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Poésie

Posts Tagged ‘naître’

La tristesse (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2017




    
La tristesse

L’âme triste est pareille
Au doux ciel de la nuit,
Quand l’astre qui sommeille
De la voûte vermeille
A fait tomber le bruit ;

Plus pure et plus sonore,
On y voit sur ses pas
Mille étoiles éclore,
Qu’à l’éclatante aurore
On n’y soupçonnait pas !

Des îles de lumière
Plus brillante qu’ici,
Et des mondes derrière,
Et des flots de poussière
Qui sont mondes aussi !

On entend dans l’espace
Les choeurs mystérieux
Ou du ciel qui rend grâce,
Ou de l’ange qui passe,
Ou de l’homme pieux !

Et pures étincelles
De nos âmes de feu,
Les prières mortelles
Sur leurs brûlantes ailes
Nous soulèvent un peu !

Tristesse qui m’inonde,
Coule donc de mes yeux,
Coule comme cette onde
Où la terre féconde
Voit un présent des cieux !

Et n’accuse point l’heure
Qui te ramène à Dieu !
Soit qu’il naisse ou qu’il meure,
Il faut que l’homme pleure
Ou l’exil, ou l’adieu !

(Alphonse de Lamartine)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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Reviendras-tu (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017



    
Reviendras-tu si je disais la terre est au bout de tes doigts
comme une branche calcinée et déjà refroidie?
les oiseaux sont morts plusieurs fois à pic contre tes cheveux blonds
ils avaient adopté la mer pour vice
à cause des algues sonores
et des pistes qui se défont
lentement
trop tard pour naître chaque instant
à genoux devant des visages où toute couleur est hostie

comme une gorge prise au bétail qui dévore un rayon de soleil

reviendras-tu si je disais la mer est au bout de tes doigts?

(Nadia Tueni)

 

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Déjà je ne trouve plus ton visage… (Hélène Cadou)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration: Edward Hopper
    
Déjà je ne trouve plus ton visage…

Déjà je ne trouve plus ton visage
Qui dérive sous l’épaisseur des jours
Et déjà ta voix m’arrive si basse
Que je ne sais plus écouter ton chant
Me faudra-t-il oublier ton image
Me perdre sans toi dans une autre nuit
Pour qu’au fond de l’ombre et de la souffrance
Naisse le printemps qui nous est promis.

Tu m’es revenu ce matin
Le soleil est sur la maison
Si je savais le retenir
Dans la corbeille d’un beau jour
Peut-être viendrais-tu parfois
Faire halte au milieu de ta nuit
Et dormir encore avec moi
Dans la paille de ses rayons.

Il y avait tant de silence
Tant de présence dans cette chambre
Toutes les lampes
Sur nos lèvres le même sourire
Que lorsqu’Elle est venue vers toi
Elle avait le visage du printemps.

Je sais que tu m’as inventée
Que je suis née de ton regard
Toi qui donnais lumière aux arbres
Mais depuis que tu m’as quittée
Pour un sommeil qui te dévore
Je m’applique à te redonner
Dans le nid tremblant de mes mains
Une part de jour assez douce
Pour t’obliger à vivre encore.

(Hélène Cadou)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Les Tendres Souhaits (Charles-Henri Ribouté)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



Illustration: Giovanni Bellini
    
Les Tendres Souhaits

Que ne suis-je la fougère,
Où, sur la fin d’un beau jour,
Se repose ma bergère,
Sous la garde de l’amour ?
Que ne suis-je le zéphyr
Qui rafraîchit ses appas,
L’air que sa bouche respire,
La fleur qui naît sous ses pas ?
Que ne suis-je l’onde pure
Qui la reçoit en son sein ?
Que ne suis-je la parure
Qui la couvre après le bain ?
Que ne suis-je cette glace,
Où son minois répété,
Offre à nos yeux une grâce,
Qui sourit à la beauté ?
Que ne puis-je par un songe,
Tenir son cœur enchanté ?
Que ne puis-je du mensonge
Passer à la vérité ?
Les dieux qui m’ont donné l’être,
M’ont fait trop ambitieux.
Car enfin je voudrais être,
Tout ce qui plaît à ses yeux.

(Charles-Henri Ribouté)

 

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Ce soir (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Ce soir

Ce soir, quand les phalènes des prairies
feront leurs gerbes de neige autour de la lampe,
imagine mon amour.

J’ai peu de temps comme elles
pour danser la joie et la mort.
Un regard distrait de toi suffira.
Je viens des limites de l’ombre avec des douleurs si fines
qu’il m’a fallu beaucoup de peine pour prendre ce déguisement.

Vois, j’ai pris forme alors que je ne suis que désir.
J’ai traduit en couleur ce que transportent les distances,
ce que hurle la pollution nocturne des ruisseaux,
ce qu’attend le bolet blanc qui vient de naître sous la fougère,
ce que signifie la chute d’une pomme sauvage dans un fourré.

Comment te dire que l’amour du monde,
c’est moi, pour un très petit instant de grâce,
frappant au carreau allumé avant de m’y fracasser.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Le plus pauvre héritier

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Cette plainte merveilleuse de l’âme (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
Cette plainte merveilleuse de l’âme,
c’est l’amour.

Écoute-la.

Je n’ai point d’âge,
mais, nourri d’épices,
chargé de sel, couvert d’humus,
empli de choses à naître,

Je suis maître de moi
comme d’un navire,
et mon corps est un voilier
d’avril, de vice, d’impudeur.

J’ose aimer et je délire.
Notre amour sent le lys et le soufre.
Désir rauque, fouette-moi de tes ronces.
Je lutte avec toi dans la broussaille.

Cherche-moi.
Trouve-moi.

Les herbes giclent vert.
Nous sommes un printemps au monde,
Acharnés comme des lutteurs
au-dessus de la mort.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: Possible imaginaire

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Evocation (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



Evocation

A l’ombre de l’usine, ton jardin
était tout petit, sans fleurs.
Des plantes y naissaient et renaissaient
pour n’être pas regardées.

De vagues projets d’existence
s’exhalaient du soleil et de l’eau,
et même de cette sécrétion
qui dans tes yeux se retenait.

Nul ne t’a vue lorsque, courbée,
tu écartais l’escargot
du chemin étroit des fourmis,
nul même n’a entendu ton appel.

Car tu as appelé (il était tard déjà)
et la voix de l’usine a amorti
ta fugue pour le sans-pays
et le sans-temps. Mais je me souviens de toi

et je te rattrape vivante, petite fille,
concevant si tôt le projet de ce jardin
où, je le sais, tu te trouves recluse,
sans que nul, nul ne te pressente.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration

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La paix (Gemma Tremblay)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2017



La paix

le jour à naître est proche
Ultime silence avant l’aurore
doux comme une absolution
fervent comme la dernière étoile
j’ai posé le soleil sous ma tête
j’ai dormi dans un paysage inusité

(Gemma Tremblay)

Illustration: Arthur Hughes

 

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Le jour jaillit de l’Eau (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Le jour jaillit de l’Eau

La fontaine de l’Aurore
fait naître le soleil.
L’eau est toute or
de ce mot blond.
La fontaine de l’Aurore,
dans l’iridescence tremblante,
bien plus qu’un trésor
est un prisme sonore,
carillon étouffé
dans le tliz cliz de l’écume,
choc aérien
subit
sur la pierre lisse,
froid jaillissement,
elle tisse musicalement
la dorée nivéenne rose
parure du jour liquide.
Laisse couler l’aurore
elle est une si pauvre
fontaine pour le peuple.

(Carlos Drummond de Andrade)

Illustration: Anne-Louis Girodet de Roussy Trioson.jpg

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La Poésie (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017




    
La Poésie est une pensée
– un état psychique – d’agglutination;
c’est-à-dire que des tendances,
des images, des échos de souvenir vague,
des nostalgies, des espérances,
y apparaissent en même temps
et comme collés ensemble,
provenant de hauteurs tout à fait différentes.

Ou encore la Poésie ressemble à certains rêves,
parfaitement absurdes en apparence,
et qui s’éclairent brusquement
si on le déroule à l’envers.

La poésie est tout à fait une chose d’âme.

***

La Poésie est un langage pour ainsi dire magnétisé,
porteur d’une charge, et différent essentiellement du langage parlé,
voire même de la prose écrite;

par ce langage doit se produire l’unité
au plus haut degré entre la pensée et la parole,
entre le sens et le signe,
entre une résultante de toutes les masses psychiques en mouvement
et le déroulement agréable des syllabes.

Tout cela coexiste parce que tout cela naît ensemble.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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