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Poésie

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CE QUI VA ET VIENT (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019





Illustration: René Magritte

    
CE QUI VA ET VIENT

D’où (lentement) vient ce qui vient ?
D’où émerge ce qui s’élève ?
D’où sort vivement ce qui veut,
ce qui veut être et veut être visible ?

J’assiste je ne sais pas
qui voit qui est vu qui gronde qui se tait
qui demeure qui se disperse
brille par ici s’éteint là-bas

Ce qui veut être
est-ce moi qui ne suis plus ?
Ce qui est tenu n’est pas entendu
Ce qui devait venir nest pas venu
Ce peu de chose n’est rien.

Mais l’ombre et la lumière (que je connais bien)
tournent autour l’un de l’autre
formant au regard maints objets pleins
par exemple le silence d’une plante
par exemple le poids d’une pierre
ou un simple mouvement
qui va qui s’éloigne qui revient
pendant que je me tiens debout

Quelquefois je marche et ne dis rien.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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C’était au temps de la Hollande (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019



Illustration: Jozef Israëls
    
c’était au temps de la Hollande
la Mer du Sud était au nord
les vaches paissaient sur les bords
les canaux traversaient la lande

on se roulait dans la bruyère
le temps passait sans effacer
aucune image de la terre
ni de la mer ni du passé

dans la nuit noire on voyait clair
les heures du jour étaient lentes
et la pluie n’était pas amère

nous avions l’amitié des plantes
la foi de l’étoile polaire
et des yeux qui jamais ne mentent

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Gens sérieux s’abstenir
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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JE SUIS D’EAU ET DE TERRE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

JE SUIS D’EAU ET DE TERRE

Je suis d’eau et de terre comme les montagnes,
Les forêts impatientes qui attendent
Qu’un éclair subit embrase.

(Peut-être Dieu promet-il un éclair,
Nous l’attendons.
Un incendie dans les forêts.)

Mes mains ont été créées, ont été pétries
De terre et de rêve, comme
Les roses sans nom et les arbres.

Je cache l’amertume muette de la plante.

Quand tombera la dernière nuit,
Ombre immense couvrant la lumière,
Ne vous lamentez pas sur moi, ne me pleurez pas,
Allumez un grand feu et brûlez-moi.

Que la chair prenne des ailes de feu et s’envole.

(Georges Themelis)

Illustration: Bill Viola

 

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FRÊLE PASSAGER (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



FRÊLE PASSAGER

Les fleurs, les nuages, les reflets de la lune,
Les bourgeons engourdis dans les forêts d’avril,
Le chant du coucou, l’aile fuyante de l’hirondelle,
Me font changer.

Les visions légères et passagères du monde,
L’impermanence des jours, la danse rapide des êtres,
Des papillons indécis, des pèlerins au carrefour des routes
Bougent dans ma vie.

Je bouge pour une étonnante vie ;
Je parle, je bouge aussi pour la mort ;

Je chante librement, non pour les hommes mais pour les cigales,
Pour les herbes, les rochers, les ruisseaux et la lune.
Je suis ivre rien qu’à tenir sur mes lèvres un peu d’eau !
Printemps par printemps ma destinée de plante…

(Armand Robin)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Verveine (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Verveine

En France nous possédons une fleur nationale
dont personne ne peut contester les droits;
son origine se perd dans la nuit des temps.
Cette fleur, c’est la verveine.

Elle me rappelle Velléda, la pâle et touchante prêtresse,
les mystérieuses profondeurs des forêts où vivaient nos pères.
Je vois la druidesse danser autour de la plante magique,
puis se baisser et la couper avec une faucille d’or
qui brille aux rayons de la lune,
j’entends les champs des Eubages se mêlant au bruit du vent dans les bois.

Qui dirait, à voir cette petite plante
si simple, si gracieuse, si timide aujourd’hui,
qu’elle a joué autrefois un rôle si terrible, si important?

(J.J. Grandville)

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L’inconstant (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019




L’inconstant

Mes yeux s’en sont allés
derrière une brunette
qui passait.

Était de nacre noire,
était raisin violet.
De sa traîne de feu
elle a fouetté mon sang.

Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Une blonde est passée
telle une plante d’or
en balançant ses charmes.
Et ma bouche s’est faite
vague qui s’en allait
décharger des éclairs
de sang sur sa poitrine.
Après toutes les filles
je vais toujours ainsi.

Mais vers toi, sans bouger,
sans te voir, ma lointaine,
mon sang, mes baisers volent,
ma brunette et clairette,
ma grande et ma petite,
ma vaste et ma menue,
ma jolie laideronne,
faite de tout l’argent
et faite de tout l’or,
faite de tout le blé
et de toute la terre,
faite de toute l’eau
des vagues de la mer,
faite pour mes deux bras,
faite pour mes baisers,
faite, oui, pour mon coeur.

(Pablo Neruda)

Illustration: Danielle McManus

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TYRANNIE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019




TYRANNIE

Ô dame sans coeur, ô fille du ciel,
viens à mon secours en cette heure solitaire,
violente, indifférente comme une arme
avec ton sens de l’oubli sans pardon.

Un temps absolu tel un océan,
une blessure confuse telle un nouvel être,
étreignent la racine tenace de mon âme
rongeant le coeur de ma confiance.

Quel sourd battement s’agite en mon coeur
tel une vague qu’auraient faite toutes les vagues,
et ma tête se lève, désespérée
en un effort de saut et de mort.

Un hostile imprécis tremble en ma certitude,
grandissant ou naissant des larmes,
telle une plante déchirante et dure
faite de feuilles enchainées, amères.

(Pablo Neruda)

Illustration

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Comme les plantes (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2018




    
Comme les plantes nous vivons appariés au soleil.
Notre projet n’est-il pas de nous fondre à la flamme ?
À un détail absolu ?

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans la terre torride… (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



 

Diego Dayer blanc

Dans la terre torride, une plante exotique
Penchante, résignée : éclos hors de saison
Deux boutons fléchissaient, d’un air grave et mystique ;
La sève n’était plus pour elle qu’un poison.

Et je sentais pourtant de la fleur accablée
S’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd,
Mes artères battaient, ma poitrine troublée
Haletait, mon regard se voilait, j’étais sourd.

Dans la chambre, autre fleur, une femme très pâle,
Les mains lasses, la tête appuyée aux coussins :
Elle s’abandonnait : un insensible râle
Soulevait tristement la langueur de ses seins.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Diego Dayer

 

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Que ne suis-je ! (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

Carrie Vielle (11)

Que ne suis-je !

Si j’étais oiseau
J’entrerais
Par la fenêtre
Où tu écris
Et te caresserais
Les joues
Du bout de mes ailes

Oiseau que ne suis-je !

Si j’étais fenêtre
Cette fenêtre
Où tu écris
Mes vitres te seraient
Miroir
Et je t’y caresserais
Le visage
Du bout de mes reflets

Fenêtre que ne suis-je !

Si j’étais plante
Cette plante entourant la fenêtre
Où tu écris
Je me tresserais
En couronne
Et t’en ceindrais le front
Et te caresserais
Les cheveux
Du bout de mes feuilles

Cette plante que ne suis-je !

Si j’étais l’Autre
Cet Autre
Auquel tu écris…

Moi qui
Jamais
N’ai
Caressé
Tes joues
Tes cheveux
Ni ton front
Même du bout de mes doigts…

Cet Autre que ne suis-je !

(Esther Granek)

Illustration: Carrie Vielle

 

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