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Le ciel de Claire Lumière (Dalaï-Lama VIIème)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2021



 

Wols  -WOLS [1280x768]

Le ciel de Claire Lumière, la réalité ultime, pénètre partout.
Voyez tout dans cette lumière indescriptible de la réalité;
Sans vous arrêter à des falsifications intellectuelles,
regardez cette vacuité immaculée…
Voyez le drame, l’illusion, la création magique;
Sans penser qu’elle est réelle, regardez la face de la vacuité;
Sans laisser venir les pensées négatives,
tournez-vous vers la face de la Vaste Étendue.

(Dalaï-Lama VIIème)

Illustration: Wols

 

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Je suis un berger de troupeaux (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Rosa Bonheur
    
Je suis un berger de troupeaux.
Le troupeau sont mes pensées
et mes pensées sont toutes des impressions.
Je pense avec mes yeux et mes oreilles
avec mes mains et mes pieds
mon nez et ma bouche.

Penser une fleur est la voir et la respirer
et manger un fruit est goûter sa saveur.

C’est ainsi que, lorsqu’au cours d’une chaude journée
je me sens triste d’avoir tellement joui
et lorsque dans l’herbe je m’étends
et ferme mes yeux brûlants,
je sens tout mon corps s’enfoncer dans la réalité,
je connais la vérité et je suis heureux.

***

Sou um guardador de rebanhos.
O rebanho é os meus pensamentos
E os meus pensamentos sao todos sensaçaóes.
Penso com os olhos e com os ouvidos
E com as maos e os pés
E com o nariz e a boca.

Pensar urna flor é ve-la e cheirá-la
E comer um fruto é saber-lhe o sentido.

Por isso quando num dia de calor
Me sinto triste de gozá-lo tanto,
E me deito ao comprido na erva,
E fecho os olhos quentes,
Sinto todo o meu corpo deitado na realidade,
Sei a verdade e sou feliz.

***

Ich bin ein Hüter von Herden.
Die Herde sind meine Gedanken
und meine Gedanken sind alle Empfindungen.
Ich denke mit Augen und Ohren
und mit Händen und Füßen
und mit Mund und Nase.

Eine Blume zu denken ist sie sehen und riechen
und eine Frucht essen ist erfahren wie sie schmeckt.

Deswegen, wenn ich an einem heißen Tag
mich traurig fühle, so vieles zu genießen
und mich auf dem Rasen ausstrecke
und die heißen Augen schließe,
fühle ich wie mein ganzer Körper in der Realität versinkt,
ich die Wahrheit kenne und glücklich bin.

***

Sono un guardiano di greggi.
Il gregge è i miei pensieri.
E i miei pensieri sono tutti sensazioni.
Penso con gli occhi e con gli orecchi
e con le mani e i piedi
e con il naso e la bocca.

Pensare un fiore è vederlo e odorarlo
e mangiare un frutto è saperne il senso.

Perciò quando in un giorno di calura
sento la tristezza di goderlo tanto,
e mi corico tra l’erba
chiudendo gli occhi accaldati,
sento tutto il mio corpo immerso nella realtà,
so la verità e sono felice.

***

I am a herdsman of flocks.
The flock is my thoughts,
and my thoughts are all sensations.
I think with my eyes and my ears
and with my hands and feet
and with my nose and mouth.

To think a flower is to see and smell it,
and to eat a fruit is to sense its taste.

Therefore, when on a hot day
I feel sad, because of enjoying so much,
I stretch out on the grass
and close my sun-warmed eyes,
I feel my whole body immersed in reality,
know the truth and am happy.

***

Soy un guardador de rebaños.
El rebaño es mis pensamientos
y mis pensamientos son todos sensaciones.
Pienso con los ojos y con los oídos
y con las manos y los pies
y con la nariz y la boca.

Pensar una flor es verla y olerla
y comer un fruto es saberle el sentido.

Por eso cuando en un día de calor
me siento triste de gozarlo tanto
y me tiendo a lo largo sobre la hierba
y cierro los ojos calientes,
siento todo mi cuerpo tumbado en la realidad,
sé la verdad y soy feliz.

***

Ik ben een herder van kudden.
De kudde zijn mijn gedachten
en mijn gedachten zijn allemaal gewaarwordingen.
Ik denk met mijn ogen en mijn oren
en met mijn handen en mijn voeten
en met mijn neus en mijn mond.

Een bloem te denken is ze zien en ze ruiken
en een vrucht eten is de smaak ervan te proeven.

Daarom is het, als ik mij op een warme dag
verdrietig voel door zoveel te genieten
en als ik mij languit uitstrek op het gras
en mijn warme ogen sluit,
voel ik mijn hele lichaam wegzakken in de werkelijkheid,
ken ik de waarheid en ben ik gelukkig

(Fernando Pessoa)(Pseudo Alberto Caeiro)

 

Recueil: ITHACA 579
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Portugais Original / Allemand Wolfgang Klinck / Italien Luca Benassi / Anglais Stanley Barkan / Espagnol Pablo del Barco / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

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Promesse (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2020



Promesse, la réalité qui naît de la parole.
Promesse, l’écharpe rouge de la passante
et le gilet brodé du singe savant.
Promesse, la table tournante et le miroir
qui permet de traverser les apparences.
Promesse, la boîte à double fond
sur laquelle se penche un homme
en frac et chapeau melon.

(Gérard Macé)

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Pour écrire un seul vers (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



Pour écrire un seul vers

il faut se souvenir de cent ans de sommeil
et des vies qui précédèrent, de la piqûre des roses
et de l’aïeule qui voulait voir la mer,
de l’homme au large dos couvert de ventouses
et de ses enfants effrayés par les méduses.
Des objets magiques et des formules
où s’enroulent des fleurs autour des lettres gothiques.

Puis abandonner à son sort
cet homme en nous qui se noie dans ses souvenirs,
pour renouer avec la magie sans accessoires
et la jonglerie sans rien, mais avec des gestes
suspendus en l’air et la réalité
qui se retourne comme un gant.

Avec les êtres et les choses
attirant les mots comme des aimants.

(Gérard Macé)


Illustration: Sylvie Lemelin

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Regardez (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2020



Gérard Le Gouic  l

Regardez
de quoi vit un poète :
d’un paquet de cigarettes,
de huit heures de sommeil,
d’une demi-bouteille de vin par repas.

Regardez
comment il s’habille,
comment il marche
et fait l’amour,

écoutez
sa conversation avec un parent,
avec un terrassier.

Regardez aussi
comment s’arrête un poète :
si vous croyez qu’il meurt
d’un cancer ou d’un infarctus,
d’une collision sur la route,
en réalité l’emporte
un accident de jeunesse
passé la septantaine
ou bien l’usure à peine atteint vingt années.

(Gérard Le Gouic)

 

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Dictamen (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2020



Dictamen

Chercher dans ses pensées les ombres de ses rêves,
Chercher dans le rêve un peu de réalité;
Dans la course folle des minutes si brèves
Chercher l’Eternité,
Et sur un corps de femme un peu de beauté.

Croire à tous les serments, malgré tous les mensonges,
Croire à la Bonté malgré les méchancetés,
Malgré le doute affreux qui broie et qui nous ronge
Croire à la Vérité,
Et malgré l’obscurité croire à la clarté.

Aimer, aimer chaque heure et toutes les femmes,
Aimer malgré les trahisons, les vanités,
Aimer ce qui peine, aimer ce qui réjouit l’âme,
Ce qui la fait pleurer,
Et toujours vouloir, chercher, ailer l’Unité.

(Birago Diop)


Illustration: Pierre-Yves Vigneron

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CONJUGAISON D’AMOUR … POUR UN ENFANT (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2020



CONJUGAISON D’AMOUR … POUR UN ENFANT

Un vent d’Amour a conjugué
Au « présent » le verbe s’aimer
Et c’est ainsi qu’en doux murmures
La vie engendra le « futur ».

Le « passé », « simple ou composé »
De rêve et de réalité
Se voit subitement refait
Par un désir « plus-que-parfait » …

Au « présent » du « conditionnel »
L’espérance prendra des ailes
Criant son bonheur à tout prix
D’un « verbe » haut ! Avec des si …

Si l’on peut ceci … ou cela …
Si l’enfant est beau comme un Roi …
S’il a la grâce de sa mère …
La force tranquille de son père …

Mais, le « futur » n’en a que faire
Il dort … tout au creux de sa mère
Ne demandant que de l’Amour
A partager jour après jour.

Il pourra bientôt « conjuguer »
A tous les « temps » le « verbe » aimer
Et celui d’ « être » à part entière
Au milieu de cet Univers !

Le « passé » a fermé ses portes
C’est le vent d’Amour qui l’emporte
Il se tient fier, droit comme un if
Le Bonheur est « impératif » ! …

(Jacqueline Commard)

 Illustration: Jean Louis Jabalé

 

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UN AUTRE MONDE (Téléphone)(Jean-Louis Aubert)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2020




    
UN AUTRE MONDE

Je rêvais d’un autre monde
Où la Terre serait ronde
Où la lune serait blonde
Et la vie serait féconde

Je dormais à poings fermés
Je ne voyais plus en pied
Je rêvais réalité
Ma réalité

Je rêvais d’une autre Terre
Qui resterait un mystère
Une Terre moins terre à terre
Oui je voulais tout foutre en l’air

Je marchais les yeux fermés
Je ne voyais plus mes pieds
Je rêvais réalité
Ma réalité m’a alité

Oui je rêvais de notre monde
Et la Terre est bien ronde
Et la lune est si blonde

Ce soir dansent les ombres du monde

A la rêver immobile
Elle m’a trouvé bien futile
Mais quand bouger l’a faite tourner
Ma réalité m’a pardonné
M’a pardonné
Ma réalité m’a pardonné

Dansent les ombres du monde
Dansent les ombres du monde
Dansent les ombres du monde
Dansent les ombres du monde

Hé ! Hé !

Dansent, dansent, dansent, dansent, dansent, dansent,

dansent, dansent, dansent, dansent, dansent, dansent

Dansent les ombres du monde.

(Téléphone)(Jean-Louis Aubert)

 

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Nous y voilà, nous y sommes ! (Fred Vargas)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020




    
Nous y voilà, nous y sommes !

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes.

Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance.

Nous avons chanté, dansé.

Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air,
nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde,
nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche,
nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles,
comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre,
déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome,
enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.

Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité.

Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses
que de biner des pommes de terre.

Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution.

Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui.

On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.

De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié :

Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi.

Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux.

D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais.

Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs,
éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin,
relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille)
récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines,
on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même.

Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.

Pas d’échappatoire, allons-y.

Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible.

A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.

A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

(Fred Vargas)

Fred Vargas – 7 novembre 2008 – EuropeEcologie.fr

Lu mise en musique par Philippe Torreton et Richard Kolinka
https://twitter.com/elsaboublil/status/1253749194910838785?s=20

 

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Plus que tout le reste (Bashô)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2020



Plus que tout le reste
du papillon la réalité
est émouvante

(Bashô)


Illustration

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