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Posts Tagged ‘naître’

Le silence est un message de l’ombre (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



 

le silence est un message de l’ombre
qui ne franchit aucun seuil et se nourrit
de la lumière et de son absence

le silence est un signe quand la parole
fait erreur ou reste inachevée

le silence est un jardin du ciel
qui adresse au ciel une prière muette
en forme de paysage

le silence est une question
posée à la question

le silence est la maison où habite le poème
où il prend corps
tout en se condamnant au silence

le silence est une musique dont les notes
sont les planètes et leurs étoiles

le silence est une saison où mûrit le fruit
d’un poème sans mots

le silence est une vibration de l’immobile
un chant à naître dans la gorge
d’oiseaux en forme de voyelles

le silence est une errance
qui indique discrètement le chemin
au milieu du chemin

le silence est la main qui ouvre le poème
la voix tremblée de l’âme d’où surgit
ce que nous sommes et ne sommes pas

le silence est le rêve de l’être qui rêve
sa naissance d’avant sa naissance
et tait son premier cri

le silence est le miroir qui lave la parole
dans l’eau la plus nue de la parole

le silence est un miracle inachevé
où le monde prend forme d’un seul coup

(Amina Saïd)

 
Illustration

 

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Pourquoi suis-je né sans mystère ? (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019



Pourquoi suis-je né sans mystère ?
Pourquoi tout seul ai-je grandi ?

Qui m’a demandé d’ébranler
les portes de mon propre orgueil ?

Qui est sorti vivre à ma place
quand je dormais ou m’alitais ?

Quel drapeau s’est déployé
là où on ne m’a pas oublié ?

(Pablo Neruda)

Illustration: ArbreaPhotos

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DOULEUR DES CHOSES QUE J’IGNORE (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019




    
DOULEUR DES CHOSES QUE J’IGNORE

Fouillis de racines noires et blanches,
odeur de levure et lombrics,
entaillée par les eaux la terre.

Douleur naissante des choses que j’ignore:
non seulement mourir une fois
mais tout le temps sentir peser sur le coeur
avec l’herbe une motte de terre.

***

DOLORE DI COSE CHE IGNORO

Fitta di bianche e di nere radici
di lievito odora e lombrichi,
tagliata dall’acque la terra.

Dolore di cose che ignoro
mi nasce: non basta una morte
se ecco piu volte mi pesa
con l’erba, sul cuore una zolla.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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Pour naître (Christian Viguié)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2018



Pour naître j’ai posé l’orange sur une grande table de bois
Etant sûr de notre silence
je suis resté autour d’elle à découper l’après-midi.

(Christian Viguié)

 

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LA VOYAGEUSE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
LA VOYAGEUSE

J’ai dormi cent ans sous une aubépine
Et l’arbre devint la racine et les branches de ma pensée
Et ses pétales blancs fleurirent dans ma couronne.

J’ai flotté mille ans dans un lac
Et mes yeux en pleurs ont pu contenir
La clarté diffuse de la lune et le nuage brûlant.

Oui, mon regard connaît
L’eufraise, l’églantine et l’asphodèle.
J’ai vu l’arc-en-ciel s’ouvrir, s’éteindre le soleil.

Vent qui souffle sur les terres,
J’ai dressé des temples de neige, des châteaux de sable,
Et je les ai laissés vides comme une main morte.

Éphémère ailé, je suis né
Avec des yeux multiples et des ailes scintillantes
Que les flammes doivent flétrir, les eaux noyer.

Je dois vivre, je dois mourir,
Je suis le souvenir de tout désir,
Je suis les cendres du monde, et le feu qui met le feu.

***

THE TRAVELLER

A hundred years I slept beneath a thora
Until the tree was root and branches of my thought
Until white petals blossomed in my crown.

A thousand years I floated in a lake
Until my brimful eje could hold
The scattered moonlight and the burning cloud.

Mine is the gaze that knows
Eyebright, asphodel, and briar rose.
I have seen the rainbow open, the sun close.

A wind that blooms about the land
I have raised temples of snow, castles of land
And left them empty as a dead hand.

A winged ephemerid I am born
With myriad eyes and glittering wings
That flames must wither or waters drown.

I must live, I must die,
I am the memory of all desire,
I am the world’s aches, and the kindling Eire.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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LE PÉRIPLE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
LE PÉRIPLE
pour Winifred Nicholson

En gravissant la colline de fossiles
J’ai recueilli des petites pierres soudées:
Je me suis souvenue de la mer archaïque
Où jadis ces cailloux furent mes os.

Je marchais le long du mur d’Hadrien;
Le vent du nord soufflait, venant du pôle.
Oh, je fus cet assaut de violence
Contre les remparts du monde!

Au crépuscule, dans une crypte déserte,
J’ai éprouvé la peur de toutes mes morts :
Des formes que j’avais vues avec des yeux de bête
Peuplaient l’obscurité de mystères.

Je suis restée près d’un torrent
Et d’un tertre où poussaient des chardons;
Ce lieu qui si longtemps avait été mon lieu,
Maintenant mon coeur y pourrit sous terre.

J’ai été la truite qui hante le lac,
L’ombre, la présence qui traverse l’eau.
Tant et tant de vies dont je laisse
Les os épars, les ailes brisées !

J’ai été l’animal qui meurt,
Œil qui se ferme sur l’aubépine dentelée,
Carcasse étouffée bientôt par la mousse,
Crâne englouti sous les fougères.

Les traces de mes pas s’enfoncent dans les sables mouvants
Et les champs d’orge ont bu mon sang, .
Ma sagesse a tracé la spirale d’un coquillage,
Mon labeur a dressé un tumulus de pierres sur une colline.

De loin je suis venue et je dois aller loin,
Il y a tant de tombes qu’habite ma douleur,
Mais toujours les doigts morts font naître
Les fleurs que je bénis de mes yeux vivants.

***

THE JOURNEY
For Winifred Nicholson

As I vent over fossil hill
I gathered up small jointed stones,
And I remembered the archaic sea
Where once these pebbles moere my bons.

As I walked on the Roman wall
The wind blew southward from the pole.
Oh I have been that violence hurled
Against the ramparts of the world.

At nightfall in an empty kirk
I felt the fear of all my deaths:
Shapes I had seen with animal eyes
Crowded the dark with mysteries.

I stood beside a tumbling beck
Where thistles grew upon a mound
That man, a day had been my home,
Where now my heart rots in the ground.

I was the trout that bannis the pool,
The shadowy presence of the stream.
Of many many lives I leave
The scattered bone and broken wing.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Une lumière (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2018



Illustration: Yuri Pysar
    
Une lumière, une lampe,
le lointain de la nuit.
Le lointain du lointain
naît de moi, naît en musique.

Vivre libre.

Dans les confins
les sables,
la solitude,
la divine quiétude du sexe.

Liberté de n’être que cendre.

Je meurs dans la musique des sexes.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Loin de ce qui est né (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
loin de ce qui est né
de ce qui vibre de soleils
et porte de la frayeur dans son rythme

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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La résurrection des morts (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




La résurrection des morts :
En quel pays étrange,
Toi que je pleure auprès d’un tombeau vide,
Es-tu né, mon enfant?

***

The resurrection of the dead:
Into what strange land
Are you, beside whose empty grave I stand
New-born, my child?

(Kathleen Raine)

 

 

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Oui, tout est simple (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2018



    

Oui, tout est simple.
Ce sont les hommes qui compliquent les choses.

[…]

Une fois pourtant, dans un cloître baroque, à l’extrémité de la ville,
la douceur de l’heure, les cloches qui tintaient lentement,
des grappes de pigeons se détachant de la vieille tour,
quelque chose aussi comme un parfum d’herbes et de néant
fit naître en moi un silence tout peuplé de larmes
qui me mit à deux doigts de la délivrance.

(Albert Camus)

 

Recueil: L’Envers et l’Endroit
Traduction:
Editions: Folio

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