d’aurore.
Du haut de ta splendeur, si pure qu’en ses plis
Tu sembles une femme enfermée en un lys,
Et qu’à d’autres moments l’œil qu’éblouit ton âme
Croit voir, en te voyant, un lys dans une femme,
Si tu m’as souri, Dieu ! tout mon être bondit ;
Si, madame, au milieu de tous, vous m’avez dit,
À haute voix : Bonjour, monsieur, et bas : Je t’aime !
Si tu m’as caressé de ton regard suprême,
Je vis ! je suis léger, je suis fier, je suis grand ;
Ta prunelle m’éclaire en me transfigurant ;
J’ai le reflet charmant des yeux dont tu m’accueilles ;
Comme on sent dans un bois des ailes sous les feuilles,
On sent de la gaîté sous chacun de mes mots ;
Je cours, je vais, je ris ; plus d’ennuis, plus de maux ;
Et je chante, et voilà sur mon front la jeunesse !
Mais que ton cœur injuste un jour me méconnaisse ;
Qu’il me faille porter en moi jusqu’à demain
L’énigme de ta main retirée à ma main :
— Qu’ai-je fait ? qu’avait-elle ? Elle avait quelque chose.
Pourquoi, dans la rumeur du salon où l’on cause,
Personne n’entendant, me disait-elle vous ? —
Si je ne sais quel froid dans ton regard si doux
A passé comme passe au ciel une nuée,
Je sens mon âme en moi toute diminuée ;
Je m’en vais courbé, las, sombre comme un aïeul ;
Il semble que sur moi, secouant son linceul,

Se soit soudain penché le noir vieillard Décembre ;
Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre ;
Le chagrin — âge et deuil, hélas ! ont le même air —
Assombrit chaque trait de mon visage amer,
Et m’y creuse une ride avec sa main pesante.
Joyeux, j’ai vingt-cinq ans ; triste, j’en ai soixante.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Anachorète (Habiba Djahnine)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020




    
Anachorète

Hier j’ai regardé ses rides une à une
J’ai dévisagé les sillons de son âme
Pour dérouler le fil des ans
Qui ont tissé tant d’histoires sur sa peau.

Hier je me suis approchée de sa demeure
Frêle et éphémère
Gardant les traces de sa vie nomade
Terre meuble, qui se déplace avec ses pas.

Hier je me suis approchée de son oasis
Son dromadaire m’accueille larmoyant
Face à la dune, l’unique dune
Il veille sur les rides de l’ermite.

Il enfile ses poèmes un à un pour conter le désert
Il dit que les poèmes ne lui appartiennent pas
Les vents lui ont offert les vers
Et les tempêtes la mémoire pour les garder.

Maintenant c’est l’heure du thé
Le bois sec brûle
C’est le moment
De se souvenir du sens des vents
Les plus belles histoires
Sont celles où les êtres s’aiment dans le dénuement
Et les plus cruelles
Sont celles où les êtres se font la guerre dans l’opulence.

Hier j’ai regardé ses rides une à une
J’ai dévisagé les sillons de son âme
Pour dérouler le fil des ans
Qui ont tissé tant d’histoires sur sa peau.

(Habiba Djahnine)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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L’ARÔME DE LA FAIM (Zdenka Becker)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Giacomo Manzu
    
L’ARÔME DE LA FAIM

Aucun mot sur les flétrissures
aucune soumission aux rides
sur le visage
être seulement convive à ce repas
la table richement servie
l’arôme de la faim
à la lueur des chandelles
l’arôme de la faim
l’un de l’autre.

***

Geen woord over het verwelken
geen deemoed voor de rimpels
in het gelaat
alleen maar gast te zijn bij dit maal
feestelijk gedekt de tafel
de geur van de honger
in kaarslicht gedoopt
de geur van de honger
naar elkaar.

***

THE SCENT OF HUNGER

Not a word about the wilting
no humility for the wrinkles
in the face
just to be a guest at this meal,
festively set the table,
the scent of hunger
bathed in candlelight.
the scent of hunger
in one another.

***

ZAPACH GŁODU

żadnego słowa o więdnięciu,
niepokorność dla zmarszczek na twarzy,
po prostu być gościem na tym posiłku,
świątecznie zastawić stół

zapach głodu
zanurzony w blasku świec,
zapach głodu
ku sobie nawzajem.

***

意大利 吉雅卡莫·曼祝 摄
一句不说枯萎事
对脸上的皱纹
不客气
只是做这顿饭的客人
摆好节日餐桌
饥饿气味
沐浴在烛光中
饥饿的气味
相互彼此。

***

Ni una palabra sobre el marchitamiento
ni humildad por las arrugas
en la cara
solo ser invitado a esta comida
la mesa puesta de modo festivo
la fragancia del hambre
bañada a la luz de las velas
del uno al otro
la fragancia del hambre.

***

Non una parola sullo sfiorire
nè umiltà per le rughe sul volto
sul volto
essere solo ospiti a questa mensa
sedere a questo tavolo festivo
il profumo della fame
bagnato in una luce di candela
il profumo della fame
offerto l’un l‘altro.

***

Kein wort über das welken
keine demut vor den falten
im gesicht
nur gast sein bei diesem mahl
festlich gedeckt der tisch
der duft des hungers
ins kerzenlicht getaucht
der duft des hungers
nach einander

***

***

***

(Zdenka Becker)

 

Recueil: Ithaca 570
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Néerlandais / Anglais Germain Droogenbroodt –Stanley Barkan / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Chinois William Zhou / Espagnol Rafael Carcelén / Italien Luca Benassi / Allemand / Arabe / Hébreu Dorit Weisman /
Editions: POINT

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LA MOISSON (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



Illustration: Joseph Matar
    
LA MOISSON

Des coquelicots, fleurs du sommeil,
Envahirent les blés.
L’éclat de la faucille, un sifflement dans les champs de blé mûr,
Une rumeur dans l’air que le feu torture.

O la joie folle dans l’ivresse de la mort,
Mais la tristesse plus encore.
Roi de l’étendue, l’épouvantail balance
Sa tête de chiffons, ses bras de bâtons.

Qui vient pour allaiter les sanglots de l’enfant
Oublié là, dans la terre à sillons ?
Donnez-moi la cruche avec l’eau tiède,
Faites encore des liens pour les gerbes.

Dans la plaine il y a, sur le ciel embrasé, le mirage
Un mensonge aux couleurs criardes.
A l’abri du soleil le boyard
Veille sur sa belle récolte.

Vent, où donc iras-tu pour calmer la douleur
Des plaies, le feu des fronts ridés ?
Roi de l’étendue, l’épouvantail regarde.
En chiffons la tête, en bâtons les bras.

(Mihai Beniuc)

 

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JE T’ECRIRAI (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2020




    
JE T’ECRIRAI

Je t’écrirai un poème d’amour
lorsque dans la grisaille du soir
un oiseau épuisé
cherche en vain
un abri.

Je t’écrirai un poème d’amour
lorsque la lanterne de la lune
offre à la nuit
un soupçon de lumière

Je t’écrirai un poème d’amour
lorsque le soleil de son rouge éclat
peint l’espérance de l’aube.
Je t’écrirai un poème d’amour
lorsqu’une douce brise caresse
le visage ridé du cœur.

Je t’écrirai un poème d’amour
lorsque haut dans le ciel
deux nuages s’enlacent
en un baiser d’amour.

(Germain Droogenbroodt)

Recueil: ITHACA 603
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Les libellules sont passées (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2020



Illustration   
    
Les libellules sont passées
rides sur l’eau

Le martin-pêcheur a plongé
rides sur l’eau
L’étang limpide n’en a cure

Lorsqu’il revient à ce qu’il est
Les truites se glissent insoucieuses
entre les nuages

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Si tu t’imagines (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020



Illustration: Etienne Adolphe Piot

    
Si tu t’imagines

si tu t’imagines
fillette fillette
si tu t’imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
la saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

Si tu crois petite
si tu crois ah ah
que ton teint de rose
ta taille de guêpe
tes mignons biceps
tes ongles d’émail
ta cuisse de nymphe
et ton pied léger
si tu crois petite
xa va xa va xa va
va durer toujours
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

les beaux jours s’en vont
les beaux jours de fête
soleils et planètes
tournent tous en rond
mais toi ma petite
tu marches tout droit
vers sque tu vois pas
très sournois s’approchent
la ride véloce
la pesante graisse
le menton triplé
le muscle avachi
allons cueille cueille
les roses les roses
roses de la vie
et que leurs pétales
soient la mer étale
de tous les bonheurs
allons cueille cueille
si tu le fais pas
ce que tu te goures
fillette fillette
ce que tu te goures

(Raymond Queneau)

 

Recueil: L’instant fatal
Traduction:
Editions: Gallimard

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MERVEILLES DU CERCLE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020




MERVEILLES DU CERCLE

Quand l’orateur parle
des merveilles du cercle
on en voit s’augmenter
l’envergure du temps
les auditeurs s’animent
une femme au nom usurpé
cherche à comprendre
avec de grands yeux noirs
des rides profondes au front.
Pour chacun bientôt les couleurs changent.

(Jean Follain)

Illustration: Fabrice Vacherot

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